Commencer par lire le texte à haute voix.

Puis reprendre un verset, ou simplement un mot et le répéter toujours à haute voix en le laissant porter par le souffle.

Il s'agit de laisser passer cette parole, dans un premier temps, de l'intellect au coeur.

Ainsi ruminée, elle vient germer au profond de nous-même.

Rester dans cette rumination pendant un temps assez long. Cela débouchera peut-être sur du silence. 

Il peut y avoir une prière spontanée ou non (comme par exemple le psaume proposé dans la liturgie du jour) qui monte de nos lèvres.

Rester dans cette communion de parole tout au long de nos échanges, de nos activités afin qu'elles soient nourries par cette inspiration.

C'est là proprement la lectio divina.

Ensuite, il est toujours possible de la commenter. N'hésitez pas à partager les commentaires que vous écrirez.

 

 

Lectio : Evangile de la Transfiguration Mt 17

Vendredi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Nahoum Na 2, 1.3 ; 3, 1-3.6-7

 

Voici sur les montagnes les pas du messager qui annonce la paix. Célèbre tes fêtes, ô Juda, accomplis tes vœux, car le Mauvais ne recommencera plus à passer sur toi : il a été entièrement anéanti. Le Seigneur revient. Avec lui, la splendeur de Jacob comme celle d’Israël, alors que les pillards les avaient pillés et avaient ravagé leurs vignobles. Malheur à la ville sanguinaire toute de mensonge, pleine de rapines, et qui ne lâche jamais sa proie. Écoutez ! Claquements des fouets, fracas des roues, galop des chevaux, roulement des chars ! Cavaliers qui chargent, épées qui flamboient, lances qui étincellent ! Innombrables blessés, accumulation de morts, cadavres à perte de vue ! On bute sur les cadavres ! Je vais jeter sur toi des choses horribles, te déshonorer, te donner en spectacle. Tous ceux qui te verront s’enfuiront en disant : « Ninive est dévastée ! Qui la plaindra ? » Où donc te trouver des consolateurs ?

 

Le livre de Nahum est consacré à la perspective de la destruction de la ville de Ninive par l’Empire de Babylone. Nivive est la capitale de l’Empire assyrien qui menace le Royaume de Juda auquel le prophète Nahum appartient. Cette prophétie fait suite à tout ce qui a été dit sur la puissance de Babylone qui à terme exilera les habitants de Juda. La description qui est faite ici est particulièrement crue. Elle se veut comme un réveil des conscience dans une actualité constamment menace pour Juda. Peut-être aurions nous besoin nous aussi de tels prophéties en ces heures où nous sommes, particulièrement décisives pour l’avenir de notre monde. Restons en éveil, ne relâchons pas notre capacité à réagir selon la volonté de Dieu. 

Le prophète Nahum

6 août, Transfiguration du Seigneur

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu, Mt 17, 1-9

 

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

 

Le verset qui m’impressionne le plus dans ce récit est celui-ci : « Levant les yeux, ils ne virent  plus personne, sinon lui, Jésus seul ». Malgré la manifestation de gloire qui s’est ouverte aux yeux des disciples, il n’y a dans nos vies que Jésus seul, et nous-mêmes aussi, seuls. La voix reste, mais nous avons à traverser seuls, l’épreuve de la dépossession de soi pour accéder à la vraie vie. Ce chemin de Pâque qui attend Jésus après ce grand moment de la Transfiguration, nous attend aussi. Nous avons à prendre le chemin de la croix en vue de la Résurrection au seul son de la Parole du Père qu’ont fait retentir les prophètes. Acceptons de passer par cette solitude et de revêtir l’homme nouveau au-delà de tous les voiles de cette vie présente.

Mercredi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 31, 1-7

 

En ce temps-là – oracle du Seigneur –, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et elles seront mon peuple. Ainsi parle le Seigneur : Il a trouvé grâce dans le désert, le peuple qui a échappé au massacre ; Israël est en route vers Celui qui le fait reposer. Depuis les lointains, le Seigneur m’est apparu : Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité. De nouveau je te bâtirai, et tu seras rebâtie, vierge d’Israël. De nouveau tu prendras tes tambourins de fête pour te mêler aux danses joyeuses. De nouveau tu planteras des vignes dans les montagnes de Samarie, et ceux qui les planteront en goûteront le premier fruit. Un jour viendra où les veilleurs crieront dans la montagne d’Éphraïm : « Debout, montons à Sion, vers le Seigneur notre Dieu ! » Car ainsi parle le Seigneur : Poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »

 

Dans le présent chapitre de Jérémie et dans les suivants, après avoir évoqués précédemment les malheurs qui attendent Israël, le prophète prédit que Dieu n’abandonnera pas son alliance, malgré tout et que l’espoir reste le dernier mot de Dieu avec son peuple. Le poème d’aujourd’hui décrivant le retour en grâce d’Israël parle de lui-même. Il est rempli d’enthousiasme contagieux. C’est l’un des Cantiques que nous chantons à l’office du matin pour commencer la journée d’un bon pied. 

Mardi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 30, 1-2.12-15.18-22

 

Parole du Seigneur adressée à Jérémie : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : Écris dans un livre toutes les paroles que je t’ai dites. Ainsi parle le Seigneur : Sion, incurable est ta blessure, et profonde, ta plaie. Nul ne défend ta cause pour qu’on soigne ton ulcère ; pas de remède pour le cicatriser. Tous tes amants t’ont oubliée, aucun ne te recherche. Oui, comme un ennemi je t’ai blessée – sévère correction ! Sur la masse de tes fautes, tes péchés n’ont cessé de s’accroître. Qu’as-tu à crier à cause de ta blessure ? Ta peine est incurable. Sur la masse de tes fautes, tes péchés n’ont cessé de s’accroître : c’est pourquoi je t’ai infligé cela. Ainsi parle le Seigneur : Voici que je vais restaurer les tentes de Jacob, pour ses demeures j’aurai de la compassion ; la ville sera rebâtie sur ses ruines, la citadelle sera rétablie en sa juste place. Les actions de grâce en jailliront avec des cris de joie. Bien loin de diminuer ses fils, je les multiplierai ; bien loin de les abaisser, je les glorifierai. Ils seront comme autrefois, leur communauté se maintiendra devant moi, car je punirai tous ses oppresseurs. Jacob aura pour maître l’un des siens, un chef qui sera issu de lui. Je lui permettrai d’approcher et il aura accès auprès de moi. Qui donc, en effet, a jamais osé de lui-même s’approcher de moi ? – oracle du Seigneur. Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu.

 

Le peuple de Dieu subit l’exil à Babylone. Jérémie décrit la souffrance que ressent le peuple en des termes déchirants qui permettent de se rendre compte à quel point cet exil a été perçu comme une étape majeure de l’histoire d’Israël. Mais comme toujours, le Seigneur n’abandonne pas son peuple à son malheur. Israël ne peut perdre l’espérance et Jérémie lui livre quelques promesses d’avenir qui peuvent lui donner à vivre.

Il faudrait que nous soyons capables nous aussi de manier avec ardeur ces deux pans de l’expérience spirituelle : d’une part, l’exil loin de notre patrie intérieure est une douleur, mais en même temps la promesse d’une communion renouvelée à partir du Royaume, comme d’un centre profond à partir duquel on peut entendre et réentendre : « Vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu. »

L'Exil à Babylone

Lundi de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 28, 1-17

 

Cette année-là, au début du règne de Sédécias, roi de Juda, la quatrième année, au cinquième mois, le prophète Ananie, fils d’Azzour, originaire de Gabaon, me dit dans la maison du Seigneur, en présence des prêtres et de tout le peuple : « Ainsi parle le Seigneur de l’univers, le Dieu d’Israël : J’ai brisé le joug du roi de Babylone ! Dans deux ans, jour pour jour, je ferai revenir en ce lieu tous les objets de la maison du Seigneur que Nabucodonosor, roi de Babylone, a enlevés pour les emporter à Babylone. Je ramènerai ici Jékonias, fils de Joakim, roi de Juda, avec tous les déportés de Juda qui sont partis à Babylone – oracle du Seigneur –, car je vais briser le joug du roi de Babylone ! » Le prophète Jérémie répondit au prophète Ananie en présence des prêtres et de tout le peuple, qui se tenaient dans la maison du Seigneur. Il lui dit : « Amen ! Que le Seigneur agisse ainsi, que le Seigneur accomplisse ta prophétie : qu’il fasse revenir de Babylone les objets de la maison du Seigneur et tous les déportés. Cependant, écoute bien cette parole que je vais te faire entendre, à toi et à tout le peuple : Les prophètes qui nous ont précédés, toi et moi, depuis bien longtemps, ont prophétisé contre de nombreux pays et de grands royaumes la guerre, le malheur et la peste. Le prophète qui annonce la paix n’est reconnu comme prophète vraiment envoyé par le Seigneur, que si sa parole s’accomplit. » Alors le prophète Ananie enleva le joug que le prophète Jérémie s’était mis sur la nuque, et il le brisa. Et Ananie déclara en présence de tout le peuple : « Ainsi parle le Seigneur : De la même manière, dans deux ans, jour pour jour, je briserai le joug de Nabucodonosor, roi de Babylone, pour en délivrer toutes les nations. » Alors le prophète Jérémie alla son chemin. La parole du Seigneur fut adressée à Jérémie après que le prophète Ananie eut brisé le joug qui était sur sa nuque. « Va dire à Ananie : Ainsi parle le Seigneur : Tu as brisé un joug de bois, mais à sa place tu feras un joug de fer. Car ainsi parle le Seigneur de l’univers, le Dieu d’Israël : C’est un joug de fer que je mets sur la nuque de toutes ces nations, pour qu’elles servent Nabucodonosor, roi de Babylone. Et elles le serviront. Je lui ai donné même les bêtes sauvages. » Le prophète Jérémie dit alors au prophète Ananie : « Écoute bien, Ananie : le Seigneur ne t’a pas envoyé, et toi, tu rassures ce peuple par un mensonge. C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Je te renvoie de la surface de la terre ; tu mourras cette année, car c’est la révolte que tu as prêchée contre le Seigneur. » Le prophète Ananie mourut cette même année, au septième mois.

 

C’est tellement facile de jouer aux bons prophètes qui va dans le sens de l’attente des autres et qui, ainsi se fait aimer. C’est à cela que l’on reconnaît les « faux » prophètes : ils prophétisent pour eux-mêmes, dans le sens de leur intérêt. Ils prophétisent politiquement pour s’attirer les faveurs des puissants. Tandis que le vrai prophète ne se préoccupe jamais des conséquences que sa parole aura sur lui-même. Il sait qu’il pourra être rejeté, mais peu importe, il dira tout de même ce qui est en jeu et l’exigence qui est à vivre. Il sait, d’une certaine manière, qu’il risque sa vie et il y est prêt, même si cela lui en coûte et qu’il peut lui arriver, comme Jérémie, de s’en plaindre devant le Seigneur. Acceptons nous aussi, comme disciples du Royaume, d’être prophètes, sans céder à la tentation de la fausseté et de la compromission pour le service de soi-même. 

18ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Lecture du livre du prophète Isaïe Is 55, 1-3

 

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David.

 

La Parole de Dieu se donne en permanence et en abondance comme c’est le cas pour la pluie qui féconde la terre. De ce don fondamental, dépendent les développements de la vie, comme une semence qui peut pousser dans la terre arrosée. Ainsi la Parole qui féconde notre terre humaine est toujours donnée et si on l’accueille vraiment, elle est à l’origine de tout notre développement, car elle fait toujours ce que Dieu a mis en elle pour transmettre sa vie. Lorsque la Parole a fait son oeuvre, elle ne se démarque pas de son auteur, afin d’être ré-envoyée sans cesse : elle ne s’appartient pas et elle accepte de n’avoir de sens qu’en rapport avec celui qui l’a prononcée. Nous sommes là très proche de la mission du Fils envoyé par le Père et reconnu par saint Jean comme Parole de Dieu, Verbe de Dieu. Accueillons en nous cette Parole dans une terre disponible. 

Samedi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 26, 11-16.24

 

En ces jours-là, les prêtres et les prophètes dirent aux princes et à tout le peuple : « Cet homme mérite la mort, car il a prophétisé contre cette ville ; vous l’avez entendu de vos oreilles. » À son tour Jérémie s’adressa à tous les princes et à tout le peuple : « C’est le Seigneur qui m’a envoyé prophétiser contre cette Maison et contre cette ville, et dire toutes les paroles que vous avez entendues. Et maintenant, rendez meilleurs vos chemins et vos actes, écoutez la voix du Seigneur votre Dieu ; alors il renoncera au malheur qu’il a proféré contre vous. Quant à moi, me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. Mais sachez-le bien : si vous me faites mourir, vous allez vous charger d’un sang innocent, vous-mêmes et cette ville et tous ses habitants. Car c’est vraiment le Seigneur qui m’a envoyé vers vous proclamer toutes ces paroles pour que vous les entendiez. » Alors les princes et tout le peuple dirent aux prêtres et aux prophètes : « Cet homme ne mérite pas la mort, car c’est au nom du Seigneur notre Dieu qu’il nous a parlé. » Comme la protection d’Ahiqam, fils de Shafane, était acquise à Jérémie, il échappa aux mains de ceux qui voulaient le faire mourir.

 

Le prophète doit mourir. Il est un gêneur. La différence qu’il affiche au nom même de la mission qu’il reçoit de Dieu est insupportable. C’est tellement simple de se débarrasser par la mort de celui qui ne pense pas comme nous, qui n’agit pas comme nous et qui déstabilise le petit univers que l’on s’est construit et qui nous rassure. L’ancien testament souhaitait que tous deviennent prophètes et qu’il n’y ait plus besoin de figures prophétiques « spécialisées ». Ainsi le peuple tout entier pourrait vivre la réalité de Dieu sans qu’il soit nécessaire de l’instruire. La fin du texte de ce jour va d’ailleurs un peu dans ce sens, puisque dans une espèce de sens renouvelé par l’intérieur, le peuple reconnait que Jérémie ne mérite pas la mort « car c’est au nom du Seigneur qu’il nous a parlé. » Comme on le sait, la vie de Jérémie ne sera qu’une suite de tourments de ce genre et se terminera assez mal. En Jérémie, on peut reconnaître la préfiguration de celui qu’Isaïe appelle le Serviteur souffrant et dont Jésus assumera l’image. Comme disciple du Royaume acceptons, malgré l’inconfort que cela représente, de devenir un peuple de prophètes. 

Vendredi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 26, 1-9

 

Au début du règne de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, il y eut cette parole venant du Seigneur : « Ainsi parle le Seigneur : Tiens-toi dans la cour de la maison du Seigneur. Aux gens de toutes les villes de Juda qui viennent se prosterner dans la maison du Seigneur, tu diras toutes les paroles que je t’ai ordonné de leur dire ; n’en retranche pas un mot. Peut-être écouteront-ils, et reviendront-ils chacun de son mauvais chemin ? Alors je renoncerai au mal que je projette de leur faire à cause de la malice de leurs actes. Tu leur diras donc : Ainsi parle le Seigneur : Si vous ne m’écoutez pas, si vous ne marchez pas selon ma Loi, celle que j’ai mise sous vos yeux, si vous n’écoutez pas les paroles de mes serviteurs les prophètes, que je vous envoie inlassablement, et que vous n’avez pas écoutés, je traiterai cette Maison comme celle de Silo, et ferai de cette ville un exemple de malédiction pour toutes les nations de la terre. » Les prêtres, les prophètes et tout le peuple entendirent Jérémie proclamer ces paroles dans la maison du Seigneur. Et quand Jérémie eut fini de dire à tout le peuple tout ce que le Seigneur lui avait ordonné de dire, les prêtres, les prophètes et tout le peuple se saisirent de lui en disant : « Tu vas mourir ! Pourquoi prophétises-tu, au nom du Seigneur, que cette Maison deviendra comme celle de Silo, que cette ville sera dévastée et vidée de ses habitants ? » Et tout le peuple se rassembla autour de Jérémie dans la maison du Seigneur.

 

Le prophète Jérémie prêche l’évidence en relayant la voix de Dieu : « Si vous n’écoutez pas, si vous ne marchez pas selon ma Loi, si vous n’écoutez pas mes serviteurs les prophètes… eh bien, rien n'ira bien pour vous : Jérusalem sera un exemple de malédiction pour toutes les nations. » A ces mots, ce sont les les prêtres, les prophètes eux-mêmes et tout le peuple qui réagissent en disant : « Tu vas mourir ! »

C’est incroyable comme la simple évidence, l’évidence nue nous fait d’autant plus réagir. Nous ne la supportons pas, nous ne voulons pas l’écouter, nous préférons nous en remettre à notre propre avis, à notre propre jugement et c’est la meilleure façon de nous rendre malheureux. Ecoutons Jérémie, acceptons qu’il nous dérange dans nos habitudes, accueillons sa parole en nos coeurs et laissons-nous toucher jusqu’à ajuster notre vie dans la justice et la vérité telles que Dieu nous les livre. 

Le prophète Jérémie, Marc Chagall

Jeudi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 18, 1-6

 

Parole du Seigneur adressée à Jérémie : « Lève-toi, descends à la maison du potier ; là, je te ferai entendre mes paroles. » Je descendis donc à la maison du potier. Il était en train de travailler sur son tour. Le vase qu’il façonnait de sa main avec l’argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase, selon ce qu’il est bon de faire, aux yeux d’un potier. Alors la parole du Seigneur me fut adressée : « Maison d’Israël, est-ce que je ne pourrais pas vous traiter comme fait ce potier ? – oracle du Seigneur. Oui, comme l’argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d’Israël ! »

 

Nous revenons toujours à la même chose : « se laisser faire » par celui qui nous précède et qui nous façonne selon une intelligence, une volonté, une sagesse, un savoir-faire qui dépassent ceux dont nous serions capables. Accueillir ce tour de main dans nos vies, accueillir au sens littéral, cette mansuétude, cette patience de part et d’autre (potier et vase) jusqu’à la réalisation laborieuse de l’oeuvre finale. Il y a dans cette approche une insistance sur la « passivité » docile de l’objet. Mais il faudrait compléter par le fait que l’humain n’est pas un objet et qu’en lui, le potier dépose également une animation propre, une capacité de créativité, d’intelligence et de volonté. C’est à la fois la grâce propre de l’humain, et c’est en même temps, ce qui rend plus difficile pour lui, l’abandon docile à la volonté d’un autre. Nous sommes souvent pris dans cette tension et c’est le but de la vie spirituelle, de trouver le bon équilibre ou au moins de s’y préparer pour qu’il puisse advenir et faire de nous des vases façonnés par Dieu mais comme des corps habités par un esprit, un souffle qui fait de nous des vivants. 

Mercredi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 15, 10.16-21

 

C’est pour mon malheur, ô ma mère, que tu m’as enfanté, homme de querelle et de dispute pour tout le pays. Je ne suis le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit ! Seigneur, quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que ton nom était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers. Jamais je ne me suis assis dans le cercle des moqueurs pour m’y divertir ; sous le poids de ta main, je me suis assis à l’écart, parce que tu m’as rempli d’indignation. Pourquoi ma souffrance est-elle sans fin, ma blessure, incurable, refusant la guérison ? Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ? Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur : « Si tu reviens, si je te fais revenir, tu reprendras ton service devant moi. Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche. C’est eux qui reviendront vers toi, et non pas toi qui reviendras vers eux. Je fais de toi pour ce peuple un rempart de bronze infranchissable ; ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer – oracle du Seigneur. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants. »

 

Ce qu’on appelle ordinairement les « jérémiades » vient de ces passages du Livre de Jérémie où le prophète, n’en pouvant plus des malheurs de toutes sortes qu’on lui fait subir, simplement parce qu’il prophétise, en vient à crier vers Dieu en lui disant que cela est trop, qu’il n’en peut plus Jérémie ne comprend son sort parce que, depuis si longtemps, il a tout misé sur l’attention et la fidélité à la Parole de Dieu ; il s’est écarté du cercle de ceux qui se divertissent en se moquant de Dieu et des autres. Alors pourquoi un tel traitement ? Et Dieu lui dit que les méchants ont toujours besoin d’avoir en face d’eux quelqu’un qui leur sert de rempart ; celui-ci est protégé de Dieu, il ne craint rien. Cela peut faire mal, mais cela empêche les méchants d’aller trop loin et au bout du compte, ils finissent par comprendre et par revenir. On peut reconnaître ici dans la figure de Jérémie, à la fois, le juste persécuté, le serviteur souffrant, comme aussi Job et bien sûr, en préfiguration, la personne de Jésus. Nous sommes appelés nous aussi à vivre un tel idéal en nous laissant habiter par le feu de la Parole qui est source d’incompréhension mais qui à terme opère le salut.

Le prophète Jérémie, Moissac

Mardi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre du prophète Jérémie Jr 14, 17-22

 

Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée ; si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre. As-tu donc rejeté Juda ? Es-tu pris de dégoût pour Sion ? Pourquoi nous frapper sans remède ? Nous attendions la paix, et rien de bon ! le temps du remède, et voici l’épouvante ! Seigneur, nous connaissons notre révolte, la faute de nos pères : oui, nous avons péché contre toi ! À cause de ton nom, ne méprise pas, n’humilie pas le trône de ta gloire ! Rappelle-toi : ne romps pas ton alliance avec nous ! Parmi les idoles des nations, en est-il qui fassent pleuvoir ? Est-ce le ciel qui nous donnera les pluies ? N’est-ce pas toi, Seigneur notre Dieu ? Nous espérons en toi, car c’est toi qui as fait tout cela.

 

Poignante prière de Jérémie que l’on pourrait faire nôtre en tout temps. Face aux malheurs de toutes sortes qui interviennent dans la vie humaine, il n’y a plus parfois que le recours à l’invocation du Nom de Dieu comme une reconnaissance de celui qui a tout fait et qui peut tout. En reconnaissant notre péché, notre incapacité et celles de nos idoles à nous faire vivre nous-mêmes, nous invoquons le Nom de Dieu, pour que lui-même agisse en rapport avec la gloire que ce nom représente. Il y a là, évidemment, un transfert de sentiments humains sur Dieu, mais c’est une simple reconnaissance de notre part qu’il est tout à fait nécessaire de s’en remettre à lui et non pas à nous pour avancer dans l’existence et passer les obstacles. 

Lundi de la 17ème semaine du Temps Ordinaire

Lecture du livre de Jérémie le prophète Jr 13, 1-11

 

Ainsi m’a parlé le Seigneur : « Va, tu achèteras une ceinture de lin et tu la mettras sur tes reins. Évite de la tremper dans l’eau. » Selon la parole du Seigneur, j’ai acheté une ceinture et je l’ai mise sur mes reins. De nouveau, la parole du Seigneur me fut adressée : « Avec la ceinture que tu as achetée et que tu portes sur les reins, lève-toi, va jusqu’à l’Euphrate, et là-bas cache-la dans la fente d’un rocher. » Je suis donc allé la cacher près de l’Euphrate, comme le Seigneur me l’avait ordonné. Longtemps après, le Seigneur m’a dit : « Lève-toi, va jusqu’à l’Euphrate, et reprends la ceinture que je t’ai ordonné de cacher là-bas. » Je suis donc allé jusqu’à l’Euphrate, j’ai creusé, et j’ai repris la ceinture de l’endroit où je l’avais cachée. Et voici : la ceinture était pourrie, hors d’usage ! Alors la parole du Seigneur me fut adressée : « Ainsi parle le Seigneur : Voilà comment je ferai pourrir l’immense orgueil de Juda et de Jérusalem. Ce peuple mauvais, qui suit les penchants de son cœur endurci et qui marche à la suite d’autres dieux, pour les servir et se prosterner devant eux, il deviendra pareil à cette ceinture qui est hors d’usage. En effet, de même qu’un homme s’attache une ceinture autour des reins, de même je m’étais attaché toute la maison d’Israël et toute la maison de Juda – oracle du Seigneur, pour qu’elles soient mon peuple, mon renom, ma louange et ma parure. Mais elles n’ont pas écouté ! »

 

Lorsque la Bible parle des reins, elle désigne cette partie très fondamentale de la personne humaine à partir de laquelle se déploie l’ensemble de la vie. C’est une zone de fécondation dont il faut prendre grand soin. Lorsque le Seigneur entre en relation avec nous, il le fait en rejoignant cette zone profonde que sa Parole et sa présence fécondent. C’est ce qui est désigné par la ceinture que l’on s’attache autour des reins. Lorsque cette proximité de Dieu est négligé, le coeur s’endurcit et on en fait qu’à sa tête jusqu’au point de ne plus savoir qui l’on est et où l’on va. Il est bon de réactualiser constamment cette mémoire de la présence de Dieu par le souci de bien prendre en compte cette ceinture attachée symboliquement autour des reins. C’est la meilleure assurance pour nous d’un saint développement selon Dieu. 

Jérémie, la prophétie de la ceinture, Cathédrale d'Amiens

17ème dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Lecture du premier livre des Rois 1 R 3, 5.7-12

 

En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? » Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

 

On aimerait que la demande du roi Salomon soit celle de tous les responsables des affaires publiques et peut-être plus largement de tout un chacun. Pour vivre de manière juste et sage, l’important est d’avoir un coeur attentif. Le coeur, c’est vraiment le centre de la personne, son fondement, le point d’appui à partir duquel tout le reste se décline. Si ce coeur là est le principe d’appréciation des choses de la vie, un discernement honnête est possible. Car être attentif ou écouter par le coeur, loin de replier sur soi, permet au contraire d’ouvrir tous les champs du possible et du coup, de prendre des décisions éclairées. Vivre ainsi est une bénédiction pour soi et pour les autres. Cela joue spécialement pour ceux qui exercent une charge. Il ne faut pas cesser de demander une telle grâce car Dieu ne la refuse jamais. Par parenthèse, on retrouve ici ce que saint Benoît mais en tête de sa Règle : « Ecoute, Incline l’oreille de ton coeur. » 

Salomon, discerner par le coeur

Petits conseils pour la lectio divina "Faites attention à comment vous lisez" (Fr. A. Frédéric)

Qu’est-ce que la lectio divina ? C’est d’abord une manière de lire. Mais me direz-vous nous savons tous lire. À vrai dire j’en doute parfois quand je lis sur les réseaux sociaux les commentaires souvent d’ailleurs très négatifs de certains articles qui montrent le plus souvent que l’auteur du commentaire n’a lu que le titre de l’article en question, au mieux les premières lignes, et qu’en tout cas, il n’a rien compris au propos de l’auteur de l’article. La lecture sur écran telle que nous la pratiquons quotidiennement consiste souvent à saisir le plus rapidement possible une information et non pas à chercher à comprendre la pensée d’un auteur. La lectio divina se donne au contraire pour but de comprendre en profondeur le texte. C’est donc une lecture qui demande un effort. On pourrait se demander la raison de cela. Dans la manière moderne d’envisager la communication, on considère que si celui qui met un message est crédible et que si le message est de qualité, il atteindra son but quel que soit l’attitude de celui qui reçoit le message. Or il n’en est pas ainsi pour la parole de Dieu et c’est ce que montre bien l’explication de la parabole du semeur. J’en donne ici le texte dans la formulation selon saint Matthieu qui me semble la plus claire : « Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur ; quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racine en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. » D’après ce texte, la Parole est la même pour tous et tous l’ont entendu. Pourtant la parole n’est profitable que pour les derniers ceux qui ne l’ont pas seulement entendue mais comprise. L’enjeu de la lectio divina n’est pas donc de lire la Parole mais de la comprendre. Mais que signifie comprendre la Parole. Je pense que la parabole du semeur nous donne des précieuses indications. Pour comprendre la Parole il convient de la laisser prendre racine en nous. La lectio divina doit donc être une lecture qui prend son temps, qui ne soit pas trop rapide de peur que la Parole ne soit comme le grain semée au bord du chemin. Elle implique un effort quotidien jour après jour sans se décourager pour qu’elle prenne vraiment racine. Elle suppose qu’on lui réserve un temps propre où l’on ne fasse pas autre chose de peur qu’elle ne soit étouffée par les autres activités. Bref il nous faut faire attention à la manière dont nous lisons pour paraphraser la parole que saint Luc place dans la bouche de Jésus s’adressant aux disciples après leur avoir dit la parabole du semeur : « Faites attention à la manière dont vous écoutez ».