La Règle S. Benoît
L'ancienne Salle du chapitre (12e siècle)

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Règle de saint Benoît

Dans la salle du chapitre, chaque jour la communauté entend un commentaire d'un chapitre de la Règle de saint Benoît (d'où son nom)

26 janvier


Chapitre 7 – De l’humilité (2)


Ainsi, frères, si nous voulons atteindre

le sommet de la plus haute humilité

et si nous voulons rapidement parvenir

à cette hauteur céleste

où l’on monte par l’humilité de la vie présente,

il nous faut dresser et gravir par nos actes

cette échelle qui apparut en songe à Jacob,

où il vit des anges descendre et monter.

Sans nul doute, cette descente et cette montée

ne se comprennent par nous,

comme rien d'autre que le fait qu'on descende par l'élèvement

et qu’on monte par l’humilité.

Or cette échelle dressée,

c’est notre vie en ce monde

que le Seigneur dresse vers le ciel

quand notre coeur est brisé.

Car à notre avis les montants de cette échelle

sont notre corps et notre âme.

Dans ces montants, l’appel divin a disposé,

pour nous les faire gravir,

les divers échelons de l’humilité pour une vie de disciple.


Saint Benoît dit bien qu’il y a deux dimensions inséparables dans notre vie : celle du corps et celle de l’âme. Ces deux dimensions toujours liées, doivent être travaillées l’une et l’autre. L’une n’a pas à être privilégiée sur l’autre. Le corps sans « animation » (c’est le même mot que « âme », anima) ne peut pas vivre, mais l’âme sans corps, n’a aucune signification, quoi qu’en aient dit les grecs et à leur suite, une certaine philosophie chrétienne. La qualité des mouvements conscients ou inconscients qui traversent notre existence s’enracinent dans un élan d’inspiration auquel il est important de se rendre accueillant et la qualité de disponibilité du corps, tout aussi bien que la qualité de son attention, de son écoute permettent ce déploiement. L’important pour que le corps et l’âme vivent harmonieusement dans ce même élan d’inspiration, c’est de ne pas croire que l’on en est soi-même le maître ; ils sont pris dans un ensemble complexe où tout est relié et qui nous précède. Ils nous appellent donc à l’humilité si l’on veut connaître l’épanouissement de notre vie et l’accomplissement d’une oeuvre qui va beaucoup plus loin que ce que nous en ferions nous-mêmes.


27 janvier


Chapitre 7 – De l’humilité (3)


Le premier degré de l’humilité, 

c’est que, posant toujours la conscience de la présence de Dieu sous ses yeux, 

on fuit l’oubli en toute chose,

et se souvenant de tout ce que Dieu a placé en premier, 

se rappelant sans cesse en son coeur 

comment le feu de la géhenne brûle 

ceux qui tiennent Dieu pour rien du fait de leurs péchés, 

et comment la vie éternelle est préparée pour ceux 

qui vivent en présence de Dieu.

Et, se gardant à tout instant des fautes et des défauts, 

ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds 

et de la volonté trop personnelle, 

mais aussi des désirs de la seule condition présente, 

l’homme pensera que, des cieux, 

Dieu pose toujours son regard sur lui ; 

que ses actions, en quelque lieu que ce soit, 

sont sous le regard de la divinité 

et que les anges les lui annoncent à tout instant.


Le Prophète nous en donne la preuve, 

lorsqu’il nous montre Dieu toujours présent à nos pensées, en disant : 

« Dieu tu scrutes les reins et les coeurs » ;

et de même : « le Seigneur connaît les pensées des hommes » ;

il dit encore : « De loin tu as pénétré mes pensées » ;

et : « La pensée de l’homme te célébrera. »

Pour être vigilant sur les pensées négatives, 

le frère utile répétera sans cesse en son coeur : 

« Je serai sans tache devant lui 

quand je me garderai de mon manque de justesse. »


L’art des arts pour bien vivre, c’est d’être conscient que l’on n’est pas seul au monde, mais que tout est relié dans le visible et dans l’invisible et fondé dans l’intime de chacun de nous. C’est l’expérience d’une présence à la Présence ; cette Présence en laquelle tout s’origine, tout se meut, tout advient. Cette Présence qui se tient en nous comme une conscience profonde nous connectant à la source de notre être : ce que les anciens nomment le coeur et les reins, lieu de fécondation, de maturation, de croissance avant l’éclosion en pensées et en actions. A la base de toute sagesse, il est nécessaire de cultiver cet art des arts qu’est la présence à la Présence dans le silence. C’est le premier degré de notre enracinement dans le bon humus de notre humanité, c’est à dire dans l’humilité.


28 janvier


Chapitre 7


De l’humilité (4)


Quand à faire notre volonté trop personnelle,

l’Écriture nous l’interdit

quand elle nous dit : "Mets tes volontés à distance."

De même nous demandons à Dieu dans l’oraison

que sa volonté soit faite en nous.

C’est donc à juste titre qu’on nous enseigne

à ne pas faire notre volonté,

si nous prenons garde à ce que nous dit la sainte Écriture :

"Il y a des voies que les hommes considèrent comme droites,

mais qui sombrent dans les profondeurs de l’enfer."

Et si nous craignons cette parole à propos des négligents :

« Ils sont devenus corrompus et abominables dans leurs volontés. »

Dans les désirs de cette vie,

croyons que Dieu nous est toujours présent,

puisque le Prophète dit au Seigneur :

  • Tout mon désir est devant toi. »


Notre rapport à la volonté est positif en soi. Notre volonté nous permet de réaliser ce qui nous tient à coeur et pour lequel nous nous mobilisons. Mais ce qui est pointé ici, c’est le fait d’exercer sa volonté d’une manière auto-centrée, sans liberté aucune, esclave d’elle-même, enfermée sur elle-même, sans aucune ouverture, aucune écoute ni en amont, ni en aval. Lorsque la volonté s’origine ainsi en elle-même et se déploie pour elle-même, sans perspective d’ouverture, elle est stérile et même blessante pour soi-même et pour autrui. La volonté qui nous est proposée selon Dieu est une volonté reçue et partagée dans un même élan de construction. Cela ne peut être que positif et amène à de grandes réalisations alors que l’inverse mène directement à un enfermement qui est proprement asphyxiant.


29 janvier


Chapitre 7


De l’humilité (5)


Ainsi prenons garde du désir mauvais, 

car la mort est postée à l’entrée de la complaisance en soi.

D’où l’ordre de l’Ecriture qui dit : 

« Ne suis pas tes bouillonnements. »

Si les yeux du Seigneur considèrent les bons et les méchants,

et si le Seigneur pose constamment du haut du ciel ses regards 

sur les fils et les filles de l’humanité pour voir 

s’il en est un de sensé qui cherche Dieu,

et si les messagers qui nous sont délégués 

annoncent quotidiennement au Seigneur, 

de jour comme de nuit, nos faits et gestes,

il faut donc, frères, prendre garde à tout instant, 

comme dit le Prophète dans le psaume, 

que Dieu ne nous voie à un moment quelconque 

décliner dans le mal, devenir inutiles,

et, que, nous ménageant en ce monde-ci, 

parce qu’il est bon et qu’il attend de nous changions en mieux, 

il ne nous dise plus tard : 

« Tu as fait cela et je me suis tu. »


L’important dans notre vie est donc d’être attentif au désir profond et non pas à la multiplicité des désirs multiples qui traversent nos images mentales. Plonger dans ce désir profond et y demeurer avec une conscience aiguë d’un moteur qui précède encore ce  désir et qui porte le nom de Dieu. Ainsi fondés, nous pourrons aller de l’avant sans crainte.


30 janvier


Chapitre 7 


De l’humilité (6)


Le second degré d’humilité 

c’est si on n’aime pas sa volonté uniquement personnelle, 

on ne se délecte pas dans l’accomplissement de ses seuls désirs

mais on imite par des actes cette voix du Seigneur qui dit : 

« Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, 

mais la volonté de celui qui m’a envoyé. » (Jn 6, 38)

De même l’Ecriture dit : 

« La volonté complaisante porte sa peine 

et la nécessité confère la couronne. »


Pour faire positivement la volonté d’un autre en vue du bien de tous, il faut pouvoir se disposer au dépouillement et à la disponibilité intérieure. De cette manière, on peut rejoindre ce moteur essentiel de volonté et de désir situé au tréfonds de nous-même. S’enfermer dans sa volonté immédiate, extérieure et mentale s’est se vouer à la peine. Alors que s’ouvrir à une volonté plus profonde qui nous précède et que l’on peut saisir dans le grand silence de la profondeur, nous conduit, à travers les épreuves de cette vie, à la couronne de l’amour.



31 janvier


Chapitre 7 


De l’humilité (7)


Le troisième degré de l’humilité, 

c’est de se mettre sous un plus grand que soi 

avec une écoute attentive pour l’amour de Dieu, 

en imitant le Seigneur dont l’Apôtre dit : 

« Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. » (Ph 2, 8)


L’attention à la volonté qui nous précède entraîne une mise en oeuvre concrète sinon ce n’est pas une vraie écoute. Une écoute qui ne débouche pas sur une adaptation concrète, n’est pas une vraie écoute. Le Christ a vécu cela d’une manière totale : il a été au milieu de tous comme la vivante parole de Dieu, mise en oeuvre en permanence. C’est sur ce chemin que nous avons à le suivre, jusqu’au bout de notre vie.