avec l’évangile du dimanche

Méditer sept jours

Deuxième dimanche de l’avent.

Année A (Mt 3,1-12)




Méditation du jeudi:


L’afflux des foules



Les versets 5 et 6 décrivent l’afflux des foules auprès de Jean le Baptiste:

Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.

Pour souligner l’afflux des foules autour de Jean le Baptiste, Matthieu mentionne parmi ceux qui viennent auprès de lui, non seulement tout Jérusalem et toute la Judée – citées dans l’évangile selon saint Marc – (mais aussi «toute la région du Jourdain») une expression que l’on retrouve chez saint Luc mais pour désigner le territoire parcouru par Jean le Baptiste. On peut relever que le succès de la prédication de Jean annonce celui de la prédication de Jésus tel qu’il et rapporté en Mt 4,25:

De grandes foules le suivirent venue de Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de l’autre côté du Jourdain.

Si les deux premières régions citées pour la provenance des foules suivant Jésus – la Galilée et la Décapole – n’apparaissent pas dans notre texte – ce qui permet à Matthieu de montrer que le rayonnement de Jésus est supérieur à celui de Jean – les trois autres, que Jésus n’a pas encore parcouru à ce stade du récit évangélique, correspondent aux régions de provenances des foules suivant Jean.

Comme saint Marc, saint Matthieu souligne le lien entre le baptême et la confession des péchés. On peut noter que le verbe employé ici pour décrire la confession des péchés exomologein se retrouve une autre fois dans l’évangile selon saint Matthieu dans un contexte assez différent au chapitre 11 lorsque Jésus fait la louange de son père: «Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange (exomologein)»

Le même verbe est donc employé par saint Matthieu pour exprimer à la fois la confession des péchés et la louange de Dieu. Le verbe grec exomologein traduit le verbe hébreu yadah qui peut signifier, selon son complément, louer Dieu ou confesser ses péchés. Le double-sens de ce verbe souligne un des aspects de la confession des péchés dans la tradition de la Bible hébraïque: confesser ses péchés c’est reconnaître la supériorité et la bonté de Dieu et donc faire sa louange.

L’afflux des foules auprès de Jean annonce le succès de la prédication de Jésus.

De cette première partie présentant Jean, on peut retenir me semble-t-il d’eux idées:

concernant Jean lui-même, Matthieu le décrit comme un nouvel Élie en suivant la prophétie de Malachie selon laquelle devait revenir à la fin des temps. Jean est donc le prophète des deniers temps qui précède la venue de Dieu;

concernant sa prédication, Matthieu souligne la continuité entre la prédication de Jean et celle de Jésus. Les deux annoncent la venue imminente du royaume et les deux sous suivis par de grandes foules.




Méditation du mercredi:


Le vêtement et le régime alimentaire de Jean



Le verset 4 propose une description de Jean le Baptiste:

Lui, Jean, portait un vêtement de poil de chameaux, et une ceinture de cuir autour des reins; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.

Cette description se retrouve en des termes semblables dans l’évangile selon saint Marc. Le vêtement de Jean renvoie à celui du prophète Élie au début du deuxième livre des rois:

Ils répondirent: "C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture autour des reins.» Il déclara: "’C’est Élie de Tishbé." (2 R 1,8),

Jean- Baptiste est donc présenté d’emblée par son apparence comme une nouvel Élie. Cette association entre Jean-Baptiste et Élie se retrouvera en d’autres passages de l’évangile selon saint Matthieu. Ainsi au chapitre 11, Jésus dit à propos de Jean-Baptiste: «et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui, le prophète Élie qui doit venir.» (Mt 11, 14)

Au chapitre 17, après qu’Élie soit apparu aux disciples, Pierre, Jacques et Jean lors de la transfiguration, ceux-ci entament un dialogue à son sujet avec Jésus:

Les disciples interrogèrent Jésus: «Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord?» Jésus leur répondit: «Élie va venir pour remettre toute chose à sa place. Mais, je vous le déclare: Élie est déjà venu; au lieu de le reconnaître, ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu. Et de même, le Fils de l’homme va souffrir par eux." Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste.» (Mt 17,10-13)

Dans ce passage, les disciples font référence à la tradition selon laquelle Élie devait revenir à la fin des temps avant la manifestation du Jour du Seigneur. Cette tradition trouve son origine dans le fait que le prophète Élie n’est pas mort mais qu’il a été enlevé au ciel sur un char de feu (2R 2) aussi dans le judaïsme d’après l’exil sont apparues des spéculations sur le retour d’Élie à la fin des temps. C’est notamment la dernière prophétie de Malachie, le dernier des 12 petits prophètes (Ml 3,23-24):

Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays.

Cette prophétie est reprise par Ben Sira au chapitre 48 de son livre (Sir 48,10):

toi qui fus préparé à la fin des temps ainsi qu’il est écrit, afin d’apaiser la colère avant qu’elle n’exalte, afin de ramener le cœur des pères vers les fils.

L’association de Jean à Élie renvoie à la tradition selon laquelle Élie devait revenir à la fin des temps, avant le Jour du Seigneur, pour prévenir la colère de Dieu. Jean est donc présenté implicitement comme le prophète de la fin des temps venu pour apaiser la colère de Dieu avant qu’elle ne se manifeste.

Le régime alimentaire est quelque peu paradoxal; On peut d’abord souligner qu’il est d’une grande sobriété ce qui justifie le propos tenu dans la suite de l’évangile par Jésus à propos de Jean (Mt 11,18):

Jean Baptiste est venu, en effet, il ne mage pas, il ne boit pas, et l’on dit: «C’est un possédé!»

Ce régime se compose de deux aliments. Les sauterelles sont un animal pur qu’il est permis de manger selon le livre du Lévitique.:

Mais parmi toutes les bestioles ailées qui marchent sur quatre pattes, vous mangerez seulement celles qui ont des pattes articulées leur permettant de sauter sur le sol. Voici donc celles que vous pourrez manger: les différences espèces de sauterelles, criquets, grillons et locustes(Lv 11, 21-22).

Toutefois dire que les sauterelles sont un mets permis par la loi, n’explique pas en quoi le fait de manger des sauterelles peut être considéré comme un comportement prophétique. De ce point de vue, il me semble qu’il convient de souligner que la Bible présente bien plus souvent les sauterelles comme des dévoreuses que comme des mangées. Les sauterelles, qui dévorent les récoltes, sont en effet la huitième plaie envoyée par le Seigneur contre Pharaon et l’Égypte:

Des nuées de sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte et se posèrent sur l’ensemble du territoire. Jamais auparavant et jamais depuis, il n’y eut une telle masse de sauterelles. Elles recouvrirent le pays qui en fut tout obscurci. Elles dévorèrent toute l’herbe du pays et tous les fruits des arbres épargnés par la grêle; il ne resta rien de vert ni sur les arbres ni dans les prairies, par tout le pays d’Égypte. (Ex 10, 14-15)

Dans le livre du prophète Joël, les sauterelles sont présentées comme un fléau envoyé par le Seigneur pour appeler le peuple à la repentance:

Je vous rétribuerai pour les années dévorées par la sauterelle, par le criquet, le grillon, la chenille, ma grande armée envoyée contre vous. (Jl 2,25)

Les sauterelles sont aussi présentées comme un fléau envoyé pour châtier les hommes dans l’Apocalypse de saint Jean:

Et de la fumée sortirent vers la terre des sauterelles: un pouvoir leur fut donné, pareil au pouvoir des scorpions sur la terre. (Ap 9,3)

On pourrait donc interpréter, me semble-t-il, le fait que Jean se nourrisse de sauterelles comme une manière de figurer sa fonction de prophètes appelant à la repentance. En se repentant à l’appel de Jean les foules échappent aux fléaux envoyés par Dieu tels les sauterelles. Les sauterelles ne viennent plus manger les récoltes comme un fléau envoyé pour punir les hommes, mais elles sont «mangées» par Jean qui, par son appel au repentir permet aux hommes d’échapper à la colère de Dieu.

Le second mets qui constitue le régime de Jean est dans sa formulation même une sorte d’oxymore «le miel sauvage». En effet, le miel dans l’Ancien Testament est une figure de la douceur alors que l’adjectif sauvage (en grec agrios) est souvent associé au nom bête (en grec thèrion) pour désigner un fauve. Cette alliance de la douceur et de la violence pourrait renvoyer au chapitre 14 du livre des Juges où Samson trouve un essaim d’abeilles dans la carcasse d’un lion qu’il a tué:

Il fit un détour pour revoir le cadavre du lion. Il y avait dans la carcasse un essaim d’abeilles et du miel. Il en recueillit dans ses mains, et chemin faisant, il en mangea.

Par son vêtement et son régime alimentaire, Jean-Baptiste est présenté comme un nouvel Élie, un prophète de la fin des temps qui annonce la venue imminente du Jour du Seigneur.




Méditation du mardi:


La citation du prophète Isaïe



Le verset 3 est une citation du livre du prophète Isaïe:

Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe

Voix de celui qui crie dans le désert:

Préparez le chemin du Seigneur,

Rendez droits ses sentiers.

Pour introduire le verset biblique Matthieu évoque «une parole prononcée par Isaïe» (littéralement «une parole par l’intermédiaire du prophète Isaïe disant») alors que les évangiles selon saint Marc et selon saint Luc font référence au texte écrit «comme il est écrit» Matthieu insiste donc sur l’oralité en employant deux fois le verbe dire pour Jean Baptiste et pour Isaïe, ce qui tend à rapprocher les deux figures de Jean et d’Isaïe comme des prophètes à travers lesquels Dieu parle. Cette citation est reprise du verset 3 du chapitre 40 du prophète Isaïe Le texte cité est celui de la traduction grecque de la Septante. La citation de Matthieu est plus courte que celles de Marc et de Luc, Marc faisant précéder ce verset d’Isaïe d’un verset du prophète Malachie, Luc, lui, faisant suivre ce verset des versets suivants du même chapitre d’Isaïe.

Le chapitre 40 du livre d’Isaïe marque le début du livre de la consolation d’Israël (Is 40-55) appelé ainsi car il débute par la formule suivante (Is 40,1): «Consolez-consolez, mon peuple – dit votre Dieu». On parle aussi de deuxième Isaïe ou deutéro-Isaïe car l’auteur de ce livre de la Consolation n’est pas le prophète Isaïe qui vivait au viiie siècle avant Jésus-Christ bien avant la déportation des Juifs à Babylone par Nabuchodonosor (587 av J.-C), mais un prophète anonyme, continuateur du livre d’Isaïe et contemporain de la fin de l’exil à Babylone (539 av. J-C.) qui annonce la victoire du roi des Perses Cyrus, et le retour des exilés à Jérusalem. La «voix qui crie dans le désert» est la voix qui annonce le retour des exilés. Pour organiser ce retour il faut «préparer un chemin» dans le désert jordanien qui sépare le lieu d’exil Babylone de la Judée. Dans son sens premier, la citation d’Isaïe reprise par saint Matthieu annonce le retour des exilés de Babylone. Toutefois, dans le livre de la consolation d’Israël,le retour à Jérusalem des exilés s’accompagne de la perspective d’une prédication du salut aux nations païenne. Ainsi, par exemple, dans le deuxième chant du Serviteur en Is. 49,6:

C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël: je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.

Or, après la mort et la résurrection de Jésus, les disciples ont été envoyés pour évangéliser toutes les nations (cf. Mt 28,19: «Allez! De toutes les nations faites des disciples») Les évangélistes ont donc interprété la prophétie d’Isaïe annonçant la proclamation du salut à toutes les nations comme se rapportant à la mission confiée aux apôtres par le Christ après sa résurrection. La conversion des nations s’inscrit elle-même dans la perspective eschatologique de la fin des temps puisque d’après saint Matthieu et saint Marc, la fin des temps n’interviendra qu’après la proclamation de l’évangile à toutes les nations: (Mt 24,14):

Et cet Évangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier; il y aura là un témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin.






Méditation du lundi:


Le contenu de la prédication



En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée: «Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche.»

Dans l’évangile selon saint Luc, on retrouve un verset du même type avant la citation biblique du prophète Isaïe:

La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean; le fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain en proclamant un baptême de conversion pour le péché.

Marc lui, commence d’emblée son portrait de Jean Baptiste par la citation du prophète Isaïe mais il enchaîne par un verset comparable aux versets d’introduction de Matthieu et de Luc

Alors Jean celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclame un baptême de conversion pour les péchés.

Si l’on examine de plus près le texte de saint Matthieu. On s’aperçoit que le premier verset est proche du texte de saint Marc avec le verbe paraître (en fait en grec Marc utilise le verbe ginetai et Matthieu son composé paraginetai) et le complément de lieu «dans le désert» que l’on trouve aussi chez Luc. Commun aux trois évangiles est aussi le verbe proclamer (kerussô) En revanche pour ce qui de l’objet de la prédication Matthieu s’écarte de la version commune à Marc et Luc «un baptême pour le pardon des péchés». Saint Matthieu rapporte lui des propos de Jean le Baptiste au style direct: «Convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche» Au chapitre 4 de ce même évangile selon saint Matthieu ces mêmes propos se retrouvent dans la prédication initiale de Jésus:

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer: «Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche.»

L’évangile selon saint Marc atteste un même propos initial de Jésus sous une forme un peu plus développée:

Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu; il disait: "les temps sont accomplis: le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’évangile. (Mc 1, 14-15)

En revanche ni saint Marc ni saint Luc, n’évoque le «royaume de Dieu» ou «royaume des cieux» à propos de la prédication de Jean le Baptiste. Il semble donc que Matthieu en prêtant à Jean le Baptiste le même discours que Jésus lors de sa prédication initiale veuille souligner la continuité entre Jean et le Baptiste et Jésus. L’un et l’autre prêchent le royaume et la conversion.




Méditation du dimanche:


Présentation du texte du dimanche



Le deuxième dimanche de l’Avent est traditionnellement consacré à la figure de Jean le Baptiste. En cette année nous avons lu la présentation de cette figure dans l’évangile selon saint Matthieu. Dans les quatre évangiles le ministère public de Jésus débute par le récit de son baptême par Jean dans les eaux du Jourdain. Ce récit est précédé d’une présentation de Jean. Dans les trois évangiles synoptiques selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, la présentation de Jean comporte des éléments communs Toutefois chaque évangéliste a aussi ses traits propres. Il est donc intéressant de comparer notre texte avec les versions de saint Marc et de saint Luc.

Le passage d’évangile qui nous est proposé peut être découpé en deux grandes parties: une première partie des versets 1 à 6 jusqu’à «reconnaissant leur péché» se présente comme un portrait de Jean alors que la seconde partie des versets 7 à 12 à partir de «Voyant beaucoup de pharisiens…» se compose d’un discours tenu par Jean-Baptiste à ceux qui viennent se faire baptiser par lui.

La première partie peut elle-même se décomposer en quatre sous-parties: une courte introduction rapportant le contenu de la prédication de Jean (v. 1-2), une citation biblique du prophète Isaïe donnant sa signification (v. 3), une description de son vêtement et de son régime alimentaire (v. 4) et l’évocation des résultats de sa prédication, l’afflux des foules (v. 5-6). On retrouve ici les mêmes éléments que dans l’évangile selon saint Marc (Mc 1,2-6) mais dans un ordre différent puisque saint Marc commençait par la citation biblique (v.2-3) continuait par l’évocation de la prédication (v. 4) et de ses résultats (v.5) et terminait par la description du régime alimentaire et de l’habit de Jean (v. 6). Sur ces autres éléments communs aux deux évangélistes, on peut remarquer que deux concernent Jean lui-même (la citation biblique et sa description) et deux sa prédication (son contenu et son résultat). Les deux évangélistes organisent la même matière selon deux logiques différentes. Marc insère la prédication de Jean à l’intérieur du portrait du personnage alors que, dans notre texte, Matthieu insère le portrait de Jean à l’intérieur de la description de sa prédication.

Examinons maintenant de manière plus détaillée chacun des quatre éléments qui constituent cette première partie.

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