La vie en questions

Changement de nom pour la page "actualités"

Le nom voulu par certains, ne rentrait pas dans les cases...! Voici donc une nouvelle proposition pour coller au mieux à l'idée première de cette page. A vos avis !

Voici quelques liens qui peuvent nous permettre de réfléchir à des solutions diverses pour avancer dans la vie.

    1- Proposition de la CCIC (Centre Catholique international de coopération)

          lien à suivre : https://ccic-unesco.org/agendaccic/webinaire-face-a-lintelligence-artificielle-quelle-vision-anthropologique-de-lhumain-en-mutation-avec-quelle-references-ethiques-penser-lhumain-en-vue-deduquer-un-homme-et-non-un-robot/

    2- Article de La Croix interwiew de l'Evêque de Poitiers

          lien à suivre : https://www.la-croix.com/Debats/Euthanasie-meme-lorsquelle-difficile-jaime-vie-2021-03-25-1201147649

    3- Une idée à creuser : Un petit groupe du diocèse d'Evreux et Monseigneur Nourrichard, ont eu l'idée de poster des tweets depuis un an de façon hebdomadaire avec des phrases de "Laudato Si".

 

 

 

 

Quel regard sur les économies des pays émergents ?

Emission de France Culture : Jean-Joseph Boillot : L'économie peut-elle être sage ?

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/jean-joseph-boillot-leconomie-peut-elle-etre-sage

Dernier twitt de Monseigneur Nourrichard

En route vers Pâques

Comme nous le propose Monique H, je vous conseille la lecture du dossier "Ils ont perdu la Foi" de La Vie du 25 mars.

L'ambiance actuelle tant sociétale que religieuse peut nous faire douter de Dieu. Plusieurs témoignages nous donnent une raison d'espérer.

"...La foi est une relation intime et charnelle à Dieu..." nous dit Sophie Galitzine (actrice)

"...La foi est une ouverture à un Autre..." d'après Dom Guillaume Jedrzeczak

"...Il faut avoir le courage de donner la parole, d'écouter les colères..." Raphaël Buyse

La semaine sainte est un chemin vers "l'acceuil de l'inattendu au matin de Pâques..."

Comme le dit la dernière émission de KTO ( https://www.ktotv.com/video/00347265/un-careme-avec-la-bible-6-6-la-tendresse) Dieu est tendresse, il pose des questions, il n'apporte pas de réponses. Mais il est misericorde et toujours avec nous.

                                                                                           (Dominique)

 

Comment allier les Lumières et la pensée écologique ?

Entretien avec Corine Pelluchon

Propos recueillis par Philippe Petit dans Marianne, le 23 février 2021

 

Dans son nouveau livre, "Les Lumières à l’âge du vivant", la philosophe revisite l’idéal d’émancipation à l’origine de notre modernité. Et le soumet à un rude examen de conscience.

Entretien.

Marianne : Cherchant à nommer notre époque, vous choisissez de l’appeler : « L’âge du vivant ». Qu’entendez-vous par là ?

Corine Pelluchon : L’intérêt croissant des personnes pour le sort des animaux et pour l’écologie et la prise de conscience de notre commune vulnérabilité sont les signes avant-coureurs d’un mouvement profond qui pourrait contribuer à la promotion d’un nouveau modèle de développement et qui suppose une révolution dans la manière de penser notre rapport à nous-mêmes et aux autres, humains et non-humains. D’où l’emploi de cette expression qui désigne une ère nouvelle. J’essaie de l’accompagner en lui donnant une armature conceptuelle cohérente et sans nier l’existence de forces contraires qui témoignent d’une triple domination des autres et de la nature à l’extérieur et à l’intérieur de soi, de l’obsession de la maîtrise, du rejet de l’altérité et de la toute-puissance.

"Ma contribution se situe sur le plan de la méthode, non des opinions."

Ce livre paraît plus politique que vos précédents. Quel rôle attribuez-vous précisément au capitalisme ?  

Le capitalisme est une des manifestations de ce que j’appelle le Schème de la domination, lequel transforme l’économie, les échanges, l’agriculture, l’élevage, la technique, en une sorte de guerre. C’est ce principe qui est à l’origine de nos choix économiques, politiques et qui explique notre comportement. Il s’agit de comprendre pourquoi le rationalisme s’est retourné en son contraire. Mais l’idée principale du livre est que la défense des Lumières dans le contexte actuel exige à la fois le renforcement des principes qui fondent leur projet d’émancipation, comme l’autonomie, l’idée d’une société d’égaux, l’unité du genre humain, le rationalisme – autant d’idéaux attaqués par les anti-Lumières –, et la remise en question de pans entiers de notre tradition qui sont responsables de l’inversion du progrès en régression, en particulier la séparation civilisation/nature qui a conduit à l’exploitation sans limites des autres vivants et à une société soumise à la loi du profit. Ma contribution se situe sur le plan de la méthode, non des opinions.

C’est pourquoi vous pensez qu’il convient dans un premier temps de se soustraire de ses propres croyances pour avancer ?

Il faut, en tout cas, un minimum d’esprit critique ! Cela est clair quand je parle d’une épochè civilisationnelle, de la reprise, à un niveau à la fois individuel et collectif, de la méthode phénoménologique, qui commence par la suspension de ses croyances, par le doute. L’épochè signifiant la suspension du jugement sur tout ce qui nous entoure. Ce n’est pas un acte spontané, mais il est la condition de la réflexivité. "La société écologique qui est à l’horizon de ces nouvelles Lumières est une société démocratique qui repose sur la conscience qu’ont les individus d’instituer le sens"

Pourtant, votre mot-clé, c’est l’autonomie. Qu’entendez-vous au juste par ce terme chargé de significations multiples ?

Il s’agit de la liberté de penser et des efforts qu’elle exige pour mettre justement nos croyances à distance, pour nous affranchir de pas mal de schémas qui nous aveuglent et nous aliènent, pour décoloniser notre imaginaire. Toutefois, si l’autonomie, comme l’émancipation, comporte un moment d’opposition, de rupture avec les normes dominantes, elle a aussi un moment positif et culmine dans l’attestation qui est l’affirmation de ce à quoi l’on tient et le désir de proposer un projet inclusif. Défendre l’autonomie tout en prenant au sérieux notre vulnérabilité et notre interdépendance, c’est affirmer que la société écologique qui est à l’horizon de ces nouvelles Lumières est une société démocratique qui repose sur la conscience qu’ont les individus d’instituer le sens, comme disait Cornelius Castoriadis (1922-1997). C’est s’adresser à l’intelligence de chacun, en disant que nous pouvons reprendre en main notre destin en destituant le Schème responsable de notre modèle de développement. C’est à la destitution du Schème de la domination et à son remplacement par le Schème de la considération, qui fait de la défense de la liberté individuelle et de la préservation du monde commun les critères des choix, que ce livre est consacré.

Les Lumières n’ont pas dit leur dernier mot, selon vous, sous condition de prendre congé d’une raison omnipotente. Tel est votre propos principal. Est-ce à dire que le réel nous condamne à une forme d’impuissance ?

Au contraire, l’avenir n’est pas fermé d’avance. C’est le fatalisme qui est l’impuissance. Cependant, le rationalisme propre aux nouvelles Lumières est un rationalisme blessé par Auschwitz et Hiroshima et par les crimes coloniaux. En abandonnant la position surplombante et impérialiste qui a été souvent celle des Lumières passées et en prenant au sérieux notre condition charnelle et terrestre, on peut penser un universalisme non hégémonique, accueillant à la diversité des formes de vie. Il y a un seul monde et une diversité des vivants et des cultures. Darwin et la phénoménologie permettent de promouvoir ces Lumières latérales qui sont, en outre, radicalement écologiques au sens où l’écologie désigne la sagesse de notre habitation de la Terre. Elles visent aussi à repenser le sens du progrès technologique et les conditions pour réenclencher un processus civilisationnel, alors que, si nous ne changeons pas notre modèle de développement, nous courons à notre perte.

À vous lire, vous semblez penser que l’Europe peut se refonder ?  

J’essaie, à la suite de Husserl et Patočka, de penser l’Europe comme idée, en insistant sur son message socratique qui s’accomplit avec les Lumières puis avec la phénoménologie et qui possède un potentiel émancipatoire pouvant s’adresser aux non-Européens. Pourquoi cet héritage a-t-il été trahi ? Pourquoi n’avoir gardé que la rationalité technoscientifique et le marché ? Comment donner un contenu politique au projet européen qui peut représenter une alternative aux politiques de puissance et éviter l’eurocentrisme d’autrefois ? Encore une fois, la fidélité à cet héritage exige l’autocritique des Lumières et de l’Europe. "Il importe de réunir les conditions pour que de vrais débats aient lieu"

Vous prenez cependant vos distances avec ce qu’on appelle la démocratie délibérative et la souveraineté populaire ?

L’idée d’un peuple qui formerait une unité a priori et homogène qu’un chef incarnerait ou dont la volonté serait formulée par un clerc me semble inadaptée au fait que les êtres subissent de manière différenciée les conséquences indirectes de la mondialisation, du réchauffement climatique, etc. Sans parler du multiculturalisme. Cela ne signifie pas qu’on renonce au bien commun. Mais on ne le pensera pas de manière verticale, comme dans le schéma hérité des Lumières passées. Il s’agit de décentrer la démocratie, car on doit pouvoir faire un état des lieux des problèmes sur les différents territoires et faire en sorte que les expérimentations locales qui ont fait leurs preuves puissent être encouragées. Il importe aussi qu’il y ait une circulation plus grande entre les publics et entre les publics et les représentants, afin d’éviter un traitement technocratique, vertical et décontextualisé des problèmes. Je donne des exemples de cette méthode qui conduit à une autre gouvernementalité, mais ne supprime pas l’État. Quant à la démocratie délibérative, j’y souscris, mais il importe de réunir les conditions pour que de vrais débats aient lieu, ce qui est loin d’être le cas. *

Corine Pelluchon, Les Lumières à l’âge du vivant, Seuil, 323 pages, 23 euros

Proposé par Bernard L.

Présence: Une serie d'émision sur KTO pendant le Carême.

"Ecrire la douleur" par Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

A propos de "Ces temps-ci" de Marc Crépon

 

Ecrire ou parler

Sans en faire une loi générale, soulignons que l’écrit, pour des personnes qui ont été victimes de violences, surtout dans leur enfance, est le moyen qui leur permet d’exprimer le mal commis, les souffrances subies et d’appeler à la justice. En effet, une attaque à caractère sexuel, quelle qu’en soit la forme, réduit la personne à un objet de convoitise et peut l’enfermer dans un sentiment d’humiliation et de dévalorisation de soi. Il est dès lors très difficile d’exprimer que l’on a été considéré comme cela ; combien d’années faut-il pour oser le dire ; le plus souvent, ce sera l’écrit qui en sera le support le plus adéquat car il permet une distance, d’avec autrui, d’avec les faits, d’avec soi-même aussi, ce que n’autorise pas la parole. Parmi d’autres, deux livres en sont l’expression : Le consentement de Vanessa Springora (Grasset) et La familia grande de Camille Kouchner (Editions du Seuil). On pourrait aussi mentionner d’autres livres où il est question de douleurs familiales, ceux de Vanessa Schneider consacré à sa cousine Maria et de Clémentine Autain à sa mère Dominique Laffin. Rares sont les auteurs masculins à s’exprimer dans de tels domaines. D’abord parce que l’immense majorité des victimes des abus sexuels sont des enfants et des femmes, aussi parce que l’humiliation subie déroge encore davantage à l’image que l’on veut avoir du courage viril. Cependant, des faits existent. Je sais cet homme qui, dans un train, vit s’assoir à ses côtés un homme feuilletant ostensiblement un album de photos d’hommes nus… si ce n’est pas une forme de harcèlement, aussi une blessure infligée à celui dont on a pu penser qu’il serait une proie possiblement intéressée.

Au-delà des témoignages que sont ces livres, existent d’autres écrits, de sociologues, de philosophes, de psychologues, etc., aussi de vraies œuvres littéraires. Sans doute plus ajustés que ne l’est l’image des reportages, voire des fictions, même s’il y en a d’excellentes, mentionnons Les chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer.

Je veux ici me faire l’écho du livre du philosophe Marc Crépon, Ces temps-ci. La société à l’épreuve des affaires de mœurs (Rivages, 2020). En voici quelques extraits qui peuvent éclairer le chemin que nous prenons.

« Ce que la société découvre aujourd’hui, avec stupeur, ce ne sont pas ces dites ‘’affaires’’, mais l’étendue de la complaisance, pour ne pas dire du consentement et de la complicité qui auront, si longtemps, exposé les victimes de ces agissements aux murs du silence » p. 10. De telles « affaires » sont dès bien loin d’être du seul domaine de l’intime ; ce sont les institutions qui sont en jeu ; la réparation ne peut dont se passer d’une action dans lesquelles ces institutions s’examinent, reconnaissent le lieu de leur responsabilité, se corrigent. L’auteur situe le moment que nous vivons et avons vécu dans le contexte des années 60 et 70 du XXe siècle et son rapport à la loi et à la sexualité. Les conditions sociales de cette époque expliquent pour une part de déni qui a régné. « La société ne reconnaît pas spontanément l’autorité de la loi, quand son action s’apparente à une répression de la sexualité […]. La violence, pensait-on à juste titre, c’est du côté des autorités familiales, religieuses, étatiques et de leur intolérance qu’il fallait la chercher, dès lors qu’elles s’autorisaient à brutaliser, juger, enfermer, et parfois même exécuter, des hommes et des femmes, en raison de leur orientation et de leurs pratiques sexuelles » p. 17.

La confiance blessée

Il convient dès lors, face au déni, à la minimisation, de mesurer ce que produisent les violences sexuelles chez ceux qui en sont victimes. Rien ne remplace leur rencontre et leur écoute. L’être humain est être de relation, il ne peut se construire que sur la confiance, donnée, reçue, qui autorise et permet la relation. Or, « la violence ronge d’abord, elle brise ensuite cette confiance minimale, sans laquelle la relation est invivable » p. 22. « La première brutalité de l’assaut est de pervertir l’ordre dans lequel la relation est comprise » p. 24. Ceci atteint la capacité à aimer, l’idée même qu’il est possible d’aimer. « Aimer, au sens propre du terme, c’est être doublement saisi par la certitude aveuglante de l’unicité de l’objet de son amour et par celle de son infinité : son mystère. Rien de tel avec une agression, à caractère sexuel. Elle se moque des mystères de l’amour. Elle n’a que faire de la singularité de celui, dont elle fait l’objet de la satisfaction de sa pulsion, indéfiniment et compulsivement substituable et remplaçable » p. 26.

Qui peut consentir ?

Des agresseurs, la société, ont pu arguer du consentement pour désavouer celle, celui, qui se prétend victime. Or « qu’un enfant ‘’consente’’ ne signifie pas qu’il n’est pas captif, pris dans les rets d’une rhétorique redoutable qui sait choisir ses mots, ses images, déployer tous les artifices de la séduction pour parvenir à ses fins » p. 32. « Supposée ‘’consentie’’, la relation qui asservit la sexualité d’un enfant ou d’un(e) adolescent(e) aux besoins sexuels d’un adulte hypothèque gravement son avenir » p. 35. « S’il est vrai que notre rapport au monde suppose une confiance minimale dans les êtres et les choses qui nous entourent, sans laquelle la vie est invivable, on doit reconnaître que c’est, d’abord et avant tout, cette foi dans le monde, au sens large, que l’abus trahit » p. 36.

Oser parler

L’abus touchant le plus intime de l’être, l’image qu’il a de lui-même et d’autrui, en particulier des personnes auxquelles il accordait spontanément sa confiance, rend toute parole difficile et douloureuse. « Ce qui rend la parole si difficile, c’est que l’abus, dans son humiliation même, est fatalement vécu, au plus intime de sa chair, comme une dégradation » p. 42. Parole difficile pour la personne victime, mais aussi pour la société, pour les institutions. Nous ne sommes ici dans la seule responsabilité personnelle, la société est engagée. « La première épreuve pour la société, c’est celle de sa complaisance passée. C’est une épreuve, parce qu’elle la contraint à porter sur elle-même un regard qu’elle aurait pu mettre encore des années, sinon des décennies, à assumer, si ces ‘’affaires’’ retentissantes, largement médiatisées, relayées par les réseaux sociaux, le mouvement d’opinion qui s’est ensuivi, ne l’y avaient enfin poussée » p. 44. Pourtant, nul ne pourra dire qu’il ne savait, que la culture n’avait pas informé de la gravité de ces questions. Marc Crépon fait alors référence à saint Augustin qui, dans La Cité de Dieu, revient sur le sort fait aux femmes victimes de viol de la part des barbares. « Il est, souligne Augustin, criminel de faire porter la culpabilité sur les victimes de violences sexuelles, avec l’obscure suspicion qu’elles ne se sont pas donné tous les moyens d’y échapper, qu’elles y ont finalement pris du plaisir, en un mot qu’elles étaient plus consentantes qu’elles ne veulent l’avouer » p. 49. « Le corps ayant subi violence […] c’est sur le violeur et non sur la victime que retombe la flétrissure » La Cité de Dieu, I, 19 (cité p. 50).

Choc en retour

Les prises de conscience, tardives, conduisent cependant à porter des jugements a posteriori, sur des personnes certes, mais aussi sur des temps et des expressions culturelles, au risque d’une grande « purge ». Tel auteur, certes pédophile, a vu ses livres retirés des rayons, ou bien n’être plus vendus que « sous le manteau », le critère n’étant plus la qualité littéraire, cinématographique d’une œuvre, mais la bonne ou mauvaise moralité de son auteur. Pour Crépon, « censurer, c’est entretenir le public dans une minorité, comme on prenait soin jadis de cacher, dans les rayons supérieurs de la bibliothèque, les ouvrages qu’on voulait soustraire à la curiosité des enfants […]. N’avoir d’autre critère pour juger les œuvres que l’intransigeance morale qui traque en elles ce qui pourrait heurter nos convictions et notre engagement revient, en effet, à fausser d’emblée notre perception esthétique, à tronquer notre imagination, à manquer dogmatiquement ce qui en a inscrit la forme autrement dans l’histoire de notre sensibilité » p. 61-62. « Le privilège de l’art est de nous faire éprouver le mal à distance, sans que nous ayons besoin d’y prendre part […]. Priver les lecteurs, les spectateurs de la violence que l’art leur donne à éprouver, c’est la meilleure façon d’en faire un objet de fascination morbide. Voilà pourquoi la littérature et plus généralement l’art ont des droits, avec lesquels la société ne doit pas transiger » p. 63. « L’ordre de la création esthétique n’est pas celui de la justification morale » p. 64. Ceci désigne le chemin de l’éducation : apprendre à lire, à déchiffrer, à mettre en contexte, les mots, mais aussi les images.

Ne pas succomber à la peur

Saisie par ses propres aveuglements d’hier, la société peut tomber dans le travers d’une prévention tout azimut et d’un contrôle permanent. « Au nom de l’exigence de sécurité, les gouvernements peuvent imposer des dispositifs de contrôle et de surveillance qui se traduisent par un surcroît d’insécurité » p. 70. Un autre risque est de laisser la colère prendre le dessus ouvrant à des mécanismes de chasse aux sorcières et de vengeance collective (cf. p. 80). Si les victimes doivent être protégées et les coupables sanctionnés, « il n’est jamais bon qu’une société se fasse d’elle-même la justicière des crimes qu’elle soupçonne les institutions de ne pas vouloir poursuivre, à la hauteur de ses attentes. Dans la part des fausses certitudes qui nous gouvernent, on ne saurait ignorer, en effet, la possibilité que notre sentiment d’injustice soit dominé, sinon aveuglé par des passions négatives qui faussent la perception et le jugement, faisant de la parole libérée une arme pour détruire, davantage que le moyen de demander et d’obtenir réparation » p. 85-86.

Le livre se termine par une question, qui, loin de dénoncer, appelle à l’engagement. « Qui portera secours aux enfants, alors même qu’ils n’osent pas ou ne peuvent pas le demander ? Qui pour adresser enfin à leur fragilité mutique un signe de solidarité qui restaure, à l’âge majeur, un peu de la confiance qu’ils perdirent, quand l’enfance leur fut volée ? » p. 101.

ITV Corine Pelluchon : L'éthique de la considération

Bernadette B. nous transmet une ITV de Corine Pelluchon qui aide à réfléchir sur une dimension relation importante :

https://www.solidarum.org/vivre-ensemble/corine-pelluchon-l-ethique-de-consideration

Décès de Mgr Teissier

On peut lire dans le bulletin diocésain d'Oran

LE VINGTIÈME BIENHEUREUX…

Le « père Teissier » a fait son grand passage à l’aube du 1er décembre, fête du Bienheureux Charles de Foucauld, alors que ce numéro du Lien venait d’être bouclé.

Un prochain numéro rendra hommage à cette immense personnalité qui fut un père, un frère, un ami pour tant d’hommes et de femmes côtoyés tout d’une longue et si riche vie donnée à l’Algérie.

La célébration de la béatification sur l’esplanade de Notre Dame de Santa Cruz le 8 décembre 2018 a été source de grande joie pour lui qui en avait été l’initiateur et le promoteur.

Au moment des remerciements, je m’en suis voulu de ne l’avoir pas expressément remercié avec le seul qualificatif qui me venait à l’esprit, celui du vingtième bienheureux.

Je m’en suis ouvert à lui le lendemain mais, avec sa vraie humilité, il m’a évidemment répondu avoir préféré que je n’en aie rien fait.

Le vingtième bienheureux, il l’est d’une façon particulière. A défaut d’avoir été tué comme son frère Pierre, un glaive lui a dix-neuf fois transpercé le coeur, et il est resté debout, en toute première ligne, à la tête de son petit troupeau et en solidarité avec tout le peuple algérien.

Henri en a gardé la blessure pendant de longues années, et il n’était pas une homélie, une prise de parole, une discussion sans que subitement il s’arrête, le temps de ravaler les larmes qui le submergeaient.

Comme un clin Dieu, il entre au ciel le jour de la fête d’un autre bienheureux d’Algérie, Charles de Foucauld.

Mon émotion a été forte, en célébrant l’eucharistie à l’intention d’Henri et à la mémoire du frère Charles, de réaliser que la page d’évangile du 1er décembre était la même que celle retenue pour faire mémoire des 19 bienheureux.

Sans que cela ait été voulu, un même évangile relie donc symboliquement Henri aux dix-neuf bienheureux d’Algérie, en plus de Charles de Foucauld : "Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis…ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres."

Cette page d’évangile est une clé de toute sa vie : Henri a été en Algérie un inlassable semeur d’amitié. Il n’avait pas son pareil pour mettre les personnes en lien, les idées en résonance, pour susciter et animer des échanges improbables tout en préparant la cuisine.

Parmi les leçons reçues de lui, je garde son vrai et profond amour de l’Algérie et des Algériens. Dans le flot des hommages rendus, une phrase de l’éditorial du journal La Croix a retenu mon attention d’une façon particulière :

"Le jour où les blessures franco-algériennes seront apaisées, on le devra à des hommes comme Henri Teissier."

C’est tellement vrai. Henri était un monument à la monumentale simplicité dont l’érudition n’avait d’égal que le sens de l’humour. Il a travaillé intellectuellement jusqu’au dernier jour, et c’est un cadeau du ciel fait à celui qui a vécu toute sa vie au rythme d’un homme augmenté, d’avoir été épargné de l’épreuve d’être, à la fin, un homme diminué.

+ fr. Jean-Paul VESCO op

Mgr Henri Teissier, évêque émérite d'Alger

TEMOIGNAGE

Témoignage

Chers amis,

En cette fête de Toussaint, l’imam et les responsables de la mosquée de Suresnes, accompagnés d’un jeune responsable associatif très actif à Suresnes, sont venus à notre messe. Ils nous ont lu ce message que je suis très heureuse de vous transmettre. Bien sûr, nous avons ensuite échangé, à la sortie de la messe, et formulé le vœu de nous revoir et de développer des liens qui déjà se sont créés. Belle fête de Toussaint à tous

Sybille B.

https://drive.google.com/file/d/17Le70pK0dSHC4OglVcALSIBz8ZacPiT2/view?usp=sharing

Et si nous arrêtions de faire semblant

Voici un texte paru dans the New Yorker il y a un an de Jonatha Franzen.

https://drive.google.com/file/d/1f3NAKWlmyBOK6ib8r8JyTW3_XI4mWhWh/view?usp=sharing

Le propos est réaliste, malheureusement ...

Voici le texte original en Anglais  :

https://www.newyorker.com/culture/cultural-comment/what-if-we-stopped-pretending

de la part de Bernard L.