Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche.
Solennité du corps et du sang du Christ.
Méditation du dimanche :
introduction au texte de l’évangile
En cette solennité du Saint-Sacrement, en l’année A, la liturgie nous propose comme lecture de l’évangile un extrait de l’entretien sur le pain de vie au chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean. Au début de ce chapitre Jésus a nourri une foule de cinq mille hommes en partageant cinq pains d’orge et deux poissons. Devant ce miracle les foules ont vu en Jésus, « le prophète annoncé, celui qui vient dans le monde » (Jn 6,14) c’est-à-dire le prophète dont Moïse avait annoncé la venue en Dt 18,15 : « Au milieu de vous, parmi vos frères le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. »De peur que la foule se saisisse de lui pour en faire leur roi, Jésus s’est alors retiré dans la montagne laissant ses disciples regagner l’autre rive du lac en barque, ; la nuit venue, Jésus a rejoint ses disciples en marchant sur les eaux. Les foules parties à sa recherche le retrouvent. Elles voient en Jésus un nouveau Moïse et, dans le partage des pains, le renouvellement du miracle de la manne lorsque Moïse a nourri le peuple au désert avec le pain venu du ciel. Or, Jésus, dans son entretien, propose une interprétation tout à fait différente. Selon lui, ce n’est pas la manne qui le vrai pain descendu du ciel, elle n’est qu’un signe une préfiguration du vrai pain descendu du ciel, qu’il est Lui-même. Alors que les pères qui ont mangé la manne sont mort au désert Lui, procure la vraie vie, la Vie éternelle. Jésus se présente comme « le pain de vie » (Jn 6,35) promettant la Vie éternelle pour ceux qui viennent à Lui et croient en Lui. La foule met en doute que Jésus soit le pain descendu du ciel en disant connaître son origine (Jn 6,41). Au début de notre texte Jésus va plus loin parlant de « sa chair donnée pour le monde » provoquant une nouvelle récrimination de la foule qui amène Jésus à employer des termes encore plus réalistes « mâcher sa chair » et « boire son sang ». Ce passage marque le sommet de l’entretien. L’évangéliste poursuit en rapportant les circonstances de l’enseignement (Jn 6,59) et le refus de la majorité de la foule d’entendre ces paroles (Jn 6,60).
Le choix de ce texte pour l’évangile de la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ paraît aller de soi. Certes il ne s’agit pas à proprement parler d’un récit d’institution de l’eucharistie. Mais, dans le premier verset de notre texte l’on trouve une formule « ma chair donnée pour la vie du monde » que l’on peut rapprocher du plus ancien récit de l’institution de l’eucharistie dans la première lettre aux Corinthiens « Ceci est mon corps, qui est pour vous ». Pourtant il convient de se demander si le Pain de Vie renvoie bien dans l’ensemble du discours et dans notre texte spécifiquement à l’eucharistie ou si ce signe a une signification plus large.
Méditation du lundi
« Moi je suis le pain vivant qui est descendu du ciel »
Notre texte s’ouvre par une affirmation de Jésus formulée à la première personne « Moi je suis le pain vivant descendu du ciel » . Cette affirmation fait en quelque sorte la synthèse entre deux formules employées précédemment dans cet entretien sur le pain de vie : une répétée deux fois dans la bouche de Jésus « Moi, je suis le pain de vie » (Jn 6,35.38) et une autre qui est prêtée par la foule à Jésus en Jn 6,41 : « Moi, je suis le pain venu du ciel ».Ces différentes affirmations prennent place dans le cadre de la réponse apportée par Jésus à une citation faite par la foule du Ps. 77 en Jn 6,31 : « Au désert, nos Pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » L’expression « pain venu du ciel » renvoie aussi à la présentation qui est faite de la manne en Ex 16,4 où le Seigneur dit à Moïse : « Voici que du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. » Toutefois, dans l’Ancien Testamentmême, avait été proposée une interprétation spirituelle de ce « pain venu du ciel » esquissée en Dt 8,3 où Moïse s’adresse au peuple en ces termes : « il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur », elle est développée en Sa 16,26 : « Ainsi les fils que tu aimais, Seigneur, devaient l’apprendre, l’homme n’est pas nourri par le fruit des semences ; ta parole maintient celui qui croit en toi. » Ainsi pour l’auteur du livre de la Sagesse, la manne est la figure de la parole de Dieu, véritable nourriture pour celui qui croit en elle. L’affirmation de Jésus « Moi je suis le pain vivant descendu du ciel » se place dans un premier temps dans la continuité de cette interprétation spirituelle proposée par le livre de la Sagesse. Jésus n’est-il pas comme saint Jean l’a affirmé dans le prologue de son évangile, le Verbe, la Parole de Dieu ? Aussi peut-il déclarer en Jn 6,365 « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif. L’enjeu est de croire en Jésus comme dans le livre de la Sagesse il s’agissait de croire en la parole de Dieu. Il nouveauté est que la foi n’est plus en une parole écrite mais en une personne qui est la Parole vivante, la Parole faite chair. L’incarnation de Jésus transforme aussi le mode d’assimilation de cette parole. Il va plus loin que le simple croire puisque Jésus propose sa chair à manger. La formule « chair donnée pour la vie du monde » littéralement d ‘après le grec « chair pour la vie du monde » (sarka huper tès zôès tou kosmou) peut être rapprochée du plus ancien récit de l’institution de l’eucharistie dans la 1èrelettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens : « Ceci est mon corps qui est pour (huper) vous » (1 Co11,24) formule qui est glosée dans le récit de saint Luc « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Lc 22,19). La préposition huper – qui a donné le préfixe français hyper – a un sens premier local « au-dessus ». En ce cas hyper est suivie de l’accusatif. Mais hyper peut être aussi suivi du génitif comme c’est le cas dans notre texte et il est alors généralement traduit par « pour ». Toutefois le mot « pour » en français a bien des sens différents.si l’on tient compte du sens local « au-dessus de », hyper signifie pour dans le sens « en faveur de », « pour la défense de », « « dans l’intérêt de ». La préposition hyper est ainsisouvent utilisée dans l’évangile selon saint Jean pour évoquer une mort pour (la défense) d’autres : ainsi dans l’image du vraie Berger qui dépose sa vie « pour ses brebis » (Jn 10, 11.15), quand est évoquée la mort de Jésus « pour le peuple » (Jn 11,50 ; 18,14) et « pour les nations » (11,51.52), quand Saint Pierre prétend être prêt à mourir pour Jésus (Jn 13,37-38) et enfin quand Jésus affirme qu’il n’ya pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis « (Jn 15,13) . Au total la préposition hyper suit un terme évoquant la mort dans onze de ses quatorze occurrences dans l’évangile selon saint Jean. On pourrait donc penser que l’emploi de la préposition hyper dans notre texte suggère une relation à la mort de Jésus pour. La chair pourrait renvoyer à ce qui en Jésus est mortel, périssable. Et c’est cela même qui est pour la vie du monde. En Jésus Verbe fait chair ce n’est pas seulement la parole de Dieu qui està assimiler mais aussisa chair même, son humanité offerte pour la vie du monde.
Méditation du mardi
« Celui qui mange ma chair »
« Celui qui mange » traduit le participe présent du verbe « trôgô » qui n’est pas le terme usuel en grec pour désigner l’action de manger. . Trôgôen grec classique est souvent employé pour désigner la manière dont les animaux se nourrissent. Il peut alors être traduit par « brouter » ou « ronger ». Quand il est employé pour les hommes il signifie au sens premier « manger de la nourriture crue » puis«manger des friandises », « se régaler » Toutefois, il peut simplement signifier « manger » surtout lorsqu’il est employé en parallèle avec le verbe pinô qui signifie « boire » comme c’est le cas ici. Tous les auteurs ne sont pas d’accord sur le sens à accorder à ce verbe ici. Selon certains, le choix de trôgô plutôt que du terme usuel estiô voudrait souligner le réalisme de l’acte de manducation – d’où la proposition de traduire trôgô par « mâcher ». Cette interprétation implique qu’ici Jésus désigne très précisément par « sa chair » l’eucharistie. Pour d’autres auteurs, trôgô signifie ici simplement « manger » sans plus. Ils soulignent que le verbe esthiô n’est jamais employé dans l’évangile selon saint Jean. Ils suggèrent donc que Jean utilise trôgô comme présent du verbe phagô (qui n’existe qu’au passé) comme c’est le cas en grec moderne et non esthiô comme dans la langue classique. En ce cas le verbe ne nous donne pas d’indication s’il faut comprendre « celui qui mange » comme se rapportant spécifiquement à l’eucharistie ou pouvant renvoyer à l’assimilation de la parole de Dieu. On pourrait même suggérer une troisième possibilité. Le verbe trôgô pourrait avoir le sens de « se régaler » et, en ce cas renvoyer plutôt à la délectation de la parole de Dieu. On peut relever que le verbe trôgon, employé quatre fois dans notre texte, n’apparaît qu’une seule autre fois dans l’évangile selon saint Jean en Jn13,18 où Jésus cite en annonçant la trahison de Judas le psaume 40 : Celui qui a mangé le pain avec moi m’a frappé du talon. Saint Jean emploie trôgôlà où le texte de la Septante utilisait esthiô ce qui va dans le sens de ceux qui considèrent que trôgô signifie tout simplement manger. En tout cas pour cette seconde occurrence trôgô ne semble pas insister sur le réalisme de l’acte de manducation. En revanche le sens de « se régaler » ne peut être exclus. Par rapport au partage du repas, elle apporterait l’idée d’un plaisir pris en commun et soulignerait l’intimité entre deux personnes ce qui est bien l’intention de cette citation. On peut aussi noter que trôgô apparaît une autre fois dans le Nouveau Testament dans l’évangile selon saint Matthieu pour décrire les jours de Noé « en ces jours-là, avant le déluge on mangeait et on buvait. » (Mt 24,38). Si saint Matthieu, qui emploie par ailleurs esthiô a choisi spécifiquement trôgô dans ce passage ce n’est certainement pas pour souligne le réalisme de l’acte de manducation mais bien plutôt le plaisir pris dans le repas.Pour conclure, l’interprétation de l’emploi de trôgô comme une manière d’insister sur le réalisme de la manducation nous paraît assez peu fondée. En revanche, étant l’absence du verbe esthiô dans l’évangile selon saint Jean, il nous paraît difficile de déterminer si trôgô signifie simplement « manger » ou suggère une nuance de plaisir pris dans la nourriture « se régaler ». L’absence d’insistance sur le réalisme de l’acte de manducation implique , nous semble-t-il que « manger ma chair » ne renvoie pas exclusivement à la manducation du corps eucharistique mais aussi à l’assimilation de la Parole de Dieu.
Méditation du mercredi
« Celui qui boit mon sang »
Évoquer d’une manière positive l’acte de « boire le sang » apparaît comme une transgression d’un commandement fondamental de la loi de Moïse qui est l’interdit de consommer la viande – la chair -avec son sang. Cet interdit est mentionné avant même le don de la Loi au Sinaï lors de la première alliance passée par le seigneur avec Noé à la suite du déluge en Gn 9,4 : « mais, avec la chair, vous ne mangerez pas le principe de vie, c’est-à-dire le sang. » On peut relever que l’interdit de consommer du sang est ici mis en relation avec l’idée que le sang est le principe de vie (en grec psychè qui peut se traduire selon el contexte, âme ou vie). Cet interdit de la consommation du sang est repris dans la loi mosaïque en Lv 17,10-14. Le v. 11 précise la raison de cet interdit : « car la vie d’un être de chair est dans le sang, et moi, je vous le donne afin d’accomplir sur l’autel le rite d’expiation pour vos vies ; en effet, c’est le sang, comme principe de vie qui fait expiation. »Au motif déjà présent en Gn 9,4 du sang comme principe de vie de la chair s’ajoute le rôle expiatoire du sang. Cet interdit de la consommation du sang emble avoir été un point important pour les communautés chrétiennes issues du Judaïsme. D’après les Actes des Apôtres, l’assemblée réunie à Jérusalem pour traiter de la question des chrétiens issus du paganisme leur impose notamment de s’abstenir de sang. Boire le sang impliquait donc de transgresser un interdit fondamental du judaïsme du fait que le sang était considéré comme le principe de vie. Boire le sang du christ c’est donc aussi assimiler la vie qui est présente en lui.
D’un autre côté, l’expression « boire mon sang » renvoie aux récits de l’institution de l’eucharistie. Tous ces récits signalent en en effet que Jésus a, à la fin du repas, pris une coupe et l’a présentée comme « mon sang » selon saint Matthieu et saint Marc ou « la nouvelle alliance en mon sang » selon saint Luc et saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens. En revanche l’ordre de boire à cette coupe en figure que dans le récit selon saint Matthieu « Puis ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna en disant : “Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés. ” » (Mt 24, 27-28). Le récit de Matthieu est d’ailleurs aussi le seul où Jésus donne l’ordre de manger son corps. Chez saint Marc, Jésus donne l’ordre de prendre son corps mais pas de le manger et il définit la coupe comme son sang après que les disciples en ont bu. Notre texte parait donc bien renvoyer au récit d’institution de l’eucharistie mais l’on peut même préciser que la conception de l’eucharistie de saint Jean est la même que celle de saint Matthieu et insiste sur la nécessité de manger le corps (ou la chair) du Christ et de boire son sang.
Méditation de jeudi
« Et moi je le ressusciterai au dernier jour »
La formule « je le ressusciterai au dernier jour » revient à quatre reprises dans l’entretien sur le pain de vie aux versets 39, 40,44 et 54. Le motif d’une résurrection au dernier jour n’apparaît qu’à une seule autre reprise dans l’évangile selon saint Jean, dans la bouche de Marthe s’entretenant avec Jésus après la mort de son frère Lazare en Jn 11,24 : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour. » Si l’on décompose cette expression, on peut remarquer que l’emploi transitif du verbe anistèmi avec le sens de ressusciter,« ressusciter quelqu’un » estrare et que c’est seulement dans l’entretien sur le pain de vie que Jésus est le sujet de l’expression « ressusciter quelqu’un » ». Dans les autres emplois de l’expression « ressusciter quelqu’un » que l’on trouve dans les Actes des Apôtres, c’est Dieu qui est le sujet (et Jésus le complément ) : « Dieu l’a ressuscité » (Ac 2,24 ; 13,34). L’expression «au dernier jour » (en tè eschatè hèmera) est propre à l’évangile selon saint Jean. Elle n’apparaît qu’une seule fois sans lien avec la résurrection en Jn 12, 38 où elle est mise en relation avec le jugement. Le «dernier jour » apparaît donc à la fois comme le jour du jugement et le jour de la résurrection. Une telle présentation laisse supposer que « ce dernier jour » correspond au temps décrit en Dn 12,2 : « Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront pour la vie éternelle, les autre pour la honte et la déchéance éternelle. » Par rapport au livre de Daniel, la nouveauté est ici le rôle que s’attribue Jésus dans cette résurrection. La formule grecquekagô anastèsô tè eschatè hèmera pourrait en effet se traduire par « et c’est moi qui le ressusciterai au dernier jour. » Jésus se présente ici comme « l’éveilleur », celui qui va ressusciter les morts.Déjà au chapitre précédent de l’évangile selon saint Jean, Jésus avait souligné le rôle du «Fils de Dieu » dans le réveil des morts : « Amen, amen, je vous le dis, l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendu vivront. » (Jn 5,25) et quelques versets plus loin : « l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix : alors ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre, ceux qui ont fait le mal pour ressusciter et être jugé » (Jn5,28-29). En ce passage, reprenant la représentation eschatologique du livre de Daniel, Jésus soulignait le rôle eschatologique de la figure du Fils de Dieu à laquelle il s’identifiait implicitement puisqu’il appelait Dieu son Père (cf Jn5,17-18). Dans l’entretien sur le pain de vie, Jésus fait un pas de plus en se présentant explicitement lui-même comme une figure eschatologique qui agira « au dernier jour ». En Jn 5,25-29, la résurrection était liée au fait d’entendre la voix du Fils de Dieu, en Jn 6,40 au fait de voir le Fils et de croire en lui, en Jn 6,44 de venir à Jésus. On avait à la fois l’idée d’une perception du fils de Dieu par les sens (entendre, voir le Fils de Dieu) qui devait amenait à se rapprocher de lui à la fois physiquement (venir à lui) et mettant sa confiance en lui. Le v. 54 va plus loin car ici la résurrection est liée au fait de manger la chair et de boire le sang du fils de Dieu, c’est-à-dire de s’assimiler à lui. Ce verset marque donc une progression dans l’union intime avec le Fils de Dieu demandée pour obtenir la résurrection. Il ne suffit pas d’entendre sa voix, de le voir, de venir à lui et croire en lui il faut en quelque sorte s’assimiler à lui. En ce verset 54le pain de vie renvoie au sacrement de l’eucharistie mais il n’y a pas ruptureavec les passages précédents où le pain de vie renvoyait à la parole de Dieu. La pratique eucharistique apparaît au contrairecomme un signe concret de l’assimilation de la Parole de Dieu.
Méditation du vendredi
« Il demeure en moi et moi je demeure en lui. »
Manger et boire le sang du Christ n’a pas seulement pour conséquence d’être ressuscité par lui au dernier jour mais aussi de demeurer dans le Christ comme le Christ demeure en soi. Le verbe « demeurer » - menô en grec est très fréquent dans l’évangile selon saint Jean. Mais de motif qui apparaît ici pour la première fois dans l’évangile selon saint Jean de l ’inhabitation réciproque du Christ dans le disciple et du disciple dans le Christ est surtout développé par Jésus dans son dernier entretien avec ses disciples après le lavement des pieds au chapitre 15 de l’évangile à travers l’image du cep de vigne et des sarments. En Jn 15,4 Jésus donne en effet l’ordre suivant : «Demeurez en moi, comme moi en vous. » et aux versets 5 et 7 il souligne les effets positifs de cette inhabitation réciproque, d’abord au v.5 « porter beaucoup de fruit » : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits. » puis au v.7 voir se réaliser ce que l’on demande « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez et cela se réalisera pour vous. » Demeurer dans le Christ et avoir le Christ demeurant en soi apparaît ici comme la condition d’une vie fructueuse où l’on obtient ce que l’on demande. Or, dans notre texte cette inhabitation réciproque est une conséquence de manger et boire le sang du Christ. Comment cela ? On peut comprendre que manger une nourriture et boire une boisson fait que l’on ait cette nourriture et cette boisson en soi. En mangeant la chair et buvant le sang du Christ l’on a le Christ demeurant en soi. Cela s’applique en premier lieu à l’assimilation de la parole de Dieu comme le suggère Jn 15,7« mes paroles » remplacent le « je » des versets 4 et 5. C’est d’abord Jésus en tant que Verbe, Parole de Dieu qui demeure en nous quand nous l’écoutons et mettons notre confiance en Lui. La consommation des espèces eucharistiques est le signe que nous écoutons et nous faisons confiance sa parole qui nous dit que ce pain et ce vin sont son corps et son sang. Mais notre texte nous dit aussi que manger la chair et boire le sang du christ, c’est demeurer dans le Christ. on a ici suggéréle motif surtout développé par saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens mais, qui n’est pas absente du texte johannique à travers l’image de la vigne, que manger et boire le sang du Christ intègre au corps ecclésial du Christ, transforme en sarments de la vraie vigne : « La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ ? le pains que nous rompons n’est-il pas communion au sang du christ ?Puisque il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps car nous avons part à un seul pain. » (1 Co 10,16-17). Manger la chair et boire le sang du Christ permet donc à la fois d’assimiler le Christ, Verbe de Dieu en soi, et de s’intégrer , au corps ecclésial du Christ à la vraie vigne.
Méditation du samedi :
Ouverture
Après avoir nourri les foules en partageant le pain, et avoir rejoint ses disciples embarqués en marchant sur les eaux, Jésus s’entretient avec les foules qui voient en lui un nouveau Moïse qui en leur donnant donnant du pain a renouvelé le miracle de la manne. Jésus récuse cette interprétation et se présente comme le vrai pain venu du ciel. Reprenant ici l’interprétation symbolique proposée dans le livre de la Sagesse, il veut signifier par-là qu’il est le Verbe, la Parole de Dieu. Mais il est la parole de Dieu faite chair qu’il faut non seulement croire mais assimiler. Il demande à la foule de manger ou de se régaler de sa chair et même, faisant fi de l’interdit de la consommation du sang stipulé non seulement dans la loi mosaïque mais dès la première alliance noachique, de boire son sang. Cette demande préfigure l’institution de l’eucharistie lors du dernier repas pris avec ses disciples au cours duquel Jésus, dans la version selon saint Matthieu, demande de manger le pain après avoir dit « ceci est mon corps » et de boire à la coupe après avoir dit qu’il s’agissait de la nouvelle alliance en son sang. Mais cette interprétation eucharistique du « pain de vie » ne s’oppose en rien à celle du « pain de vie » comme Verbe de Dieu. Au contraire, la consommation de la chair et du sang de Jésus est présentée par Jean comme la manière de pleinement assimilé le verbe de Dieu fait chair. Manger la chair et boire de sang de Jésus procure la vie éternelle. Celle-ci est présentée de deux manières complémentaires La première la plus traditionnelle, est une présentation eschatologique renvoyant à la résurrection du « dernier jour » telle qu’envisageait dans le livre de Daniel.La seconde consiste en l’inhabitation réciproque de Jésus et de celui qui consomme sa chair et son sang : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. » Celui qui consomme la chair et le sang de Jésus est donc appelé à participer à la vie divine puisque, dans le même évangile selon saint Jean, Jésus proclame « je suis dans le Père et le Père est en moi. » Demeurer en Jésus c’est donc en quelque manière être en Dieu.
Partagez cette page