2e semaine

du Temps Ordinaire

Présentation

Avec les pièces de ce 2ème dimanche du Temps Ordinaire, dont l'introït Omnis terra adoret te, nous nous baignons encore dans cette "ambiance" d'adoration de l’Épiphanie "C'est la terre qui chante, mais ce n'est pas un chant de la terre qui s'exhale, avec cet accent indéfinissable de respect et de tendresse où transparaissent à la fois la grandeur du Très-Haut et la joie intense mais toute paisible et intime de l'âme priante. 

L'offertoire est une pièce maîtresse du répertoire grégorien, elle laisse éclater la joie dans la louange.

Et finalement une telle rencontre pousse à en parler à d'autres. Répondons à l'appel qui nous est proposé aujourd'hui.

Introït

Que la terre entière t'adore, ô Dieu, qu'elle te loue : qu'elle chante un psaume en ton nom, Très-Haut. V. Acclamez Dieu, toute la terre ; chantez en l'honneur de son nom, louez-le avec magnificence. (Ps 65, 4)

Graduel

Le Seigneur a envoyé sa parole, et il les a guéris : et il les a arrachés à leur perdition. V. Qu’elles rendent témoignage au Seigneur, ses miséricordes : et ses merveilles en faveur des enfants des hommes. (Ps 106, 20)

Alleluia

Louez Dieu, tous ses Anges : louez-le, toutes ses puissances

Offertoire

Acclamez Dieu, toute la terre ; chantez en l'honneur de son nom ; venez, écouter, vous tous qui craignez le Seigneur, et je vous raconterai les merveilles que le Seigneur a faites pour mon âme. (Ps 65)

Communion

André dit à son frère Simon : nous avons trouvé le Messie, c'est-àdire le Christ : et il l'amena à Jésus. (Jn 2, 7-9, 10-11)

Méditer sept jours

avec l’évangile du dimanche

(par le Fr. Antoine-Frédéric)

Jn 1,35-42

Méditation du Jeudi :

Nous avons trouvé le Messie

 

Après avoir raconté la première rencontre de Jésus et des deux disciples de Jean le Baptiste, l’évangéliste s’intéresse à l’un de ces deux disciples jusque-là anonymes dont il donne le nom, André et précise qu’il a un frère désigné par un nom double composé d'un terme hébraïque Simon qui vient du verbe hébreu shema écouter et d’un terme grec petros qu’on peut rattacher à la racine de petra pierre.

On remarque dans ce passage du texte la répétition du verbe trouver heuriskô en grec, un verbe composé avec un suffixe skô qui indique un processus. Ce verbe est employé à deux temps différents, un présent (heuriskei) qui indique que le processus est encore en cours. On pourrait donc traduire littéralement « il est d’abord en train de trouver Simon » puis un parfait heurêkamen qui indique que le processus est terminé – à ce temps le suffixe skô n’apparaît pas : « Nous avons trouvé le Messie. » En quelque sorte André n’a pas encore complètement « trouvé » - et d’une certaine manière, on peut dire que c’est Jésus qui finira de « trouver » Simon en lui donnant un nouveau nom. – mais qu’il a déjà trouvé le Messie.

On peut noter que ce verbe « trouver » répond en quelque sorte au verbe « chercher » de la question posée par Jésus aux disciples de Jean. Les disciples n’ont pas dit à Jésus ce qu’ils cherchaient, mais l’un d’entre eux nous dit ce qu’ils ont trouvé, le Christ ou le Messie.

Le terme hébraïque Messie est assez rare dans l’évangile selon saint Jean puisqu’on ne la rencontre qu’à deux reprises, dans notre texte et en Jn 4,25 dans le dialogue entre Jésus et la Samaritaine. Celle-ci dit à Jésus : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle le Christ » à quoi Jésus répond « Je le suis, moi qui te parle » La femme va alors trouver les habitants du village pour leur dire « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Les deux, fois, l’évangéliste prend soin de traduire le terme en employant le mot beaucoup plus courant christos.

Le terme Christ est lui au contraire très courant dans l’évangile selon saint Jean comme dans les autres évangiles. La question de savoir si Jésus est le Christ fait l’objet d’un débat parmi les Juifs au chapitre 7 de l’évangile selon saint Jean puis elle est adressée à Jésus lui-même au chapitre 10 : « Si c’est toi le Christ, dis-nous le ouvertement » (Jn 10,25) ; la réponse de Jésus s’achève par la formule « Le Père est moi, nous sommes un. » Elle insiste sur les implications du terme de Christ qui signifie l’étroitesse des relations avec Dieu le Père au point que le Christ - qui est donc aussi le Fils - et le Père ne font qu’un ; la même équivalence entre Christ et fils de Dieu se retrouve dans la confession de foi de Marthe au chapitre 11 (Jn 11,27) : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » En Jn 12,34 éclate une nouvelle discussion sur la Loi entre Jésus et la foule : la foule remet en cause que Jésus soit le Christ car il annonce sa propre mort : « Nous nous avons appris dans la Loi que le Christ demeure pour toujours. Alors toi, comment peux-tu dire : "Il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui donc est le fils de l’homme ?" » En conclusion de son évangile, Jean affirme l’avoir écrit : « Pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20,31).

La confession que Jésus est le Christ appelle donc celle que Jésus est le « fils de Dieu » que l’on retrouve dans le passage qui suit notre texte, le récit de la quatrième journée de la semaine inaugural de l’évangile selon saint Jean au cours de laquelle Nathanaël dit à Jésus : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu, c’est toi le roi d’Israël ! » (Jn 1,49), l’expression « roi d’Israël » pouvant d’ailleurs être pratiquement considérée comme un synonyme de Christ ou de Messie, deux termes qui renvoient primitivement à l’onction reçu par les rois d’Israël. Les disciples de Jésus découvrent dès le début de l’évangile selon saint Jean que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu ce que les Juifs tout au long de cet évangile ne parviennent pas à croire. On peut aussi relever que « Christ » ou « Messie » est le troisième titre donné à Jésus dans notre texte après ceux de l’agneau de Dieu et de Rabbi. Il indique une évolution dans la perception qu’on les deux disciples de Jean le Baptiste de ce Jésus qu’ils ont suivi. Jean le Baptiste leur a présenté Jésus comme « l’agneau de Dieu », comme la victime parfaite par laquelle serait enlevé le péché du monde. Il se sont adressé à Jésus comme à un rabbi, un maître dont ils cherchent à se faire les disciples. Et voilà qu’ils le présentent à d’autres comme le Messie, le Christ attendu par le tout le peuple d’Israël.

Méditation du mercredi :

Maître, où demeures-tu ?

 

Les deux disciples de Jean ne répondent pas à ma question que leur pose Jésus mais lui posent à leur tour une question : « Maître, où demeures-tu ? » Notons tout d’abord que les deux disciples appellent Jésus, rabbi terme hébraïque que cite l’évangéliste avant d’en donner la traduction grecque didaskalos, terme qui signifie « maître », « enseignant ». En désignant ainsi Jésus comme « Rabbi » les deux disciples de Jean se reconnaissant comme ses disciples. Ils mettent ainsi leur parole en accord avec leur mouvement. En suivant Jésus ils adoptaient l’attitude de disciples. En l’appelant « Rabbi » ils se reconnaissent explicitement comme tels. Il convient en outre de relever que l’insistance sur le terme maître par l’emploi d’un terme sémitique et de sa traduction grecque se retrouve en Jn 20,16 où Maire madeleine appelle Jésus, « Rabbouni » terme que l’évangéliste précise « c’est-à-dire maître » - en grec didaskalos c’est là encore un trait qui rapproche le dialogue de Jésus entre les deux disciples de jean dans notre texte de celui de jésus resuscité avec Marie-Madeleine. Dans notre texte Jésus se retourne, voit les disciples, leur demande « que cherchez-vous ? » et les disciples l’appellent rabbi terme que l’évangéliste traduit par didaskalos alors que Marie-Madeleine, en pleurs devant le tombeau, se retourne, voit Jésus, qui lui demande « Qui cherches-tu, » et par la suite quand, elle reconnaît Jésus elle l’appelle rabbouni terme que l’évangéliste traduit par didaskalos. La question des disciples portent sur où demeure Jésus ; Le verbe « demeurer » en grec menô est très courant dans l’évangile selon saint Jean où il revêt divers acceptions. Il apparaît notamment souvent dans le dernier discours de Jésus après la Cène où il est employé dans des sens spécifiques come demeurer en quelqu’un (cf Jn15,4 : « Demeurez en moi, comme moi en vous ») ou demeurer dans un état (cf. Jn 15,9 : « demeurez dans mon amour »). Dans notre texte, le terme menô a un sens plus neutre de « demeurer dans un lieu » mais les distinctions que l’on peut différer entre ces différents sens ne sont pas des frontières étanches et l’on peut dire que qu’il y a des différences de degré, on peut dire qu’il y a une certaine continuité et une progression entre le fait de « demeurer auprès de quelqu’un » de « demeurer, en son amour » puis de « demeurer en lui ». Par leur question posée à Jésus « où demeures-tu ? » les disciples de jean suggèrent qu’ils cherchent à progresser dans leur intimité avec Jésus, à ne pas être des suiveurs, des acolytes, mais à demeurer vraiment avec lui. La réponse de Jésus « venez et voyez » les invite à progresser dans l’intimité avec lui : ils ne connaissaient Jésus que par ouï-dire parce qu’ils avaient entendu la parole de Jean à son sujet. Jésus les invite à venir le voir. Ce n’est plus seulement ‘ouïe qui est mobilisé mais la vue et leur connaissance de Jésus ne sera plus fondé sur l’audition du témoignage d’une autre personne mais sur ce qu’ils auront constaté de leur propres yeux.

Méditation du mardi :

Que cherchez-vous ?

 

Suite à la parole de Jean le Baptiste sur Jésus, les deux disciples de Jean se mettent à suivre Jésus. Le verbe suivre akoloutheô apparaît à deux reprises dans notre texte aux versets 35 et 40. Dans les évangiles ce terme a acquis un sens pratiquement technique : suivre Jésus, devenir son disciple. Ici, comme il en a l’habitude, l’évangéliste Jean joue justement sur la pluralité des sens du terme. Les deux disciples suivent concrètement Jésus et par là, en même temps, deviennent ses disciples. Le terme akouloutheô revient dans la péricope suivante où Jésus s’adresse à Philippe en lui disant « Suis-moi ».

Ce terme prend une résonnance particulière à la fin de l’évangile de Jean où suivre Jésus signifie le suivre jusqu’à mourir à sa suite. Ainsi en Jn 13, 36-37, Jésus affirme à Pierre : « Là où je vais tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard. » Face à la protestation de Pierre : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi ! » Jésus réplique en annonçant le reniement de l’apôtre. De fait si Pierre suit Jésus jusqu’au palais du grand-prêtre (Jn 19,15), arrivé là, il le renie par trois fois. En Jn 21, Jésus ressuscité, annonce le martyr de Pierre en lui intimant par deux fois l’ordre « Suis-moi » (Jn 21, 19) puis « Toi, suis-moi » (Jn 21,22). Jésus se retourne (strephô en grec) et voit - ou plutôt aperçoit (theaomai en grec) deux disciples qui le suivent.

On peut relever que ces deux verbes sont aussi employés en Jn 20,14 pour décrire le mouvement de Marie-Madeleine qui se retourne (strephô) et aperçoit (theaomai) Jésus débout sans le reconnaître.

La parenté entre ces deux passages ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque la question que Jésus ressuscité pose à Marie-Madeleine « Qui cherches-tu ? » est proche de celle qu’il pose aux deux disciples dans note texte « Que cherchez-vous ? » Le verbe grec zêteô traduit ici par « chercher » est très courant dans l’évangile de Jean, est l’objet de la recherche est le plus souvent la personne lui-même. La question posée par Jésus ressuscité à Marie-Madeleine « qui cherches-tu ? » est aussi celle qu’il pose à ceux qui viennent l’arrêter en Jn 18,4-7 : « Qui cherchez-vous ? » Toutefois, dans notre texte, la formulation de la question est plus large : elle ne porte pas obligatoirement sur une personne : « que cherchez-vous ? » Cette question apparaît une autre fois dans l’évangile selon Jean en Jn 4,27 dans le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. L’évangéliste précise que lorsque les disciples voient Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont surpris mais aucun ne lui dit : « que cherches-tu ? » ou « pourquoi parles-tu avec elle ? » Le parallèle établi par l’évangéliste en Jn 4,23 entre la question « que cherches-tu ? » et « pourquoi parles-tu avec elle ? » suggère que dans notre passage aussi la question « que cherchez-vous ?, » a une valeur très large et est une manière de demander aux deux disciples  de Jean : « Pourquoi me suivez-vous ? » , « Pourquoi voulez-vous être mes disciples ? »

Méditation du lundi :

Voici l’Agneau de Dieu

 

Intéressons-nous tout d’abord à la première parole portant sur Jésus adressée par Jean à de ses disciples. Dans la phrase introduisant cette parole, deux verbes soulignent le contraste en Jean et Jésus. Alors que Jean se tient là (du verbe histemi en grec se tenir debout) donc immobile, Jésus apparaît en mouvement « il va et vient » ( du verbe peripateô, marcher). Le verbe marcher peripateô est d’ailleurs souvent associé à Jésus dans l’évangile de Jean. En Jn 6, 19, Jésus marche sur la mer ; en Jn 10,23, il marche dans le Temple. En Jn 11,54 Jésus ne peut plus marcher ouvertement parmi les Juifs. Mais Jésus ne marche pas seul. Il est accompagné dans sa marche par des disciples. A la fin du discours sur le pain de vie Jean signale que beaucoup des disciples ne marchèrent plus avec lui (Jn 6,66). On peut aussi noter que, dans l’évangile de Jean Jésus est sans cesse en mouvement parcourant la Galilée, la Judée, la Samarie et même la région au-delà du Jourdain.

Ce Jésus en mouvement est défini par Jean comme l’agneau de Dieu. Ce titre était déjà apparu au début de la deuxième journée au verset 29 dans une formule plus complète « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » Ces deux citations sont les seuls passages de l’évangile de Jean où apparaissent le terme grec amnos. Un autre terme grec signifiant agneau arnion est employé en Jn 21,1 mais il n’est pas appliqué à Jésus puisqu’il apparaît dans un ordre adressé par Jésus à Pierre « Sois le berger de mes agneaux. »

Le terme amnos se trouve à deux autres reprises dans le Nouveau Testament. Dans les Actes des apôtres (Ac 8,32) il apparaît dans une citation du Prophète Isaïe 53,7 « Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir, comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche » que lit l’eunuque éthiopien de la reine Candace et dont il demande l’explication au diacre Philippe : « Dis-moi, je te prie de qui le prophète parle-t-il ? De lui-même ou bien d’un autre ? » La réponse du diacre Philippe applique la figure du serviteur souffrant à Jésus. L’expression « agneau de Dieu » peut donc renvoyer à cette figure du serviteur souffrant d’Isaïe dont le prophète dit en outre « En fait c’étaient nos souffrances qu’ils portaient, nos douleurs dont il était chargé » (Is 53,4). Dans la première lettre de Pierre, le Christ est assimilé à un agneau sans défaut et sans tâche (1 P 18-19 : « Vous le savez, ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent et l’or que vous avez été rachetés de la conduite superficielle ; mais par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tâche. » L’adjectif amômos sans défaut est un terme courant pour qualifier les animaux destinés aux sacrifices. Ainsi le sacrifice « d’agneaux sans défaut » est prescrit en Ex 29,38 (holocauste quotidien) en Lv 12,5 (sacrifice de purification de la femme qui vient d’accoucher) ; Lv 14,10 (purification d’un lépreux) ; Lv 23,18 (sacrifice offert pour la fête de la Pentecôte) ; Nb 6,14 (sacrifice offert pour le nazir à la fin de son vœu) ; Nb ; 28,3 (holocauste quotidien) ; Nb 28,9 (holocauste du sabbat) ; Nb 28,19 (Pâque) ; Nb 28,27 (fête des semaines = Pentecôte), 29,2 29, 17 ; 29, 20 ; 29, 23 ; 29, 26 ; 29, 29 ; 29, 32 ‘(fête des expiations). Pierre assimile donc le Christ à un agneau offert en sacrifice pour le rachat pour les péchés. L’expression a probablement le même sens dans l’évangile de saint Jean.

En effet, si Jean, sans plus employer l’expression « agneau de Dieu » à propos de Jésus, évoque cette même idée au moment de la passion en 19,36 : « Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Ecriture : Aucun de ces os ne sera brisé » La citation de Jean paraît en effet renvoyer à une prescription concernant l’agneau de la Pâque dont on ne doit pas briser les os (Ex 12, 46 ; Nb 9, 12). Jésus, « agneau de Dieu » est le nouvel agneau pascal sans défaut s’offrant lui-même en sacrifice et enlevant les péchés du monde. Il est toutefois possible que Jean ait eu aussi à l’esprit le chant du serviteur souffrant où l’agneau porte les péchés ; en effet le verbe grec airô peut signifier selon el contexte, « porter » ou « enlever ». L’évangéliste Jean joue lui-même sur le double-sens de ce verbe dans l’épisode du paralytique de la piscine probatique auquel Jésus demande « d’enlever » son brancard après sa guérison et auquel les Juifs reprochent de « porter » son brancard le jour du sabbat (où a eu lieu la guérison). Si pour l’évangéliste Jean, Jésus est sans conteste l’agneau pascal sans défaut qui enlève le péché du monde, il est peut-être aussi l’agneau conduit à l’abattoir qui porte le péché du monde.

Méditation du dimanche :

présentation du texte de l’évangile

 

En ce premier dimanche du temps ordinaire de l’année B, la liturgie nous propose la lecture de l’appel des premiers disciples dans l’évangile selon saint Jean. Ce récit suit celui du baptême de Jésus par Jean le Baptiste. Ces deux récits constituent la deuxième et la troisième journée de de la semaine initiale qui structure l’évangile selon saint Jean :

1ère journée Jn 1, 18-28 : délégation envoyée par les Juifs de Jérusalem auprès de Jean le Baptiste

2e journée (Le lendemain tè epaurion) Jn 1,29-34 : le baptême de Jésus par Jean le Baptiste

3e journée (Le lendemain tè epaurion) Jn 1,35-42 évangile de ce dimanche, des disciples de Jean se mettent à la suite de Jésus.

4e journée (le lendemain tè epaurion) Jn 1, 43-51 appel de Philippe et de Nathanaël

7ème journée ( ?) (le troisième jour kai tè hèmera tè tritè) Jn 2, 1-11 les noces de Cana

 

Le « troisième journée » qui constitue notre évangile est une journée charnière puisque le premier rôle passe de Jean le Baptiste à Jésus. Lors des deux premières journées le témoignage de Jean tenait une place essentielle. On peut relever une sorte d’inclusion entre le verset 19 : « Voici le témoignage de Jean » et le verset 34 où Jean, s’exprime ainsi « Moi j’ai vu et j’ai témoigné que celui-ci est le fils de Dieu »

Dans notre évangile Jean joue encore un rôle essentiel au début puisque c’est la parole qu’il prononce au sujet de Jésus au v. 36 qui amène ces deux disciples à suivre celui-ci. Mais, à la suite de cette parole Jean s’efface pour laisser la place à Jésus. Notre texte paraît structuré par quatre paroles successives :

Une parole sur Jésus adressée par Jean le Baptiste à deux de ses disciples v. 36

Un dialogue entre Jésus et les deux disciples de Jean qui l’ont suivi (v. 38-39)

Une parole d’André à son frère Simon-Pierre à propos de Jésus (v. 41)

Une parole adressée par Jésus à Simon-Pierre (v. 42).

À ces quatre paroles correspondent quatre titres qui sont données, trois à Jésus et l’un à Pierre par Jésus. Trois de ces quatre titres sont mentionnées dans deux langues, l’hébreu ou l’araméen et le grec. : maître (Rabbi en hébreu/ didaskalos en grec), oint (Messiah en hébreu /Christos en grec), roc (Kephas en araméen /Petros en grec).

Baptême du Seigneur

Mc 1, 7-11

Méditation du samedi :

En quoi le baptême reçu par Jésus de Jean le Baptiste préfigure-t-il le baptême chrétien ?

 

En conclusion nous allons essayer de comprendre le rapport entre le baptême reçu par Jésus de Jean le Baptiste tel qu’il est décrit dans l’évangile selon saint Marc et le baptême chrétien tel qu’il est administré aujourd’hui. Le premier lien évident est el le rite du baptême lui-même. Le verbe baptizô signifie en grec « plonger ». Jésus a été plongé dans les eaux du Jourdain. Les baptisés sont aujourd’hui encore plongés dans l’eau – dans le cas d’un baptême par immersion – ou le plus souvent aspergés d’eau. L’eu du baptême est un symbole dont les significations sont multiples. Le bain dans l’eau peut être interprétée comme un symbole de purification et ce symbolisme était sans aucun doute présent dans le baptême de Jean le Baptiste dont saint Marc nous dit qu’il était d’un baptême de conversion en vue de la rémission des péchés. Le bain physique enlevant les saletés du corps renvoyait à la rémission des péchés. Toutefois dans le cas de Jésus ce symbolisme n’est pas opérant puisque Jésus étant « fils de Dieu » conçu sans péché, il n’a pas besoin de recevoir un baptême pour la conversion des péchés. On peut donc chercher une autre signification de l’eau pour Jésus. Les eaux sont aussi un symbole de la mort ou plutôt de la situation primordiale avant l’émergence de la vie. La création a lieu par la séparation de la terre des eaux qui occupaient jusqu’alors tout l’espace. De même, lors du déluge la destruction de la vie al a lieu lorsqu’es abolie la séparation entre les eaux qui sont au-dessus et au-dessous du firmament et que les eaux reprennent toute l’espace. Or, dans le récit du baptême de Jésus, le choix de la colombe comme symbole de l’Esprit Saint paraît renvoyer au récit du Déluge, lorsque Noé envoie la colombe pour voir si la terre est sèche et en-deçà à la situation du commencement avant la création où le souffle de Dieu planait sur les eaux. La plongée et la remontée des eaux pourrait être donc être comprise comme une nouvelle création, un retour aux eaux d’avant la création, pour que puisse émerger une créature nouvelle. Un deuxième lien est le caractère trinitaire du baptême. Le batême de Jésus fut l’occasion d’une épiphanie trinitaire où se manifeste le Père par l’intermédiaire de la voix venue des cieux qui proclame Jésus comme le Fils, le Fils – jésus désigné ainsi par la voix venue du ciel – et l’Esprit Saint descendant sur Jésus sous la forme d’une colombe. Aujourd’hui encore le baptême chrétien est un baptême administré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Un troisième lien tient en la conséquence du baptême : le baptême de Jésus dans le Jourdain lui a permis de prendre conscience de son identité de « Fils bien-aimé de Dieu ». D’une manière comparable le baptême est censé faire de chaque baptisé le « fils » adoptif de Dieu. Au baptême nous recevons l’Esprit Saint qui, d’après saint Paul dans la Lettre aux Romains, « fait de nous des fils » (Rm 8,15)

Méditation du vendredi :

La voix venue du ciel

 

Une voix venue du ciel se fait donc entendre à Jésus. La parole qu’elle lui adresse est un composé de deux sentences extraites de l’Ancien testament. La formule initiale « tu es mon fils  » reprend un verset du psaume 2, un psaume messianique dans lequel le seigneur s’adresse à son oint en ces termes « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui je t’ai engendré ». (Ps 2,7) la suite « « mon bien-aimé en qui je trouve ma joie » reprend le premier verset du premier chant du Serviteur au chapitre 42 du livre du prophète Isaïe. Le texte grec de marc ne correspond pas à celui de la Septante la traduction grecque la plus courant de l’Ancien Testament mais est proche de la citation du premier chante du serviteur dans l’évangile selon saint Matthieu en Mt 12,18. Si l’on replace la parole prononcée par la voix venue du ciel dans l’ensemble de l’évangile selon saint Marc, on remarque qu’elle vient confirmer dès le début de l’ouvrage que Jésus est bien fils de Dieu comme l’annonçait le premier verset de l’évangile qui définissait propos général de l’ouvrage : » Commencement de l’évangile de Jésus Christ, fils de Dieu ». On peut aussi relever que la voix venue du ciel au baptême en annonce une autre qui se fait entende lors de la Transfiguration aux trois plus proches apôtres de Jésus, Pierre, Jacques et Jean en Mt 9,7 : « Celui-ci est mon fils bien-aimé : écoutez-le ! » Une troisième proclamation de Jésus comme « fils de Dieu » dans l’évangile selon saint Marc très différente par sa forme se trouve au moment de la mort de Jésus, lorsque le centurion romain qui vient d’assister à son décès s’exclame : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! ». Alors que les deux proclamations sont le fait d’une voix venue du ciel, renvoyant à dieu lui-même, cette dernière est le fait d’un homme et plus encore d’un païen. Ces trois proclamations de Jésus comme « fils de Dieu » occupent des places stratégiques dans l’évangile selon saint Marc, au début, au centre et à la fin de l’ouvrage. On peut remarquer aussi un élargissement progressif du public auquel sont destinées ces proclamations. La première voix venue du ciel s’adresse à Jésus et à lui seul, à la deuxième personne du singulier ; la deuxième voix venue du ciel désigne Jésus comme le fils au public tes restreint des trois disciples témoins de la transfiguration alors que la voix du centurion romain se fait entendre à tous les témoins de la crucifixion de Jésus. Si le lecteur de l’évangile selon saint Marc est d’emblée informé que Jésus est le fils de Dieu, il partage au début de l’ouvrage ce secret avec Jésus et lui seul, les autres personnages de l’évangile ignorent la véritable identité de Jésus : ses plus proches ne l’apprennent qu’au moment de la transfiguration – et ils ont interdiction de la révéler – et elle ne devient publique qu’au moment de sa mort.

Méditation du Jeudi :

ce que voit Jésus après avoir été baptisé

 

Ce qui distingue surtout Jésus de la foule baptisée par Jean, ce sont les signes qui suivent immédiatement son baptême. Ces signes sont de deux natures, à la fois visuels : les cieux qui se déchirent, l’Esprit saint qui descend sur lui sous la forme d’une colombe ; et auditifs : une voix qui se fait entendre. Ils constituent une épiphanie, une manifestation de la divinité qui a un caractère trinitaire.

Il convient tout d’abord de remarquer que c’est Jésus lui-même qui voit ces deux signes. Rien dans le récit selon saint Marc ne suggère qu’il y ait d’autres témoins que Jésus lui-même. De même la voix venue du ciel s’adresse à Jésus à la deuxième personne du singulier ce qui suggère qu’elle n’est pas entendue par d’autres que lui.

Dans l’évangile selon saint Marc, c’est donc Jésus qui est le bénéficiaire de cette épiphanie, c’est à lui qu’est révélé sa nature divine. On peut donc comprendre cette épiphanie post-baptismale comme une prise de conscience par Jésus de son identité de fils de Dieu, une prise de conscience qui survient après qu’il ait manifesté en recevant le baptême de Jean, sa solidarité avec tous les habitants de Jérusalem et de la Judée qui suivent Jean au désert dans une démarche pénitentielle de retour à Dieu ; en quelque sorte c’est au moment où Jésus manifeste sa pleine solidarité avec l’humanité pécheresse qu’il prend conscience de sa identité unique de Fils de Dieu.

Le premier de ces signes, les cieux qui se déchirent, paraît renvoyer à Is 63,19 où le prophète s’exclame : « Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face. » Le déchirement des cieux est donc pour le prophète un signe de la venue de Dieu. Dans la représentation la monde qui est la sienne – et aussi celle e l’évangéliste – Dieu habite les cieux séparés de la terre par le firmament. Le déchirement du firmament ou des cieux symbolise l’abolition de la frontière entre le monde de Dieu et le monde des hommes. Le second signe visuel est l’Esprit qui descend sous la forme d’une colombe. Dans le livre de la Genèse, au chapitre 8, à la fin du déluge, Noé relâche la colombe afin de voir si les eaux sont descendues sur la terre (Gn 8,8-12). On peut associer cette image de la colombe planant sur les eaux à la fin du déluge à celle du « souffle de Dieu qui planait au-dessus des eaux » en Gn 1,2. L’association de ces deux images permettrait d’expliquer que la forme de la colombe ait été choisie par l’évangéliste pour évoquer la venue de l’Esprit Saint, c’est-à-dire du souffle de Dieu sur Jésus.

Chapiteau de Moissac avec la Présentation de Jésus au Temple, et le Baptême de Jésus par Jean Baptiste

Méditation du mercredi :

la venue de Jésus auprès de Jean le Baptiste pour être baptisé

 

La seconde partie de notre texte nous montre Jésus venant auprès de Jean le Baptiste pour y être baptisé. On doit relever le parallélisme entre la formule utilisée pour décrire le baptême de Jésus et celle employée précédemment pour décrire le baptême de « Toute la Judée , tous les habitants de Jérusalem » (v. 4) Dans les deux cas on retrouve le verbe baptiser au passif avec pour complément d’agent, Jean et pour complément de lieu le jourdain. Saint Marc suggère donc que le baptême reçu par Jésus est le même que celui reçu par tous les judéens et tous les habitants de Jérusalem venus se faire baptiser par Jean. Cette proposition ne va pas sans poser quelque difficulté. Saint Marc affirme en effet que ce baptême administré par Jean est un baptême pour la conversion des péchés. Pourquoi Jésus, le Fils de Dieu, sans péché par nature, recevrai-t-il ce baptême ? Saint Marc n’apporte pas de réponse à cette question. Il est pourtant probablement conscient de la difficulté puisque, si pour les Judéens et les habitants de Jérusalem, saint Marc précise qu’ils sont baptisés « ne reconnaissant publiquement leurs péchés » cette mention est absente à propos de Jésus. Cette rupture du parallélisme semble suggérer que le baptême de Jésus a un autre motif que la conversion des péchés mais saint Marc ne dit pas clairement lequel.

Un éclaircissement sur la démarche de Jésus peut nous être fourni par la présentation que fait l’historien Flavius Josèphe du baptême de Jean le Baptiste dans les Antiquités Juives. :

« Car Hérode avait fait mettre à mort [Jean le Baptiste] bien que ce soit un homme bon et qu’il avait exhorté les Juifs à mener des vies droites, à pratiquer la justice envers leurs prochains et la pitié envers Dieu et en faisant cela à être uni dans le baptême. Selon lui c’était un préliminaire nécessaire pour que le baptême soit agréable à Dieu. Ils ne devaient pas l’employer pour obtenir le pardon pour n’importe quel péché qu’ils avaient commis, amis comme une consécration du corps qui impliquait que lâme avait déjà été entièrement purifié par une conduite droite. » (Antiquités juives, XVIII, 116-117)

Selon Flavius Josèphe, tout comme pour saint Marc, le baptême de Jean s’inscrit bien dans une démarche pénitentielle. Mais, contrairement à saint Marc, il ne le présente pas comme un rite de purification à proprement parler mais comme un signe qui manifeste corporellement le choix de pratiquer une conduite droite et inscrit dans une communauté. La réception de ce baptême par Jésus pourrait alors se comprendre comme la volonté de s’inscrire dans cette démarche communautaire de pratique de la justice mais qui, en son cas personnel n’implique pas un véritable changement de vie, une conversion puisqu’il pratiquait déjà la justice et ne commettait pas de péché.

Méditation du mardi :

Le baptême dans l’Esprit Saint

 

La seconde parole prêtée par saint Marc à Jean le Baptiste n’est pas sans poser quelques difficultés. L’annonce d’un baptême dans l’esprit saint peut faire référence à la prophétie de Joël (Jl 3) selon laquelle aux derniers temps le Seigneur répandra l’esprit sur toute chair un texte cité par saint pierre lors de son discours le jour de la Pentecôte d’après les actes des Apôtres (Ac 2,17-21). Dans la perspective de Jean le Baptiste qui paraît attendre la venue de la fin des temps comme imminente, la référence à cette prophétie de Joël n’a donc rien d’incongru. Ce qui est plus étonnant c’est que saint Marc, tout comme saint Matthieu et saint Luc, rapporte cette parole alors qu’elle ne s’est pas réalisée du vivant de Jésus. En effet ces trois évangélistes ne nous montrent pas Jésus en train de baptiser. Seul saint Jean, - qui est paradoxalement le seul évangéliste à ne pas rapporter cette parole de Jean le Baptiste – nous montre Jésus en train de Baptiser en Jn 3,22 et encore semble-t-il revenir sur cette affirmation en Jn 4,2 : « À vrai dire ce n’est pas Jésus en personne qui baptisait mais ses disciples. » en tout cas dans l’évangile selon saint Marc, après le récit du baptême de Jésus le motif du baptême disparaît complètement pour en réapparaître que dans la finale de l’évangile lorsque Jésus envoie ses disciples en mission en Mc 16,16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » le baptême nous est donc présenté dans les évangiles comme un rite pratiqué par les disciples de Jésus après sa mort et sa résurrection plutôt que par Jésus lui-même. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’un baptême dans l’Esprit Saint. En effet, d’après l’évangile selon saint Jean, le seul à annoncer explicitement la venue de l’Esprit Saint, cette venue ne peut avoir lieu qu’après la glorification, c’est-à-dire al mort et la résurrection de jésus. Commentant une parole prononcée par Jésus lors de la fête de la dédicace en Jn 7,39, l’évangéliste s’exprime en ses termes : « En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient revenir ceux qui croiraient en lui. En effet, il ne pouvait y avoir l’esprit puisque Jésus n’avait pas été encore été glorifié. » Ion peut d’ailleurs relever qu’au début des actes des apôtres Luc prête à jésus ressuscité sur le point de monter au ciel une parole très proche de celle de Jean le Baptiste dans notre texte : « Cette promesse vous l’avez entendue de ma bouche : alors que jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Comme dans notre texte, il y une opposition entre le baptême dans l’eau conféré par Jean et le baptême dans l’Esprit Saint dont bénéficient les disciples de Jésus. En revanche, contrairement à notre texte, il n’est pas dit que c’est Jésus qui baptise. Le baptême est évoqué à la forme passive qu’on pourrait prendre comme un passif divin : c’est Dieu le Père céleste et non pas l’homme Jésus qui baptise dans l’Esprit Saint. La parole de Jean le Baptiste ne trouve donc son application qu’après la mort et la résurrection et encore n’est-ce pas Jésus lui-même qui baptise dans l’Esprit Saint. La suite immédiate de cette parole nous montre non pas Jésus baptisant dans l’Esprit Saint mais Jésus baptisé dans l’Esprit Saint puisqu’ après son baptême, il voit l’Esprit Saint descendre sur lui sous la forme d’une colombe. En réalité il semble que l’opposition entre le baptême de l’eau de Jean et le baptême dans l’esprit saint de Jésus renvoie plutôt à une situation postpascale où le baptême chrétien se distingue du baptême administré par les disciples du baptiste – il en reste alors – par l’effusion de l’Esprit Saint C’est ce qu’indique l’épisode des johannites d’Éphèse rapporté par saint Luc au début du chapitre 19 des Actes des Apôtres (Ac 19,1-7) : Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul traversait le haut pays ; il arriva à Éphèse, où il trouva quelques disciples. Il leur demanda : « Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçus l’Esprit Saint. Ils lui répondirent : « Nous n’avons même pas entendu dire qu’y a un Esprit saint. » Paul reprit : « Quel baptême avez-vous don reçu ? » Ils répondirent : « Celui de Jean le Baptiste. » Paul dit alors : « Jean donnait un baptême de conversion : il disait au peuple de croire en celui qui devait venir après lui, c’est-à-dire en Jésus. » Après l’avoir entendu, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus. Et quand Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues mystérieuses et à prophétiser. Ils étaient une douzaine d’hommes au total.

Méditation du lundi :

le plus fort que moi

 

Saint Marc rapporte deux propos successifs de Jean le Baptiste sur « celui qui vient derrière lui ». Par la première sentence Jean le Baptiste compare son successeur à lui-même par le second le baptême qu’il administrera au sien. Le premier propos de Jean le Baptiste concernant son successeur se retrouve en des formes très proches dans les quatre évangiles. On peut le décomposer en trois formules. La première formule par laquelle est définie le successeur de Jean « voici venir derrière moi » peut être comprise me semble-t-il deeux manières soit il s’agit d’une succession temporelle « venir derrière moi » signifierait « venir après moi » soit il s’agit d’un rapport de maître à disciple « venir derrière moi » signifierait « être mon disciple ». À l’appui de cette seconde interprétation, on doit noter que lorsque Jésus emploie dans l’évangile selon saint Marc l’expression « derrière moi » c’est à propos de ses disciples. Ainsi, dans le même premier chapitre de l’évangile selon saint Marc Jésus appelle-t-il ses premiers disciples en leur disant « venez derrière moi » ( on retrouve le même terme grec opisô) (Mac 1,17 et Jacques et Jean toujours dans le même chapitre partent « derrière » ((opisô) Jésus. De même au chapitre 8 dé l’évangile selon saint marc, Jésus évoque celui qui veut suivre derrière (opisô) lui. Le terme opisô derrière est donc souvent employé dans l’évangile selon saint Marc pour désigner la position du disciple par rapport au maître. Il est donc vraisemblable qu’il en soit de même ici et que Jean le Baptiste évoque un de ses disciples. Cette formule suggérerait donc en quelque manière que Jésus a été le disciple de jean, un point que saint Marc les autres évangélistes tend à passer sous silence puisque toute de suite après son baptême selon le récit de saint Marc, Jésus ne reste pas en compagnie de Jean mais est poussé vers le désert par l’esprit et, après le récit de ce séjour au désert, saint Marc signale qu’après l’arrestation de Jean le Baptiste, Jésus commence sa prédication en Galilée. Il n’est toutefois pas impossible qu’il y ait eu un laps de temps entre la tentation au désert et l’arrestation de Jean le Baptiste au sours duquel Jésus aurait été auprès de Jean. Jean désigne ensuite son successeur comme « plus fort » en grec (ischuroteros) comparatif de l’adjectif (ischuros) ; on peut remarquer que cet adjectif ischruos désigne en en Mc 3 ,27 dans la petite parabole de l’homme fort Satan, que Jésus (qualifié de « plus fort » ischuroteros dans le passage parallèle de saint Luc vient ligoter). La force est donc une qualité qui permet de lutter contre les forces démoniaques. De même en Mc 5,4, il est dit à propos du démoniaque gérasénien que « personne n’était de force à le maîtriser ». Là encore Jésus se montre le plus fort puisqu’il parvient à ramener cet homme à la raison. On peut donc dire que Jésus dans l’évangile selon saint Marc se montre plus fort que Jean el Baptiste dans sa lutte contre les forces du mal. Enfin Jean le Baptiste emploie une formule qui souligne la supériorité de Jésus en termes de dignité. En effet « délier la courroie des sandales » étaient un service rendu par un esclave à un maître Jean le Baptiste se considère comme n’étant même pas digne d’être l’esclave de celui qui vient derrière lui. Cette formule prêtée à Jean le Baptiste vient en quelque sorte effacer l’impression « négative » pourrait-on dire que provoque la suggestion que Jésus est « venu derrière » a été le disciple de Jean le Baptiste. Saint Marc veut souligner que même si Jésus a été le disciple de Jean le Baptiste, Jean lui-même l’a reconnu comme son supérieur.

Méditation du dimanche :

présentation du texte de l’évangile

 

Depuis la dernière réforme liturgique, la fête du baptême du Seigneur vient clôturer le temps de Noël. Traditionnellement le baptême du Seigneur était l’une des trois manifestations de la divinité commémorées lors de la solennité de l’Épiphanie avec l’adoration des mages et la transformation de l’eau en vin lors des noces de Cana.

Au cours de l’histoire toutefois, la célébration de l’Épiphanie en occident en est venue à commémorer exclusivement l’adoration des mages ce qui peut justifier la création d’une fête propre pour le baptême du Seigneur.

Cette fête trouve aussi sa raison d’être dans la nouvelle organisation du calendrier liturgique qui a supprimé le temps liturgique après l’Épiphanie et a créé le temps ordinaire qui commence après le temps de Noël et reprend, après la longue interruption du Carême et du temps pascal après Pentecôte.

Le baptême marque en effet el début de la vie publique de Jésus et de sa prédication et apparaît donc comme une introduction naturelle au temps ordinaire alors que’ la tradition liturgique ancienne commémorant cet événement lors de la solennité justifie l’appartenance de la nouvelle fête au temps de Noël. La fête du baptême du Seigneur permet donc en quelque sorte d’articuler le temps de Noël avec le temps ordinaire.

Le baptême par Jean le Baptiste est un événement dont l’historicité ne paraît pas contestable puisqu’il est rapporté par les quatre évangiles synoptiques.

En cette année B, nous lisons le récit du baptême du Seigneur dans l’évangile selon saint Marc. À proprement parler saint Marc ne consacre que trois versets à la description du baptême du seigneur, les versets 9 à 11.

Pour obtenir un texte un peu plus conséquent, le texte liturgique a adjoint les deux versets précédents (v ; 7 et 8) rapportant les propos tenus par Jean le Baptiste sur celui qui « vient derrière lui ». Dans les limites ainsi définies, notre texte en trois parties

Une première partie v. 7-8 comprend deux propos de Jean le Baptiste sur celui qui vient derrière lui

Une seconde partie v.9 signale la venue de Jésus auprès de Jean le Baptiste et son baptême.

Une dernière partie décrit les signes visuels et auditifs qui accompagnent ce baptême (v. 10-11).

Ces signes constituent une épiphanie, une manifestation de la divinité qui prend même un caractère trinitaire : l’Esprit saint descend sur Jésus sous al forme d’une colombe et lune voix venue du ciel le désigne comme le Fils bien-aimé

Présentation

Les chants de la messe de l'Epiphanie font résonner à la fois la prophétie d'Isaïe lue en première lecture et le passage de l'Evangile de Matthieu rapportant la visite des Mages à l'enfant de la crèche.

La liturgie nous tient ainsi dans un temps symbolique qui vient visiter l'inscription dans l'histoire de notre humanité. Elle a la possibilité de nous faire tenir cet équilibre mystérieux entre ce que nous vivons présentement et la promesse déjà actuelle du Royaume qui vient.

Laissons nous guider par cette étoile sonore et rejoignons la Source de nos vies.