Jeudi 21 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 3, 7-12

En ce temps-là, Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent. De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait. Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas. Car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher. Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.

L'influence de Jésus ne cesse de s'étendre géographiquement : tant de coeurs sont en attente d'une espérance ! Tout le monde veut voir Jésus, Le toucher, au risque de L' écraser. Jésus ne fuit pas la foule mais prend du recul comme pour introduire une juste distance dans la relation, pour le bien de tous. Il nous montre ainsi comment regarder par le coeur, en nous tenant au seuil du mystère de chaque personne ; comment nous laisser toucher par toutes les personnes que nous croisons, tout en maintenant de part et d'autre une totale liberté intérieure et peut-être aussi un espace de conversion ; comment relever le défi du "toujours plus" en revenant dans le silence à la Source cachée pour Le laisser agir à travers nous. 

Mais qui sont les "esprits impurs" ? Ceux qui L' enferment dans toute forme de projection ? Ceux qui Le rejettent par peur ? Ceux qui recherchent avant tout leur propre intérêt ? Jésus "leur défendait vivement de Le faire connaître". La "connaissance" serait-elle  prématurée avant la Passion, la Croix, et la résurrection à moins qu'elle ne passe  nécessairement par le non-savoir dans un accueil profond et un silence préalables à tout dialogue intérieur ? 

(Catherine)

Mercredi 20 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 3, 1-6

En ce temps- là, Jésus entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée. On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. » Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale. Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

Ce matin, Jésus semble vraiment perdre patience vis-à-vis des pharisiens ! L'Evangile nous en explique la raison : "Il navré de l’endurcissement de leurs cœurs", de leur obstination à ne pas comprendre, de leur aveuglement. Il souffre de voir que l'amour n'est pas aimé et que la miséricorde est rejetée. Jésus voit un homme "à la main atrophiée" et n'est animé que par le désir de le guérir. Les pharisiens, quant à eux, ne font que scruter le moindre de ses faits et gestes pour y détecter, et lui opposer ensuite, tout manquement à l'observance de la Loi. 

Voilà un passage bien actuel ! En ne se focalisant sur des préoccupations immédiates plutôt que de répondre aux besoins dune personne en demande, en se réfugiant derrière la réglementation et ses restrictions, en restant dans l'attentisme, en ne faisant pas "le mal", fait-on pour autant "le bien" ? Sert-on la mort ou la vie ? Derrière cette colère du Christ, contemplons surtout son infinie tendresse, pour chacun de nous, qui n'enferme pas mais guérit tout ce qu'elle touche. Allons-nous alors choisir d'être des gardiens zélés des lois ou faire preuve de compassion ? Oserons-nous, le coeur plein de gratitude, mettre nos pas dans les Siens pour servir, à notre tour, la vie sous toutes ses formes ? 

Catherine L

 

Mardi 19 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 2, 23-28

Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé ; et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. Les pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis. » Et Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu’il fut dans le besoin et qu’il eut faim, lui-même et ceux qui l’accompagnaient ? Au temps du grand prêtre Abiatar, il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de l’offrande que nul n’a le droit de manger, sinon les prêtres, et il en donna aussi à ceux qui l’accompagnaient. » Il leur disait encore : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat. »

A l'aube de ce jour naissant, comme il est bon de rejoindre les disciples "à travers les champs de blé" pour vivre et savourer pleinement l'instant présent, ce temps d'intimité avec Jésus sans nullement se préoccuper de contraintes extérieures ! Les disciples marchent à Sa suite dans une telle liberté intérieure et une telle confiance ! Jésus, qui n'ignore absolument rien la loi, semble approuver le comportement de ses disciples et ne se laisse nullement enfermer dans la conformité ou la critique des pharisiens : "N'avez-vous pas lu ?". 

Quels vont être la source et le ressort de notre agir aujourd'hui ? Allons-nous nous conformer à des régles parfois étroites, un programme bien établi, ou plutôt nous laisser interpeller ? Jésus n'est-il pas plus présent aux autres et à nous-mêmes que nous n'osons parfois le croire ? Serons-nous alors disposés nous engager librement et joyeusement sur le chemin, avec Lui, maître de tout, "même du sabbat" ? 

(Catherine L)

Lundi 18 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 2, 18-22

En ce temps-là, comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vint demander à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. »

Quel est donc le fil rouge entre ces trois histoires : des disciples qui ne jeûnent pas, un vetement à raccomoder et une outre à choisir ? Ne serait-pas la qualité de notre relation avec le Seigneur ? Les disciples de Jésus n'ont pas besoin de jeûner, puisqu'ils jouissent déjà du bonheur de vivre à ses côtés, quand  les pharisiens ou les disciples de Jean ne l'ont pas encore découvert. La proximité, l'aspiration à la plénitude au travers de la relation prime sur toute autre considération extérieure. Pour atteindre la plénitude dans la relation, quand l'affadissement ou l'usure la menacent, sur quoi nous appuyons-nous ? Si l'outre est notre coeur, laissons-nous le Seigneur la dilater et y verser le vin de Sa présence pour laisser advenir quelque chose de neuf et le laisser mûrir progressivement ? 

(Catherine L)

Dimanche 17 janvier, Jean 1, 35-42

… Entrée dans la danse …

 

Le deuxième lendemain,

Jean, le voyant de la colombe nichée au-dessus du fils levé des eaux,

fixa son regard sur lui, Jésus.

Allant, venant, allant, venant, s’exerçait-t-il à la danse, tramait-il son ouvrage silencieux,

ses sandales sur la terre traçaient son balancier,

Jésus allait et revint à Jean, le voyant se balancer, de lancer le libéré.

Oh oui, Jean avait compris !

Ce jour serait celui du grand envoi de Jésus, l’Unique,

mais l’Unique n’est pas fait pour aller seul.

Jean l’ami loyal lui a prévu deux de ses disciples.

Tout à la joie de son doigté, solennel son amen, amen : Voici l’agneau de Dieu.

Voilà dit, ne se cherchera plus où est l’agneau.

Les deux disciples l’entendent et… …

 

les deux suivent l’unique,

qui se retourne voit en face,

deux venir vers lui, seul.

 

Lâchant son silence : Que cherchez-vous ?

Première parole, question de Un vers deux.

 

Maître, où demeures-tu ?

Première parole, question de deux à leur élu.

 

Venez et voyez.

Deuxième parole, réponse ouverte de l’Un au deux

 

Viennent les deux où l’Un demeure :

ils voient Lumière ! Ciel !

Ce jour, près de l’Un, deux demeurèrent

C’était environ la dixième heure,

l’Un s’illumina de son pluriel

Et ainsi de suite en son amour…

 

N.B: L’Évangile en rouleaux de vagues fait penser à la forme d’écriture musicale de la fugue. À l’instar de la Genèse, l’ordonnancement débute avec les premiers nombres, en succession et initié par la Parole, la lumière et le jour. Jean, dans le prologue présente au commencement la Parole dans la trinité céleste, le lendemain la lumière dans la vue de l’Esprit Saint, puis le second lendemain - portant son trois sous-jacent -, Jésus, liant son Un avec deux, fait de ce jour premier prononcé, celui de la vue de sa demeure céleste. Parallèlement, désigné l’agneau de Dieu, Jésus le fils unique, nouvel Isaac, rappelle en sortie du père et du fils libres, l’annonce de Dieu à Abraham qu’il multipliera sa postérité comme les étoiles du ciel et les grains de sable du bord de la mer. Jésus l’Un trinitaire céleste incarné s’unit ici aux deux suivants en leur qualité de disciples, et ainsi de suite… Par cet hameçon premier, Jésus dira plus tard en retour : Soyez Un comme je suis Un.

 

Proposé par Ariane D. (sur l'Evangile de ce jour)

Dimanche 17 janvier

Lecture du premier livre de Samuel

1 S 3, 3b-10.19

En ces jours-là, le jeune Samuel était couché dans le temple du Seigneur à Silo, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je n’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Va te recoucher, et s’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.” » Samuel alla se recoucher à sa place habituelle. Le Seigneur vint, il se tenait là et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » Et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. » Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet.

Quel magnifique passage sur l'appel et le consentement à cet appel ! Samuel n'est encore qu'un jeune enfant, confié par sa mère Anne à la garde du vieux prêtre Eli dans "le temple du Seigneur", quand il est appelé, sans être véritablement en mesure de comprendre la source et la nature de cet appel : "Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée". C'est donc Eli qui, dans un total effacement de lui-même, va éclairer l'enfant et l'accompagner dans son dialogue avec le Seigneur pour l'aider à répondre à Son appel : "s’Il t’appelle, tu diras...". Le Seigneur appelle à plusieurs reprises et Samuel va répondre par sa disponibilité intérieure : "Parle, ton serviteur écoute.". Cet appel, que Dieu ne cesse jamais d'accompagner, qui s'éveille et grandit progressivement en nous, ne se révèle-t-il pas souvent de manière inattendue par d'autres ou à l'écoute des autres, par une attention profonde à ce que nous vivons  ? Par quelles réalités nous sentons-nous actuellement interpellés ? Oserons-nous demander la grâce de la disponibilité intérieure pour ne "laisser aucune de ses paroles sans effet"  ?

(Catherine L)

Samedi 16 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 2, 13-17

En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait. En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit. Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! » Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Qu'ont-t-ils donc de si caractéristiques ce visage et cette voix de Jésus pour que "toute la foule vienne à lui ", pour que tant d'hommes et de femmes aient été ainsi subjugués, touchés au plus profond d'eux-mêmes ? Tout commencerait-il par cet appel "Suis-moi", ce moment du choix et de la grâce, ce regard qui rehausse et qui libère, cette voix au timbre si unique qui permet de "découvrir un aspect encore inconnu de son secret intérieur" (Maurice Zundel, "Je parlerai à ton coeur") et ouvre à la joie ? Est-on jamais digne de recevoir la Lumière ? Il est d'ailleurs frappant d'observer que Lévi suit Jésus pour être ramené dans sa propre maison, comme pour le ramener à lui-même, dans cet espace intime où il va L' accueillir avant d'ouvrir la rencontre de la Vie à beaucoup d'autres :" beaucoup de publicains et de pêcheurs vinrent prendre place avec Jésus". Jésus est un révolutionnaire de l'amour qui n'a peur ni du qu'en-dira-t-on, ni du péché. Il n'exclut jamais personne : "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs". 

Laissons-nous saisir par cette parole "Suis-moi". Face aux troubles que nous voyons se développer actuellement autour de nous, allons-nous attendre ou nous lever pour répondre à l'appel, oser l'authenticité et la profondeur, accueillir l'autre dans sa réalité et l'accompagner ? Aurons-nous le courage de vivre et de faire vivre ce qui nous habite ? 

(Catherine L)

Vendredi 15 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 2, 1-12

Quelques jours après la guérison d’un lépreux, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. » Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

Aujourd'hui, c'est à un homme paralysé, totalement dépendant - puisqu'il a besoin de l'aide de "quatre hommes" pour l'aider à s'approcher de Lui - que Jésus va manifester Sa puissance de Vie en commençant, au nom de son Père ("pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre"), par le libérer : "Mon enfant, tes péchés sont pardonnés." Jésus voudrait-il nous faire comprendre par là, que c'est le péché qui paralyse ? A quoi nous invite-t-Il donc ce matin ? A une foi et une charité intrépide, qui ne se découragent ni ne capitulent jamais devant la "paralysie" de ceux qui nous entourent, certains que rien n'est impossible à Dieu ? A sortir de la fatalité de nos propres "paralysies", nos auto-justifications, nos culpabilisations, en laissant parfois un frère, un ami saisir notre brancard et nous aider à sortir de nos captivités ; en nous abandonnant dans la confiance à Sa parole agissante : "Lève-toi". Abandonnés, décentrés de nous-mêmes, unifiés, pardonnés, restaurés dans la communion, sauvés, nous pourrons alors "rentrer dans notre maison" et revenir dans cet espace intime, habité par le Seigneur lui-même, le coeur brûlant de gratitude : "nous n'avons jamais rien vu de pareil !". 

(Catherine L)

Jeudi 14 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 40-45

En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

Quelle magnifique ouverture à l'espérance que celle qu'il nous est donné de voir dans l'Evangile d'aujourd'hui au travers de deux manifestations corporelles : un agenouillement humain  et un toucher Divin et deux volontés : une volonté du lépreux d'être purifié, de vivre et une volonté de Jésus de lui donner la santé, la Vie. Quelle est la "lêpre" dont nous souffrons le plus aujourd'hui ? L' endurcissement, l'égarement (He 3, 7-14) , la fermeture du coeur (Ps 94) ? Nos difficultés à accueillir l'autre dans son altérité, dans sa vulnérabilité ? Les regards affligeants que nous portons parfois sur nous-mêmes ? 

Oserons-nous, dans la confiance, nous agenouiller, assumer la vérité de notre vie, regarder nos lieux de combat, pour accueillir pleinement dans notre coeur Sa miséricorde et la Vie que qu'Il veut nous donner ?  Allons-nous, comme Jésus nous y invite, entrer dans ce silence du coeur profond, où Dieu nous attend ? Voulons-nous vivre ? Viendrons-nous alors nous agenouiller en Sa Présence, pour L'entendre ,"saisi de compassion", nous souffler  : "Ne dis rien à personne, mais va !" ?

(Catherine L)

Mercredi 13 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 29-39

En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait. Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.

Jésus n'arrête donc jamais ? Voudrait-Il nous montrer que sur le chemin de la Vie, on ne connait jamais le surmenage ?  Rien ne semble pouvoir l'arrêter. Tous les espaces semblent pour Lui propices à Sa mission. Il n'ignore aucun de ceux qui sont "atteints de toute sorte de maladie". Il "guérit", Il "proclame l'Evangile" et même la nuit, Il se rend dans un endroit désert pour prier. Quel remarquable enseignement sur l'équilibre à trouver entre les sollicitations extérieures incessantes et la responsabilité de refaire ses forces pour les assumer correctement ! La prière n'ouvre-t-elle pas cet espace de confiance et de ressourcement pour relire la journée d'hier et préparer celle qui s'engage, pour revenir en communion avec le Père et avec nos frères et soeurs en humanité, pour se libérer du stress, de l'agitation, de la superficialité ? 

Tandis que tous Le cherchent, Lui cherche toujours inlassablement à faire la volonté de son Père. "Allons ailleurs", dit Jésus. Quelle interpellation ! Qu'allons-nous répondre ? Sommes-nous prêts à Le suivre aujourd'hui, non pas vers un ailleurs illusoire pour fuir un ici trop chargé, trop difficile,  ou tout simplement trop routinier, mais vers cet ailleurs à Sa suite pour une vie livrée ? 

(Catherine L)

Mardi 12 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 21-28

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.

Dans la synagogue de Capharnaüm, tout le monde semble suspendu aux paroles de Jésus. Le texte ne nous dit rien sur le contenu même de cet enseignement si ce n'est qu'il est "nouveau" et qu'il est dispensé, "avec autorité". Quand apparait un "homme tourmenté" qui se met à vociférer "Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu". Sainteté de Dieu, qui révèle Sa puissance au travers d'une Parole retentissante ("Tais-toi, sors de cet homme"), et incroyablement efficace ; libération par le silence de toute forme de violence et plénitude de Vie offerte qui met en echec les forces du mal : " il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent".

Comment réagissons-nous quand la Parole, à la jointure de notre coeur, nous dérange, nous déstabilise ou nous fait peur ? Dans l'accueil ou la fermeture ? Dans la rencontre ou la fuite ? Dans le consentement ou le raidissement ? Comme des "scribes" qui connaissent très bien la Loi mais ne l'appliquent pas toujours ou "avec autorité", à l'imitation de Celui qui, sous la conduite de l'Esprit Saint, ne se laisse pas détourner de sa vocation, combat résolument toute tentation de facilité et s'inscrit toujours dans la transparence et l'obéissance libre à Son Père ?  Crions-nous ? Nous agitons-nous ou laissons-nous la nouveauté vivifiante de la Parole de Dieu nous conduire sur la voie de la croissance et de l'accomplissement ? 

(Catherine L)

Lundi 11 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 14-20

Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez- vous et croyez à l’Évangile. » Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Quelle belle invitation que celle qui nous est adressée aujourd'hui pour débuter ce premier jour du temps ordinaire ! Quel magnifique encouragement aussi ! En effet, hier nous entendions "Tu es mon Fils bien-aimé". Aujourd'hui, nous entendons : "les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche".

Jean, qui hier baptisait Jésus et qui "préparait les chemins" a été arrêté. Jésus va donc commencer sa vie publique. Il se met en marche et "part en Galilée" pour "proclamer l'Evangile de Dieu" et annoncer ainsi la bonne nouvelle à tous ceux qui sont disposés à L'écouter, à changer, à se convertir. Jésus voit "Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer". Il ne les attire pas sur un programme irréaliste. Il ne leur vend ni du rêve, ni la perspective d'une alléchante promotion. Il a simplement cette parole d'autorité "Venez à ma suite." qui va résonner à la porte de leur coeur et les mettre en mouvement. Mais quels sont les facteurs de déclenchement de cette bascule , le secret de leurs réponses  ? Ne serait-ce pas cette puissante invitation de Jésus à leur faire prendre conscience du véritable sens de leur engagement professionnel : "Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes" qui a suscité, chez les apôtres, leur consentement : "Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent" ?

En cette heure matinale, comment entendons-nous Son appel "viens et suis-moi" ? Saurons-nous aujourd'hui discerner les appels de notre environnement à plus de sens, plus de profondeur, plus de solidarité ? Encouragés par cette parole "le royaume est tout proche", allons-nous avoir l'audace d'y répondre ? Allons-nous croire à ce nouvel horizon des possibles, écouter cette aspiration intérieure à une communion plus grande ? Croyons-nous, en laissant la Trinité agir à travers nous, que nos gestes professionnels peuvent parfois prendre une dimension "apostolique" et éveiller à d'autres appels ? Allons-nous prendre la mer avec Jésus, pour nous lancer ensemble dans une aventure, qui ne nous exonerera ni des efforts ni des difficultés, mais qui, dans l'ordinaire de nos jours, promet d'être passionnante ? 

(Catherine L)

 

Dimanche 10 janvier

Baptême du Seigneur

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 7-11

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Jean rend témoignage à Jésus : « voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi" qui toute sa vie, a fait la volonté de Son Père dans la lumière de l'Esprit. Sa force, c'est la seule force de l'Amour, qui ira jusqu'au don de Sa propre vie pour relever, pardonner, réconforter, encourager, insuffler la Vie. D'ailleurs, pourquoi Jésus est-il venu rejoindre Jean si ce n'est pour rejoindre toutes celles et ceux, toujours plus nombreux , en quête, en soif, qui étaient profondément touchés par ses prédications ? Mais comment intégrer qu'Il soit venu se faire baptiser dans les eaux du Jourdain, comme "toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem", " en reconnaissant publiquement leurs péchés"(v.5) ? Comment Jésus a-t-il pu les rejoindre pour entrer dans cette eau chargée de tant de doutes, errances, maladies, fragilités, espoirs, si ce n'est dans une écoute et obéissance libre et décisive à la volonté de Son Père ? La réponse Divine, qui préfigure la résurrection d'entre les morts, est instantanée à travers l'apparition de l'Esprit : "Aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe", et au travers de cette parole" « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. ».

Puissions-nous ce matin entrer à notre tour pleinement dans ce profond mystère et nous engager résolument à Sa suite, pour l'entendre nous souffler que nous sommes Ses enfants bien-aimés.

(Catherine L)

Samedi 9 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jn 3, 22-30

En ce temps-là, Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ; il y séjourna avec eux, et il baptisait. Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l’eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser. En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison. Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif au sujet des bains de purification. Ils allèrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! » Jean répondit : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. »

Le début de ce passage évoque une situation qui finalement nous est assez familière : une concurrence dans les activités, un conflit de périmètre, un esprit de compétition entre des protagonistes qui entraîne la jalousie et la peur face à une possible perte d'influence ou de pouvoir : "Celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! ». La réponse de Jean le Baptiste est celle du disciple modèle, modèle d'humilité, qui recoit tout d'un Autre : " Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel" . Il est parfaitement conscient de la mission à laquelle il a été appelé et ne s'écarte pas de sa vocation propre : préparer les chemins du Seigneur et rendre droits ses sentiers : "Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui." Il ne revendique rien si ce n'est d'être l'ami, qui n'est pas possessif, qui "se tient là" tout simplement, qui "entend la voix" qui parle à son coeur pour l'intérioriser et la suivre dans son parcours personnel, et qui, pleinement comblé par la joie de faire Sa joie, peut s'effacer :" Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue."  Modèle de dépouillement pour révéler l'admirable grandeur de l'humilité de Dieu !

Puissions-nous, à notre tour, entrer dans cette profondeur d'amitié avec le Christ et avancer sur le chemin du service et de l'humilité.

(Catherine L)

Vendredi 8 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 5, 12-16

Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; voyant Jésus, il tomba face contre terre et le supplia : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour tous un témoignage. » De plus en plus, on parlait de Jésus. De grandes foules accouraient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans les endroits déserts, et il priait.

Quel exemple d'audace et foi que celui de ce lépreux ! Il a transgressé les mesures d'exclusion de l'époque visant à prévenir toute contamination, pour se jeter "face contre terre" au pieds de Jésus et le supplier: " Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier".  Animé d'une totale confiance dans la bonté et la puissance de Dieu, il s'en remet totalement à Sa volonté et à Sa miséricorde infinie. Son cri va d'ailleurs toucher le coeur de Jésus et susciter une compassion immédiate : " Je le veux, sois purifié" . Jésus n'a pas peur de la contagion, il n'a pas peur de "toucher" nos misères. L'homme à terre est alors radicalement transformé : "à l’instant même, la lèpre le quitta". 

Lépreux, ne le sommes-nous pas tous en réalité, que ce soit visible ou non ? "Si tu le veux"...Quelle magnifique passage que celui d'aujourd'hui qui semble nous dire que rien n'est jamais trop contaminé, atrophié, défiguré, paralysé en nous qui ne puisse être touché, et qu'il n'est jamais trop tard. Allons-nous alors oser nous approcher de Lui, du fond de notre réel parfois bien âpre, pour qu'Il le transforme ? Croyons-nous en la force de Sa compassion ? Allons-nous, comme Jésus, prendre le temps de nous "retirer" dans le silence et le recueillement ? Réconfortés et renouvelés par Sa miséricorde, allons-nous alors, à notre tour, oser toucher le pauvre, l'exclus, le réfugié que nous croisons sans parfois même le regarder ? 

« Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. »

(Catherine L)

 

Jeudi 7 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 4, 18

En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.

Comment ne pas être profondément interpellés par ces débuts du ministère public du Seigneur ? Jésus retourne donc sur les lieux de son enfance  "dans la puissance de l'Esprit". A la synagogue, sans doute poussé par ce même Esprit, Il se lève pour accueillir et donner vie au passage de l'Ecriture qui prophétise sur Lui : "L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.", avant de commencer sa prédication : "Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur." Puis simplement, il referme le livre et s'assied. "Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui." C'est alors qu'il partage avec l'assemblée ces "paroles de grâce" : "Aujourd'hui s'accomplit ", qui semble donner corps aux paroles et au projet de Dieu sur chacun de nous.

"Aujourd'hui", comment accueillons-nous cette parole d'Isaie dans la réalité de nos propres vies ? Allons-nous, comme les auditeurs de la synagogue contempler Jésus ? Allons-nous comme Jésus, nous asseoir pour écouter avant 'd'annoncer la Bonne Nouvelle" ? Nous laisserons-nous inspirer par l'Esprit Saint et envoyer à notre tour ? 

(Catherine L)

Mercredi 6 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 6, 45-52

Aussitôt après avoir nourri les cinq mille hommes, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule. Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier. Le soir venu, la barque était au milieu de la mer et lui, tout seul, à terre. Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer, les disciples pensèrent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris. Tous, en effet, l’avaient vu et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba ; et en eux-mêmes ils étaient au comble de la stupeur, car ils n’avaient rien compris au sujet des pains : leur cœur était endurci.

"Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque". Pourquoi faut-il déjà repartir ?  Pourquoi faut-il prendre la mer, milieu instable par excellence et potentiellement dangereux ? Parce qu'ils "n'avaient rien compris au sujet des pains : leur coeur était endurci". En les obligeant à quitter l'expérience miraculeuse de la multiplication des pains, Jésus va conduire ses disciples à entrer plus profondément dans la confiance et l'ouverture du coeur. Il montre l'exemple : "il s’en alla sur la montagne pour prier". Et nous, sommes-nous prêts à nous laisser conduire, à sortir de notre zone de confort, à consentir, à entrer pleinement dans cette confiance filiale ? Sommes-nous disposés à abandonner toute maîtrise ? Oserons-nous la confiance pour dépasser nos peurs, nos limites et nos nuits intérieures ? Croyons-nous qu'une Lumière, qui va nous déplacer et nous "dépasser" peut venir sur nos vies ? Allons-nous, aux heures d'incompréhension - ou d'appréhension - nous fermer ou consentir ? Oublierons-nous, au coeur des plus sombres épreuves, qu'Il est toujours présent et qu'il ne manquera pas à Sa promesse : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

(Catherine L)

Mardi 5 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 6, 34-44

En ce temps-là, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. Déjà l’heure était avancée ; s’étant approchés de lui, ses disciples disaient : « L’endroit est désert et déjà l’heure est tardive. Renvoie-les : qu’ils aillent dans les campagnes et les villages des environs s’acheter de quoi manger. » Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répliquent : « Irons-nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter des pains et leur donner à manger ? » Jésus leur demande : « Combien de pains avez-vous ? Allez voir. » S’étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. » Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l’herbe verte. Ils se disposèrent par carrés de cent et de cinquante. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction et rompit les pains ; il les donnait aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. Et l’on ramassa les morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze paniers, ainsi que les restes des poissons. Ceux qui avaient mangé les pains étaient au nombre de cinq mille hommes.

Quel magnifique passage que celui d'aujourd'hui pour prendre conscience de la compassion sans limite de Jésus pour chacun de nous et de sa manifestation. Il nous est  dit dans les versets précédant le début de ce passage que : "de fait ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger." (v 31).  Quelle était leur véritable quête ? Ne nous arrive-t-il pas d'être, nous aussi, bien souvent, décontenancés voire perdus, comme des "brebis sans berger", tellement obnubilés par la complexité d'un problème à résoudre, l'impasse apparente d'une situation, la disproportion des moyens mis à notre disposition, l'incertitude, que nous ne prenons pas, ou plus, le temps de nous laisser nourrir par le Seigneur ? Sommes-nous, pour autant, plus efficaces ? Jésus nous invite à emprunter une autre voie. Il semble d'abord nous inviter à accueillir la réalité comme elle se présente et dans toutes ses dimensions  : "Il vit une grande foule" avant de nous laisser, dans le silence intérieur,  "enseigner", guider, traverser par la Parole, sous la conduite de l'Esprit Saint, jusqu'à l'agir : "Donnez-leur vous-mêmes à manger." C'est de là, de notre peur, de notre impuissance, de notre pauvreté - cinq pains et deux poissons - offertes que jaillira la "bénédiction". C'est de là que nous pourrons faire l'expérience de la surabondance, née de la compassion Divine et que chaque situation pourra devenir offrande.

Puissions-nous aujourd'hui nous immerger pleinement dans ce mystère.

(Catherine L)

Giovanni Lanfranco - La multiplication des pains et des poissons

Lundi 4 janvier

Lecture de la première lettre de saint Jean

1 Jn 3, 22 – 4, 6

Bien-aimés, quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux. Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit. Bien-aimés, ne vous fiez pas à n’importe quelle inspiration, mais examinez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes se sont répandus dans le monde. Voici comment vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui proclame que Jésus Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu. Tout esprit qui refuse de proclamer Jésus, celui-là n’est pas de Dieu : c’est l’esprit de l’anti-Christ, dont on vous a annoncé la venue et qui, dès maintenant, est déjà dans le monde. Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu, et vous avez vaincu ces gens-là ; car Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. Eux, ils sont du monde ; voilà pourquoi ils parlent le langage du monde, et le monde les écoute. Nous, nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. C’est ainsi que nous reconnaissons l’esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur.

 

Ce passage de la première épître de l'apôtre Jean est centré sur la communion avec Dieu et nous donne les clefs pour y entrer et y "demeurer" : marcher dans l'obéissance et garder "son commandement" ; son seul commandement sous deux principes indissociables l'un de l'autre: "mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé". Voilà bien à quoi nous sommes invités. L'apôtre Jean nous met toutefois en garde contre les "faux-prophètes",  et nous donne la clef pour déjouer les pièges masqués sous de belles apparences, pour "reconnaître l'Esprit de Dieu" : c'est "Jésus Christ est venu dans la chair". Il n'est habité ni par les logiques de séduction, ni par les logiques de pouvoir. Il a assumé pleinement la réalité de notre condition humaine en ne cherchant qu'une chose pendant toute Sa vie : faire la volonté de Son Père.

En ce jour de "rentrée", puissions-nous demeurer fidèlement dans cette attention et cette docilité à l'Esprit en nous rappelant que la voie de Jésus n'est pas celle des résolutions ou des actes spectaculaires mais bien celle de l'humilité et de l'Amour, pour nous ouvrir à une plus grande plénitude de vie.

(Catherine L)

Dimanche 3 janvier

Epiphanie du Seigneur 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 60, 1-6

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

Le livre d’Isaïe dans sa dernière partie, professe un universalisme qui montre comment toutes les nations reconnaîtront la révélation faite à Israël et convergeront dans l’unité autour de Jérusalem. Le Nouveau Testament reprend à son compte une telle promesse mais l’interprète spirituellement. Les rois marcheront à la clarté de l’aurore qui se lève, ils apporteront les richesses des nations, ils apporteront l’or et l’encens. Toutes ces images sont rassemblées dans la figure des Mages venus de l’Orient adorer Jésus au jour de sa naissance. Après le regard contemplatif des bergers posé sur l’enfant juste né, voici celui des étrangers venus de très loin pour accueillir Celui qui vient. Dès le premier instant, cet enfant rassemble les pauvres comme les païens au coeur d’une promesse faite à Israël mais qui va concerner les extrémités de la terre. Nous aussi, déposons le meilleur de nous-mêmes au pied de cet enfant pour qu’il le transforme en richesse du Royaume et nous partage la vie qu’il nous livre. Réjouissons-nous avec « les îles lointaines » et ne restons pas enfermés dans nos fausses sécurités.

(Fr. Jean-Pierre)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Mt 2, 1-12

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Tout cet évangile est encore une relecture de plusieurs versets de la Bible visant à préciser la manière dont Matthieu et sa communauté ont reçu la personne et la mission de Jésus et de ce fait leur propre mission.

Matthieu s’applique à montrer que Jésus est bien de la lignée du roi David. Il a été enfanté à Bethléem de Judée, là même où David est né. La première alliance annonçait la venue du Messie dans cette ville. Bethléem est chargée d’une longue histoire. Selon la tradition, Rachel, la femme de Jacob y est enterrée ; le lieu s’appelait alors Ephrata (Gn. 35,19 et 48,5). Le livre des Juges (Jg 17-19) se termine par l’évocation d’un jeune homme, considéré comme prêtre lévite venant de Bethléem de Juda où il était en résidence. Il s’installa comme prêtre au service de Mika, un homme de la montagne d’Ephraïm avant de passer au service de la tribu de Dan pour laquelle il établira un sanctuaire particulier. Le chapitre suivant (Jg 18) parle d’un autre lévite (ou du même), habitant sur la montagne d’Ephraïm et vivant avec une femme de Bethléem qu’il livrera à des malfaisants de la ville de Gibea sur la route du retour à Bethléem. Ces deux récits cruels visent à montrer la nécessité d’un roi pour l’ensemble du peuple afin d’éviter de telles divisions entre les tribus d’Israël. Et c’est de Bethléem effectivement que viendra le grand roi David (Samuel 16,4). La mention la plus importante de cette origine bethléémite du Messie est celle que l’on trouve dans le Livre du prophète Michée. C’est elle que reprend l’Evangile selon Matthieu : « Et toi, Bethleem Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël. Ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël. Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils s’établiront, car alors il sera grand jusqu’aux extrémités de la terre » (Michée 5,1-3). Cette promesse du prophète Michée concerne le peuple déporté à Babylone qui reviendra sur sa terre et sera guidé par le messie sans cesse espéré. Le nom de Bethléem signifie « maison du pain ». On le sait, le pain sera pris par Jésus comme signe de son mystère de mort et de résurrection dans l’institution de l’Eucharistie. Cette maison du pain manifeste d’une certaine manière la présence au monde de ce pain dont Jésus dira qu’il est son corps donné pour que le monde ait la vie.

Les Mages se rendent spontanément à Jérusalem, la capitale du royaume. C’est là qu’ils pensent trouver les meilleurs renseignements concernant leur recherche. Il demande : « Ou est le roi des Juifs ? » A la question des Mages, Hérode répondra par une enquête sur la naissance du Christ, du Messie, c'est-à-dire de celui qui a reçu l’onction sainte, comme signe de sa vocation très spécifique de rassembleur et de sauveur de son peuple, envoyé de Dieu. Les Mages, quant à eux, font porter leur interrogation non sur le Messie, le Christ, mais sur le Roi des Juifs. Les autorités en place, tant politiques que religieuses, représentées ici par Hérode, les grands prêtres et les scribes, recherchent le Messie, mais ne voient en lui qu’une menace à leur pouvoir : une telle perspective est présente tout au long de l’Evangile de Matthieu. Par contre les nations étrangères, représentées ici par les Mages, cherchent le roi des Juifs mais découvrent le Messie Sauveur. Le pouvoir en place et les autorités religieuses du temps en viendront à s’associer pour éliminer ce prétendu roi des Juifs en le crucifiant : ils ne rencontreront donc pas le Messie, alors que ceux qui ne sont pas dans de telles dispositions, même s’ils sont étrangers à la foi juive, trouveront le Messie de Dieu.

Hérode se caractérise aussi par des dispositions mensongères : il demande aux Mages de se renseigner avec précision sur l’enfant pour que, une fois trouvé, il puisse, se prosterner devant lui : mais, on le sait, son intention est de le mettre à mort. Les composantes de la Passion du Christ sont déjà présentes à l’heure de sa naissance : l’opposition des autorités de ce monde, le titre provoquant de roi des Juifs, et plus loin la volonté de mettre à mort ce gêneur. L’étoile qu’ont vu les Mages en Orient, ne manque pas d’évoquer celui qui avait été annoncé comme le soleil de justice (Malachie 3,20) et que l’on nomme astre d’en haut venant nous visiter (Luc 1, 78), lumière qui se révèle aux nations et gloire d’Israël son peuple (Lc 2,32). La tradition antique (formalisée chez les Grecs mais présente chez d’autres peuples du pourtour méditerranéen) présente souvent la naissance d’un (futur) grand homme accompagnée de l’apparition d’un astre nouveau.

Les Mages sont venus adorer, rendre hommage, se prosterner devant cet enfant : le verbe employé ici doit être précisé ; il désigne l’attitude à la fois infiniment respectueuse que l’on peut avoir à l’égard d’un grand personnage ou de Dieu lorsqu’on veut l’honorer. Proskunésai en grec, signifie « saluer en se prosternant et en portant la main à sa bouche comme pour signifier un baiser ». Les traductions se prosterner ou adorer (qui évoque plutôt un hommage de prière, ad-orare) rendent insuffisamment les nuances du verbe proskunésai.

Les mages accompagnent leur hommage de cadeaux : or, encens, myrrhe. Ce sont des dons précieux et très symboliques dans les cultures du Proche-Orient. L’or évoque la majesté royale, l’encens est destiné à assainir l’atmosphère et manifeste le mouvement de la prière lorsque sa fumée s’élève vers le ciel et la myrrhe est une résine odoriférante très utile pour le traitement de nombreuses maladies ; c’est l’ingrédient indispensable à la préparation des corps des défunts avant leur ensevelissement. L’offrande de tels présents est une interprétation de la part de Matthieu d’un passage du prophète Isaïe, célébrant le retour du peuple à Jérusalem après l’exil à Babylone, avec l’espérance d’une confluence des nations vers Israël : « Debout, rayonne, car voici ta lumière et sur toi se lève la gloire du Seigneur. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire sur toi paraît. Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante. Lève les yeux aux alentours et regarde, tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras et tu seras radieuse, ton cœur tressaillira et se dilatera, car les richesses de la mer afflueront vers toi. Des multitudes de chameaux te couvriront, des jeunes bêtes de Madiân et d’Epha ; tous viendront de Saba, apportant l’or et l’encens et proclamant les louan ges du Seigneur. » (Isaïe 60,1-6). En rapport avec ce passage d’Isaïe, la tradition chrétienne fera des Mages, trois Rois orientaux auxquels elle donnera même des noms : Gaspar, Melchior et Balthasar ! Dans le prolongement de l’Evangile, les Pères de l’Eglise des premiers siècles du christianisme ont attribué explicitement des fonctions symboliques aux trois dons offerts par les Mages : l’or est pour Jésus reconnu comme roi, l’encens pour Jésus reconnu comme Dieu et la myrrhe, donnée en vue de sa sépulture. En citant le prophète Michée par la bouche des prêtres et des scribes qui indiquent à Hérode le lieu de naissance du Messie, Matthieu y apporte quelques modifications : il donne en particulier un titre nouveau au Messie, il le nomme en grec égoumenos qui se traduit par « conducteur », forme dérivée qui désigne le conducteur d’un troupeau ; c’est lui qui fera paître le peuple de Dieu. Ce terme est tout à fait en situation car dès sa plus tendre enfance, Jésus va refaire le voyage de la descente en Egypte sur les pas des fils de Jacob et du peuple de l’Exode retournant en Israël. Jésus sera vraiment sauveur au sens de pasteur du peuple de Dieu pour passer des ténèbres de l’esclavage d’Egypte à la lumière de la Terre Promise. Les Mages se sont mis en route pour reconnaître celui en qui ils espèrent un guide pour tous les peuples.

On peut résumer ainsi le message délivré tel qu’il a été compris par les communautés chrétiennes après la pâque du Christ :

- Tout d’abord, les Mages s’enquièrent du Roi des Juifs. La portée de cette naissance est assez large, elle a une dimension qui ne laisse pas indifférent Hérode. Matthieu veut souligner que cette naissance a à la fois un caractère religieux et politique. La croix sur laquelle Jésus sera crucifié portera bien cette inscription : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (Mt 27,37) : c’est effectivement l’un des motifs de sa condamnation. D’ailleurs le rassemblement des grands prêtres par Hérode ne manque pas de faire penser à cet autre rassemblement des grands prêtres pour la condamnation de Jésus (Mt. 26,57).

- D’autre part, les Mages ne sont pas juifs. Ils croyaient en d’autres dieux que celui des Juifs. Pourtant, ils viennent rendre hommage à cet enfant, alors que celui-ci n’est pas reçu par les autorités de son propre peuple. Il y a là chez Matthieu la volonté de manifester l’ouverture aux nations étrangères telle qu’elle adviendra dans la vie et dans la mission de Jésus et plus tard dans la vie de l’Eglise. Le vocabulaire employé pour leur re-départ est celui de la conversion, du retournement intérieur : « Ils retournèrent pas un autre chemin ».

- Enfin Matthieu présente cet enfant comme bénéficiant d’une protection divine très particulière : Si les Mages sont avertis en songe de s’en aller par un autre chemin, c’est bien aussi et surtout pour ne pas rencontrer à nouveau Hérode afin d’éviter une intervention violente de sa part contre l’enfant.

(Fr. Jean-Pierre)

Samedi 2 janvier

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jn 1, 19-28

Voici le témoignage de Jean le Baptiste, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.

Jean doit donc rendre des comptes aux autorités de plus en plus intriguées, pour ne pas dire perturbées, par son influence et son comportement. Mais dès le début de ce passage, il apparait que le feu nourri de questions porte moins sur l'identité de Jean que sur la compréhension de la véritable source de son autorité, sur la signification du baptême par rapport au Christ. il est d'ailleurs frappant de voir que Jean lui-même, dès les premières tentatives d'identification, commence par refuser de laisser enfermer dans les projections de ce qu'il pourrait être : "Je ne suis pas", avant de répondre : "Je suis la voix de celui qui crie dans le désert". Il ne revendique rien. Humblement, il renvoie à la Parole de Dieu au travers du prophète Isaïe et invite à reconnaitre une Présence : " au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas". 

Et nous, comment abordons-nous ce début d'année et qu'est-ce qui va véritablement nous inspirer ? Allons-nous nous recroqueviller sur nos sécurités, nos certitudes, les objectifs de la hiérarchie ou au contraire essayer de servir une Présence dans une adhésion libre du coeur ? Serons-nous disposés à accueillir ce que nous ne percevons pas encore ? 

(Catherine L)

Vendredi 1er janvier

Lecture du livre des Nombres

Nb 6, 22-27

Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

Ces paroles du Livre des Nombres, ressemble aux premières paroles transmises à Marie par l’ange Gabriel. A l’origine de toute vie, il y a la bénédiction de Dieu, comme un don de sa grâce. Cette bénédiction qui appelle en retour notre propre bénédiction de retour permet une rencontre de vis à vis dans la lumière de Dieu et procure étonnamment une étrange paix au milieu des circonstances de la vie en ce monde. Que Dieu nous garde constamment dans ce dynamisme et nous deviendrons de plus en plus à son image, transmetteurs de vie, de lumière et de paix pour le monde. Quels meilleurs voeux peut-on se souhaiter ?

(Fr. Jean-Pierre)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 2, 16-21

En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé. Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

L’enfant qui reçoit le nom de Jésus, « Dieu sauve », introduit tout son entourage dans une vie selon le coeur de Dieu. Désormais rien ne sera plus pareil dans l’existence de Marie, de Joseph et de tous les proches de Jésus : les bergers glorifient et louent Dieu à la suite de la visite qu’ils ont faite à cet enfant voisin de leurs troupeaux. Et cependant, sa vie de petit enfant, ressemble en tout point à celle de bien d’autres enfants. Il se tait, il crie et pleure, on lui donne un nom, il est circoncis.

C’est cette heureuse communion entre humanité et divinité qui fait la caractéristique du christianisme. Une telle communion est proposée à tous à la suite de Jésus, à commencer par sa mère que la tradition n’hésite pas, en ce sens, à appeler Mère de Dieu. Ne résistons pas à nous laisser introduire dans cette lumière qui peut bouleverser nos vies.

(Fr. Jean-Pierre)

 

Commentaire de Pierre D. : "La 1ère lettre de Saint Jean nous dit de ne pas aimer le monde. La Bible ne nous dit-elle pas que Dieu aime le monde ? Faut-il comprendre que Jean nous incite à aimer Dieu plus que le monde ?"

 

Réponse à Pierre D. concernant l'amour ou la haine du monde (cf. Commentaires)

Il y a deux sens au mot "monde" spécialement en saint Jean.

Il y a le monde, comme création de Dieu, qui en soi, est bon comme il est dit des oeuvres de Dieu au ch 1 de la Genèse : "Il vit que cela était bon".

Et il y a le "monde" au sens d'un monde autonomisé qui ne se conçoit que sans Dieu ; un monde qui voudrait se suffire à lui-même. Ce monde-là est voué à l'impasse et il n'y a pas lieu d'entrer dans cette logique. C'est ce "monde" sans référence à une origine divine qu'il est demandé de ne pas aimer afin de poursuivre un chemin de Vie, de Vérité et de Lumière qui s'origine dans l'amour créateur de Dieu. Cette disposition nous rend d'autant plus proche des réalités dans lesquelles nous vivons et des personnes que nous rencontrons. En ce sens, notre amour du monde n'est pas en opposition ou en concurrence avec celui de Dieu : nous sommes appelés à aimer en même temps Dieu et le monde qui vient de lui.

(Fr. Jean-Pierre)

Jeudi 31 décembre

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jn 1, 1-18

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

En ce dernier jour de l'année, l'Evangile de Saint Jean nous rappelle le "commencement", l'événement le plus inoui et le plus bouleversant de toute l'histoire de l'humanité : "le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité". 

"A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu". Et si aujourd'hui, dernier jour de l'année, nous nous laissions saisir, dans le silence, par cette filiation divine pour relire cette année qui arrive à son terme ? Et si nous accueillions pleinement ce Don, pour donner sens à nos vies? "Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce". Et si, nous en faisions mémoire ? "La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ". Et si, le coeur émerveillé en contemplant Son Amour dans l'abaissement, au fil des jours pour chacun de nous, nous Lui disions simplement Merci ?    

(Catherine L)

 

Mercredi 30 décembre

Lecture de la première lettre de saint Jean

1 Jn 2, 12-17

Je vous l’écris, petits enfants : Vos péchés vous sont remis à cause du nom de Jésus. Je vous l’écris, parents : Vous connaissez celui qui existe depuis le commencement. Je vous l’écris, jeunes gens : Vous avez vaincu le Mauvais. Je vous l’ai écrit, enfants : Vous connaissez le Père. Je vous l’ai écrit, parents : Vous connaissez celui qui existe depuis le commencement. Je vous l’ai écrit, jeunes gens : Vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous, vous avez vaincu le Mauvais. N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.

"Petits-enfants : vos péchés vous sont remis à cause du nom de Jésus" ... Nous commençons tous par être des petits enfants. Mais Saint Jean semble nous inviter à  ne pas en rester là en insistant sur deux points pour notre croissance spirituelle : l'enracinement dans la parole de Dieu et le renoncement à l'esprit du monde.

Les pères sont ceux qui  ont mûri dans la connaissance du Christ et "connaissent Celui qui existe depuis le commencement", en profondeur. Ils demeurent, quoiqu'ils fassent, dans Son Amour. Les "petits-enfants" sont, quant à eux fragiles et très vulnérables parce qu'ils ne connaissent pas encore la Parole de Dieu. Ils n'ont pas encore éduqué leurs sens, leur intelligence, leur conscience. Les "jeunes gens" n'ont pas encore atteint la maturité des pères mais cherchent à avancer sur cette voie. Ils s'affermissent progressivement et parviennent à ne pas s'égarer en prenant appui sur la Parole de Dieu, qui, pour peu qu'elle demeure en eux, leur permet de  vaincre "le mauvais", de renoncer aux séductions et à l'esprit du monde.

"Celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours". Allons-nous privilégier ce qui passe ou ce qui demeure à jamais ? Allons-nous rester des petits-enfants ou essayer de grandir sur ce chemin sûr, qui nous affermira dans une solide unité de vie et dans une plus grande liberté intérieure ? Avons-nous le désir de nous nourrir de Sa parole pour mieux comprendre ce que le Seigneur dépose au coeur de nos vies, l'accueillir et le déployer ? 

(Catherine L)

Mardi 29 décembre

Lecture de la première lettre de saint Jean

1 Jn 2, 3-11

Bien-aimés, voici comment nous savons que nous connaissons Jésus Christ : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection : voilà comment nous savons que nous sommes en lui. Celui qui déclare demeurer en lui doit, lui aussi, marcher comme Jésus lui-même a marché. Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, mais un commandement ancien que vous aviez depuis le commencement. La parole que vous avez entendue, c’est le commandement ancien. Et pourtant, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en cette parole l’est aussi en vous ; en effet, les ténèbres passent et déjà brille la vraie lumière. Celui qui déclare être dans la lumière et qui a de la haine contre son frère est dans les ténèbres jusqu’à maintenant. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a en lui aucune occasion de chute. Mais celui qui a de la haine contre son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres sans savoir où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.

 

Voilà donc les deux marqueurs d'authenticité, les deux conditions concrètes pour discerner si nous suivons réellement le Christ et si nous vivons réellement en disciples  : (i) l'obéissance à Sa volonté  ; (ii) l'amour  ! 

Mais comment parvenir à vivre  dans cette Lumière, révélée dans le Christ qui nous conduira à la plénitude la joie ? L' apôtre Jean nous donne les clefs. En Le "connaissant". Et comment savons nous que nous connaissons le Christ ? En Le fréquentant, en venant et revenant souvent en Sa présence, en nous offrant cette Rencontre intérieure qui nous aidera à devenir ce que nous sommes, en méditant et en "gardant Sa Parole" pour discerner comment faire Sa volonté, comment "marcher comme Jésus lui-même a marché", toujours tourné vers Son Père, "gardant ses commandements", pour agir sur notre unité de vie, pour inventer - à son imitation - des relations collaboratives et paisibles avec tous ceux qui nous entourent. Alors, parce que nous répondrons de tout notre être à Son Amour inconditionnel pour chacun de nous, parce que nous consentirons à nous laisser transformer, nous trouverons la force intérieure de mener les bons combats, de dépasser nos appréhensions et nos limites. Nous deviendrons capables d'aimer nos frères et soeurs en humanité comme Dieu les aime et notre vie deviendra Vie.

(Catherine L)

 

Lundi 28 décembre

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Mt 2, 13-18

Après le départ des mages, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

Nous comprenons, dès le début de ce texte, que le pire est à craindre et qu'il y a urgence. Le roi Hérode, par jalousie et par peur de perdre son pouvoir, fait "rechercher l'enfant pour le faire périr ". Comment un nouveau-né si fragile et si vulnérable peut-il déjà déstabiliser le pouvoir ? Nous nous souvenons alors que " Il est venu comme la Lumière qui brille dans les ténébres mais les ténèbres ne L'ont pas reçu". Les paroles de l'ange ne font d'ailleurs que renforcer cette perception angoissante. Cette fois-ci, il ne dit pas " sois sans crainte". Il dit "Lève-toi". Cela ne va faire qu'exacerber la folie meurtrière d'Herode, qui fera tuer tous les enfants de moins de deux ans "dans toute la région".

Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous poser cette question : pourquoi l'Ecriture nous met-elle aujourd'hui face à l'exposition de la Sainte famille, pourquoi nous met-elle face à tous ces crimes insoutenables et injustes ? Voudrait-elle nous rappeler les circonstances périlleuses dans lesquelles Dieu a pris le risque de nous rejoindre ? Nous inviterait-elle à sortir des tendres images de la crèche pour nous positionner, pour choisir entre les ténèbres et la lumière, pour ne pas nous endurcir face aux souffrances et aux violences de notre temps ? Nous devons bien admettre que ballottés au milieu de réalités qui nous dépassent ou dans les épreuves, il nous arrive parfois de nous interroger sur le sens de ce que nous vivons et de nous demander où est Dieu. 

Saint Joseph nous est donné en exemple : il ne s'est laissé submerger ni par la peur des crimes qu'il pressentait, ni par les risques du voyage avec une jeune accouchée et un nouveau-né,  ni par celle d'un avenir totalement incertain. Bien ancré dans la réalité du moment, il écoute la voix de Dieu. Il part, dans l'obéissance, et assume pleinement sa vocation de père et d'époux pour protéger son fils et Marie, pour préserver la Vie.

Demandons la grâce de savoir, comme Saint Joseph, écouter les avertissements que le Seigneur nous adresse et de ne pas avoir peur de nous laisser saisir par Son amour.

(Catherine L)

Fuite en Egypte de Rembrandt (1627)

Dimanche 27 décembre

Sainte famille

Evangile de Jésus- Christ selon Saint Luc 

Lc 2, 22-40

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Quelle portée que celle de l'Evangile d'aujourd'hui ! Il nous donne de suivre "les parents de Jésus" à Jérusalem, profondément unis dans leur démarche d'offrande : Marie offre son fils au monde et Joseph offre le sacrifice de deux petites colombes. Dans un clair-obscur toutefois en raison du contraste entre la  "lumière qui se révèle aux nations" et l'ombre de la future croix "Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive". Contraste aussi entre ce nouveau-né qui ne peut s'exprimer et deux vieillards  : Syméon, un homme "juste et religieux", ajusté à la volonté de Dieu, et Anne qui "ne s'éloigne pas du temple et sert Dieu jour et nuit dans la prière", qui, dans la maturité de l'âge, tour à tour, vont prendre la parole. Syméon reçoit de Marie l'enfant dans ses bras. L' accueil de cet enfant va bouleverser l'ordre établi et c'est Lui qui va donner vie et paix intérieure tant à Syméon "mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples" qu'à Anne "qui parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem". 

Puissions-nous aussi, dans la joie de Noël, comme Syméon, nous laisser déplacer "sous l'action de l'Esprit Saint" pour accueillir pleinement dans nos bras, la Vie qui nous est donnée et La recevoir de tous les sans-voix, reflets de la présence de Jésus dans notre monde.

(Catherine L)

Samedi 26 décembre

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Ac 6, 8-10; 7, 54-60

En ces jours-là, Étienne, rempli de la grâce et de la puissance de Dieu, accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. Intervinrent alors certaines gens de la synagogue dite des Affranchis, ainsi que des Cyrénéens et des Alexandrins, et aussi des gens originaires de Cilicie et de la province d’Asie. Ils se mirent à discuter avec Étienne, mais sans pouvoir résister à la sagesse et à l’Esprit qui le faisaient parler. Ceux qui écoutaient ce discours avaient le cœur exaspéré et grinçaient des dents contre Étienne. Mais lui, rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Hier, nous accourions vers la crèche pour contempler ce "nouveau-né couché dans la mangeoire". Alors que nos coeurs sont encore dans la joie, pourquoi devons-nous aujourd'hui plonger dans la violence et le martyr d'Etienne ? Sans doute parce que comme nous le chantions hier : "De la crèche au crucifiement, Il nous aime inlassablement !" . Deux faces d'un même Mystère, d'un même Amour qui enveloppe chacun de nous, se révèle ultimement lors de la Passion mais se dessine déjà dès la naissance de Jésus pour nous ouvrir à la vie d'enfant de Dieu.

Etienne, premier martyr chrétien, "rempli de l'Esprit Saint", a défendu le Christ et Son message jusqu'au bout. Il est resté fidèle et a payé cette fidélité de sa vie . Comme le Christ, il est mort en priant pour le salut de ceux qui le lapidaient : "Seigneur, ne leur compte pas ce péché."  

Comment nous disposons-nous à affronter les incompréhensions voire les hostilités à l'Evangile autour de nous ? Croyons-nous véritablement à la puissance du pardon ?  Croyons-nous vraiment que l'Amour aura toujours le dernier mot ? Saurons-nous, avec l'aide de l'Esprit Saint, témoigner de l'espérance qui nous habite, dans la liberté, le respect et l'ouverture à tous ? 

« Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. ». En ce premier jour de l'octave de Noël, puissions-nous, à l'intercession de Saint Etienne, entrer à notre tour dans cette vision, dans la joie de cette contemplation qui nous libèrera de nos peurs, de nos doutes et nous donnera, dans notre fragilité, le courage de Le suivre. 

(Catherine L)

Musée du Louvre - Lapidation de Saint Etienne

Vendredi 25 décembre

Nativité du Seigneur

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

"Au commencement" ... Insondable mystère de Noël ! Insondable mystère d'un Dieu Trinité qui se révèle, qui se donne à nous dans un Amour infini ; de cette naissance à accueillir au plus profond de nos coeurs pour "devenir enfants de Dieu" ; de cette Parole de Vie que rien ni personne ne pourra jamais arrêter ; de cet appel grave à Le suivre ; de cette Humilité de Dieu ; de cette "grâce et vérité qui sont venues par Jésus-Christ" à contempler émerveillés et à recevoir.

 

(Catherine L)

Jeudi 24 décembre

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 1, 67-79

En ce temps-là, à la naissance de Jean Baptiste, Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens : salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs, amour qu’il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte ; serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte, afin que, délivrés de la main des ennemis, nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours. Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins, pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

 

Quel chant magnifique que celui du Benedictus ! Il va bien au-delà du bonheur profond de tout père à la naissance  de son enfant désiré et attendu. Après être resté 9 mois sans pouvoir parler, Zacharie fait "mémoire" d'Abraham, de David qui ont bénéficié des faveurs de Dieu pour avoir été persévérants dans les épreuves et fidèles au "serment" . Il exprime à Dieu son immense reconnaissance pour avoir sauvé Elisabeth de l'opprobre de la stérilité. Il nous enseigne que ce que nous vivons comme des temps d'épreuve ne sont bien souvent que des temps de préparation, que nous pouvons vivre dans l'activisme et la désespérance ou dans la "tendresse et l'amour de notre Dieu" jusqu'à ce que "nous visite l'astre d'en haut".

Zacharie a été "rempli de l'Esprit Saint". Une âme qui ne serait pas vide peut-elle se "remplir" ?  Ne sommes nous pas alors invités ce matin à nous vider, à prendre de la distance par rapport à l'agitation ambiante, à tout ce que nous devons en urgence finaliser et qui insidieusement nous remplit tellement, pour nous approcher résolument de la crèche, et retrouver le  "chemin de la paix"; pour revivre dans la gratitude silencieuse de nos coeurs ces moments de grâce où nous avons été visités, aimés, relevés, libérés, pardonnés, avant de partager cette Lumière reçue, avec "ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort ". 

Et..."si tes mains te semblent trop vides, si tu vois ton coeur pauvre d'amour, cette nuit est pour toi. La grâce de Dieu est apparue pour resplendir dans ta vie. Accueille la et la lumière de Noël brillera en toi" (Pape François)

(Catherine L)

Bethleem

Mercredi 23 décembre

Evangile selon Saint Luc

Lc 1, 57-66

Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. » On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.

 

Le silence de Zacharie durant une longue période à la suite de la révélation qu’il a reçue dans le temple, a quelque chose d’impressionnant. Il est comme une participation à la gestation du nouveau-né et de sa vocation. Lorsqu’Elisabeth met au monde l’enfant et que vient le temps de la circoncision, c’est elle-même qui parle : Il s’appellera Jean et non pas Zacharie comme son père, ainsi que c’était la coutume. Zacharie lui avait donc confié l’annonciation dont il avait été l’objet : on les sent tout deux profondément unis à ce sujet. Il est beau de voir Zacharie confier à un écritoire le soin de décliner le nom-vocation du nouveau-né : « Jean est son nom ». Il sera témoin de la faveur de Dieu (c’est le sens du nom Johanan en hébreu) pour tout le peuple en annonçant celui qui doit venir. Il y a là une rupture de tradition mais pour garder les esprits d’autant plus unis. Une nouveauté est introduite dans le cours du temps mais pour mieux assumer l’héritage passé. Jean inaugure dès sa naissance la nouvelle ère à laquelle nous sommes constamment invités avec le Christ dans l’accomplissement de la Révélation de Dieu.

(Fr. Jean-Pierre)

 

La vie "des justes" réserve décidément bien des surprises et des rebondissements ! Elisabeth, en dépit de son âge avancé, est sur le point d'accoucher . Zacharie, qui était devenu muet parce qu'il n'avait pas cru aux paroles de l'ange,  le contraignant ainsi à écrire sur une tablette le nom de son fils, retrouve soudainement la parole, lors de l'accomplissement. Elisabeth et Zacharie osent la rupture pour sortir de leurs enfermements : celui de la stérilité, du mutisme, de la résignation dans la souffrance. "Non, il s'appelera Jean". Jean, magnifique prénom qui signifie "Dieu-fait-grâce" et qui annonce la vocation de précurseur de cet enfant.

Jean est bien le signe que la grâce de Dieu peut venir de manière imprévisible dans nos vies et sous de multiples formes. A quelques heures de Noël, oserons-nous, cette année, la distanciation avec les rites habituels, pour être plus attentifs à celui ou celle qui pourrait être un messager de la Grâce ? Allons-nous demander à l'Esprit Saint de nous aider à discerner comment Dieu entend nous faire grâce ? Allons-nous ouvrir nos coeurs à l'inattendu de Dieu et partager ensemble la joie de cette naissance ? 

(Catherine L)

Mardi 22 décembre

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc

Lc 1, 46-56

En ce temps-là, Marie rendit grâce au Seigneur en disant : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

 

Le chant du Magnificat proférée sur les lèvres de Marie est celui d’une battante qui résume à lui seul toute l’espérance d’Israël. C’est le chant des pauvres en quête de libération, c’est le chant des humbles qui espèrent avec confiance, être portés en gloire, c’est le chant de ceux qui attendent que toute justice s’accomplisse. C’est dire combien ce chant-là, malgré toutes les belles musiques qui l’ont orné tout au long des siècles est davantage un manifeste révolutionnaire qu’une chanson doucereuse. Le fait que ce soit une femme qui le chante montre à quel point l’avènement du salut passe par le charisme de cette part de l’humanité. On verrait assez mal un homme au début de l’Evangile tenir ainsi la fragilité et la force, l’humilité et l'autorité venant d’ailleurs. Cette femme a su porter son enfant pour que dès sa gestation il soit bercé par un tel chant et que sa vocation en soit marquée à jamais. Jésus sera vraiment le fils de sa mère sur cette terre et le merveilleux Joseph accompagnera ce mouvement d’une manière tout à fait charismatique. C’est dans cet esprit qu’il nous faut aborder Noël.

(Fr. Jean-Pierre)

 

Combien de fois ce chant du Magnificat a-t-il été repris par tant d'hommes et de femmes ? Pourquoi cette prière de Marie aujourd'hui encore, dans les temps troublés que nous vivons, résonne-t-elle encore si fortement à la porte de nos coeurs ?  Merveille d'un coeur qui prend conscience à quel point l'amour de Dieu transforme et bouleverse tout ; d'un coeur à jamais reconnaissant devant la gratuité de ce si grand Amour ! Marie s'est laissée saisir par le regard de Dieu sur elle, aimer et s'est rendue totalement disponible à Son action. Elle rappelle Son Amour inconditionnel pour tous ceux qui sont dans le besoin ou qui crient leur peur. En dépit des incertitudes et des souffrances de son époque, elle est restée toute tournée vers Dieu mais aussi vers les autres à travers Dieu. A quelques jours de Noël, à l'exemple et à l'intercession de Marie, puissions-nous entrer dans cette disposition d'action de grâce et y puiser la force de rester fidèles.

(Catherine L)

Lundi 21 décembre

Evangile de Jésus Christ selon Saint Luc

Lc 1, 39-45

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

"Marie se mit en route avec empressement vers une région montagneuse". Marie, contrairement aux notables qui ne se déplacent pas, et qui aurait, par ailleurs, toutes les bonnes raisons de se ménager, humblement mais résolument, prend la route escarpée qui sera certainement bien difficile pour une femme enceinte. Elle part au devant de sa cousine, qui pourrait avoir besoin d'elle. Dans son élan, elle est toute orientée vers les autres.

Les deux femmes partagent en commun une maternité impossible à vue humaine, mais sont engagées dans le plan de Dieu."Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni". L'Esprit Saint fait irruption en Elisabeth, qui, en un instant, comprend tout et s'efface : "D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?". Son enfant est d'ailleurs le premier qui, encore si petit pourtant et caché dans le ventre de sa mère, a compris et communique ses mouvements de joie : "l'enfant a tressailli d'allegresse". Emerveillement d'une présence dont on ne peut taire bien longtemps le secret... Elisabeth et Marie ne semblent d'ailleurs nullement perturbées ou effrayées par la  mission dont elles sont porteuses, mais plutôt sereines et profondément reconnaissantes. Leur joie et leur paix s'enracinent dans la foi et l'écoute de la Parole : "Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur". 

Et si aujourd'hui nous étions invités à surmonter nos différences et nos peurs ; à accepter, comme Marie, de nous déplacer pour nous faire proches de ceux qui nous entourent ; à rendre grâce pour toutes les attentions de Dieu pour chacun de nous et partager la joie intérieure qui nous habite ? 

(proposé par Catherine L)

 

Dimanche 20 décembre

4ème dimanche de l’Avent

Année B

 

Lecture du deuxième livre de Samuel

2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16

 

Le roi David habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait autrefois, depuis le jour où j’ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis. Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

Avec beaucoup d’audace d’interprétation, la liturgie met en rapport la question de David voulant construire un Temple pour le Seigneur, la réponse de Dieu qui lui promet plutôt une descendance comme maison stable, et le fait que Jésus naissant de Marie représente l’accomplissement de cette promesse ; au point que la tradition chrétienne la nomme Temple de Dieu. Quelques jours avant Noël, toutes ces annonciations ont de quoi nous tourner vers l’essentiel, la réalisation du développement humain jusqu’à son terme. Cette évolution passe par la venue au monde de Jésus comme point d’ancrage d’une humanité nouvelle orientée vers la récapitulation finale en Dieu. Dans cet accomplissement à venir et déjà commencé, il n’y a plus qu’adoration en esprit et vérité.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 1, 26-38

 

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

Le message reçu de Marie, au plus profond de son coeur est une réminiscence biblique : Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » On croirait entendre des versets du psaume 88 ou ceux du 2e livre de Samuel lus en première lecture. « Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle ; je fonderai sa dynastie pour toujours, son trône aussi durable que les cieux…Sa dynastie sans fin subsistera et son trône, comme le soleil en ma présence, comme la lune établie pour toujours, fidèle témoin là-haut ! » Ce n’est pas une reprise littérale bien sûr, mais c’est le même état d’esprit : le règne qui vient est celui du Fils du Très Haut. Cette qualité lui donne de mener toute l’humanité vers son salut. Le psaume 88 et d’autres psaumes dits « du Règne » vont être repris dans la nuit de Noël pour approcher le mystère de cette fête comme une reconnaissance messianique : oui, l’avénement du Christ est comme celui d’un roi qui permet le salut de sa nation. Marie transmet ce don du Fils du Très-Haut à tous ceux qui veulent l’accueillir, elle est comme un Temple nouveau, une Jérusalem nouvelle qui s’interroge sur son sort et qui accomplit de par Dieu les promesses de l’Ancienne Alliance. « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta Parole ». Pour nous aussi, il n’y a rien d’autre à dire !

Vitraux de l'Eglise Marie, Arche d'Alliance

Samedi 19 décembre

Lecture du livre des Juges

Jg 13, 2-7.24-25a

 

En ces jours-là, il y avait un homme de Soréa, du clan de Dane, nommé Manoah. Sa femme était stérile et n’avait pas eu d’enfant. L’ange du Seigneur apparut à cette femme et lui dit : « Tu es stérile et tu n’as pas eu d’enfant. Mais tu vas concevoir et enfanter un fils. Désormais, fais bien attention : ne bois ni vin ni boisson forte, et ne mange aucun aliment impur, car tu vas concevoir et enfanter un fils. Le rasoir ne passera pas sur sa tête, car il sera voué à Dieu dès le sein de sa mère. C’est lui qui entreprendra de sauver Israël de la main des Philistins. » La femme s’en alla dire à son mari : « Un homme de Dieu est venu me trouver ; il avait l’apparence d’un ange de Dieu tant il était imposant. Je ne lui ai pas demandé d’où il venait, et il ne m’a pas fait connaître son nom. Mais il m’a dit : “Tu vas devenir enceinte et enfanter un fils. Désormais ne bois ni vin ni boisson forte, et ne mange aucun aliment impur, car l’enfant sera voué à Dieu dès le sein de sa mère et jusqu’au jour de sa mort !” » La femme enfanta un fils, et elle lui donna le nom de Samson. L’enfant grandit, le Seigneur le bénit, et l’Esprit du Seigneur commença à s’emparer de lui.

 

Dans le prolongement des récits patriarcaux de la Genèse, cette promesse d’une naissance extraordinaire en vue du salut du peuple, relève d’un même genre littéraire. C’est ce que l’on retrouve au début de l’Evangile de saint Luc. La liturgie de ce jour fait d’ailleurs le parallèle entre la promesse de la naissance de Jean le Baptiste, prophète entre les prophètes et de Samson, l’un des célèbres Juges en Israël. Acceptons que dans la vie des hommes et des femmes que nous sommes, certaines naissances tranchent radicalement et nous conduisent vers un destin meilleur. Acceptons de reconnaître ces prophètes, ces rois, ces personnalités qui nous viennent d’ailleurs et qui, dans la Bible, se caractérisent par une advenue qui n’est simplement du fait de leurs parents biologiques mais aussi d’une volonté que, en l’occurence, on appelle divine. Acceptons l’advenue du Créateur de toutes choses dans l’épaisseur de notre chair. 

Samson de Frederic Leighton (1858)

Vendredi 18 décembre

18 décembre

Lecture du livre du prophète Jérémie

Jr 23, 5-8

 

Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. » C’est pourquoi, voici venir des jours – oracle du Seigneur – où, pour prêter serment, on ne dira plus : « Par le Seigneur vivant, qui a fait monter du pays d’Égypte les fils d’Israël », mais : « Par le Seigneur vivant, qui a fait monter du pays du nord les gens de la maison d’Israël, qui les a ramenés de tous les pays où il les avait chassés. » Car ils demeureront sur leur sol.

 

L’annonce du Messie, pour les prophètes, correspond à celle d’une libération de l’oppression des puissances adversaires qui, d’une manière ou d’une autre, rende impossible le développement libre du Peuple de Dieu. Les expressions qu’ils emploient nomment très clairement cette libération : il y aura un roi qui sera un Germe juste de David et qui agira avec intelligence ; il fera triompher le droit et la justice. Il représentera le Seigneur qui est notre justice. Il rassemblera le peuple de tous les pays où il avait été dispersé. Alors il pourra demeurer sur sa terre. Il est bon de pouvoir interpréter ce propos à la lumière de Noël. Cette promesse vise une dimension beaucoup plus large que le peuple d’Israël au sens strict. Tout le monde est concerné par cette perspective de salut qui ne touche plus simplement aux obstacles extérieurs mais plus encore aux obstacles intérieurs qui nous empêchent de demeurer en paix orientés vers l'avènement du Royaume de Dieu dès aujourd'hui. 

Jeudi 17 décembre

17 décembre

Lecture du livre de la Genèse

Gn 49, 1-2.8-10

 

En ces jours-là, Jacob appela ses fils et dit : « Assemblez-vous ! Je veux vous dévoiler ce qui vous arrivera dans les temps à venir. Rassemblez-vous, écoutez, fils de Jacob, écoutez Israël, votre père. Juda, à toi, tes frères rendront hommage, ta main fera plier la nuque de tes ennemis et les fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion. Tu remontes du carnage, mon fils. Il s’est accroupi, il s’est couché comme un lion ; ce fauve, qui le fera lever ? Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. »

 

Les bénédictions de Jacob mourant à l’égard de ses douze fils, fondement des Douze tribus d’Israël donnent lieu à des projections concernant l’avenir du Peuple. C’est le cas pour la descendance de Juda, dont il est dit que le sceptre royal ne lui échappera pas. C’est en effet ce que met en avant la généalogie proposée par Saint Matthieu dans son Evangile. Parmi tous les patriarches, il cite Abraham, Isaac, son fils, Jacob, le fils d’Isaac et parmi tous les fils de Jacob, Juda. L’apocalypse de saint Jean dira du Fils de l’homme qu’il est le Lion de Juda, seul en mesure d’ouvrir le Livre au sept sceaux (Ap 5, 5). Ce lion s’est accroupi, il s’est couché, il est mort et Dieu l’a fait relever, ressusciter. Accueillons la venue de Celui qui accomplit cette promesse.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Mt 1, 1-17

 

Généalogie de Jésus, Christ, fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram, Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naassone, Naassone engendra Salmone, Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé, Jessé engendra le roi David. David, de son union avec la femme d’Ourias, engendra Salomon, Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa, Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias, Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Acaz, Acaz engendra Ézékias, Ézékias engendra Manassé, Manassé engendra Amone, Amone engendra Josias, Josias engendra Jékonias et ses frères à l’époque de l’exil à Babylone. Après l’exil à Babylone, Jékonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel, Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor, Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akim, Akim engendra Élioud, Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob, Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. Le nombre total des générations est donc : depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations.

 

Une semaine avant Noël, la liturgie nous fait lire la généalogie du Christ selon Matthieu. Celle-ci veut montrer le lien direct entre Jésus et les descendants des patriarches, en tête desquels Abraham ainsi que des rois, dont la lignée a été inaugurée par David. Il y a plusieurs femmes dans cette généalogie qui ont toutes un statut très original dans la Bible : Tamar qui dans la Genèse est l’héroïne d’une union par ruse avec son beau-père Juda pour obtenir à tout prix une descendance. Rahab, une cananéenne prostituée qui cache dans sa ville de Jericho, deux espions envoyés par Josué avant la destruction de la ville. Ruth qui est une étrangère qui après le décès de son premier mari, se rend en Judée, à Bethléem et s’attache à Booz, un riche propriétaire terrien dont elle obtient une descendance (Jobed, le père de David). Bétsabée que le roi David séduit et qui fait envoyer son mari à l’avant du front pour y perdre la vie afin de pouvoir se marier lui-même avec celle qu’il a conquise et qui est enceinte d’un fils ! Marie est la cinquième femme de cette généalogie dont le statut est également très particulier : c’est par elle qu’est engendré Jésus. Le verbe est au passif est par là désigne l’action de Dieu. Il n’est rien dit sur la part de Joseph dans cette descendance. En tout cas, sans ces quatre femmes hors-normes, aucune oeuvre de salut n’aurait pu se réaliser. Elles ont permis de franchir des étapes dans lesquels les hommes se sont montrés beaucoup plus passifs et parfois même fautifs. Il faudrait tirer quelques conclusions pour l’histoire de notre Eglise par rapport au rôle majeur et original qu’y tiennent les femmes sans rejet de leur communion avec les hommes mais sans concession non plus !

Le Lion de Juda est aussi l'Agneau de Dieu

Mercredi de la 3ème semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 45, 6b-8.18.21b-25

 

« Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre : je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela. Cieux, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut, et qu’alors germe aussi la justice. Moi, le Seigneur, je crée tout cela. » Ainsi parle le Seigneur, le Créateur des cieux, lui, le Dieu qui fit la terre et la façonna, lui qui l’affermit, qui l’a créée, non pas comme un lieu vide, mais qui l’a façonnée pour être habitée : « Je suis le Seigneur : il n’en est pas d’autre ! N’est-ce pas moi, le Seigneur ? Hors moi, pas de Dieu ; de Dieu juste et sauveur, pas d’autre que moi ! Tournez-vous vers moi : vous serez sauvés, tous les lointains de la terre ! Oui, je suis Dieu : il n’en est pas d’autre ! Je le jure par moi-même ! De ma bouche sort la justice, la parole irrévocable. Devant moi, tout genou fléchira, toute langue en fera le serment : Par le Seigneur seulement – dira-t-elle de moi – la justice et la force ! » Jusqu’à lui viendront, couverts de honte, tous ceux qui s’enflammaient contre lui. Elle obtiendra, par le Seigneur, justice et louange, toute la descendance d’Israël.

 

Grand texte du prophète Isaïe que la liturgie des jours qui précèdent Noël fait résonner de différentes manières dans l’attente de Celui qui vient : « Cieux, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut. » C’est là toute l’espérance d’Israël. Cela résume aussi toute l’attente de l’humanité. Nous le percevons fortement en ces jours où le monde entier se sent menacer par une attaque virale et où l’attente est grande d’un salut possible. Pour les Juifs et les chrétiens, ce salut ne peut venir que de Celui qui a tout fait, et le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent. C’est pourquoi, en ce temps de l’Avent, l’attente est appelée à se concentrer dans la foi, la confiance en Celui-là qui est capable constamment, de faire toutes choses nouvelles. Une telle espérance est ressentie par le monde, comme totalement illusoire, mais c’est une raison supplémentaire, pour ne pas abandonner la perspective : c’est une recherche sans fin qui sollicite le meilleur de nous-même marquée par l’expérience que nous faisons de la rencontre du Christ en la personne de Jésus.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 7, 18b-23

 

En ce temps-là, Jean le Baptiste appela deux de ses disciples et les envoya demander au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Arrivés près de Jésus, ils lui dirent : « Jean le Baptiste nous a envoyés te demander : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir. Puis il répondit aux envoyés : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! »

 

Dans le prolongement de la 1ère lecture, on peut reconnaître les signes messianiques dans la personne et l’action de Jésus. Là où il est passé, il a permis à certains de voir, de marcher, d’être purifiés, d’entendre, de ressusciter. Il s’est présenté au milieu de nous comme Celui qui est venu annoncer la Bonne Nouvelle du salut pour tous les pauvres que nous sommes, livrés à nous-mêmes et sans perspective. Fixons notre attention sur lui, recevons de lui, la vérité, la vie, le salut afin de témoigner à sa suite de la Bonne Nouvelle qui nous sauve. Laissons-le rejoindre nos questions et nos doutes au fond de nos prisons comme il a rejoint les questions et les doutes de Jean Le Baptiste.

Mardi de la 3ème semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Sophonie

So 3, 1-2.9-13

 

Ainsi parle le Seigneur : Malheur à la rebelle, l’impure, Jérusalem, la ville tyrannique ! Elle n’a pas écouté l’appel, elle n’a pas accepté la leçon, elle n’a pas fait confiance au Seigneur, de son Dieu elle ne s’est pas approchée. Alors, je rendrai pures les lèvres des peuples pour que tous invoquent le nom du Seigneur et, d’un même geste, le servent. D’au-delà des fleuves d’Ethiopie, ceux qui m’adorent, mes enfants dispersés, m’apporteront mon offrande. Ce jour-là, tu n’auras plus à rougir de tes méfaits, de tes crimes contre moi, car alors j’extirperai de toi ceux qui se vantent avec insolence, tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.

 

« Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. » Chaque fois que le Peuple de Dieu se veut réussi, fier et heureux de ses propres oeuvres, il peut être sûr de devoir passer par le dépouillement. C’est sans doute l’épreuve qui nous est réservé aujourd’hui. Vivons la comme une oeuvre de Dieu bienfaisante et nécessaire. Ne craignons pas, cette oeuvre est bien plus sûre que toutes les nôtres !

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu Mt 21, 28-32 En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

 

Ce qui caractérise le premier fils, ce n’est pas son refus mais c’est son retournement intérieur. Ce qui caractérise le second, c’est sa réponse immédiate : « Oui, Seigneur » qui se traduit littéralement du grec par : « Moi, Seigneur ». Il s’enferme dans sa réponse, il s’enferme en lui-même, il n’écoute rien d’autre que lui-même, aucune autre parole ne l’atteint. Alors même qu’en apparence, le premier est condamnable si on s’arrête à sa première attitude, le second l’est plus encore, si on s’arrête à son apparence d’acceptation. Quittons donc, les apparences de bonne conduite hypocrite, fussent-elles religieuses et soyons capables de retournement intérieur pour accueillir profondément la Parole qui vient à nous.

Lundi de la 3ème semaine de l’Avent

Lecture du livre des Nombres

Nb 24, 2-7.15-17a

 

En ces jours-là, levant les yeux, le prophète païen Balaam vit Israël qui campait, rangé par tribus. L’esprit de Dieu fut sur lui, et il prononça ces paroles énigmatiques : « Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant, oracle de celui qui entend les paroles de Dieu. Il voit ce que le Puissant lui fait voir, il tombe en extase, et ses yeux s’ouvrent. Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes demeures, Israël ! Elles s’étendent comme des vallées, comme des jardins au bord d’un fleuve ; le Seigneur les a plantées comme des aloès, comme des cèdres au bord des eaux ! Un héros sortira de la descendance de Jacob, il dominera sur des peuples nombreux. Son règne sera plus grand que celui de Gog, sa royauté sera exaltée. » Balaam prononça encore ces paroles énigmatiques : « Oracle de Balaam, fils de Béor, oracle de l’homme au regard pénétrant, oracle de celui qui entend les paroles de Dieu, qui possède la science du Très-Haut. Il voit ce que le Puissant lui fait voir, il tombe en extase, et ses yeux s’ouvrent. Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. »

 

Balaam fait partie de ces personnages aux pouvoirs ambigus auxquels les puissants comme le roi de Moab, Balak, qui se croit menacé par Israël, fait appel. Après le passage de la Mer Rouge et la perspective d’une entrée en terre promise, Israël doit faire face aux peuples étrangers qui lui contestent le droit de s’installer ici ou là. La prophétie de Balaam lue en ce jour fait partie d’un ensemble de quatre déclarations où le prophète n’hésite pas à mettre le roi de Moab devant ses responsabilités. La troisième de ces déclarations, lue en ce jour, fait le constat de la « beauté » du peuple des Hébreux et prédit l’avènement d’un héros, autrement dit d’un Messie, dont le règne sera plus grand que celui des autres rois. A l’approche de Noël, ce texte résonne d’une manière particulière et nous invite à ouvrir nos coeurs à l’avènement d’un tel Sauveur, constamment nécessaire à nos pauvres vies humaines livrées à toutes sortes de menaces et pourtant appelées à un avenir de gloire dans le Royaume qui vient. 

3ème dimanche de l’Avent

Année B

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 61, 1-2a.10-11

 

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

 

Toute la fin du livre d’Isaïe est une exultation dans l’espérance exaucée du rétablissement du peuple d’Israël sur sa terre, après l’Exil à Babylone. Symboliquement, c’est aussi la promesse d’un exaucement plus général qui permet d’envisager l’unité de toutes les nations autour de la cité sainte, Jérusalem. Cette union est décrite en terme d’alliance matrimoniale, avec la perspective d’une guérison profonde de tous les maux qui limitent l’existence humaine : bonne nouvelle pour les pauvres, guérison pour les coeurs brisés, libération pour les captifs, année de bienfaits pour tous. C’est bien ce que la figure du Messie tant espéré, va permettre dans l’histoire du peuple d’Israël et plus largement dans l’histoire de notre humanité. C’est un programme qui cumule la dimension politique, sociale de tout un peuple au milieu des nations, mais aussi la dimension intime d’un engagement de Dieu à l’égard de chacun. Comment ne pas espérer une telle rédemption ?

Samedi de la 2ème semaine de l’Avent

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Si 48, 1-4.9-11

 

En ces jours-là, le prophète Élie surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche. Il fit venir la famine sur Israël, et, dans son ardeur, les réduisit à un petit nombre. Par la parole du Seigneur, il retint les eaux du ciel, et à trois reprises il en fit descendre le feu. Comme tu étais redoutable, Élie, dans tes prodiges ! Qui pourrait se glorifier d’être ton égal ? Toi qui fus enlevé dans un tourbillon de feu par un char aux coursiers de feu ; toi qui fus préparé pour la fin des temps, ainsi qu’il est écrit, afin d’apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, afin de ramener le cœur des pères vers les fils et de rétablir les tribus de Jacob… heureux ceux qui te verront, heureux ceux qui, dans l’amour, se seront endormis ; nous aussi, nous posséderons la vraie vie.

 

Dans la Bible, la figure d’Elie présente une dimension que l’on ne met pas suffisamment en avant. Il est la figure des premiers prophètes d’Israël. Comme dans toute religion, cette figure d’exception existe et se développe de manière originale sous la forme de petits groupes particulièrement attentifs au mouvement intérieur de la conversion. Jean-Baptise en ce sens, est considéré comme un nouvel Elie, et Jésus lui-même peut être rattaché à ce courant. Dans la révélation juive, le retour d’Elie marque une étape décisive de l’histoire humaine avant la venue glorieuse du Messie. Ce prophète mystérieux est envoyé en avant du Messie pour préparer les coeurs à le recevoir. Ainsi, avec la prédication du nouvel Elie, Jean-Baptiste, les derniers temps sont arrivés et même s’ils durent longtemps, ces temps sont là pour nous préparer à l’avènement final. C’est dans cet esprit que nous avons à vivre le quotidien de notre Eglise. C’est tout le contraire d’une installation dans le monde, mais plutôt la culture de la désinstallation pour céder constamment la place au Royaume de lumière qui dépasse les limites du monde présent. 

Vendredi de la 2ème semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète

Isaïe Is 48, 17-19

 

Ainsi parle le Seigneur, ton rédempteur, Saint d’Israël : Je suis le Seigneur ton Dieu, je te donne un enseignement utile, je te guide sur le chemin où tu marches. Si seulement tu avais prêté attention à mes commandements, ta paix serait comme un fleuve, ta justice, comme les flots de la mer. Ta postérité serait comme le sable, comme les grains de sable, ta descendance ; son nom ne serait ni retranché ni effacé devant moi.

 

Au fond, c’est simple : il suffit de se rendre attentif au commandement de Dieu, c’est à dire à la perspective qu’il met sous nos yeux ou plutôt qu’il nous inspire au coeur, pour la mettre en oeuvre et aller de l’avant d’une manière fructueuse. Son commandement, on le connaît, il se confond avec la force de l’amour. Cet amour est une visée qui dépasse notre entendement et ne peut se réduire à nos simples envies immédiates. Acceptons de nous perdre en faisant confiance, malgré les obtacles, à cette visée, pour pouvoir en partager les fruits dès maintenant. Alors, notre paix sera comme un fleuve, notre justice comme les flots de la mer, et notre descendance de fils et filles de Dieu que nous sommes tous, sera comme grains de sable au bord de la mer. 

Jeudi de la 2ème semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 41, 13-20

 

C’est moi, le Seigneur ton Dieu, qui saisis ta main droite, et qui te dis : « Ne crains pas, moi, je viens à ton aide. » Ne crains pas, Jacob, pauvre vermisseau, Israël, pauvre mortel. Je viens à ton aide – oracle du Seigneur ; ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël. J’ai fait de toi un traîneau à battre le grain, tout neuf, à double rang de pointes : tu vas briser les montagnes, les broyer ; tu réduiras les collines en menue paille ; tu les vanneras, un souffle les emportera, un tourbillon les dispersera. Mais toi, tu mettras ta joie dans le Seigneur ; dans le Saint d’Israël, tu trouveras ta louange. Les pauvres et les malheureux cherchent de l’eau, et il n’y en a pas ; leur langue est desséchée par la soif. Moi, le Seigneur, je les exaucerai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas. Sur les hauteurs dénudées je ferai jaillir des fleuves, et des sources au creux des vallées. Je changerai le désert en lac, et la terre aride en fontaines. Je planterai dans le désert le cèdre et l’acacia, le myrte et l’olivier ; je mettrai ensemble dans les terres incultes le cyprès, l’orme et le mélèze, afin que tous regardent et reconnaissent, afin qu’ils considèrent et comprennent que la main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël en est le créateur.

 

Encore et toujours, l’espérance…. Dans une situation de désespoir tel que pouvait la vivre le peuple de Dieu en exil, le prophète tourne le regard vers la grande oeuvre de Dieu, celle de sa création sans cesse en renouvellement, en évolution. Ce Dieu créateur est capable aussi de faire sortir Israël de l’impasse et de le conduire vers son salut. Nous ne sommes pas suffisamment attentif à cette oeuvre incroyable de la création qui devrait sans cesse nous donner à penser sur une issue favorable à notre condition de créature. On ne sait pas exactement par quelles étapes cela passera, mais cette évolution de notre devenir ira, comme il a toujours été, vers un état nouveau et de plus en plus réalisé. Nous pourrons sortir des impasses dans lesquelles nous nous mettons et goûter ce qui nous est promis. Par les temps qui courent, cette annonce prophétique est plus que jamais nécessaire.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Mt 11, 11-15

 

En ce temps-là, Jésus déclarait aux foules : « Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer. Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean. Et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui, le prophète Élie qui doit venir. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »

 

A partir d’aujourd’hui, comme déjà dimanche dernier, et jusqu’au 17 décembre (une semaine avant Noël), les textes de l’Evangile vont être axés sur Jean le Baptiste. Cette figure, dans l’Evangile, concentre sur elle, toute l’attente d’Israël que les prophètes ont portée, accompagnée. Jean le Baptiste est la voix qui dégage le chemin du Seigneur dans le désert, en avant-coureur. Il prépare les coeurs à l’accueillir. Il est comme un nouvel Elie qui annonce le vrai Roi. Il est le prophète par excellence, le grand prophète, « personne parmi ceux qui sont nés d’une femme ne s’est levé de plus grand que lui. » Sa parole et ses gestes sont tout entiers concentrés sur l’annonce dont il est chargé. Cela suscite de l’opposition, parfois violente. Les autorités en place ne peuvent admettre ce témoignage prophétique. Jean en mourra martyr. Mais ce qu’il vient annoncer, paradoxalement, c’est le plus petit dans le royaume des cieux, Jésus, qui se présentera à nous comme le plus humble que la terre ait porté ; on pourra le reconnaître sous les traits d’un enfant et d’un crucifié. A sa suite, nous sommes appelés à une telle condition, afin que l’on puisse dire encore et toujours dans une logique très nouvelle : « le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que Jean le Baptiste et tous les prophètes.

« C’est moi le Seigneur ton Dieu, qui saisis ta main droite et qui te dis : « ne crains pas, moi je viens à ton aide »

Voilà l’invitation : garder confiance dans l’aide qui viendra de la grâce Divine et dans le fait que Dieu nous assistera si nous sommes dociles à ses inspirations. Il y a tant de souffrances et de cris actuellement ... à certaines heures, nous en viendrions même à douter de l’accomplissement de la promesse : « je changerai le désert en lac et la terre aride en fontaine ». « le royaume des Cieux subit la violence et des violents cherchent à s’en emparer » Jean nous a montré Celui qui doit venir : « Et toi petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés ». Jean a préparé le chemin de Jésus, puis il s’est effacé, s’est retiré, a subi la violence lui-aussi. Si le royaume de Dieu est parmi nous, la plus grande violence aujourd’hui n’est-elle pas celle de nos surdités, de nos cécités et de nos refus ?

 

(Catherine L.)

Mercredi de la 2ème semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 40, 25-31

 

À qui pourriez-vous me comparer, qui pourrait être mon égal ? — dit le Dieu saint. Levez les yeux et regardez : qui a créé tout cela ? Celui qui déploie toute l’armée des étoiles, et les appelle chacune par son nom. Si grande est sa force, et telle est sa puissance que pas une seule ne manque. Jacob, pourquoi dis-tu, Israël, pourquoi affirmes-tu : « Mon chemin est caché au Seigneur, mon droit échappe à mon Dieu » ? Tu ne le sais donc pas, tu ne l’as pas entendu ? Le Seigneur est le Dieu éternel, il crée jusqu’aux extrémités de la terre, il ne se fatigue pas, ne se lasse pas. Son intelligence est insondable. Il rend des forces à l’homme fatigué, il augmente la vigueur de celui qui est faible. Les garçons se fatiguent, se lassent, et les jeunes gens ne cessent de trébucher, mais ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer.

 

Est-il possible de croire en une entité créatrice et agissante ? C’est la grande question qui hante l’esprit humain. A tel point que dans les cultures occidentales, on souhaite aujourd’hui l’évacuer le plus possible. On voudrait que cette réalité transcendante n’existe pas et que nous ne dépendions que de nous-mêmes. Tout ce qui existe vient du hasard ; on ne sait pas comment cela a « débuté », mais peu importe, ça s’est fait par le hasard des interactions. L’univers est en expansion sans que l’on puisse dire précisément son avenir. Mais malgré toutes ces questions, celle d’une entité créatrice n’est pas bien portée. Or, finalement il est tout aussi aléatoire de dire que cette entité n’existe pas que de dire qu’elle existe. L’évocation poétique d’Isaïe ce matin réactive en nous cette question et nous invite à prendre la mesure de l’immensité de l’oeuvre à laquelle nous appartenons et qui n’en finit pas de se déployer sous nos yeux et de se vivre dans nos veines. La vitalité de la création ne se lasse jamais, alors que nous-mêmes, aussi puissants soyons-nous, nous finissons par nous fatiguer et par mourir. Laissons vivre en nous ce qui nous appelle à la vie jusqu’à la dernière seconde ; ne retenons rien de ce donc inexpliqué et pourtant si puissant.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Mt 11, 28-30

 

En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

 

Qu’est-ce donc qui provoque épuisement et sur-charge : c’est de vouloir tout porter soi-même, agir par soi-même, se porter soi-même. C’est cela qui nous écrase. Jésus propose de le suivre pour vivre autrement avec douceur et modestie, en soulevant cette sur-charge que nous sommes à nous-même, symbolisée par la croix que Jésus nomme son joug et qu’il soulève (c’est le même verbe employé pour « porter sa croix » et « porter son joug »). Alors nous pourrons nous poser, nous déposer, nous reposer en étant allégés (le verbe employé pour « trouver le repos » est ana-pauo : se reposer en étant soulevé). Il s’agit d’être soulagé de notre condition psychique, c’est à dire prisonnière des illusions de soi. Alors on éprouvera comme le Christ la douceur et la légèreté données par la résurrection qui nous fait entrer dans la vraie vie, libres de l’enfermement sur nous-mêmes.

Solennité de l’Immaculée Conception - 8 décembre

Lecture du livre de la Genèse

Gn 3, 9-15.20

 

Quand Adam eut mangé du fruit de l’arbre, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » L’homme répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.

 

Le serpent reste encore même dans un monde hyper rationalisé et technicisé que le nôtre un symbole de ruse, de vivacité et de peur en raison du venin qu’il porte et par lequel il pique subrepticement sa victime. Le fait qu’il glisse en rampant et qu’il échappe facilement à la prise ne le rend pas très sympathique non plus. Enfin, symboliquement, cette forme évoque la dimension phallique et n’a pas manqué d’être exploité en se sens. C’est une forme phallique terroriste qui effraie la part féminine de tout un chacun. On comprend qu’une métaphore de ce genre soit à même d’évoquer le mal (même si, en soit, toute cette représentation figurée est bien injuste pour le monde reptilien !). Tout l’enjeu de l’existence humaine est de choisir le bon penchant qui est en nous pour avancer droitement. Alors que le mauvais penchant se tient tapi près à suggérer le pire. Placer au début de la Bible, cette épreuve de fond de l’histoire humaine, c’est en dire tout le poids au regard de chaque conscience. Toute la révélation biblique tend à montrer la manière de ne pas entrer dans cette tentation et de se tenir ferme dans le choix du don de Dieu et non le repli sur ses propres évaluations. La figure de Marie est portée au sommet de cette expérience humaine radicale : elle représente la réponse parfaitement adéquate et permanente au bon penchant pour devenir la demeure de Dieu.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Lc 1, 26-38

 

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

 

L’Eglise catholique professe le dogme de l’Immaculée Conception. Elle croit que Marie a été préservée du péché dès sa conception afin de devenir le Temple de Dieu. Il faut souligner cependant que l’Evangile n’en dit rien et que la tradition théologique n’a pas facilement accepté cette expression de foi qui a été officialisée seulement au 19ème siècle sous la forme d’un dogme. A titre d’exemple, saint Bernard et saint Thomas d’Aquin n’y étaient pas favorables ! Il existait en leur époque, une simple fête de la Conception de la Vierge Marie sans aucunement prétendre en un caractère immaculé. L’Evangile de ce jour a été choisi en raison des expressions « Comblée de grâce » et « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu » pour caractériser la manière dont Dieu préparait Marie à sa mission de Mère du Sauveur. Il me semble que l’on peut exprimer par ce biais ce qui est en jeu dans la fête de ce jour. Marie s’est montré disponible depuis le début de sa vie jusqu’à sa dernière heure à l’accueil de la grâce de Dieu, du Don de Dieu, sans lui opposer aucun obstacle. Elle a vraiment été comblée de grâce, elle a été accueillante au don de la Parole, elle l’a accueilli dans sa chair, elle a partagé en tout, jour après jour, la vie et l’enseignement de son fils Jésus comme l’une de ses premières disciples, elle a vécu avec lui son mystère de Pâques et elle a été bénéficiaire des fruits de sa Résurrection dès cette vie et au-delà de la mort. Bien sûr, une telle présentation se réfère à la réalisation des promesses faites dès la Genèse où les femmes des patriarches donnèrent la vie, le plus souvent, de manière inattendue pour servir le dessein d’une descendance aussi nombreuse que le sable des mers ou les étoiles dans le ciel. Marie est aussi assimilée à la Fille de Sion dont parlent les prophètes. Le passage d’Evangile lu en ce jour est tissé de toutes ces références et d’autres encore. C’est dire combien la charge symbolique placée sur les épaules de Marie est imposante. Sa réalité historique au sens moderne du terme, était sans doute beaucoup plus modeste, mais il n’empêche que cette femme a vécu une vocation de disciple qui fonde toutes les autres tellement son intimité avec Jésus a été grande et la disponibilité à son mystère, totale ! Demandons, par son intercession, à vivre cette même attention, cette même écoute, cette même disponibilité tout au long de notre vie et jusque dans notre mort en vue de partager la résurrection du Christ.

Lundi de la 2e semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 35, 1-10

 

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes. Dans le séjour où gîtent les chacals, l’herbe deviendra des roseaux et des joncs. Là, il y aura une chaussée, une voie qu’on appellera : la Voie sacrée. L’homme impur n’y passera pas – il suit sa propre voie – et les insensés ne viendront pas s’y égarer. Là, il n’y aura pas de lion, aucune bête féroce ne surgira, il ne s’en trouvera pas ; mais les rachetés y marcheront. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuient.

 

Face aux menaces diverses en interne ou venant de l’extérieur, le Peuple de Dieu a besoin d’entendre ces grandes perspectives prophétiques. Elles ont un caractère bien concret qui leur donne presque une couleur politique, mais elles sont exprimées en langage symbolique, poétique qui ne manque pas d’évoquer aussi une dimension au-delà du temps et de l’espace. En venant partager nos chemins sur la terre de Palestine, Jésus donnera corps à cette grande voix des prophètes. Il nous invite à marcher sur de tels sentiers de libération en retournant notre coeur pour nous rendre attentifs à l’essentiel et ainsi goûter et partager la vie du Royaume de Dieu déjà commencé ici et maintenant mais en extension permanente à l’image de l’univers qui ne cesse de croître.

 

 

Nicolas Poussin

2ème dimanche de l'Avent Année B

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 40, 1-5.9-11

 

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. » Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

 

Les chapitres d’Isaïe qui s’ouvrent avec notre texte, frappent par leur densité : message d’espérance adressé aux exilés d’Israël ; l’espace et le temps paraissent cependant s’y déployer sans limite. L’espace n’est rien moins que l’univers tout entier, jusqu’aux « îles lointaines » . Sans oublier dans cet espace comme pour le baliser, des lieux plus particuliers : Jérusalem, Babylone, le désert. Quant au temps, il semble comporter une extension tout aussi grande : l’espérance à venir, la bonne nouvelle annoncée du salut traverse le passé, comme le présent immédiat. Les acteurs qui évoluent sur cet horizon sont variés. Il y a Dieu, tout d’abord, maître du temps et de l’espace, créateur de nouveauté. Un Dieu étonnant, dont on multiplie à souhait les noms, les visages. Un Dieu qui vient libérer, consoler, sauver… Sur cette scène du monde sont également présents : Israël, les nations et la figure mystérieuse du serviteur de Dieu qui portera le salut de tous. Il y a là un message pour aujourd’hui, quand l’horizon paraît bouché, quand le temps semble arriver à son terme, une porte est toujours possible mais elle ne nous appartient pas, il faut la laisser s’ouvrir devant nous et accepter de passer par elle.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 1, 1-8

 

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

« A travers le désert ». L’expérience du désert est double, c’est à la fois le vide à l’infini et le plein d’intensité en matière de possibles et donc d’espérance. Le désert a toujours été pour Israël le lieu de la plus forte rencontre avec Dieu.

« Une voix crie ». Une voix s’élève dans le désert comme un cri désespéré mais aussi comme une révélation. Une voix nue, sans apprêt aucun qui vient montrer un chemin afin de parvenir à un but désirable.

« Préparez le chemin du Seigneur ». Mais cette voix ne parle pas seulement de nous ou d’elle, elle parle d’un autre pour lequel il est bon de préparer la route afin que son oeuvre se fasse et que nous puissions la partager. On comprend que certains chrétiens comme les moines, se retrouvent bien dans cette évocation du désert, de la voix et de la préparation de celui qui vient. Jean Baptiste a été proclamé comme le Père des moines avec raison.

Partageons son désert, crions pour faire résonner la seule Parole de Dieu et préparons des chemins nouveaux par lesquels adviendra le salut de Dieu. Tel est le travail de cet Avent.

Samedi de la 1ère semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète

Isaïe Is 30, 19-21.23-26

 

Ainsi parle le Seigneur, le Dieu saint d’Israël : Peuple de Sion, toi qui habites Jérusalem, tu ne pleureras jamais plus. À l’appel de ton cri, le Seigneur te fera grâce. Dès qu’il t’aura entendu, il te répondra. Le Seigneur te donnera du pain dans la détresse, et de l’eau dans l’épreuve. Celui qui t’instruit ne se dérobera plus et tes yeux le verront. Tes oreilles entendront derrière toi une parole : « Voici le chemin, prends-le ! », et cela, que tu ailles à droite ou à gauche. Le Seigneur te donnera la pluie pour la semence que tu auras jetée en terre, et le pain que produira la terre sera riche et nourrissant. Ton bétail ira paître, ce jour-là, sur de vastes pâturages. Les bœufs et les ânes qui travaillent dans les champs mangeront un fourrage salé, étalé avec la pelle et la fourche. Sur toute haute montagne, sur toute colline élevée couleront des ruisseaux, au jour du grand massacre, quand tomberont les tours de défense. La lune brillera comme le soleil, le soleil brillera sept fois plus, – autant que sept jours de lumière – le jour où le Seigneur pansera les plaies de son peuple et guérira ses meurtrissures.

 

Promesse : comme il est difficile de croire en une amélioration de la condition humaine. Bien sûr il est toujours possible de renvoyer la réalisation des promesses dans la vie de l’au-delà, mais il n’empêche qu’ici-bas, bien des hommes et des femmes vivent sans espoir. On peut aussi se consoler en se disant qu’il y a tout de même un progrès incontestable dans la prise en compte d’une augmentation du niveau de vie, mais cela vaut surtout pour l’hémisphère Nord. Et comment se réjouir de cela, si les trois-quarts de l’humanité ne peuvent en profiter ? Malgré tout, les promesses des prophètes continuent de résonner dans nos coeurs, car s’il est une dimension de l’existence qui n’arrive pas à mourir, c’est bien celle de l’espérance malgré tout. De l’espérance au-delà de toute espérance. L’Avent veut être un encouragement sur cette route et ceux qui souffrent le plus sur notre planète ne sont pas les derniers à en rendre témoignage. Que ce paradoxe nous donne courage pour réaliser au moins en Eglise, ce que les prophètes laissent entrevoir du Royaume. 

Vendredi de la 1ère semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète

Isaïe Is 29, 17-24

 

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ne le savez-vous pas ? Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une forêt. Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront. Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les malheureux exulteront en Dieu, le Saint d’Israël. Car ce sera la fin des tyrans, l’extermination des moqueurs, et seront supprimés tous ceux qui s’empressent à mal faire, ceux qui font condamner quelqu’un par leur témoignage, qui faussent les débats du tribunal et sans raison font débouter l’innocent. C’est pourquoi le Seigneur, lui qui a libéré Abraham, parle ainsi à la maison de Jacob : « Désormais Jacob n’aura plus de honte, son visage ne pâlira plus ; car, quand il verra chez lui ses enfants, l’œuvre de mes mains, il sanctifiera mon nom, il sanctifiera le Dieu saint de Jacob, il tremblera devant le Dieu d’Israël. Les esprits égarés découvriront l’intelligence, et les récalcitrants accepteront qu’on les instruise. »

 

Les écrits des prophètes sont interprétables à plusieurs niveaux. Ils partent de la réalité en cours de ceux auxquels ils s’adressent. Par exemple aujourd’hui, Isaïe s’adresse au peuple d’Israël sous le coup d’un roi indigne et menacés par toutes sortes de risques extérieurs. Et ils promettent soit une amélioration de la situation par un certain nombre de prises de conscience et de conversions à l’égard de Dieu souvent grâce à un homme ou une femme permettant qu’advienne cette réalité nouvelle ; ou bien, au contraire, ils prédisent un enfermement du peuple ou plus souvent encore, de ses responsables, dans ses mauvaises voies et en conséquence, de grands malheurs en raison même de cet enfermement. Cette interprétation des faits en cours, peut être élargie à une perspective générale d’ordre théologique qui caractérise les relations du peuple et de son Dieu avec la promesse du salut ou du repli sur une dimension terrestre très réduite et souffrante. La perspective de l’Avent fait droit d’une manière bien particulier à tous ces textes prophétiques et l’applique à la venue de Jésus comme Messie sauveur de toute l’humanité. Accueillons ces textes avec espérance et surtout, répondons à cet appel en convertissant nos coeurs, heureux d’accomplir la volonté d’amour de Dieu. C’est là notre salut. 

Jeudi de la 1ère semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 26, 1-6

 

En ce jour-là, ce cantique sera chanté dans le pays de Juda : Nous avons une ville forte ! Le Seigneur a mis pour sauvegarde muraille et avant-mur. Ouvrez les portes ! Elle entrera, la nation juste, qui se garde fidèle. Immuable en ton dessein, tu préserves la paix, la paix de qui s’appuie sur toi. Prenez appui sur le Seigneur, à jamais, sur lui, le Seigneur, le Roc éternel. Il a rabaissé ceux qui siégeaient dans les hauteurs, il a humilié la cité inaccessible, l’a humiliée jusqu’à terre, et lui a fait mordre la poussière. Elle sera foulée aux pieds, sous le pied des pauvres, les pas des faibles.

 

La force de la ville symbolique, la cité de paix, la Jerusalem à venir c’est de s’appuyer sur le roc qui est éternel. C’est là son assise. Ceux qui veulent briller par eux-mêmes et s’exalter pour siéger dans les hauteurs, tomberont et mordront la poussière. Sommes-nous capables, en Eglise, de vivre la beauté de cette ville construite sur le seul roc qui tienne, Christ, notre pierre de fondation ? C’est là notre espérance. Lorsqu’on voit se dérouler sous nos yeux les méfaits de la concurrence, de la confrontation aveugle pour remporter le morceau, jusqu’à détruire parfois ce que l’on a patiemment construit de beau et de vrai, il y a de quoi s’interroger sur notre capacité à entrer dans la logique de cette fondation basée sur le Christ, tellement dénué de toute prétention et tellement ouvert et disponible à la seule volonté d’amour de son Père. Ne désespérons pas, le temps de l’accomplissement viendra. 

2 décembre

Mercredi de la 1ère semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète Isaïe

Is 25, 6-10a

 

En ce jour-là, le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé. Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.

 

La description de l’avènement du Royaume comme un grand repas de fête peut rejoindre un instinct très premier en chacun de nous. Le repas est toujours un lieu d’exaucement lié à un besoin vital accompagné, à l’ordinaire par un plaisir sans lequel la faim n’existerait pas. Le repas rejoint aussi un désir de relation que la médiation de la nourriture permet de réaliser sans risque. La même nourriture que partagent les convives pénètre au plus intime d’eux-mêmes et permet ainsi une communion de vie et d’humanité qui ne manque pas de force. La Bible, comme on peut s’y attendre, utilise la force de ce symbole pour décrire les relations et les alliances entre les humains mais aussi avec Dieu. Le festin auquel Dieu nous convie sera celui de l’exaucement définitif, là où il n’y aura plus la tristesse de la souffrance et de la mort mais au contraire la joie d’une vie surabondante. Cela reste une image, mais elle est vraiment susceptible de parler à tous. 

1er décembre

Mardi de la 1ère semaine de l’Avent

Lecture du livre du prophète

Isaïe Is 11, 1-10

 

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

 

Comment mieux exprimer l’espérance qui habite le coeur de tout un chacun ? Ce que nous souhaitons, c’est la paix, la vérité, la justice, l’amour. Pour vivre cela, il est indispensable de recevoir un esprit de sagesse, de discernement, de conseil, de force, de connaissance, et de conscience de Dieu. C’est une disposition qui nous permet d’aborder la vie non selon les apparences, mais selon la raison profonde de toute chose. Celui qui est mu par un tel esprit ne juge de rien et n’est jugé par personne ; il sera attentif aux plus humbles et réduira à rien le pervers. Une telle attitude ouvre des possibilités de bonheur immense où l’amour triomphe et donne à goûter la vie de Dieu dès maintenant et pour toujours. Le Christ a vécu cela, il nous entraîne sur ce chemin comme une promesse de Dieu son Père. 

Edward Hicks, 1780-1849 The Peaceable Kingdom (1826), National Gallery of Art, Washington

30 novembre : Fête de saint André, apôtre

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Rm 10, 9-18

 

Frère, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l’Écriture dit : Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment l’invoquer, si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? Comment proclamer sans être envoyé ? Il est écrit : Comme ils sont beaux, les pas des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles ! Et pourtant, tous n’ont pas obéi à la Bonne Nouvelle. Isaïe demande en effet : Qui a cru, Seigneur, en nous entendant parler ? Or la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. Alors, je pose la question : n’aurait-on pas entendu ? Mais si, bien sûr ! Un psaume le dit : Sur toute la terre se répand leur message et leurs paroles, jusqu’aux limites du monde.

 

Le mot « apôtre » signifie « envoyé ». Jésus lui-même est appelé apôtre du Père, envoyé du Père. Et Jésus lui-même envoie ses disciples afin que la Bonne Nouvelle que lui-même a annoncée par toute sa vie, soit proclamé jusqu’aux extrémités du monde. Pour qu’il y ait annonce de la Bonne Nouvelle, il est nécessaire que la bouche parle de ce qui vient du coeur profond, afin que les oreilles entendent et que l’oreille du coeur soit touché. C’est par l’oreille du coeur que l’on peut accéder à une vie nouvelle. C’est comme un retournement : il s’agit de passer d’une écoute extérieure, mentale à une écoute intérieure, cordiale. C’est à partir de là que la vie bascule vers une adhésion de fond à la relation essentielle qui transforme nos vies. Mais pour cela, certains doivent être envoyés pour parler de bouche et de coeur. Tout l’enjeu du christianisme est dans la résonance de cette parole qui permet de vivre selon le coeur de Dieu dans l’amour.

 

 

Crucifiement de saint André - Croix de saint André

1er dimanche de l’Avent

Année B

Lecture du livre du prophète

Isaïe Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7

 

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face. Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

 

Toute la vie de l’humanité se tient dans ce jeu de cache-cache avec son principe. Dieu est principe de la vie. Parfois nous l’acceptons, parfois nous le rejetons. Dans l’un et l’autre cas, il y a des conséquences immédiates. Une vie sans Dieu doit assumer la responsabilité d’un sort qui ne dépend que de nous. Et pourtant Dieu ne cesse d’être présent et offert pour ceux qu’il considère comme les enfants de son amour. Une vie avec Dieu comporte aussi sa part d’exigence et de responsabilité pour correspondre à la volonté d’amour qui nous a donnés la vie. Il n’est finalement pas plus facile de vivre avec que sans. En ce temps de l’Avent, de l’Avènement de Dieu, alors même que celui-ci n’est guère souhaité dans le monde, sachons crier sincèrement avec le prophète : « Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » et ouvrir nos coeurs à cette venue multiforme afin de nous laisser travailler pour devenir totalement à la ressemblance de celui qui est notre principe.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Mc 13, 33-37

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

 

Pour veiller, il faut qu’il y ait un motif. Dans l’Evangile, le motif de la veille, c’est le retour de celui qui est parti en voyage et qui a laissé la responsabilité de la maison aux gens du service. Ils sont voués à un moment ou à un autre à reconnaître que la maison n’est pas à eux et qu’ils ont à en reconnaître celui qui leur en a donné la charge. Celui-ci peut revenir à n’importe quel moment, à tout heure. Alors la qualité du service se manifestera dans la capacité à l’accueillir au moment de sa venue. Autrement dit, veiller, c’est comme vivre en sa présence-absence permanente de telle manière qu’il n’y ait pratiquement aucun changement de comportement dans l’excellence du service qu’il soit absent ou présent et ceci pourra se faire si la relation qui nous unit à lui, n'est pas simplement celle de serviteurs à maître, mais d'amis au sens le plus profond du terme. C’est tout le thème de la vigilance chère à la tradition monastique. Pour être ainsi attentif, il est important de rester ancré dans le coeur profond, afin de ne pas se tromper de vie et de cultiver l’essentiel. C’est ce que les Anciens appellent la garde du coeur. Soyons toujours prêts, gardons-nous, veillons, pleins d’attention à la présence de Celui qui vient.

Nuit étoilée de Turner

Commencer par lire le texte à haute voix.

Puis reprendre un verset, ou simplement un mot et le répéter toujours à haute voix en le laissant porter par le souffle.

Il s'agit de laisser passer cette parole, dans un premier temps, de l'intellect au coeur.

Ainsi ruminée, elle vient germer au profond de nous-même.

Rester dans cette rumination pendant un temps assez long. Cela débouchera peut-être sur du silence. 

Il peut y avoir une prière spontanée ou non (comme par exemple le psaume proposé dans la liturgie du jour) qui monte de nos lèvres.

Rester dans cette communion de parole tout au long de nos échanges, de nos activités afin qu'elles soient nourries par cette inspiration.

C'est là proprement la lectio divina.

Ensuite, il est toujours possible de la commenter. N'hésitez pas à partager les commentaires que vous écrirez.

 

 

Petits conseils pour la lectio divina "Faites attention à comment vous lisez" (Fr. A. Frédéric)

Qu’est-ce que la lectio divina ? C’est d’abord une manière de lire. Mais me direz-vous nous savons tous lire. À vrai dire j’en doute parfois quand je lis sur les réseaux sociaux les commentaires souvent d’ailleurs très négatifs de certains articles qui montrent le plus souvent que l’auteur du commentaire n’a lu que le titre de l’article en question, au mieux les premières lignes, et qu’en tout cas, il n’a rien compris au propos de l’auteur de l’article. La lecture sur écran telle que nous la pratiquons quotidiennement consiste souvent à saisir le plus rapidement possible une information et non pas à chercher à comprendre la pensée d’un auteur. La lectio divina se donne au contraire pour but de comprendre en profondeur le texte. C’est donc une lecture qui demande un effort. On pourrait se demander la raison de cela. Dans la manière moderne d’envisager la communication, on considère que si celui qui met un message est crédible et que si le message est de qualité, il atteindra son but quel que soit l’attitude de celui qui reçoit le message. Or il n’en est pas ainsi pour la parole de Dieu et c’est ce que montre bien l’explication de la parabole du semeur. J’en donne ici le texte dans la formulation selon saint Matthieu qui me semble la plus claire : « Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur ; quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racine en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. » D’après ce texte, la Parole est la même pour tous et tous l’ont entendu. Pourtant la parole n’est profitable que pour les derniers ceux qui ne l’ont pas seulement entendue mais comprise. L’enjeu de la lectio divina n’est pas donc de lire la Parole mais de la comprendre. Mais que signifie comprendre la Parole. Je pense que la parabole du semeur nous donne des précieuses indications. Pour comprendre la Parole il convient de la laisser prendre racine en nous. La lectio divina doit donc être une lecture qui prend son temps, qui ne soit pas trop rapide de peur que la Parole ne soit comme le grain semée au bord du chemin. Elle implique un effort quotidien jour après jour sans se décourager pour qu’elle prenne vraiment racine. Elle suppose qu’on lui réserve un temps propre où l’on ne fasse pas autre chose de peur qu’elle ne soit étouffée par les autres activités. Bref il nous faut faire attention à la manière dont nous lisons pour paraphraser la parole que saint Luc place dans la bouche de Jésus s’adressant aux disciples après leur avoir dit la parabole du semeur : « Faites attention à la manière dont vous écoutez ».