L'ancienne Salle du chapitre (12e siècle)

Entretiens sur

la Règle de saint Benoît

Dans la salle du chapitre, chaque jour la communauté entend un commentaire d'un chapitre de la Règle de saint Benoît (d'où son nom).

Fr Jean-Pierre propose ici une présentation approfondie de la Règle de saint Benoît

Entretiens sur la Règle 4

Entretiens sur la Règle 3. La Règle et son auteur : vue d'ensemble

Entretiens sur la Règle de saint Benoît 2 : Le but de ces entretiens

Entretien  1 : Présentation générale

https://www.youtube.com/watch?v=AdMS9hcULtY

1er mai, Règle de saint Benoît, Ch 73, Toute la pratique de la justice n'est pas contenue dans cette Règle

Nous avons écrit cette Règle, afin qu’en l’observant dans les monastères nous fassions preuve d’une certaine honnêteté de mœurs, ou du moins d’un commencement de vie religieuse. Pour celui qui aspire à la vie parfaite, il y a les enseignements des saints Pères, dont l’observation conduit l’homme au sommet de la perfection. Quelle est en effet la page, quelle est la parole d’autorité divine dans le Premier et le Nouveau Testament, qui ne soit une règle toute droite pour la conduite de notre vie ? Ou encore, quel est le livre des saints Pères catholiques qui ne nous enseigne le droit chemin pour parvenir à notre Créateur ? En outre, les Conférences des Pères, leurs Institutions et leur Vies, comme aussi la Règle de notre père saint Basile, que sont-elles pour les moines qui vivent et obéissent comme il faut, sinon des instruments de vertus ? Pour nous autres relâchés, médiocres et négligents, il y a là de quoi rougir de confusion. Qui que tu sois donc, qui te hâtes vers la patrie céleste, accomplis, avec l’aide du Christ, cette ébauche de Règle écrite pour des débutants. C'est alors aux sommets de doctrine et de vertu évoqués plus haut que, sous la protection de Dieu, tu parviendras. Amen.

Benoît présente sa Règle comme une ébauche écrite pour des débutants. Il dit qu'en l'observant, on pourra parvenir à une vie qui fasse preuve d'une certaine honnêteté de conduite ! Et il renvoie aux écrits des Pères de l'Eglise et des Pères monastiques pour aller plus loin.

En fait, la Règle de Benoît condense de manière admirable toute la tradition antérieure tant du point de vue théologique que monastique. Si bien que malgré la mondestie dont fait preuve son auteur, il termine tout de même en disant qu'en accomplissant cette Règle, on parviendra aux cîmes de la théologie et de la conversion monastique par la grâce de Dieu. Ce "tu parviendras" qui termine le Règle est une espérance ouverte à laquelle volontiers, on aime répondre Amen.

30 avril, Règle de Saint Benoît, Ch 72, Le bon zèle que doivent avoir les moines

Comme il y a un zèle mauvais et amer, qui sépare de Dieu et conduit à l’enfer : de même il y a un bon zèle qui sépare des vices, et conduit à Dieu et à la vie éternelle. Les moines s’exerceront donc à ce zèle avec un très fervent amour . Ils se préviendront d’honneur les uns les autres [ Rm 12, 10 ] ; se supporteront avec une extrême patience dans leurs infirmités, tant physiques que morales, et s’obéiront à l’envi. Nul ne recherchera ce qu’il juge lui être utile, mais plutôt ce qui l’est aux autres. Ils s’accorderont une chaste charité fraternelle ; craindront Dieu avec amour, et aimeront leur Abbé d’une charité humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ, lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle !

Le zèle dont il est question ici est cet élan de vie qui donne l'impulsion pour agir. Il s'avère mauvais lorsqu'il est réduit par captation auto-centrée, il est bon lorsqu'il est libre et se diffuse en "très fervent amour".

Cela se traduit concrètement par un honneur mutuel, par une grande patience face à nos limites respectives, par une écoute profonde qui met en mouvement. Ce bon zèle permet de ne pas être enfermé sur soi mais de considérer aussi et d'abord ce qui est bon pour les autres, il se traduit par une relation fraternelle marquée par un amour de proximité mais sans captation aucune. Il est reconnu comme venant de Dieu et chasse dehors la crainte ; il passe par une expression de douceur et de sincérité à l'égard du responsable de la communauté. Finalement il s'enracine dans le Christ auquel rien ne peut être préféré. Et ainsi, tous ensemble, nous parviendrons au but, le partage de la vie divine dans la communion du Corps du Christ.