Evangile du dimanche

Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche :

deuxième dimanche de Carême

année A (Mt17,1-19)


Méditation du dimanche : Présentation du texte de l’évangile


En ce deuxième dimanche de Carême l’évangile proposée est le récit de la Transfiguration.Ce récit occupe dans les trois évangiles synoptiques selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc une place centrale. Il est le centre d’une sorte de triptyque que l’on retrouve au cœur de ces trois évangiles comprenant

  1. La confession de Jésus comme Messie par saint Pierre dans la région de Césarée-de Philippe suivi aussitôt de la première annonce de la passion.
  2. La Transfiguration
  3. La guérison par Jésus d’un enfant tourmenté par un démon que ces disciples n’étaient pas parvenus à expulser.

Les évangélistes établissent d’ailleurs un lien temporel entre la confession de Pierre et la Transfiguration. Le récit de la transfiguration selon saint Matthieu comme celui selon saint Marc commence par l’expression « Six jours après » qui n’est pas reprise dans la traduction liturgique. Le récit de saint Matthieu est d’ailleurs très proche de celui saint Marc (Mc 9, 2-10). Dans de nombreux passages les deux évangélistes utilisent le même vocabulaire et la même syntaxe.On peut distinguer dans notre explications les éléments qui sont communs à Marc et à Matthieu et ceux qui sont plus propres à Matthieu et qui permettent de définir plus précisément la « christologie » de cet évangéliste.


Méditation du lundi :

Jésus fait monter Pierre Jacques et Jean sur la montagne


La première phrase du texte est, à deux mots près, la même chez saint Marc et saint Matthieu. Le verbe paralambanô (prendre avec) est très courant dans l’évangile selon saint Matthieu. On retrouve le même verbe avec les mêmes compléments Pierre, Jacques et Jean au chapitre 26 de l’évangile selon saint Matthieu, lors de l’agonie à Gethsémani. Les deux apôtres qui voient Jésus en gloire sur la montagne sont aussi les témoins de sa tristesse, au moment de son agonie. Pierre, Jacaues et Jean figurent aussi avec André absent ici sont aussi les premiers disciples appelés par Jésus (Mt 4,18) Le verbe anapherô n’apparaît qu’ici dans l’évangile selon saint Matthieu et il en est de même dans l’évangile selon saint Marc. Il signifie littéralement porter de bas en haut. Il peut signifier faire monter mais aussi offrir en sacrifice. C’est ce second sens que l’on trouve notamment dans l’Epître aux Hébreux (7, 27 ; 9, 28 ;13, 15) et il est notamment employé pour l’offrande que Jésus a fait de lui-même pour les péchés de la multitude (He 9,28). La première épître de Pierre emploie le terme dans ces deux acceptions différentes sacrifier en 1 P 2, 5 puis porter en 1 P 2, 24. Dans notre évangile le verbe est à prendre dans son sens premier faire monter. Mais il ne faut pas oublier que la possibilité de jouer sur l’ambiguïté des deux sens. Dans le récit du « sacrifice d’Isaac » en Gn 22, le verbe anapherô est employé dans la traduction grecque de la Septante dans l’ordre donné par Dieu à Abraham littéralement « Fais-monter ton fils en holocauste sur la montagne » Comme des commentateurs modernes, à la suite de commentateur juifs médiévaux, l’ordre donné par Dieu est ambigu : veut-il qu’Abraham offre son fils en sacrifice sur la montagne ou qu’il le fasse monter sur une montagne pour un sacrifice ? En fait, c’est l’intervention finale de Dieu ordonnant à Abraham d’épargner son fils qui lève l’ambiguïté. Il n’est donc pas impossible que l’emploi du verbe anapherô et la mention de la montagne élevée puisse renvoyer dans notre évangile au « sacrifice d’Isaac ». En tout cas la liturgie de l’Année B invite à ce rapprochement puisqu’elle propose le récit du sacrifice d’Abraham en 1èrelecture et en évangile, le récit de la transfiguration selon saint Marc. L’adjectif « élevé » (hupsèlos) pour qualifier la montagne n’apparaît qu’ne seule autre fois dans l’évangile selon saint Matthieu dans l’épisode de la tentation au désert où le diable prend avec lui (paralambanô) Jésus sur une haute montagne (oros hupsèlos) (Mt 4, 18). Le rapprochement du vocabulaire est troublant. Mais on ne doit pas lui accorder une trop grande importance car il y a, à mon avis, une différence fondamentale entre les deux épisodes. Le diable emmène Jésus sur une haute montagne pour regarder vers me bas vers les royaumes de la terre qu’il peut de là-haut embrasser de son regard alors que Jésus fait monter – le verbe anapherô n’apparaît pas en Mt 4, 8 – Pierre, Jacques et Jean pour regarder vers Dieu qui se manifeste sur la montagne.


Méditation du mardi La métamorphose de Jésus


La seconde phrase du texte commence de la même manière dans les deux évangiles de Matthieu et de Marc par le même verbe grec metamorphestai et littéralement métamorphoser traduit par le latin transfigurare d’où le nom de transfiguration donné à cet épisode. En revanche la description de la transfiguration est différente chez Matthieu et chez Marc. Là où saint Marc ne mentionne que la blancheur resplendissante des vêtements, saint Matthieu signale le visage qui « devient brillant comme le soleil » puis évoque seulement dans un second temps les vêtements « blanc comme la lumière ». Alors que chez Marc la transfiguration ne semble concerner que les vêtements, selon Matthieu c’est la transformation du visage qui est centrale. L’emploi des termes soleil et lumière peut en effet faire penser que la blancheur des vêtements trouve son origine dans l’éclat du visage comme la lumière vient du soleil. L’expression « briller comme le soleil » a déjà été employé par Matthieu pour désigner le sort des justes dans le royaume de Dieu (Mt 13, 43) : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père »

En rapprochant ces deux passages on peut voir dans la transfiguration une anticipation du Royaume qui fournit, dans le Christ, une image de ce que sera la condition future des justes. Cette image du « visage brillant come le soleil » se trouve aussi dans la vision inaugurale de l’Apocalypse de saint Jean pour décrire le visage du « fils de l’homme »( Ap 1, 16) « Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance »

Cette image du visage de Jésus brillant comme le soleil peut aussi faire penser au passage du livre de l’Exode où, après que Moïse a vu le seigneur, son visage est brillant :

Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en main les deux tables du Témoignage, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur.

Nous reviendrons sur les liens étroits qui unissent le récit de la transfiguration selon saint Matthieu et la vision inaugurale de l’Apocalypse.


Méditation du mercredi : Élie et Moïse


Les deux évangiles selon saint Matthieu et saint Marc sont de nouveau très proches pour évoquer l’apparition de Moïse et d’Élie. Ces deux figures peuvent renvoyer à une pluralité de sens. Le plus évident, dans le contexte géographique, de la montagne est que Moïse et Élie sont les deux personnages de l’Ancien Testament qui ont été en présence de Dieu sur la montagne sainte de l’Horeb. Cela invite donc à voir dans la transfiguration une manifestation de Dieu, une théophanie. On notera d’ailleurs que les six jours qui séparent la confession de Pierre de la transfiguration peuvent correspondre aux six jours qui séparent la conclusion de l’Alliance de la montée de Moïse sur la montagne en Exode 24, 16 :

La gloire du Seigneur demeura sur la montagne du Sinaï, que la nuée recouvra pendant six jours. Le septième jour, le Seigneur appela Moïse du milieu de la nuée.

Mais Moïse et Élie peuvent aussi perçus comme figurant les deux premières parties de la Bible hébraïque, la loi et les prophètes. Dans cette perspective, la seconde partie de la phrase « qui s’entretenaient avec lui » peut être considéré comme une sorte de clef de lecture pour l’ensemble de l’évangile. Jésus dans l’évangile selon saint Matthieu est en effet en dialogue constant avec la loi de Moïse comme il apparaît notamment dans le sermon sur la montagne où il se présente comme celui qui vient accomplir la Loi et les prophètes , n’hésitant pas à proposer une législation nouvelle. Mais il est aussi, par les miracles qu’il accomplit en dialogue avec la tradition prophétique. Ainsi la résurrection de la fille de Jaïre (Mt 9, 18-26) renouvelle la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par Élie. (1R 17, 17-24). Il est d’ailleurs caractéristique qu’Élie soit l’une des figures à laquelle les foules identifient spontanément Jésus, selon les disciples (Mt 16, 14).

On notera enfin que ces deux figures typiques sont invoquées à la fin du dernier des livres prophétiques le livre de Malachie où Moïse est présentée comme une figure fondatrice du passé dont il faut se souvenir et Élie comme une figure eschatologique annonciatrice de la venue du Seigneur. (Ml 3, 22-23)

Souvenez-vous de la loi de Moïse mon serviteur

à qui j’ai prescrit, sur l’Horeb,

décret et ordonnances pour tout Israël.

Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète,

avant que vienne le jour du Seigneur,

jour grand et redoutable.

Dans cette perspective la rencontre au sommet de la montagne de la figure fondatrice du législateur et de la figure eschatologique du prophète peut signifier l’accomplissement des temps en une éternité où passé et futur se rejoignent.

Dans le passage qui suit immédiatement notre évangile, les disciples interrogent Jésus sur le retour d’Élie en faisant indirectement allusion à la prophétie de Malachie : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? » (Mt 17,10) Jésus leur répond qu’« Élie est déjà venu. » L’évangéliste conclut : « Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste » (Mt 17,13). Cette conclusion est absente du passage parallèle de l’évangile selon saint Marc. Il semble que Matthieu souhaite souligner l’identification faite dans les premières communautés chrétiennes entre Élie, prophète de la fin des temps et Jean le Baptiste, précurseur de Jésus Messie en effaçant a contrario une autre tradition qui rapprochait Élie de Jésus.


Méditation du jeudi : la nuée lumineuse


Le texte se poursuit par la prise de parole de saint Pierre ; là encore les deux textes sont assez proches l’un de l’autre si saint Matthieu ajoute une incise « si tu le veux » qui est assez caractéristique de son style. Matthieu est en effet aussi le seul évangéliste a placé une incise comparable dans les propos de Jésus au jeune homme riche « Si tu veux être parfait » (Mt 19, 21). Pierre évoque le projet de construire trois tentes. Le terme tente (skènè) n’apparaît pas ailleurs dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Marc. Dans d’autres livres du Nouveau Testament et notamment dans la lettre aux Hébreux, le terme skènèet employé dans un sens cultuel et renvoie à la tente de la rencontre. Ce sens nous paraît envisageable aussi pour notre texte. Ces trois tentes pourraient figurer les trois rencontres avec Dieu de Moïse, d’Élie et de Jésus.

L’évangile selon saint Matthieu place l’irruption de la nuée alors que Pierre parle encore comme pour signifier que la nuée constitue une sorte de réponse à la question de Pierre. Matthieu est le seul des trois évangélistes à qualifier cette nuée de « lumineuse » (photeinè), un terme qui invite le lecteur à identifier cette nuée à la gloire du Seigneur. L’emploie du verbe episkiazô (couvrir de son ombre)va dans le même sens. Dans les évangiles selon saint Matthieu et saint Marc, ce verbe n’apparaît que dans le seul épisode de la transfiguration. Luc l’emploie deux fois : dans le récit de la Transfiguration mais aussi au moment de l’annonciation puisque Gabriel s’adresse à Marie en ces termes :

L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te prendra sous son ombre (Lc 1, 35).

Parmi les occurrences de ce terme dans la septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament, la plus intéressante pour comprendre notre texte nous paraît être celle d’Exode 40,35 lorsque la Gloire du Seigneur prend possession de la tente de la rencontre :

Moïse ne pouvait entrer dans la rencontre car la nuée y demeurait (en grec la prenait sous son ombre) et la gloire su Seigneur remplissait la demeure.

Dans le livre de l’Exode, ce verbe est donc utilisé pour signaler la venue de la présence divine dans le sanctuaire construit par les hommes. Dans notre évangile, l’emploi de ce verbe signale aussi la présence divine mais cette fois non plus dans une tente, un sanctuaire fait de main d’homme comme se proposait d’en faire Pierre mais au-dessus du fils bien-aimé, le véritable sanctuaire non fait de main d’homme où se révèle la gloire de Dieu. Jésus ne fait pas nombre avec Moïse et Élie, il est comme le développera l’auteur de la lettre aux Hébreux, le médiateur d’une alliance nouvelle.


Méditation du vendredi : La voix venue du ciel


La voix venue de la nuée reprend les termes proclamés par la voix venue du ciel lors du baptême de Jésus (Mt 3, 17) : « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » en y ajoutant une injonction « écoutez-le ». Cet ordre peut paraître paradoxal dans la mesure où le récit nous a décrit ce que les disciples voyaient, le changement physique affectant Jésus et non ce qu’ils entendaient, les paroles échangées par Jésus avec Moïse et Élie. Or nous semble dire cet ordre, ce que l’on voit, le changement d’aspect, la transfiguration à proprement parler de Jésus n’est pas le plus important ce qui compte c’est ce qu’on entend. Il est intéressant de ce point de vue de rapprocher notre évangile de l’évocation qui est faite de la transfiguration dans la seconde lettre de saint Pierre (2 P 1, 16-19) (texte lu en seconde lecture) :

En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le père l’honneur et la gloire, quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis toute ma joie. Cette voix venue du ciel nous l’avons-nous-mêmes entendus quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. Et ainsi se confirme pour nous la parole prophétique ; vous faites bien de fixer votre attention sur elle, comme sur une lampe brillant dans l’obscurité jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin paraisse dans vos cœurs.

Si la transfiguration comme manifestation de la gloire de Dieu au-dessus du Christ est ici évoquée à la fois comme anticipation de la gloire future promise eux croyants et comme attestation de la parole prophétique, elle n’en demeure pas moins une exception. Le mode ordinaire par lequel la volonté de Dieu se fait connaître est la parole prophétique et c’est sur elle que saint Pierre demande aux croyants de porter leur attention. Le croyant est donc invité à écouter plutôt qu’à voir.

Pourquoi cela ? La réaction des disciples face à la manifestation de la gloire de Dieu au-dessus de Jésus peut nous fournir un élément de réponse. Ici, le récit de saint Matthieu s’écarte nettement de celui de saint Marc. II ne se contente pas de mentionner la peur des disciples mais il la met en scène : ceux-ci tombent face contre terre et Jésus vient els relever en les touchant de la main. Ce dispositif est sans nul doute emprunté au livre de Daniel où il apparaît à deux reprises au chapitre 8 lorsque Daniel se trouve face à l’ange Gabriel (Dn 8, 18) :

Tandis qu’il me parlait, je m’évanouis la face contre terre. Il me toucha et me fit mettre debout à l’endroit où j’étais.

Puis au chapitre 10 au moment où apparaît à Daniel un homme vêtu de lin (Dn 10, 9-10) :

J’entendis le bruit de ces paroles, et, lorsque je l’entendis je tombai face contre terre. Alors une main me toucha et me redressa sur les genoux et le paumes de mes mains.

La même séquence se retrouve dans la vision inaugurale de l’Apocalypse où l’influence du livre de Daniel est visible (Ap 1, 17) :

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort mais il posa sur moi sa main droite

Il est intéressant de noter que pour décrire la réaction face à une apparition en gloire du Fils de l’homme, Matthieu et l’auteur de l’Apocalypse emprunte à a réaction emprunte au livre de Daniel de descriptions qui concernaient des réactions du prophète face à des apparitions de figures angéliques. L’angélologie très développée dans le judaïsme tardif a été un langage utilisé par les communautés chrétiennes d’origine juive pour évoquer la gloire du Christ.

D’un autre côté cette réaction de peur des disciples face à la voix venue de la nuée peut être rapprochée de celle des Israélites face à la voix du Seigneur venue du ciel, réaction de peur qui selon le livre du Deutéronome explique que le Seigneur choisisse de s’exprimer par la voix d’un prophète (Dt 18,15-18) :

Au milieu de vous, parmi, vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez. C’est bien ce que vous avez demandé au Seigneur votre Dieu au mont Horeb, le jour de l’assemblée quand vous disiez : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir ! » et le Seigneur me dit alors : « Ils ont bien fait de dire cela. Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles et il leur dira tout ce que je leur prescrirai. »

L’injonction de la voix venue de la nuée lumineuse « Écoutez-le » peut être aussi lue comme une allusion à ce passage, Jésus est le prophète annoncé par Moïse dans le livre du Deutéronome. C’est un de nos frères humains et il exprime la voix de Dieu.

Comme les Israélites à l’Horeb, les disciples sont incapables d’écouter la voix du seigneur venu de sa gloire sans céder à la peur d’où l’ordre qui leur est donné d’écouter le Fils bien-aimé qui dans sa nature humaine exprime la Parole de Dieu. La vision disparaît alors, le vrai mode de communication de Dieu aux hommes sur terre n’étant pas la vision de sa gloire insupportable aux hommes pécheurs mais l’écoute de sa parole



Méditation du samedi : Ressusciter de la peur


Jésus venant auprès des disciples les touche. Le verbe « toucher » en grec (aptomai) est en le plus souvent employé dans l’évangile de saint Matthieu pour désigner le geste de Jésus réalisant une guérison miraculeuse. Jésus vient guérir ici les disciples de leur peur. L’invitation à ne pas avoir peur revient à plusieurs reprises dans l’évangile selon saint Matthieu à l’adresse de Joseph lorsque l’ange lui apparaît (Mt 2,20) à trois reprises à l’adresse des disciples, deux, fois dans le discours d’envoi en mission (Mt 10,26.28) et lorsque Jésus marche sur les eaux (Mt 14,27), et à deux reprises à l’adresse des saintes femmes après la résurrection (Mt 28,5.10). Cette invitation et donc souvent liée comme dans notre texte à l’effroi du personnage devant un mystère qui le dépasse (effroi de Joseph devant la grossesse miraculeuse de Marie, effroi des disciples devant le miracle de la marche sur les eaux, effroi des saintes femmes devant la résurrection.) Jésus dit au disciple de se relever : le verbe se relever est ici le verbe egeirôqui est employé deux versets plus loin pour désigner la résurrection des morts. Jésus ressuscite en quelque sorte les disciples de leur peur.

Les disciples ne voient plus que Jésus seul. Une fois entendue la voix, la vision n’est plus nécessaire. Celle-ci n’était là en quelque sorte pour souligner l’importance de la parole de Jésus. C’est cette parole qui est à écouter. On peut penser que la première parole de Jésus prononcée après l’ordre donnée par la voix venue du ciel mérite particulièrement d’être écoutée, a une importance spéciale. Cette parole c’est « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » La portée de cette parole dépasse, me semble-t-il, la situation concrète des disciples prosterné face contre terre dans notre récit. Elle est probablement une parole qui anticipe la situation des disciples après la mort de Jésus. Les disciples sont appelés à se relever à ressusciter à la suite de Jésus et à porter sans crainte sa parole.

La consigne de ne rien dire à personne se retrouve dans deux autres passages de l’évangile selon saint Matthieu. Elle est adressée au lépreux guéri en Mt 8,4 et déjà aux disciples après la confession de foi de Pierre en Mt 16,20 : « Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ. » Dans notre texte comme en Mt 16,20 il semble que Jésus cherche à éviter une incompréhension. La véritable signification du titre de Christ comme celle de la vision de la transfiguration ne seront accessibles qu’après sa mort et sa résurrection

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