Saints et saintes

de la Famille monastique

au jour le jour

On imagine volontiers les moines et les moniales à l'intérieur de leurs cloîtres fidèlement concentrés sur la Parole de Dieu, la liturgie et les quelques travaux manuels qui leur permettent de gagner leur vie.

Mais à y regarder de près, l'histoire monastique montre à quel point il y a mille manières d'être fidèles à une telle vocation. Les quelques figures présentées ici le montre avec éloquence.

4 juillet,

Vénérable Bernardo de Vasconcelos

bénédictin poète et mystique portugais (✝ 1932)

 

Le portugais Bernardo de l'Annonciation (Bernardo de Vasconcelos), poète et mystique bénédictin (1902-1932) Bernardo Vaz Lobo Teixeira de Vasconcelos, connu comme sous le nom de Frei Bernardo de Vasconcelos ou Frei Bernardo da Anunciada, est un poète mystique et moine bénédictin de Singeverga qui a laissé une œuvre poétique importante. Il est l'auteur de plusieurs livres dont 'Cântico de Amor' (Chant d'amour) publié le jour de sa mort âgé de moins de 30 ans...

2 juillet,

Saint Colomban, Abbé de Luxeuil et de Bobbio (✝ 615)

 

Né dans le Leinster en 543, il entra vers ses 20 ans au monastère de Bangor. La vie monastique qu'il y suivit et l'exemple de l'abbé Comgall forgèrent la conception du monachisme qu'il fixa et diffusa plus tard.

Vers 580, saint Colomban quitta l'Irlande en compagnie du futur saint Gall et parcourut l'Europe Occidentale, entre Meuse et Rhin et jusqu'en Germanie, accepté, refusé, repoussé, mais toujours fondateur d'abbayes dont le rayonnement sera l'un des éléments les plus dynamiques de l'évangélisation durant l'ère mérovingienne.

Il menait la vie dure à ses moines par une règle austère, mais grâce à cela bien des saints y ont trouvé le chemin de leur sainteté : saint Donat de Besançon, saint Faron de Meaux, saint Babolin de l'abbaye de Saint Maur des Fossés près de Paris, saint Omer de Thérouanne, saint Desle de Lure, saint Romaric de Remiremont, saint Wandrille, saint Achaire, saint Amand, saint Philibert, saint Valéry, etc...

Le plus célèbre de ses monastères est sans aucun doute celui de Luxeuil dans la Franche-Comté où affluèrent des moines francs, gaulois et burgondes. Un monastère qui, pendant deux siècles, fut le plus grand centre de la vie monastique en Occident. En 610, il dut fuir la Gaule où la cruelle reine Brunehaut le poursuivait parce qu'il lui reprochait ses vices et ses crimes. Il avait envisagé de retourner en Irlande et, pour cette raison, nous le trouvons à Nantes. Obligé de revenir sur ses pas, il traverse les Alpes et se réfugia à Bobbio en Emilie-Romagne où il fonda son dernier monastère. Il y mourut en 615. La règle monastique originale qu'il avait donnée à ses monastères fut très influente dans l'Europe pendant deux siècles.

Abbaye de Luxeuil

1er juillet,

Saint Thierry abbé près de Reims (✝ 533)

 

Thierry était le fils du seigneur Marcard, un seigneur qui était aussi un bandit de grand chemin. Mais le fils du seigneur devait être marié et c'est le jour de son mariage que Thierry se rendit compte qu'il avait la vocation religieuse. Sa femme ne voulut rien entendre de cette décision d'entrer au couvent. Ils consultèrent saint Rémi qui défit ce mariage non consommé. Remi garda Thierry comme clerc et l'épouse revint dans sa famille. Dans la suite, il fonda le monastère du Mont d'Hor près de Reims. Thierry en fut le premier abbé et eut la joie de voir son père qui s'était converti le rejoindre dans la vie monastique. 

30 juin

Saint Georges l'Hagiorite

Higoumène d'Iviron au mont Athos (✝ 1065)

 

Né à Trialéti en Géorgie, il fut consacré à Dieu au monastère de Jhakhouli et initié aux Saintes Ecritures par son oncle. Attaché ensuite au service d'un noble géorgien de Constantinople, il reçut une instruction grecque très complète auprès des philosophes et des hommes d'Eglise. De retour en Géorgie, il prit l'habit monastique, s'en fut en Terre Sainte et resta quelque temps au monastère Saint Romain d'Antioche. C'est de là qu'il partit pour le Mont-Athos. Il fut d'abord chargé des plus humbles tâches, mais on reconnut sa science et il se remit aux études, tout en devenant higoumène. Dix ans plus tard nous le retrouvons dans la région d'Antioche, chargé par le roi Bagrat IV de Géorgie de missions diplomatiques. Il repartit ensuite pour l'Athos au monastère d'Iviron (Monastère des Ibères ou géorgiens). Il traduisit les œuvres des Pères de l'Eglise en langue géorgienne et il est honoré comme l'un des maîtres de la langue et de la littérature géorgiennes. 

Monastère d'Iviron (Mont Athos)

 

29 juin

Bienheureux Yakym Senkivsky, moine basilien martyr en Ukraine (✝ 1941)

 

Yakym Senkivsky est né le 2 mai 1896 à Haji Velyki, près de Ternopil. Ordonné prêtre le 4 décembre 1921, il poursuit ses études à Innsbruck puis entre dans l'ordre des basiliens en 1923. En 1939, il devient sous-prieur du monastère de Drohobych. Le 26 juin 1941 il est arrêté par les communistes et, le 29 juin, il meurt torturé à l'eau bouillante dans la prison de Drohobych. Il a été béatifié le 27 juin 2001 par Jean-Paul II lors de son voyage en Ukraine au cours d'une 'divine liturgie en rite byzantin' avec 27 autres serviteurs de Dieu.

27 juin

Sainte Angadrême abbesse (✝ v. 695)

Abbesse du monastère construit par saint Évroult près de Beauvais et appelé l'Oratoire, parce qu'il comprenait plusieurs lieux de prière, où sans interruption se faisait le service du Seigneur.

Sainte Angadrême est patronne principale de Beauvais, patronne secondaire du diocèse de Beauvais-Noyon-Senlis

Angadrême, originaire de Thérouanne, appartenait à la famille des comtes de Boulogne (Pas-de-Calais). Voyant un de ses cousins Lambert se consacrer à la vie monastique en l'Abbaye de Fontenelle, elle fit en secret le vœu de virginité. Son père, accédant à son désir, lui fit construire un monastère, tout près de l'oratoire de saint Evroult. Elle quitta ce monde vers la fin du VIIe siècle (14 octobre).

La date du 27 juin, retenue pour sa fête, rappelle la procession instituée par Louis XI en reconnaissance de la protection de sainte Angadrême, quand Beauvais fut assiégée en 1472."

26 juin,

Saint Maixent d'Agde Abbé en Poitou (✝ 515)

 

Adjutor, nommé aussi Maxence, et vulgairement Maixent, naquit à Agde, dans la Gaule Narbonnaise (aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Héraut, 51 kilomètres au Sud-ouest de Montpellier) d'une famille noble vers l'an 448. Ses parents, qui avaient de la piété, le mirent sous la conduite du saint abbé Sévère. Après une tentative de se retirer dans le désert, durant deux années, il sortit une seconde fois de son pays, et s'en alla dans le Poitou, avec l'intention de cacher sa vie au monde. Après avoir prié au tombeau de saint Hilaire, il alla trouver le vénérable prêtre Agapit, qui, sur les bords de la Sèvre niortaise, à 12 lieues de Poitiers, dans une grande vallée connue sous le nom de Vauclair, dirigeait un monastère. Agapit le reçut avec bonté et l'admit au nombre de ses disciples. Il changea son nom d'Adjutor en celui de Maxence. Sa sainteté éclata bientôt tellement aux yeux de ses frères, que ceux-ci avec Agapit, d'un commun consentement, l'élurent vers l’an 500 pour abbé. Les miracles qu'il a fait durant sa vie et après sa mort montrent assez combien sa conduite était agréable à Dieu. Pendant la guerre que Clovis, roi des Francs, faisait à Alaric, roi des Wisigoths, une troupe de soldats s'avança jusqu'auprès du monastère. Les religieux effrayés supplièrent leur abbé de les arracher au glaive des barbares. Maxence s'avança hardiment vers les soldats, et, comme l'un d'eux levait déjà son épée pour abattre la tête de ce moine qu'il voyait devant lui, son bras devint tout à coup raide et demeura immobile, ramené derrière l'oreille. Alors le soldat se jeta aux pieds du saint, et implora son pardon. Maixent bénit de l'huile dont il oignit le bras affligé et le guérit parfaitement. Il reçut de nombreux bienfaits de la part du roi Clovis. Il mourut septuagénaire, en l’an 515 au monastère qui porta désormais son nom et que ses miracles ont illustré. Il fut enterré dans l'église de Saint-Saturnin, sous le vocable duquel était bâti son monastère. La ville actuelle de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) se forma autour des murs du monastère. En 1562, les protestants dispersèrent les précieuses reliques de l'homme de Dieu ; ce qu'on put en retrouver après leur départ n'échappa point aux révolutionnaires de 1793, et la tombe du saint, demeurée sous le maître-autel de l'église devenue paroissiale, ne renferme plus qu'une très mince portion de lui-même. Le martyrologe romain indique la fête de saint Maixent au 26 juin, mais l'Eglise de Poitiers l'anticipe au jour précédent, le 26 étant consacré à célébrer la translation des reliques de saint Hilaire. On le représente ayant une colombe au-dessus de sa tête, ce qui peut signifier une intervention divine dans les paroles du saint. On le peint aussi en prière dans sa cellule, et entouré d'oiseaux qui viennent le visiter.

25 juin,

Bienheureux Jean d'Espagne moine (✝ 1160)

 

C'est en 1123 que le bienheureux Jean d'Espagne naquit à Almanza. Après des études dans la ville d'Arles, il se dirigea vers la Chartreuse de Montrieux où il fut admis à prononcer ses vœux. Au bout de six ans, il fut nommé prieur de ce couvent (1146 - 1149). Aussitôt il s'attacha à en restaurer les bâtiments et à les agrandir puis il donna un grand élan aux études intellectuelles des religieux. Il rédigea les coutumes des religieuses de Prébayon qui désiraient s'inspirer de l'esprit de saint Bruno et fut ainsi le fondateur de la branche féminine de l'ordre cartusien. Après des difficultés rencontrées auprès d'un puissant habitant de la région, il renonça à sa charge et se retira à la grande Chartreuse. On l'envoya fonder une nouvelle maison en Savoie qui devint la Chartreuse du Reposoir (1152). C'est là qu'il rendit son âme à Dieu le 25 juin 1160.

Saint Barthélemy de Farne ermite bénédictin (✝ 1193)

 

Né en Angleterre dans le Northumbria sous le nom de Tostig. Il prit le nom de William et quitta son pays pour parcourir l'Europe. Appelé à se convertir, il émigra un temps en Norvège puis, de retour en Angleterre, il prit le nom de Barthélemy (Bartholomew) et entra au monastère de Durham. Il avait une grande dévotion pour saint Cuthbert qui lui apparut et alla s'installer dans l'ancienne cellule de cet ermite sur l'île de Farne et y resta 41 ans.

23 juin,

Sainte Etheldrede Abbesse, fondatrice d'Ely (✝ 679)

Æthelthryth, Audrey ou Edeltrude.

 

Le grand nombre d'églises anglaises qui portaient son nom jadis montre bien combien cette sainte fut populaire en son pays. Elle vécut à l'époque de l'Heptarchie, c'est-à-dire à l'époque où l'Angleterre comprenait sept royaumes: Essex, Sussex, Wessex, Kent, Mercie, Est-Anglie et Northumbrie. Bien qu'Audrey ait désiré garder sa virginité, son père, Anna, roi d'Est-Anglie, ne l'en fit pas moins contracter deux mariages politiquement utiles. Par le premier, elle devint la femme d'un vieillard malade, le prince Tonbert qui mourut au bout de trois ans. Restée vierge, sainte Audrey pensait entrer en religion, quand on exigea d'elle qu'elle épousât le prince Egfried, fils du roi de Northumbrie. Ce n'était qu'un enfant. Quand il fut pubère, il voulut user de ses droits conjugaux, mais la future reine prit la fuite et se retira dans l'abbaye de Cuningham. Egfrid ne poursuivit pas son projet et trouvra femme mieux à sa convenance. Audrey put alors fonder l'abbaye d'Ely, puis en devenir l'abbesse et chanter la louange de Dieu tout à loisir durant des nuits entières.

22 juin,

Bienheureux Lambert (✝ 1125)

 

Entré tout enfant dans l'abbaye de Saint Bertin à Saint-Omer au diocèse d'Arras, il en devint l'abbé. Mais ce monastère avait besoin de réformes. Notre bienheureux s'en alla donc à Cluny, puis revient quelque temps plus tard, rappelé par les douze moines qui avaient survécu aux querelles nées depuis son départ ; il put mener à bien les réformes nécessaires selon l'esprit de Cluny. Sous son impulsion , la communauté retrouve force et vigueur. A sa mort, cent-vingt moines l'entourèrent jusqu'en sa dernière demeure.

21 juin,

Saint Méen abbé (✝ 617) Méven, Maine ou Mewen (en latin Mevennus désigné sous les noms de Conard Méen, Conald Mewen).

 

Il est célébré en Bretagne avec beaucoup de ferveur. D'origine galloise, c'est dans son pays d'origine qu'il fréquenta les écoles monastiques. Il vint en Bretagne armoricaine dans la région de Dol avec saint Magloire et saint Samson. Il évangélisa la région de Vannes et fonda, vers 600, l'abbaye de Saint Jean en Gaël qui fut détruite par les Normands, puis un second monastère près d'Angers au Cellier.

Il fit deux fois le pélerinage à Rome et parcourut à cette occasion plusieurs régions. Ainsi, à quelques kilomètres de Couffouleux, par de petites routes qui relient Camarès à Lacaune, se situe à 800 mètres d'altitude, un petit hameau nommé Saint Méen. Quelques maisons blotties au fond d'une ravine qui dévale de l'arête volcanique du Merdélou : Saint Méen passa à cet endroit et christianisa une source dont l'eau a fait et fait encore aujourd'hui de nombreux miracles. Ce petit hameau est le centre d'un pèlerinage le plus réputé et le plus fréquenté du sud Aveyron. On y accourt des quatre coins de l'Aveyron, de l'Hérault, de la Lozère, du Tarn, de la Haute Garonne. De nombreux pèlerins, plusieurs milliers, qui chaque année viennent prier ce saint venu de Bretagne. Saint Méen est invoqué pour obtenir la guérison des maladies de la peau. Saint Méen fait partie des saints guérisseurs de Bretagne.

20 juin,

Saint Jean de Matera abbé (✝ 1139)

 

Giovanni Scalcione, né vers 1070 à Matera, appelé Jean de Matera ou Jean de Pulsano. Moine bénédictin. Emprisonné en Sicile, il s'échappa vers Capoue et n'abandonna pas la vie religieuse malgré les problèmes affrontés. Après sa rencontre avec saint Guillaume de Vercelli, il fonda un monastère à Pulsano dans la région du Mont Gargan, il était réputé pour son austérité, ses prédications, ses prophéties et ses miracles. Il est souvent représenté en abbé chassant les démons avec un bâton. Son monastère fut à l'origine de la Congrégation bénédictine de Pulsano.

19 juin,

Saint Romuald Fondateur des Camaldules (✝ 1027)

 

Romuald, un jeune homme plein d'avenir de la noblesse de Ravenne assiste à 20 ans au meurtre d'un de ses parents. Bouleversé, il se fait moine au monastère bénédictin de Saint-Apollinaire in Classe. Ne trouvant pas au monastère l'austérité parfaite que recherche sa soif d'absolu, il le quitte au bout de trois ans et se fait ermite, pérégrinant dans la lagune vénitienne. En 978, avec quelques compagnons, il part pour le monastère de Saint Michel de Cuxa dans les Pyrénées où il vit en ermite une dizaine d'années. Lorsqu'il décide de regagner Ravenne pour des raisons familiales, sa réputation de sainteté est si bien établie que des paysans pyrénéens tentent de l'assassiner pour garder au moins ses reliques. Romuald parcourt alors l'Italie, ramenant nombre d'ermites à une vie régulière en adaptant la Règle de Saint Benoît aux exigences de la vie solitaire. Sa rigueur, effrayante parfois, est à la mesure de sa soif d'absolu. Vers 1012, un grand seigneur lui fait don d'un domaine à Camaldoli en Toscane, dont il fera le premier ermitage des Camaldules. Troublé dans sa solitude par de nombreux visiteurs, Il acheva sa vie de solitude au monastère de Val del Castro dans les Apennins, en 1027. Saint Pierre Damien, l'un de ses plus illustres disciples, écrira sa vie.

18 juin,

Sainte Marine de Bythinie (✝ 750)

 

Telle est l'histoire originale de Marine de Bythinie, surnommée la Déguisée, qu'on nomme aussi saint Marin : son père l'aimait, mais il aimait plus encore Dieu. Il se fit religieux. Bientôt, il souffrit de l'absence de sa fille qui n'avait alors que dix-sept ans. Il obtint du Père Abbé de faire venir son "garçon" au monastère. Il alla chercher sa fille, lui coupa les cheveux, l'habilla en garçon et l'appela Marin. Les années passèrent et le père mourut. "Marin" fut, un jour, accusé d'avoir séduit la fille d'un hôtelier voisin qui attendait un enfant, né en réalité d'une nuit avec un soldat. "Marin" recueillit l'enfant mais dut vivre hors du monastère. Cinq ans plus tard, "il" fut réintégré, à la demande des frères touchés de compassion devant la patience de "frère Marin" exposé au mépris des passants et devant son esprit de prière et de pénitence. Le Père abbé lui imposa de balayer seul le monastère et de servir les frères. "Marin" accepta cette austérité et s'en acquitta avec courage. C'était au-dessus de ses forces et "il" succomba après quelques jours de maladie. C'est au moment de l'ensevelissement qu'on découvrit la sainteté de la "sœur" qui avait vécu ainsi comme frère dans le monastère. Une histoire qui se transmit quand ses reliques furent transportées de Constantinople à Venise puis de Venise à Paris, où on éleva une église en son honneur.

17 juin, Bienheureux Marie-Joseph Cassant moine cistercien (✝ 1903)

 

Joseph Cassant, en religion Marie-Joseph Cassant, né le 6 mars 1878 à Casseneuil (France) et décédé le 17 juin 1903, est un moine et prêtre français trappiste de l'abbaye Sainte-Marie du Désert, mort prématurément de la tuberculose. Joseph Cassant naquit le 6 mars 1878 à Casseneuil dans le diocèse d'Agen. Il fit ses études à l'école locale tenue par les frères des Ecoles Chrétiennes où il a laissé le souvenir d'un enfant calme et docile. À l'âge de 14 ans, il entendit l'appel à consacrer sa vie à Dieu et souhaita devenir prêtre. Une mémoire déficiente l'empêchait de poursuivre des études et d'entrer au petit séminaire. Le curé de sa paroisse, l'abbé Filhol, lui conseilla de frapper à la porte du monastère de la Trappe, tout en ayant des doutes, car sa faible constitution ne supporterait pas longtemps le dur régime des moines cisterciens. Joseph Cassant, après une première visite à l'abbaye trappiste de Sainte-Marie du Désert au diocèse de Toulouse, y fut admis le 5 décembre 1894. Il avait juste 16 ans. Au noviciat, il reçut le nom de Marie Joseph, et fut placé sous la direction du Père André Malet, futur abbé du Désert, qui allait lui être d'une grande aide autant spirituelle que psychologique. Il dut apprendre le latin et se perfectionner en français en vue d'accéder à la prêtrise, objet de son vif désir. Très apprécié par ses confrères, qui disaient de lui : « Il était toujours content, c’est ce qui faisait la beauté de sa physionomie. Tout le monde l’aimait et l’estimait. Il souriait toujours. », il prononça ses vœux solennels le 24 mai 1900. Toutefois, ses études lui étaient pénibles. Il se heurtait à la dureté de son professeur de théologie qui se moquait ouvertement de son manque de mémoire et de ses difficultés d'apprentissage. Sa volonté, soutenue par sa foi profonde, et sa confiance inébranlable en sa vocation, ne faiblit pourtant pas, aidée par le Père André auquel il obéissait fidèlement. Joseph Marie réussit ses examens, et fut ordonné prêtre le 12 octobre 1902. Mais la maladie qui l'emportera commençait à le miner. Au lendemain de son ordination, il dut retourner dans sa famille pour se reposer. De retour au monastère, son état de santé empira. Un autre moine observa que : « Couché, il étouffe ; des escarres profondes rendent douloureuses la position assise ; l’enflure des jambes et la faiblesse ne lui permettent pas de rester debout. Il se tient comme il peut dans un fauteuil où toute situation est inconfortable ». Il mourut le 17 juin 1903, en disant : « Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans ma dernière agonie. ».

cf. L'attente dans le silence : Le père Marie Joseph Cassant. Marie-Étienne Chenevière, Éditions Desclée de Brouwer, 1981

Joseph Cassant. les inaperçus de Dieu. Robert Masson. Éditions Parole et silence, 2001.

Le tournant bénédictin

par le Frère Antoine-Frédéric

III. Les débuts de l’époque carolingienne : les conciles réunis sous l’autorités des princes Carloman et Pépin.

En 742, un concile réunissant des évêques de Germanie à l’initiative de Carloman, fils aîné de Charles-Martel, prince et maire du palais de la partie orientale du royaume franc, sous la présidence du légat du pape Boniface stipule dans son septième et dernier canon : « Que tous les moines et toutes les servantes de Dieu moniales s’efforcent de vivre, ordonner et gouverner leur propre vie selon la règle de saint Benoît. » Pour comprendre le sens et la portée de la prescription il est nécessaire de la remettre dans son contexte historique et pour cela présenter les principaux acteurs du concile au cour duquel elle fut énoncée. Cette prescription doit certainement beaucoup au légat du pape Boniface. Celui-ci est un effet un moine bénédictin anglo-saxon. Né vers 680 dans une famille chrétienne du Wessex, Wyifrid, de son nom de baptême fut offert par son père au monastère d’Exeter alors qu’il avait sept ans. Il passa ensuite du monastère d’Exeter à celui de Nursling où il devint responsable de l’école. Désireux de devenir missionnaire dans la tradition du monachisme anglo-saxon et irlandais il se rendit d’abord en Frise auprès de saint Willbrord, un autre moine anglo-saxon missionnaire. Puis, en 722, il reçut du pape Grégoire II, en même temps que son nouveau nom de Boniface, une mission d’évangélisation en Germanie avec le titre d’évêque sans siège fixe. Boniface évangélise la Hesse et la Thuringe en s’appuyant sur des moines et des moniales bénédictins anglo-saxons. En 732, le pape Grégoire III, successeur de Grégoire II, élève Boniface au rang d’archevêque avec pour mission d’établir une hiérarchie ecclésiastique en Germanie ce qui impliquait à la fois rétablir des évêques en Bavière et créer de nouveaux sièges épiscopaux en Hesse et en Thuringe. Dans sa mission d’évangélisation puis d’organisation ecclésiastique de la Germanie, Boniface a pu compter sur le soutien du maire du palais et prince des Francs, Charles-Martel qui détient la réalité du pouvoir politique dans le monde franc sous l’autorité purement nominale d’un roi mérovingien puis après 737 en se passant même de roi. Soutien de la mission de Boniface et allié du pape, Charles-Martel, fonde sa puissance politique sur des relations féodo-vassaliques et pour assurer la fidélité de ses nombreux vassaux, il n’hésite pas à distribuer des biens d’Église en spoliant les évêchés et les monastères. Aussi, à sa mort, en 741, l’Église franque se trouve dans un état catastrophique si l’on en juge par la description qu’en donne Boniface dans une lettre au pape Zacharie. Carloman, fils aîné de Charles-martel, qui a reçu le pouvoir sur la partie orientale du monde franc, décide alors d’entreprendre une réforme de l’Église franque avec le soutien du pape Zacharie et de son légat Boniface. Il convoque pour cela le concile germanique de 742 qui entend comme on l’a vu imposer la règle de saint Benoît à tous les moines et moniales. L’année suivante, en 743, un capitulaire de Carloman promulgué à la suite d’un concile réunie à Leptinnes indique que « les abbés et les moines ont reçu la règle du saint père Benoît pour restaurer la norme de la vie régulière. » Il semble donc qu’on soit passé entre le concile germanique et celui de Leptinnes de la prescription de la pratique de la règle de saint Benoît à sa mise en application concrète. La réforme de l’Église gagne ensuite l’autre partie du royaume franc gouverné par le second fils de Charles-martel, Pépin. En 744, un concile réuni par Pépin à Soissons décrète au canon 3 « Que l’ordre des moines et des servantes de Dieu demeure stable sous la sainte règle ». À première vue, on pourrait voir dans cette prescription une reprise du canon 7 du concile germanique de 742 qui serait ainsi appliqué non plus seulement dans les domaines de Carloman, mais dans l’ensemble du royaume franc. On doit toutefois relever une différence de formulation. Là où Carloman parlait de « règle de saint Benoît », Pépin utilise l’expression « sainte règle » qui est plus imprécise. On peut la comprendre soit comme une manière de désigner la règle de saint Benoît, soit comme renvoyant à une règle monastique sans plus de précision. L’absence de référence spécifique à la règle de saint Benoît dans les documents datent de lui règne de Pépin le Bref et du début de celui de Charlemagne, les témoignages nombreux de la pratique d’une pluralité de règles dans les monastères francs à cette époque suggèrent que la « sainte règle » n’est pas obligatoirement la « règle de saint Benoît. » Il semble donc que Pépin adopte une position beaucoup plus prudente que celle de son frère concernant la réforme des monastères. Là où Carloman probablement sous l’influence du moine bénédictin Boniface entendait imposer la règle de saint Benoît à tous les moines et moniales. Pépin veut simplement s’assurer que tous les moines et moniales pratiquent une règle. Or, en 747, Carloman se retire dans un monastère ne Italie, laissant le champ libre à son frère Pépin. De ce fait il semble que le projet de Carloman et de Bonfiace d’imposer la règle de saint Benoît à tous les moines et moniales du monde franc ait été dans rapidement abandonné.

II. La première diffusion de la règle de saint Benoît de Nursie.

Si, comme nous l’avons vu, Benoît de Nursie ne peut être défini à proprement parler comme le fondateur d’un ordre monastique, on peut se demande comment sa règle s’est diffusée. La question est d’autant plus délicate qu’une quarantaine d’années après sa mort, le monastère du Mont-Cassin qu’il avait fondé et pour lequel il avait probablement rédigé sa règle fut détruit par les Lombards. Les moines chassés du Mont-Cassin s’installèrent peut-être à Rome. En tout cas, la règle de saint Benoît survécut à la destruction. Elle allait même connaître au tournant des VIe-VIIe siècles une plus large diffusion grâce à l’action du pape Grégoire Ier le Grand.

Avant d’être élu souverain pontife, Grégoire avait été moine au monastère Saint-André du Caelius qu’il avait fondé dans une demeure appartenant à sa famille. Peut-être – mais on ne peut l’affirmer – avait-t-il alors observé la règle de saint Benoit. En tout cas, devenu pape, il prend deux initiatives qui vont contribuer à sa diffusion Tout d’abord il écrit au deuxième livre de ses Dialogues, une vie de saint Benoît qui, du fait de la personnalité de son auteur, va contribuer à diffuser largement le culte d’un saint qui n’était probablement guère connu au-delà de l’Italie centrale et méridionale. Et même si Grégoire ne fait qu’une seule allusion à la règle dans ses Dialogues, la popularité de Benoît va rejaillir sur son écrit. Ensuite, Grégoire désigne comme chef de la mission chargée d’aller évangéliser le pays des Angles, un moine, le prieur de Saint-André de Caelius, Augustin qui devient le premier évêque de Cantorbéry. Par son intermédiaire la règle de saint Benoît va être diffusé en Angleterre et, comme nous le verrons, les moines bénédictins anglo-saxons joueront un rôle essentiel dans l’évangélisation de la Germanie et la diffusion de la règle de saint Benoît dans le monde franc.

Toutefois le rôle de Grégoire le Grand n’est pas seul en cause dans le succès de la règle de saint Benoît ; au viie siècle, celle-ci s’est aussi partiellement diffusée mêlée à la règle de saint Colomban dans des règles mixtes. Pour comprendre de quoi il s’agit il est nécessaire de présenter rapidement saint Colomban. Ce moine irlandais, disciple de Comgall au monastère de Bangor, est venu en Gaule vers 590 et s’est installé à Luxeuil dans les Vosges. Après y avoir passé une vingtaine d’années, il quitte les lieux alors qu’il est en conflit à la fois avec la reine Brunehaut pour des raisons politiques et avec es évêques francs à propos de la date de Pâques. Chassé de Gaule, Colomban s’installe quelques temps à Bregenz sur les rives du lac de Constance avant de fonder le monastère de Bobbio dans les montagnes entre Gênes et Milan où il meurt en 615. Colomban est l’auteur de plusieurs écrits dont une règle des moines probablement composée lors de son séjour dans les Vosges : cette règle ne comprend qu’un traité spirituel et ordo liturgique mais aucun élément sur l’organisation du monastère. Colomban s’est peut-être inspiré de la règle de saint Benoît pour son chapitre sur l’obéissance. En outre saint Colomban rédigea des pénitentiels qui contribuèrent à introduire en Gaule la pratique insulaire de la pénitence tarifée, fixant une pénitence précise pour chaque faute. L’absence de chapitre concernant l’organisation du monastère dans la règle de saint Colomban ont amené ses successeurs à chercher ces éléments ailleurs et notamment dans la règle de saint Benoît. Ainsi, lorsqu’en 632 saint Éloi fonde le monastère de Solignac qu’il place sous la juridiction disciplinaire de l’abbé de Luxeuil, il définit la règle suivie par les moines comme celle des bienheureux pères Benoît et Colomban. Le codex regularum, recueil des règles monastiques latines anciennes composé par Benoît d’Aniane au début du IXe siècle a conservé le texte de deux règles féminines rédigées au VIIe siècle où se mêlent des éléments empruntés aux règles de saint Benoît et de saint Colomban. : la regula cuiusdam patris ad virgines qui semble avoir été la règle observée au monastère d’Eboriac fondé par Burgundofare et qui est généralement attribuée à Walbert, abbé de Luxeuil à partir de 629, et la règle rédigée par Donat, évêque de Besançon pour le monastère de Jussamoutiers. Pour ce qui est de l’organisation du monastère ces deux règles suivent essentiellement saint Benoît. En revanche l’insistance sur la confession et la pénitence d’une part et la liturgie très ample d’autre part s’inspirent de la règle de saint Colomban. Il convient de noter que, dans les règles mixtes, une organisation d’inspiration bénédictine se trouve associée à une liturgie beaucoup plus développée que celle prévue par saint Benoît. C’est un élément à prendre en compte lorsqu’on évoque le tournant liturgique qu’aurait fait prendre Benoît d’Aniane au monachisme bénédictin. Il est certes vrai que l’office prévu par les coutumes rédigées par Benoît d’Aniane est sensiblement plus lourd que celui prévu par la règle de saint Benoît. Mais il est probable qu’avant même Benoît d’Aniane, dans beaucoup de monastères marqués par la tradition des règles mixtes, la liturgie comprenait déjà de nombreux ajouts par rapport à la règle de saint Benoît de Nursie.

I. Préliminaires : Quelques considérations sur saint Benoît de Nursie et sa règle.

 

 

Avant de nous intéresser à ce que nous avons appelé le tournant bénédictin du monachisme occidental, il est nécessaire de revenir brièvement sur la figure de référence du monachisme bénédictin, saint Benoît de Nursie et sur la règle qu’il a écrite. La mémoire liturgique de saint Benoît de Nursie tend à le présenter comme le fondateur d’un ordre religieux – et même le plus ancien des ordres religieux – l’ordre de saint Benoît (O.S.B.) autrement dit les Bénédictins. Or cette présentation est quelque peu artificielle. Benoît de Nursie n’a probablement jamais eu l’intention de fonder un ordre religieux. Il est vrai qu’il n’existait pas d’ordre religieux – du moins comme nous l’entendons aujourd’hui ‒ au temps de saint Benoît, au VIe siècle. Les premiers ordres religieux véritablement structurés (Cisterciens, Prémontrés, Templiers) ne sont apparus qu’au XIIe siècle et ce n’est qu’au XIIIe siècle que ce mode d’organisation de la vie religieuse s’est imposé sous l’égide de la papauté.

Benoît de Nursie a certes fondé plusieurs monastères mais il ne semble pas qu’il ait établi une structure pour les réunir. Il ne semble pas notamment qu’après la fondation du Mont-Cassin, il ait gardé des contacts avec ses premières fondations autour de Subiaco. La règle qu’il a écrite insiste sur l’autonomie de chaque monastère et n’envisage aucune superstructure réunissant des monastères ni aucune autorité supérieure à l’abbé sinon la possible intervention de l’évêque du lieu. Benoît de Nursie n’est donc pas le fondateur d’un ordre religieux mais un abbé charismatique, qui, d’après son biographe, le pape Grégoire le Grand, a accompli de nombreux miracles, et aussi l’auteur d’une règle monastique.

Sur ce point aussi il est bon d’apporter quelques précisions. La période allant de la fin du IVe siècle au début du VIIe siècle est marquée par la rédaction de nombreuses règles monastiques en Occident. Si les règles les plus anciennes –, la règle de saint Pacôme et la règle de saint Basile ‒ ont été écrits en Orient, c’est en Occident que ce genre littéraire s’est surtout développé. J’emploie à dessein l’expression « genre littéraire » pour bien montrer que la rédaction des règles monastiques obéit à certains critères et que leurs auteurs s’inspirent, notamment quand il s’agit de règles relativement tardives comme la règle de saint Benoît rédigée dans le second quart du vie siècle, des œuvres de leurs devanciers. Ainsi saint Benoît de Nursie a beaucoup emprunté à une règle anonyme écrite probablement en Italie du sud dans le premier quart du VIe siècle, la Règle du Maître, caractérisée par sa très grande prolixité, c’est de loin la plus longue des règles monastiques anciennes conservées. Benoît de Nursie ne s’est pas toutefois contenter d’abréger la Règle du Maître. Il en a modifié certains aspects : ainsi, pour la désignation de l’abbé, il a remplacé la procédure du choix d’un successeur par l’abbé juste avant son décès, par celle de l’élection. Surtout il a eu recours à des éléments de la tradition monastique ignorées de la Règle du Maître. Ainsi, Benoît de Nursie utilise des œuvres de saint Augustin, sa règle et son traité sur le travail manuel des moines alors que cet auteur n’est jamais cité dans la Règle de Maître.

Ainsi Benoît de Nursie réalise dans sa règle une synthèse équilibrée de la tradition monastique ancienne réunissant des éléments pris à des auteurs qui, de leur vivant, étaient parfois en conflit entre eux comme saint Augustin et Jean Cassien opposés sur la théologie de la grâce. Il ne faut pas donc s’imaginer saint Benoît écrivant sa règle à partir d’une feuille ‒ de papyrus ou de parchemin ‒ vierge. Son ouvrage est plutôt le fruit de ses lectures, d’un long et patient travail de recherche dans diverses règles monastiques qu’il avait à sa disposition pour en tirer le meilleur. Telle est du moins la vision de la règle de saint Benoît que tendent à donner les recherches actuelles. Mais c’est aussi celle qu’en avait Benoît d’Aniane. Dans la préface de sa Concorde des règles, il écrit en effet que « saint Benoît a tiré sa règle des autres règles a, pour ainsi dire, fait de toutes ces gerbes une seule gerbe bien serrée. »

Le tournant bénédctin du monaschisme occidental (Fr. Ant. Fradéric)

Benoît d’Aniane et le tournant bénédictin du monachisme occidental.

Introduction

 

Le 11 février 821 au monastère d’Inden près du palais impérial d’Aix-la-Chapelle, mourait l’abbé du lieu, Vitiza, Benoît en religion, fondateur du monastère d’Aniane et proche conseiller de l’empereur Louis le Pieux. Benoît d’Aniane occupe une place singulière dans l’histoire du monachisme occidental. D’une part on lui reconnaît généralement un rôle déterminant dans l’adoption de la règle de saint Benoît de Nursie comme norme de vie par l’ensemble des moines de l’empire carolingien. D’autre part on considère le plus souvent que ce résultat n’a été obtenu qu’aux prix d’une modification profonde de l’équilibre général du monachisme bénédictin tel que l’avait conçu Benoît de Nursie, modification que l’on peut caractériser par un développement hypertrophique de la liturgie au détriment notamment du travail manuel. Cela peut expliquer que malgré l’importance historique très généralement reconnue à saint Benoît d’Aniane, sa mémoire liturgique n’est célébrée que de manière discrète dans le monde monastique contemporain, n’étant obligatoire que dans la seule congrégation de Solesmes, et encore a-t-elle été reportée au 12 février pour laisser la place à la mémoire de Notre-Dame de Lourdes. Le 1200ème anniversaire de la mort de Benoît d’Aniane nous paraît fournir une occasion de réexaminer le rôle de ce personnage dans l’histoire du monachisme occidental.

Toutefois notre propos est moins de nous intéresser au rôle personnel de Benoît d’Aniane qu’à ce tournant majeur pour l’histoire monachisme occidental que fut l’adoption de la règle de saint Benoît par l’ensemble des moines de l’empire carolingien. Or de ce point de vue, force est de constater que l’action de Benoît d’Aniane s’inscrit dans un mouvement de longue durée amorcée bien avant lui. Le capitulaire promulgué par le maire du palais Carloman à la suite du premier concile réformateur carolingien, le concile germanique de 742, réuni à l’instigation du moine bénédictin et légat du pape saint Boniface, stipulait déjà que tous le moines et servantes de Dieu devaient observer la règle de saint Benoît. Si cette prescription est longtemps restée lettre morte, Charlemagne, devenu empereur, réunit à Aix-la-Chapelle en 802 une assemblée d’abbés et de moines dans le but d’imposer la règle de saint Benoît. Un capitulaire fut promulgué en ce sens à l’issue de cette assemblée. Un bilan contrasté de cette politique fut dressé par les cinq conciles réformateurs réunis à l’initiative de Charlemagne en 813 à Arles, Chalon-sur-Saône, Mayence, Reims et Tours, qui s’inscrivent dans la même lignée. De ce fait les assemblées d’abbés et de moines réunies par Louis le Pieux à Aix-la-Chapelle en 816 et 817 à l’instigation de Benoît d’Aniane ne constituent pas une nouveauté. Il semble toutefois qu’elles aient connu un plus grand succès que les tentatives précédentes puisqu’il ne fut plus jugé nécessaire par la suite de réunir de telles assemblées. Cela ne signifie pas pour autant que Benoît d’Aniane réussit à imposer la règle de saint Benoît de Nursie en tout lieu. En certains monastères, la règle ne fut établie qu’après la mort du saint. L’exemple le plus caractéristique est celui de Saint-Denis où, suite à l’inspection menée par Benoît d’Aniane en personne en 817, les religieux avaient majoritairement opté pour l’observance canoniale ; la minorité désireuse de vivre selon la règle de saint Benoît étant reléguée au prieuré de la Celle Saint-Denis. Ce n’est qu’en 829, huit ans après la mort de Benoît d’Aniane, que les évêques réunis en concile à Paris imposèrent aux religieux de Saint-Denis d’observer la règle de saint Benoît. Et encore les religieux récalcitrants firent-ils appel à l’empereur Louis le Pieux qui ne rendit définitivement sa sentence confirmant celle des évêques, qu’en 832. Si la volonté d’imposer la règle de saint Benoît est antérieure à Benoît d’Aniane, la mise en œuvre de la réforme ne s’est donc pas non plus arrêtée brutalement à sa mort. La dynamique réformatrice s’étendit même au-delà de la mort de Louis le Pieux en 840. Ainsi la règle de saint Benoît ne s’imposa à Saint-Bénigne de Dijon que dans les années 860. Notre enquête excédera donc les limites chronologiques de la vie de Benoît d’Aniane (v. 751-821). Elle dépassera le cadre du monachisme bénédictin stricto sensu pour s’intéresser à l’influence exercer à l’époque carolingienne par la règle de saint Benoît sur d’autres formes de vie religieuse.

Deux règles canoniales ont en effet été rédigées à l’époque carolingienne, la règle de saint Chrodegang pour les clercs de l’Église de Metz au milieu du viiie siècle et l’instruction pour les chanoines (institutio canonicorum) promulguée lors du concile d’Aix-la-Chapelle de 816. Or toutes les deux sont influencées par la règle de saint Benoît de manière explicite pour la règle de saint Chrodegang qui cite souvent Benoît de Nursie, de manière plus implicite pour l’instruction pour les chanoines qui évite soigneusement toute référence à la règle de saint Benoît mais décrit un mode de vie proche de l’idéal bénédictin. Pour ce qui concerne les reclus, la Règle pour les solitaires de Grimlaïc, rédigée après 816, très probablement à l’époque carolingienne, sans que l’on puisse donner plus de précision, cite, elle aussi, très abondamment la Règle de saint Benoît. Ainsi, à l’époque carolingienne, la règle de saint Benoît de Nursie devint la référence pour l’ensemble de la vie religieuse en occident. C’est ce tournant majeur dans l’histoire du monachisme occidental que nous voudrions évoquer en en étudiant les différents aspects et en essayant plus particulièrement de comprendre le rôle qu’y a joué Benoît d’Aniane.