L'ancienne Salle du chapitre (12e siècle)

Chaque jour, le calendrier comporte un certain nombre de figures de sainteté inscrites à ce que l'on nomme le martyrologe.

Au chapitre est lu le martyrologe du jour.

Nous voudrions donner ici à quelques exemples de saints moines ou moniales.

 

 

29 mai, Bienheureux Joachim de Flore

Né en Calabre, Joachim fut d'abord page à la cour de Roger de Sicile. Après un voyage en Terre Sainte, il se fit prédicateur ambulant. Il entra chez les Cisterciens de Sambucina, puis devint abbé de Corazzo en 1177. Il quitta sa charge et devint solitaire non loin de l'abbaye. En 1183, il s'installa à Flore avec quelques compagnons. La règle de vie qu'il rédigea était plus rigoureuse que celle des cisterciens, et en 1194 il se sépara pour créer l'Ordre de Flore. Les Constitutions furent approuvées par le pape Célestin III en 1196. On estime qu'il initia ainsi le premier mouvement de réforme que connut l'Ordre Cistercien dans sa longue existence.  l a aussi pris part aux querelles de son temps au sujet de la Trinité. Sa théologie trinitaire fut condamnée et jugée hérétique par le Concile de Latran IV en 1215, cependant, pour ses vertus et la qualité de sa vie monastique, Honorius III le déclara 'bienheureux' en 1223...

Joachim de Flore

28 mai, Lanfranc de Canterbury (✝ 1089)

Lanfranc naît à Pavie vers 1005, d'Hambald et Rosa. Il a deux neveux : Paul, abbé de St-Albans (1077-1093), et Lanfranc, abbé de Saint-Wandrille (1089-1091). Il fait des études de droit en vue de succéder à son père qui était conseiller au sénat de la ville. Mais on le retrouve ensuite en France vers 1035. En 1039, il est à Avranches où il ouvre une école de dialectique qui n'eut pas vraiment de succès ; il tente sa chance à Rouen. Mais d'échec en échec et marqué par une embuscade qu'il dut affronter durant un voyage, il veut se retirer du monde et vers 1042, il entre à l'abbaye Notre-Dame du Bec, fondée par Herluin. Face à bien des oppositions, il souhaite se retirer dans la solitude, mais l'abbé pour le garder en communauté, le nomme prieur de l'abbaye de 1045 à 1063 ; il ouvre une école au monastère. Il est envoyé par Herluin avec trois moines pour restaurer l'abbaye de Saint-Évroult, mais il rentre avant 1049 devant son échec.  Le théologien et la controverse avec Bérenger de Tours Bérenger de Tours, gravure d'Hendrik Hondius I, 1602. Il fonde alors l'école abbatiale en 1059, où il enseigne les arts libéraux1. L'école acquiert rapidement une réputation et attire des élèves comme Yves de Chartres, le futur pape Alexandre II et Anselme de Cantorbéry. Parallèlement, il se consacre à l'exégèse et à l'édition des textes des Pères de l'Église. Il compose des commentaires sur le Psautier, la Cité de Dieu d'Augustin d'Hippone et les Morales de Job de Grégoire le Grand. En 1049, Lanfranc prend également part à la controverse eucharistique : il s'oppose à Bérenger de Tours, qui soutient que la présence du Christ est purement symbolique. Lui-même est partisan de ce qui deviendra la doctrine de la transsubstantiation. Il est l'un des premiers à recourir aux catégories aristotéliciennes pour distinguer l’apparence (species) du pain et du vin de leur essence ou substance, qui selon lui est changée lors de la consécration. En 1050, il assiste au concile de Rome et au concile de Vercelli1, qui voit la condamnation de Bérenger. Il rencontre Bérenger à la fin de l'année à la cour tenue à Brionne1. Il est également présent au concile de Tours en 1055, où il continue à croiser le fer avec Bérenger. En 1059, la « présence réelle » est adoptée par l'Église catholique lors d'un autre concile tenu à Rome. Bérenger est de nouveau condamné et doit lire une rétractation. Vers 1063, Lanfranc rédige le De corpore et sanguine Domini1 en réponse au Scripta contra synodum de Bérenger, rétractation de sa rétractation de Rome.

Lanfranc participa au Concile de Reims présidé par le Pape Léon X. Il obtint ensuite la réconciliation entre Guillaume le Conquérant et l'Eglise. Guillaume avait été excommunié pour s'être marié avec Mathilde, sa cousine. En guise de réconcilaition, Guillaume, aidé de Lanfranc fonda deux abbayes à Caen : l'Abbaye aux Hommes ou Abbaye Saint Etienne, et l'Abbaye aux Femmes. En 1065 Guillaume nomma Lanfranc abbé de Saint Etienne. Lorsque Guillaume fut devenu roi d'Angleterre, en 1070, il appela Lanfranc et le nomma archevêque de Canterbury. Deux ans plus tard, Canterbury devenait siège primatial pour toute l'Angleterre. Guillaume le Conquérant mourut en 1087. Grâce à son ascendant, et à la demande de son ami, Lanfranc emporta l'adhésion de toute l'Angleterre pour que la couronne soit transmise à son second fils, Guillaume le Roux. Lanfranc mourut le 28 mai 1089. Il n'a jamais été béatifié officiellement, mais il reçut rapidement, tant en Angleterre que dans le monde bénédictin, le titre de Bienheureux. 

Lanfranc

27 mai, Saint Bede le Vénérable (✝ 735)

On disait de Bede qu'il était l'homme le plus savant de son temps. C'était un simple moine très stable dans son monastère d'Angleterre, à Jarrow.

Né vers 672 en Northumbrie, à Wearmouth. Il était orphelin. A sept ans, il fut confié à saint Benoît Biscop, abbé du monastère local pour son éducation. Le petit Bède trouve là sa vraie famille, la famille bénédictine. Quand il fut grand, l'abbé l'envoya fonder avec saint Ceolfrid l'abbaye-sœur de Jarrow. Il y demeura toute sa vie, réalisant en sa personne le modèle du moine bénédictin, partageant son temps entre le travail manuel (on dit de lui qu'il exerçait l'office de boulanger), l'étude et la prière. Son œuvre, qu'il appelle lui-même une compilation d'extraits des anciens (la bibliothèque de monastère était d'une richesse étonnante pour un nouveau monastère) est considérable: œuvres exégétiques, historiques, liturgiques, poétiques. Il fut le premier historien de l'Angleterre, des origines à l'année 731, et nul historien de l'Europe ne peut s'en passer. Il introduisit la connaissance des Pères latins dans ce pays et fut le premier auteur à s'être servi de l'anglais dans ses écrits. Son œuvre lui valut le surnom de vénérable. Sa mort fut humble et tranquille comme toute sa vie. La veille, il dictait encore, assis sur son lit, une traduction anglaise de l'évangile selon saint Jean. Il mourut paisiblement le 27 mai 735.

On peut citer parmi les œuvres de Bède le vénérable, sa Grande Chronique dont la chronologie servit de base à un calendrier universel, ou son Histoire ecclésiastique des peuples angles, qui fit de lui le père de l'historiographie anglaise. L'Eglise dont Bède fit le portrait se caractérisait par sa catholicité, sa fidélité à la tradition et son ouverture au monde, mais aussi par sa "recherche de l'unité dans la diversité..., par son apostolicité et sa romanité. C'est pourquoi Bède considéra-t-il capital de convaincre les diverses Eglises celtiques irlandaises et pictes de célébrer ensemble Pâques selon le calendrier romain". Bède fut aussi un "maître de premier ordre en théologie liturgique".  Grâce à un travail théologique intégrant Bible, liturgie et histoire, l’œuvre de Bède contient un message encore actuel pour les divers aspects de la vie chrétienne.

Les personnes consacrées doivent s'occuper de l'apostolat, "en collaborant à l'action pastorale des évêques en faveur des jeunes communautés et en s'engageant dans l'évangélisation". Pour le saint érudit le Christ attend "une Eglise active...qui défriche de nouveaux terrains de culture..., qui insère l'Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles". Il encourageait aussi "les laïcs à l'assiduité dans la formation religieuse...et leur expliquait comment prier de manière constante...en faisant de leurs actions une offrande spirituelle en union avec le Christ".

Saint Bede le Vénérable, Portrait d'André Thévet (1594)

26 mai, Saint Lambert de Vence ( ✝ 1154)

Lambert est né  à Bauduen près de Riez, dans une famille de petite noblesse de Provence. Sa mère meurt en couches et son père, exerçant le métier des armes, ne peut s'occuper de l'enfant. Lambert de Bauduen est donc confié aux moines du monastère Saint-Honorat de Lérins, à seize ans il devient moine de ce monastère.

Dit sérieux et volontaire, il est nommé évêque de Vence en 1114. Il restaure la cathédrale de sa cité épiscopale, la Cathédrale de la Nativité-de-Marie de Vence. Il réforme le chapitre cathédral et impose la vie en commun et la règle de Saint-Augustin aux chanoines.

On lui prête une grande humanité, Durant les quarante ans de son épiscopat, il se fit remarquer par l'austérité de sa vie et la douceur de ses relations, traitant ses clercs comme s'il avait été leur égal plutôt que leur supérieur. Il aurait soutenu des serfs contre les féodaux. Pour les libérer, Lambert préconise, du haut de la chaire, l'installation de moulins à eau. Il intervient à de nombreuses reprises comme pacificateur dans les conflits entre les seigneurs et les évêques de la région de Nice, son autorité est reconnue et acceptée par tous. Il fonde à Vence le premier hôpital de la cité destiné au soin des pauvres.

Saint Lambert meurt en mai 1154. Sa tombe dans la cathédrale porte l'inscription suivante: "Qu'il soit dit à celui qui ne le sait pas que l'évêque qui repose ici s'appelait Lambert, qu'il a apporté de nombreux bienfaits pendant chacune des 40 années où il gouverna ce siège (épiscopal), il ne s'est jamais laissé élever par les choses flatteuses ni courber par les choses pénibles. Que la source de la piété lui enlève tous ses péchés et que luise pour lui la lumière du perpétuel repos."

Le buste reliquaire de Saint Lambert de Vence

25 mai : Saint Gennade (✝ 925)

Saint Gennade était moine du monastère d'Ageo, en Espragne, lorsque, désireux de mener la  vie rémitique, il reçut la bénédiction de son abbé et se retira avec d'autres frères au monastère de San Pedro de los Montes. Déjà saint Fructueux avait choisi cet endroit pour s'y retirer. Lorsque Gennade y vint, il était déserté et il se livra avec ses compagnons à une véritable oeuvre de restauration. Il allait devenir l'abbé du lieu avec la bénédiction de l'évêque du diocèse d'Astorga où se trouvait le monastère. Un autre monastère fut fondé dans la montagne en l'honneur de saint André. Puis Gennade restaura aussi le monastère de Santiago de Pennalba. Finalement, Gennade fut élu-nommé évêque d'Astorga. Cependant, Gennade restait attaché à sa vocation monastique et fit restaurer le monastère de Santa Leocadia de Cabreria. L'abbaye de Castanera fut réformée aussi par lui. On dit qu'il y avait à cette époque dans le diocèse d'Astorga, jusqu'à 43 monastères, la plupart devant leur existence à Saint Gennade.

Après avoir consacré en tant qu'évêque l'église de son monastère de San Pedro, il se retira dans une solitude érémitique à Silentio au milieu d'autres ermites. C'est là qu'il mourut vers 925. Son corps a été transféré dans l'église de Santiago de Pennalba.

Astorga, Evêché et Cathédrale

Dans la salle du chapitre,

chaque jour la communauté entend un commentaire d'un chapitre de la Règle de saint Benoît (d'où son nom). La Règle est ainsi lue et commentée trois fois dans l'année.

Commentaire de la Règle de saint Benoît par les moines de Ligugé - Editions Saint-Léger http://saintlegerproductions.fr/Ecoute-la-regle-de-saint-Benoit/La-regle-de-saint-Benoit.html

29 mai

Ch 7, L'humilité - 4