"A vin nouveau, outres neuves"

P. Armand Veilleux

3 décembre


Deux questions sont traites assez longuement, celle du service de l’autorité et celle des modèles relationnels anciens et nouveaux. Le document de la Congrégation se termine par une série de conseils concernant l’exercice de l’autorité dans les Chapitres et les Conseils. Nous avons, dans nos communautés et dans nos Congrégations et Ordres monastiques, une longue expérience en ce domaine. Notre défi est peut-être, tout en utilisant les moyens que peuvent nous apporter les sciences humaines, de nos souvenir sans cesse, ce que nous rappelle sans cesse François, que non seulement l’Église universelle, mais chaque Église locale, et donc aussi chaque groupe de personnes réunies au nom de Jésus-Christ, est «peuple de Dieu» et donc «infaillible dans sa foi, dans le mesure où il est et demeure «peuple de Dieu».


En ce domaine de l’exercice de l’autorité, nous faisons pace, de nos jours, à de graves problèmes de société. Il y a en ces domaines une transformation culturelle en cours, presque à l’échelle mondiale. On pourrait mentionner, comme un indice entre beaucoup d’autre le virement à droite lors des élections civiles dans un grand nombre de pays. Qu’on pense aux élections récentes en Italie et plus récemment au Brésil. Par ailleurs, certains analystes parlent désormais de l’ère des autocrates et considèrent que nous entrons dans une période de post-démocratie.


En ces domaines notre défi est de bien voir dans quelle mesure nos communautés sont influencées négativement par les éléments négatifs de cette transformation culturelle en cours et dans quelle mesure nous pouvons avoir une influence positive dans cette évolution culturelle.


Que conclure?


Je dois confesser que je suis assez mal-à-l’aise avec les premières phrases de la conclusion du document de la Congrégation. Je cite: «Dans la vigne du Seigneur, en ces dernières décennies d’aggiornamento conciliaire, les consacrés et les consacrées ont travaillé avec un engagement généreux et audacieux. Maintenant c’est le temps de la vendange et du vin nouveau, le temps de presser avec joie des raisins et de recueillir le jus avec diligence dans les outres adaptées…


C’est beau. Peut-être trop beau.


Je préfère la conclusion de Laudato sì, où François nous montre le vin nouveau non pas comme le fruit de nos efforts des dernières années, mais comme un fleuve de vin toujours nouveau qui coule depuis vingt siècles. Je cite: «(nº 216): La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité… La conversion écologique requise pour créer un dynamisme de changement durable est aussi une conversion communautaire.

220. Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite [...] et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 3-4). Cette conversion implique aussi la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les

autres êtres de l’univers une belle communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres.


«Conversion communautaire» … quelle belle expression de la vie cénobitique!


Dietrich Bonhoeffer, dans son admirable petit livre sur la Vie communautaire, écrit en prison, disait que lorsque nous essayons de construire la communauté, cela résulte en fiasco. La communauté ne se construit pas, elle se reçoit comme un don.


De même, les outres neuves dont nous avons besoin pour recevoir notre eau changée en vin, ne peuvent être notre œuvre. Nous ne pouvons que les recevoir comme un don, tout comme le vin.




2 décembre


Le deuxième chapitre du document «À vin nouveau outres neuves»touche un certain nombre de questions et de problèmes que nous constatons parfois – ou souvent, selon les cas – dans la vie religieuse aujourd’hui et que nous rencontrons aussi dans nos communautés monastiques. Plusieurs de ces questions ont été traités dans d’autres documents de la Congrégation. Ces questions sont réelles et y trouver des solutions est une question de fidélité à notre vocation.


Ainsi, le troisième chapitre du document porte, comme titre:«préparer des outres neuves». En réalité, ce chapitre comporte des directives assez élaborées dans le but de permettre aux communautés religieuses de répondre aux situations encore en souffrance mentionnées dans le chapitre 2. Il y est question des départs après l’engagement définitif, de la crise de foi dont ces départs sont souvent la conséquence et des diverses questions qui y sont reliées. On y traite, dans ce contexte, de la question de l’intégration de plusieurs cultures au sein d’une même communauté. En ce domaine, les communautés monastiques ont sans doute une longue expérience, assez bien réussie en général, à partager.


Plusieurs autres défis sont énumérés, et traités quelque peu, sans qu’il n’y ait cependant de lien logique entre eux: le choix des méthodes de formation, où nos Ordres ont en général assez bien investi ; la question de la réciprocité homme-femme, que nous vivons de façons différentes selon les Congrégations ou Ordres.



1er décembre


Le vin nouveau par excellence, c’est le message de Jésus de Nazareth. D’une part, en particulier dans ses paraboles, Jésus nous a fait connaître qui est vraiment notre Père commun, puis il n’a cessé d’appeler ses disciples à faire la vérité, à vivre dans la simplicité du cœur, refusant toute forme de duplicité ou de compromis. Et il a aussi invité ses disciples à des prises de position radicales, par exemple: «Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as… etc.» «Celui qui ne renonce pas à son père, sa mère…. à lui-même, ne peut être mon disciple», «Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive». C’est lorsque des hommes et des femmes, dès la première génération chrétienne, décidèrent d’adopter comme mode permanent de vie, ces appels radicaux de Jésus, et qu’il trouvèrent dans la culture religieuse de leur temps des expressions culturelles adaptés, -- c’est alors qu’est né l’ascétisme chrétien primitif, qui, après un processus de discernement au sein du peuple de croyants, recevra le nom de monachisme.


La première question qui nous est posée est: Ces mêmes appels radicaux de Jésus sont-ils toujours au cœur de notre vie monastique collective? – Et la réflection suivante est: Le monachisme primitif est la première forme d’inculturation, c’est-à-dire de la rencontre du message radical de Jésus, avec des éléments ascétiques de la culture religieuse contemporaine. Sommes-nous ouverts à ce que la rencontre de formes contemporaines de recherche spirituelle avec le même donné évangélique produise des expressions différentes et nouvelles du charismemonastique?


L’inspiration première de Vatican II a été la conviction qu’avait Jean-XXIII que l’Église existait non pas pour elle-même mais pour le monde. Dans son discours d’ouverture du Concile, il a invité l’Église à s’ouvrir au monde. (J’ai eu la grâce d’être sur la Place Saint Pierre lorsque Jean XXIII a prononcé ce discours d’ouverture du Concile). Cette notion d’ouverture de l’Église au monde a été parfois critiquée, sinon ridiculisée. Le sens que lui donnait Jean XXIIIétait pourtant profondément évangélique. C’est le même appel qu’adresse à l’Église d’aujourd’hui le pape François lorsqu’il l’appelle à sortir de son autoréférentialité pour porter le message de l’amour évangélique au peuple au sein duquel elle vit et auquel elle est envoyée. Lumen Gentium, en présentant l’Église comme la manifestation visible du mystère de Dieu et de son désir de salut de tous les hommes a situé la vie religieuse au cœur de cette manifestation sacramentelle de l’amour de Dieu à travers la communion. Malheureusement, nos efforts de renouveau depuis le Concile, si sérieux qu’ils aient été, comme le reconnait le texte de la Congrégation, se sont peut-être trop uniquement attachés à rénover nos structures, à changer la peau des outres. François nous appelle aujourd’hui à aller au-delà, en nous rappelant sans cesse la mission d’aller vers les périphéries. Un grand effort de réflexion et de conversion nous reste à faire pour découvrir d’une façon plus claire ce que signifie pour les moines, aller vers les périphéries (intérieures aussi bien qu’extérieures). Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus radical que d’inventer de nouvelles formes d’apostolat pour répondre à de nouvelles situations sociologiques, ou de participer à des campagnes de sensibilisation sur les problèmes écologiques.




28 novembre



"A vin nouveau, outres neuves !"

par le P. Armand Veilleux de l'Abbaye de Scourmont (Belgique)


Le document de la Congrégation pour Instituts de Vie Consacrée et des Sociétés de Vie Apostolique (CIVCSVA) qui reprend ce titre, se veut un ensemble d’orientations ou de «directives» résumant le travail de l’Assemblée Générale du dicastère tenue en novembre 2014. La vie consacrée à 50 ans de Lumen Gentium et de Perfectae Caritatis». Il y a déjà dans cette formulation un point de contact avec la pensée du Pape François. Dès le début de son pontificat, dans le document dans lequel il proclamait l’année de la Vie consacrée, il rattachait le renouveau de celle-ci aussi bien à Lumen Gentium qu’à Perfectae Caritatis.


Cela n’est pas sans importance.


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Comme vous le savez, durant la préparation du Concile, une Constitution conciliaire de caractère théologique sur la vie consacrée avait d’abord été prévue. Elle connut plusieurs versions successives, privilégiant chacune un nom différent : vie religieuse, état de perfection (status perfectionis adquirendae), vie consacrée... Finalement, le désir de Paul VI de limiter le nombre des sessions du Concile fit abandonner ce projet. Un chapitre fut ajouté à la Constitution sur l’Église, le chapitre VI, précédé par un chapitre sur l’appel de tous les chrétiens à la sainteté. Ainsi la vie consacrée était replacée au cœur du peuple de Dieu comme l’une des façons de réaliser l’appel universel à la sainteté. Quant au décret Perfectae caritatis, il suppose cette théologie de la vie religieuse, et donne quelques directives pour réaliser un renouveau – aggiornamento – des Instituts religieux. Si l’on recherche la théologie de la vie consacrée à Vatican II, il faut la chercher d’abord dans Lumen Gentium plutôt que dans Perfectae Caritatis.


L’expression «à vin nouveau, outres neuves» est évidemment empruntée au logion de Jésus en Marc, 2, 22. L’image est belle, mais son application à la réalité concrète n’est pas facile. Je dois avouer qu’en lisant ce document de la CIVSVA, j’ai eu souvent de la difficulté à voir ce que les auteurs du document considéraient comme outres et ce qu’ils considéraient comme vin. De toute façon, une application littérale et donc fondamentaliste des divers aspect de cette figure littéraire ne peut que conduire à des impasses. Le document, par exemple, ne propose pas de sens pratique à la dernière phrase de Jésus « Celui qui a bu du vieux vin ne veut pas goûter au nouveau.»


De toute façon, le document se veut, dans un premier temps, une sorte d’appréciation générale de l’évolution de la vie consacrée depuis Vatican II. Il propose ensuite quelques directives pour la poursuite de la mise en pratique du Concile. Le texte est donc divisé en trois chapitres. Le premier fait une sorte d’évaluation des nouveaux chemins pris par la vie religieuse depuis Vatican II. Le deuxième fait l’inventaire des défis encore à relever. Enfin le troisième chapitre essaie de donner quelques directives sur la préparation de nouvelles outres.


Le logion de Jésus parlant de la vigueur du vin nouveau mais aussi de la saveur du vieux vin, ainsi que de la nécessité de mettre le vin nouveau dans de nouvelles outres et de ne pas risquer de perdre et le vin et les outres en ne respectant pas le caractère de chacun. C’est certes une belle image, dont on pourrait tirer beaucoup de leçons dans une homélie. Mais, personnellement, je crois qu’avoir voulu structurer une réflexion sur le passé, le présent et l’avenir de la vie consacrée autour de cette image n’a pas été un choix très heureux. En lisant – et relisant – le texte, je me demandais sans cesse quand les auteurs parlaient du contenu et quand ils parlaient du contenant – autrement dit, quand ils parlaient du vin nouveau ou ancien et quand ils parlaient des outres nouvelles ou anciennes.


De toute façon, même si l’on ne retrouve pas dans ce document le même souffle et la même cohérence que nous trouvons dans Laudato sí, -- probablement parce qu’il a eu plusieurs auteurs et plusieurs versions provisoires -- nous y trouvons un bon nombre d’analyses qui sont sans doute justes et d’exhortations ou directives qui sont sans doute à prendre en sérieuse considération. Et la question qui est l’objet de notre rencontre d’aujourd’hui est: quel défi ce texte pose-t-il à la vie monastique, ou comment peut-il servir à «revitaliser» notre vie, selon le titre qui m’a été suggéré pour cet entretien.

16 novembre


L'autorité aujourd'hui (suite)


II. Moyens


Abbé


Le nom de fonction du responsable du monastère est “Abba”, Père. Il doit être au milieu de ses frères comme une icône du Christ qui a dit: “Qui me voit, voit le Père”; mais loin de lui donner une autorité absolue, ce titre impressionnant doit lui faire prendre conscience de l’enjeu de sa tâche et lui rappeler qu’il aura à rendre compte au Christ lui-même, de son enseignement et de la manière dont l’Evangile aura été vécu par tous dans le monastère.

Pour cela, saint Benoît demande à l’Abbé de bien connaître le trésor de la Révélation divine, afin d’y puiser les choses anciennes et nouvelles. L’Abbé est appelé à enseigner autant par ses paroles que par ses actes, et même plus encore par ses actes: ainsi se montre-t-il cohérent avec ce qu’il enseigne; on pourra s’appuyer d’une manière sûre sur sa parole.

Mais par ailleurs l’abbé doit s’adapter à chacun et agir avec beaucoup de discernement, “considérant combien est difficile et ardue la charge qu’il a reçue de conduire les âmes et de s’accommoder au tempérament de chacun… Il doit donc se proportionner et s’adapter aux dispositions et à l’intelligence de chacun, en sorte que non seulement il ne souffre pas de dommage dans le troupeau qui lui est confié, mais qu’il ait à se réjouir dans l’accroissement de ce bon troupeau.”

Dans les règles monastiques plus récentes, la relation au responsable comporte une dimension plus horizontale, plus fraternelle. Le ou la responsable est considéré(e) comme le premier, la première parmi les frères, les sœurs, d’où le nom de Prieur(e). Cependant, il me paraît important de ne pas trop minimiser l’aspect de point d’appui très repérable que représente cette responsabilité: on sait bien qu’aujourd’hui la tentation de démission est grande par rapport au rôle que représente le pôle paternel. La Règle de saint Benoît comporte un chapitre intégrant les deux aspects, vertical et horizontal, d’une manière très juste: il s’agit du chapitre 68, “Si l’on enjoint à un frère des choses impossibles”. Il y a écoute, il y a débat, il y a partage, mais aussi décision ferme et assurance spirituelle, le bien de l’obéissance envers le Christ restant le meilleur moyen de se tenir sur une voie juste par rapport à soi-même.



L’Abbé et la communauté


Le responsable n’est jamais seul. D’une manière très judicieuse, saint Benoît précise que l’abbé doit tout faire avec conseil, “il ne s’en repentira pas”, précise-t-il, reprenant le Livre du Siracide. Il insiste pour que chacun ait sa place et dit même que souvent le Seigneur révèle au plus jeune ce qu’il y a de mieux à faire.

Mais une fois qu’il aura entendu l’avis de tous, le responsable examinera la chose en lui-même et fera ensuite ce qu’il aura jugé le plus utile.

Il faut s’arrêter un peu sur cette proposition car elle ne correspond guère à nos réflexes. En effet, il ne s’agit pas d’un fonctionnement uniquement hiérarchique, ni non plus un fonctionnement uniquement “démocratique”. C’est un équilibre très savant entre les deux qui permet à chacun de se positionner en toute justesse: tous peuvent s’exprimer mais il revient à celui qui préside la communauté d’assumer la part de responsabilité qui est la sienne. Il n’y a rien de pire que l’indécision sinon évidemment, l’absence d’écoute.

Une fois la décision prise, tous sont invités à s’y ranger dans l’élan de la bonne obéissance.


17 novembre



Le Conseil


Le Conseil est un organe intermédiaire qui permet de tempérer les décisions, de mieux les éclairer, d’approfondir les situations. Le Conseil est bien celui de l’Abbé, ce n’est pas une instance représentative de la communauté pour faire contrepoids à l’autorité de l’Abbé. C’est un lieu où l’on a l’occasion d’approfondir plus en détails les questions et problèmes qui surgissent dans la vie de la communauté ou plus largement. Le droit règle les points sur lesquels le Conseil ou le Chapitre doivent se prononcer par vote, mais d’ordinaire, le Conseil et le Chapitre éclaire simplement les décisions de l’autorité.

Il y aurait sans doute à approfondir les manières dont fonctionnent les réunions de Conseils et de Chapitre dans nos communautés. L’équilibre n’est pas facile à trouver entre discuter de tout à l’infini et prendre des décisions après conseils sans s’étendre trop pour ne pas sacrifier un temps précieux donné à la vie de prière et au travail.

Lorsque les décisions sont prises d’une manière claire, on voit mieux sur quel terrain bâtir. Tout le problème est de savoir quelle relation on veut avoir avec l’obéissance.



18 novembre


Obéissance


Une première lecture des Règles anciennes concernant l’obéissance dans la vie religieuse aurait de quoi inquiéter. On lit effectivement dans la Règle de saint Benoît: “Dès que le supérieur a commandé quelque chose, les moines ne peuvent souffrir d’en différer l’exécution, tout comme si Dieu lui-même en avait donné l’ordre” (5, 4). Je pense que ce genre d’affirmation, mal comprise, peut avoir de graves conséquences dans des groupes n’ayant pas l’expérience ou la maturité suffisantes pour en juger avec à-propos.

De quoi s’agit-il? De permettre à quelqu’un de se libérer d’une volonté tyrannique de repli sur soi. Tout parent, tout éducateur est confronté à ce problème. Il ne s’agit donc pas de retirer à quelqu’un l’exercice libre de sa volonté, ce qui serait purement et simplement criminel, mais de lui permettre de se rendre libre par rapport à l’exercice de sa volonté tout entière orientée vers le bien de l’autre et de soi-même. Cette dimension de l’itinéraire spirituel est enracinée dans la vie même du Christ et c’est pourquoi saint Benoît organise ce chapitre autour de trois citations du NT: “Qui vous écoute m’écoute” (Lc 10, 16); “Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais celle de celui qui m’a envoyé” (Jn 6, 38) et “Etroite est la voie qui conduit à la vie” (Mt 7, 14).


L’obéissance au Christ par la mise en œuvre de sa Parole (5, 1-9).

Cette obéissance “est propre en effet à ceux qui n’ont rien de plus cher que le Christ” (5, 2). Elle consiste en l’écoute de la Parole du Christ. L’Abbé est là pour favoriser l’écoute et permettre aux moines de répondre concrètement à la Parole du Christ.

La qualité de notre obéissance dépend de notre fréquentation du Christ: fréquenter le Christ en tout temps, être avec lui, prendre conscience de sa présence permanente, de ses appels, tel doit être un des buts premiers de la vie monastique. Cet attachement et cette fréquentation du Christ permettent d’actualiser le service sacré que les moines ont voué: ils ne sont pas là simplement parce que cela leur plaît ou parce qu’ils s’y sentent plus à l’aise qu’ailleurs, ils sont là parce qu’ils y ont été appelés pour un service saint, celui du Christ.

Le service est ce qui caractérise la vie du disciple, à l’exemple du Christ. La vie chrétienne n’a de sens que si elle est un service d’amour auquel le Christ appelle en permanence, à sa suite.


La voie étroite de l’obéissance

L’obéissance au Christ ne peut se réduire à l’exécution d’un commandement moral dans la vie présente. Le service du Christ introduit le chrétien dans la vie même du Dieu éternel. Suivre le Christ jusqu’à l’extrême dans l’obéissance de l’amour, c’est être libéré des passions et des vices pour partager la vie bienheureuse du Père qui se livre en son Fils lequel, de toute éternité et dans son Incarnation, ne cesse de “se rendre” au Père dans leur commun Esprit qui est amour.

Ainsi, “ceux qui sont pressés de monter à la vie éternelle” (RB 5, 10) peuvent vraiment obéir. Car ils désirent “saisir la voie étroite de laquelle le Seigneur a dit: ‘Etroite est la voie qui conduit à la vie.’” (RB 5, 11).

L’obéissance décrite comme la voie étroite du salut, fait du moine le successeur des martyrs. L’obéissance est un martyre non sanglant.

La tradition qui fait des moines les successeurs des martyrs a pu être abusive. Et au nom de cette tradition, l’exercice de l’obéissance a donné lieu parfois à de nombreuses aberrations, le Père spirituel donnant par exemple, des ordres insensés à son disciple ou systématiquement contraires à sa volonté, de manière à lui permettre de vivre un commencement de renoncement. Saint Benoît se fait plus modéré, mais il retient cependant l’idée d’une obéissance qui entraîne vers le suprême témoignage à l’exemple du Christ.


L’obéissance du Christ.

Voici donc la troisième citation scripturaire de ce chapitre sur l’obéissance: “Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé”. C’est le Christ lui-même qui, en chaque fidèle, vit l’obéissance qu’il rend à son Père jusqu’à la mort et la mort de la Croix. Cela est impossible pour les seules forces humaines mais rien n’est impossible pour Dieu.

Pour obéir, il est donc nécessaire d’opérer le passage de l’écoute et de l’obéissance extérieures à une obéissance de disponibilité intérieure à l’action du Christ en nous par le travail de l’Esprit. C’est l’obéissance de la foi: il ne peut y avoir d’obéissance vraie et fructueuse que théologale.

Cette obéissance de communion et d’amour dans le Christ est ce qui vient guider en chaque homme l’eros de ses désirs pour vivre dans la liberté de l’Esprit afin de retourner au Père avec le Christ.


Ainsi la vie monastique peut porter des fruits merveilleux lorsque les moines se situent dans cette juste perspective. La communauté peut être un groupe humain stimulant pour chacun de ses membres et pour ceux qui l’approchent. C’est un long chemin spirituel qui touche toute la personne et qui demande patience et constante réalimentation du désir.

Faut-il préciser que cette manière d’approcher une des dimensions du rapport à l’autorité demande de part et d’autre intelligence et finesse…

Proposé par Fr. Jean-Pierre

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