MEDITATIONS

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ORIGÈNE


 

LES DÉPASSEMENTS CONTINUELS


 

Celui qui fait route vers la vertu progresse en marchant, de sorte qu'il y parviendra, peu à peu, par les nombreux progrès de son cheminement. Marchant et s'avançant comme par des pas, il s'éloigne toujours et dépasse le point où il était arrivé ; laissant ce qui est derrière lui, il se porte vers ce qui est en avant.


S'en écartant donc, il dépasse d'abord le lieu où se trouve le mal, et de là, s'avançant par des passages et des seuils, il dépasse les autres écueils que sont les péchés, puis les rochers escarpés de la méchanceté et le sol glissant et abrupt des vices. Lorsqu'il a franchi tout cela, "se portant toujours vers ce qui est en avant", il subsiste en lui moins de mal et il lui reste tout ce qui favorise son chemin. Si, durant sa marche, il a veillé avec beaucoup de prudence sur ses pas, s'écartant de chaque endroit où se trouve quelque mal, pour que son pied n'y trébuche, il est alors en mesure de voir une grande vision, comme il est écrit dans l'Exode. Personne, en effet, ne pourra contempler cette grande vision des secrets de Dieu, à savoir de sa Science et de sa Sagesse, s'il est encore enclin au mal, s'il ne s'en écarte pas et ne le dépasse pas.

C'est donc une grande vision lorsqu'on voit Dieu d'un cœur pur. C'est une grande vision lorsque, d'un cœur pur, on saisit la Parole de Dieu et la Sagesse de Dieu qui est son Christ. C'est une grande vision que de reconnaître l'Esprit Saint et de croire en lui. Cette grande vision, c'est donc la connaissance de la Trinité.


Dans l'Exode, Moïse voyait lui aussi une grande vision ; or c'est un ange, nous dit-on, qu'il vit dans le buisson en feu, et pourtant, il qualifie cette vision de "grande". C'est qu'il comprenait qui était dans 1'Ange. De fait celui-ci lui dit aussitôt : "Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob". Vois comme est grande cette vision, bien que cela aussi soit grand de savoir que "Dieu fait ses anges de souffles et ses serviteurs d'un feu brûlant".


À présent donc, pour Moïse qui mène encore paître les troupeaux de Jethro, son beau-père et qui marche et les dépasse, c'est une grande vision que celle où 1'on assure qu'un ange lui est apparu. Mais lorsqu'il aura traversé la mer Rouge et que la colonne de nuée 1'aura caché, quand il aura vénéré les mystères du baptême à venir, alors il pourra voir encore une plus grande vision. Car il entrera dans la ténèbre et la tempête où Dieu se trouvait, dit-on, en ce passage où 1'on mentionne que Moïse seul s'approchait de Dieu, tandis que les autres se tenaient au loin.

Et par ces grandes visions, Moïse progressa au point qu'il disait à Dieu : "Si j'ai trouvé grâce devant toi, manifeste-toi à moi en personne, pour que je te voie d'une manière perceptible". Et c'est alors qu'il entend de Dieu : "Je te mettrai dans la fente du rocher" ‑ "or le rocher était le Christ" ‑, pour que tu voies par cette toute petite fente ce qui est derrière moi, c'est-à-dire pour que tu reconnaisses ce qui s'accomplira dans les derniers temps par l'Incarnation ; mais mon visage, tu ne peux le voir !"


 

Homélie 4 sur le psaume 36, chapitre 1