Vendredi de la 11ème semaine

du Temps Ordinaire

PSAUME 33 (34)

R/ De toutes leurs angoisses, Dieu délivre les justes. (cf. 33, 18b)

 

Je bénirai le Seigneur en tout temps,/ sa louange sans cesse à mes lèvres. /Je me glorifierai dans le Seigneur :/ que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,/ exaltons tous ensemble son nom. /Je cherche le Seigneur, il me répond :/ de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira, /sans ombre ni trouble au visage./ Un pauvre crie ; le Seigneur entend : /il le sauve de toutes ses angoisses.

 

Le psaume 33 exalte la confiance, la foi au milieu des difficultés. Cela peut s'appliquer en particulier, dans le prolongement de la 1ère lecture de ce jour, pour celui qui se trouve dans des passages délicats du fait de son engagement comme apôtre du Christ au service de l’Evangile. C’est là que le cri poussé par ce psaume s’avère très nécessaire pour creuser dans son coeur la capacité d’y recevoir Dieu et d’y activer tout notre potentiel, sans que notre pauvreté et les angoisses qui l’accompagnent ne puissent avoir le dessus.

Psaume 33

Psaume 33 (h 34), Psautier de Ligugé, Improvisation de hautbois

11e dimanche du Temps Ordinaire

Écoute, Seigneur, ma voix quand je crie vers toi. Sois mon secours, ne m'abandonne pas, Dieu mon Sauveur.
V/. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrais-je ? (Ps 27)

Psaume 91

J'ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je recherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ! (Ps 26)

Méditer sept jours

 

avec l’évangile du dimanche

 

(par le Fr. Antoine-Frédéric)

11e dimanche du temps ordinaire.

Année B (Mc 4,26-34)

Méditation du jeudi :

La graine de moutarde, métaphore de la Parole de Dieu

 

Si l’on examine la structure de la parabole de la même expression à deux temps différents en français « quand on la sème » « « quand on l’a semée » mais au même temps en grec puisque c’est la forme verbe sparè qui est traduit la première fois par un présent et la seconde fois par un passé. Même si dans le texte grecque la même expression hôtan sparè est répétée deux fois, il est légitime de la traduire de deux manières différentes car elle renvoie à deux situations différentes.

Le premier hotan sparè accompagne la description de la graine de moutarde » avant qu’on la sème en terre », le second celle de ce qu’elle donne « après qu’on l’a semée. » On peut donc dire que l’expression hôtan sparè structure cette parabole et cela souligne l’importance de la semaille, du contact de la graine de moutarde avec la terre comme moment décisif. Si l’on prend pour hypothèse que la graine de moutarde représente la « parole de Dieu », cela revient à souligner l’importance de sa réception par l’auditeur. Tant que la graine de moutarde n’a pas été en terre quelque chose de très modeste « plus petite de toutes les semences » (ou pour traduire plus littéralement elle plus petite que toutes les semences sur la terre) et , après qu’elle a été semée elle devient « plus grande que toutes les plantes potagères ». Si elle n’est pas semée, si elle n’est pas dite et écoutée, la parole de Dieu demeure quelque chose de très modeste. C’est l’effet qu’elle produit sur l’auditeur qui la reçoit. La parole de Dieu n’a pas de qualité littéraire particulière c’est un discours modeste – n’oublions pas que le l’évangile selon saint Marc duquel est extrait cette parabole est écrit dans une langue assez pauvre au registre familier. Mais malgré cet aspect modeste, elle produit sur l’auditeur qui la reçoit un plus grand effet que tout autre parole.

Une telle affirmation souligne la nécessité de prêcher la parole. Garder pour soi, thésauriser une parole dont la valeur intrinsèque est modeste n’a pas de sens. Ce n’est que dans le contact avec l’auditeur que cette parole pend de la valeur. Partager la Parole de Dieu, l’annoncer aux non-croyants est une tâche urgente pour tous les chrétiens.

Méditation du mercredi :

Les différentes versions de la parabole de la graine de moutarde

 

Contrairement à la parabole de la graine qui pousse toute seule, la parabole du grain de moutarde est aussi présente dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc ainsi que dans l’évangile apocryphe de Thomas. Toutefois la version selon saint Marc présente des différences significatives de celles Selon saint Matthieu et selon saint Luc. La plus notable est que contrairement à Matthieu et à Luc saint Marc ne rapporte pas la parabole jumelle de la femme qui enfouit du levain dans la pâte. Saint Matthieu et saint Marc mettent en effet en parallèle la parabole masculine et agricole de l’homme qui sème un grain de moutarde dans son jardin avec celle féminine et domestique de l’homme qui enfouit une mesure de levain dans la pâte. On ne trouve pas non plus dans la version selon saint Marc, en introduction de la parabole l’expression « un homme qui prend » - anthrôpos labôn en grec – qui dans les versions selon saint Matthieu et saint Luc souligne le parallélisme avec la parabole du levain dans la pâte introduite par la formule « une femme qui prend – gyné labousa en grec. 
De même saint Marc, contrairement à saint Matthieu et à saint Luc ne dit pas que la graine de moutarde devint un arbre – dendron en grec – mais seulement qu’elle dépasse les autres plantes potagères. On peut remarquer en outre que l’emploi des deux comparatifs « plus petit » - mikroteros en grec - et « plus grand » - meizon en grec pour souligner le contraste entre la taille initiale de la graine de moutarde et son développement ultérieur se trouvent dans les versions de saint Marc et de saint Matthieu mais pas dans celle de saint Luc. Ces différentes constatations suggèrent que la parabole de la graine de moutarde a été connue selon deux traditions différentes avant sa mise par écrit dans les évangiles. Dans la tradition reprise par saint Marc, la parabole de la graine de moutarde n’est pas associée à une parabole jumelle et le contraste entre la taille initiale de la graine de moutarde et son développement ultérieur est marquée par l’emploi de deux comparatifs. Dans la tradition conservée dans l’évangile selon saint Luc, la parabole de la graine de moutarde est associée à celle du levain dans la pâte et le contraste entre la taille initiale de la graine de moutarde et son développement ultérieur est marqué par l’emploi du terme « arbre » pour désigner ce que devient la graine de moutarde. Il semble que saint Matthieu ait connu les deux traditions et en ait fait une synthèse personnelle. Quant à la version de l’évangile non-canonique de Thomas, elle semble se rattacher à la même tradition que saint Marc

Méditation du mardi :

La graine qui pousse toute seule, métaphore du règne de Dieu .

 

La fin de la parabole offre une autre clef d’interprétation. Les figures de la faucille et de la moisson sont associées au jugement dernier dans le livre du prophète Joël (Jl 4,12-13) : « Que les nations se réveillent, qu’elles montent jusque dans la vallée de Josaphat car c’est là que je vais siéger pour juger tous les peuples qui vous entourent. Lancez la faucille, la moisson est mûre ; venez fouler la vendange : le pressoir est rempli et les cuves débordent de tout le mal qu’ils ont fait. » L’image de la moisson est reprise avec le même sens dans l’Apocalypse de saint Jean (Ap14,15-16) : « Lance ta faucille et moissonne, elle est venue l’heure de la moisson car la moisson de la terre se dessèche. Alors celui qui siégeait sur la nuée jeta la faucille et la terre fut moissonnée. » La mention de la « faucille » et l’expression « le temps de la moisson et arrivée » sont donc dans la première parabole une probable allusion au jugement dernier. Dans la perspective de l’évangile selon saint Marc, ce jugement est aussi le retour du Fils de l’homme comme le montre Mc 13,26-27 : « Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler es élus des autres coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. » À partir de là, on peut interpréter, me semble-t-il, l’homme dont il est question dans cette parabole comme Représentant Jésus/ le Fils de l’homme. Sa première venue -son existence terrestre – a été le temps où il a semé la semence du royaume de Dieu par sa prédication. Au temps de la moisson, lors du jugement dernier, il reviendra dans la gloire. Entre les deux, après sa mort et sa résurrection, le royaume de Dieu se développe sans qu’apparemment il intervienne. Il la terre – c’est-à-dire les auditeurs de sa Parole – produire du fruit. L’Église se développe à partir des semences du verbe, semées pare Jésus sans intervention visible de sa part. Le temps de la croissance et de la maturation de la plante est le temps de l’Église, le temps où Jésus n’est plus là et les Fils de l’homme n’est pas encore revenu. En ce temps-là peut paraitre dormir. Le verbe katheudô qui signifie « dormir » peut aussi vouloir dire « s’endormir dans la mort » tout comme le verbe egeirô employé ici dans le sens de « se réveiller » est aussi un des verbes employés pour la résurrection. On pourrait donc interpréter l’emploi de ces deux verbes comme renvoyant à la mort et à la résurrection du Christ. Si Le Christ lui-même accepte de perdre le contrôle de cette Parole qui est la sienne et d’en confier la croissance et la fructification à la liberté de l’homme, comment oserions-nous prétendre tout contrôle. Il nous faut accepter que la parole que nous semons nous échappe, que sa fructification ne dépende pas de nous mais de celui qui la reçoit et se l’approprie.

Méditation du lundi :

La graine qui pousse toute seule métaphore de la parole

 

La première parabole que l’on pourrait appeler la parabole de la graine qui pousse toute seule comprend quatre versets. Elle met en scène un personnage « un homme » qui intervient au début pour semer et à la fin pour récolter. Entre ces deux opérations le processus de la germination et de la croissance échappe à son action « qu’il dorme ou qu’il se lève » et même à sa connaissance « il ne sait comment. » Si l’on compare cette parabole avec celle dite du semeur, on observe un déplacement d’accent. Dans la parabole dite du semeur, l’accent est mis sur les différents terrains donc sur les auditeurs de la parole. Dans notre parabole au contraire l’accent est mis sur la semence qui semble avoir la capacité de germer et de grandir dans n’importe quel sol donc sur l’efficacité de la parole. Cette efficacité ne dépend pas du semeur qui « ne sait comment » la graine pousse. Au début de la parabole l’homme « jette » la semence en terre. L’emploi du verbe ballô souligne que le semeur se sépare, se dessaisit de la semence. De fait en proférant une parole quelle qu’elle soit on s’en dessaisit, on en perd le contrôle. La parole est livrée à l’auditeur qui l’écoute – ou refuse de l’écouter – et qui ne comprend jamais tout à fait ce que l’auteur a voulu dire mais plus ou moins. Toute parole implique donc une perte de contrôle de la part de celui qui parle. Cela est d’autant plus lorsque la parole dite est la Parole de Dieu. La principale caractéristique de la Parole de Dieu est qu’elle est une parole qui n’appartient pas à celui qui la dit. Il n’en est pas l’auteur. Cette parole la précède et il n’exerce sur elle aucun contrôle. Il ne peut prétendre la connaître et la comprendre entièrement. Des aspects de la parole de Dieu qui lui échappe peuvent frapper son auditeur. Cette richesse de la parole de Dieu en fait sa fécondité. C’est ce qu’exprime la parabole de la graine qui pousse toute seule. Le fait que Jésus emploie une parabole, c’est-à-dire un langage imagé est d’ailleurs significatif. Le langage imagé recèle une plus grande potentialité de sens puisqu’il permet une pluralité d’interprétation. Il est donc bien adapté pour porter la Parole de Dieu, une Parole à la richesse inépuisable qui révèle des aspects différents à chacun de ces auditeurs. Avouons-le toutefois l’absence de maîtrise du locuteur sur la parole qu’il prononce va à l’encontre de la manière dont on envisage la communication dans notre société contemporaine. L’idéal du bon communicant est au contraire de maîtriser la l’effet de sa parole dans son auditoire, d’obtenir par sa parole que l’auditoire fasse ce qu’il souhaite. C’est du moins dans la communication publicitaire. L’auteur d’un slogan veut obtenir de son public qu’il achète le produite ou vote pour le candidat qu’il veut promouvoir. La Parole de Dieu, Quant à elle, ne peut se résumer à un slogan. si elle est vraiment parole de Dieu, son effet sur l’auditoire excède l’effet escompté par le prédicateur

11e dimanche du temps ordinaire.

Année B (Mc 4,26-34)

 

Méditation du dimanche :

Présentation du texte du dimanche

 

La première partie du chapitre 4 de l’évangile selon saint Marc du v. 1 au v. 34 constitue une sorte de discours en paraboles prononcé par Jésus s’adressant depuis une barque flottant sur le lac de Tibériade aux foules massées sur le rivage. C’est le seuil enseignement de Jésus à destination des foules lors de son ministère public en Galilée qui soit rapporté par saint Marc. On peut donc supposer que saint Marc l’a placé à un endroit stratégique de son évangile. De fait cet enseignement de Jésus s’inscrit dans une série de scènes se déroulant au bord du lac de Tibériade au cours desquelles Jésus rassemble une foule de plus en plus nombreuse sur le rivage (Mt 2,13 ; 3,7 ; 4,2) se montrant bon « pécheurs d’homme ». Pour faire face à la pression croissante de la foule, les disciples avaient déjà mis une barque à la disposition de Jésus en Mc 3,7 mais c’est la première fois en mc 4,2 que Jésus en fait usage Dans la suite de notre texte Jésus donne même à ses disciples d’aller sur l’autre rive de quitter le territoire juif pour se rendre en terre païenne en affrontant les flots périlleux. Il surmontera une tempête et aborder au pays des Géraéniens d’où il expulsera une légion de démons à l’issue d’un exorcisme spectaculaire coûtant la vie à un troupeau de porcs. Saint Marc place donc ce discours Jésus juste avant que sa mission prenne une nouvelle extension géographique en abordant des territoires peuplés de païens. La liturgie de ce onzième dimanche du temps ordinaire nous propose la fin de de ce discours c’est-à-dire deux paraboles qui se rapportent au « royaume de Dieu » - la parabole du grain qui pousse toute seule propre à ‘l’évangile selon saint Marc (v. 26-28) et la parabole de la graine de moutarde (V. 30-32) dont il existe des versions parallèles dans les évangiles selon saint Matthieu (Mt 13,31-32) et selon saint Luc (Lc 13,18-19) - et une conclusion narrative dans laquelle l’évangéliste décrit la manière d’enseigner de Jésus. Les deux paraboles du grain qui pousse tout seul et de la graine de moutarde nous sont livrées par Marc sans explication. le lecteur est donc invité à en découvrir par lui-même l’interprétation. Pour cela l’évangéliste fournit aux lecteurs deux éléments. Le premier se trouve hors de notre texte dans le découpage retenu par la liturgie : il s’agit de l’explication par Jésus aux disciples de la parabole dite du semeur, et que l’on devrait plutôt appeler la parabole de différents terrains. Dans cette explication Jésus identifie la semence à la Parole. On peut penser que cette identification est aussi valable pour les deux paraboles de notre évangile et que « le grain qui pousse tout seul » comme « la graine de moutarde » sont des métaphores de la parole de Dieu. Le second élément interprétation se trouve dans les introductions de ces deux paraboles. Celle-ci contrairement à la parabole du semeur sont présentées explicitement come des paraboles du « règne de Dieu » « Il en est du règne de Dieu » (v. 26) « À quoi allons comparer le règne de Dieu ? » Munis de ces deux clefs de lecture, essayons d’interpréter ces deux paraboles.

Solennité du Saint Sacrement

du Corps et du Sang du Christ.

Année B (Mc 14,12-16.22-26)

Méditation du samedi :

Le fruit nouveau de la vigne

 

Le récit de l’institution de l’eucharistie selon saint Marc s’achève par une dernière parole de Jésus sur le « produit de la vigne ». : « Amen, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne, jusqu’au jour où je el boirai nouveau dans le royaume de Dieu. » Cette parole mérite d’être analysée avec soin. Tout d’abord, relevons qu’il s’agit d’une déclaration solennelle introduite par la formule : « Amen, je vous le dis ». On pourrait presque parler d’un engagement public pris par Jésus devant ses disciples. De fait on peut relever que, dans la suite de l’évangile Jésus refuse le « vin aromatisé de myrrhe » qu’on propose au condamné à mort pour atténuer ses souffrances en mc 15,23 : « Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas. » et lorsqu’un soldat lui donne à boire une boisson vinaigrée – donc là encore un produit de la vigne en Mc 15,36 – « Jésus poussa un grand cri expira. » Cette déclaration a donc dans le contexte de l’évangile de Marc une valeur prophétique : au cours de son supplice Jésus ne boira pas du produit de la vigne puisqu’il refusera le vin aromatisé de myrrhe et mourra avant d’avoir bu la boisson vinaigrée donnée pour étancher sa soif. On pourrait d’ailleurs relever que l’expression « produite de la vigne » choisi de référence à « vin » peut s’appliquer aux deux boissons proposées à Jésus lors de sa crucifixion. D’une autre côté cette déclaration solennelle de Jésus de sa volonté de ne plus boire du fruit de la vigne s’apparente à l’engament pris par le nazir selon Nb 6,2b-‘ : « Quand un homme ou une femme fait un vœu particulier, le vœu de naziréat, par lequel il se voue au Seigneur, il s’abstiendra de vin et de boisson forte, il ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre d’alcool, il ne boira aucun jus de raisin, il ne mangera nr raisins frais ni raisins secs. Tous les jours de son naziréat il ne mangera aucun produit e la vigne, même pas les pépins ou la peau. » Par cette déclaration solennelle qu’il ne mangera plus du fruit de la vigne, Jésus paraît faire un vœu de naziréat jusqu’à l’instauration du royaume de Dieu. Cette déclaration tranche d’ailleurs aves les pratiques précédentes de Jésus dont on reproche en Mc 2,18. Dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc, Jésus est même accusé d’être un ivrogne ou selon une traduction plus littérale du terme grec employé oinopotès – un buveur de vin (Mt 11,19/ :Lc 7,34) ; Dans la seconde partie de sa parole Jésus évoque le vin nouveau du royaume. Jésus a déjà parlé du « vin nouveau » dans une petite parabole rapportée en Mc 2,22 : « ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors le vin fera éclater les outres et l’on perd à la fois le vin et les outres ; À vin nouveau, outres neuves. » si l’on replace cette parabole dans le contexte – Jésus répond à question de savoir pourquoi ses disciples ne jeûne pas – le vin nouveau paraît désigner la prédication du royaume de Dieu qui n’entre pas dans les cadres religieux traditionnels. D’une certaine manière le vin nouveau est donc déjà associé au Royaume. Toutefois dans e récit de l’institution de l’eucharistie la mention du royaume a une valeur nettement eschatologique, il ne s’agit plus du Royaume de Dieu déjà présent dans la prédication de Jésus mais du Royaume pleinement manifesté. La mention du vin que boira Jésus renvoie dans ce contexte au festin messianique décrit en Is 25,6 : « Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples sur la montagne, un festin de viandes grasses et vin capiteux, un festin de viandes succulentes et vins décantés. »

Méditation du vendredi :  

La nouvelle alliance en mon sang versé pour la multitude

 

En donnant la coupe à ses disciples, Jésus parle de la « nouvelle alliance en son sang ». Pour comprendre cette expression, il convient de revenir sur son arrière-plan vétérotestamentaire. Cette formule renvoie en effet à la description de l’Alliance passée entre le peuple d’Israël au Sinaï en Ex 24,3-8. Dans ce texte qui est d’ailleurs lu en première lecture, Moïse fait offrir des holocaustes et immoler des taureaux. Il recueille le sange des victimes qu’il divise en deux moitiés. Avec la première moitié il asperge l’autel. Avec la seconde moitié d’abord placé dans des coupes, il asperge le peuple après avoir fait lecture du livre de l’Alliance en disant « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ses paroles, le Seigneur a conclue avec vous. » (Ex 24,8). Le sang répandu à la fois sur l’autel lieu de la présence de Dieu et sur le peuple est le symbole de l’Alliance passée entre Dieu et son peuple. Par cette alliance dans le sang le peuple s’engage à observer les commandements du livre de l’Alliance. L’expression « nouvelle alliance en mon sang » suggère une nouvelle alliance entre Dieu et le peuple passé non plus dans le sang des animaux mais dans le sang de Jésus lui-même. En qualifiant cette Alliance de « nouvelle » Jésus renvoie au prophète Jérémie qui, dans la partie de son livre appelé le livret de la consolation, avait évoqué la perspective que, dans le futur, dieu conclurait une nouvelle alliance avec son peuple, alliance pour laquelle les commandements du Seigneur ne seraient plus écrits dans un livre mais directement inscrit dans le cœur des membres du peuple : « Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais, voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes : je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » (Jr 31,31-33) En reprenant au prophète Jérémie l’expression « nouvelle alliance », Jésus suggère que désormais la Loi sur laquelle se fonde cette alliance n’est plus la Torah écrite reçue de Dieu mais le commandement de l’amour inscrit dans le cœur de chaque homme. Jésus précise en outre que son sang est « versé pour la multitude. » Cette formule peut être rapproché du propos tenu par Jésus à ses disciples en Mc 10,45 : « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » La reprise du terme « multitude » et l’idée du don de la vie rapprochent ces deux passages. Or en Mc 10,45, le terme « rançon »suggère que Jésus sa vie pour racheter la multitude. On peut penser que la même idée est sous-jacente dans le récit de l’eucharistie. Même si dans la version de saint Marc, Jésus ne dit pas explicitement comme chez saint Matthieu que son sang est versé « en rémission des péchés », le rapprochement avec Mc 10,45 paraît supposer ce même motif. De ce fait Jésus tend à s’identifier juste souffrant annoncé par Isaïe dans le quatrième chant du serviteur (Is 53,11) : « Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes. » En parlant de la nouvelle alliance en son sang versé pour la multitude, Jésus fait donc référence tout à la fois à la première alliance du Sinaï entre Dieu et le peuple d’Israël scellée dans le sang répandu des animaux, à la nouvelle alliance annoncée par le prophète Jérémie en laquelle la Loi du Seigneur est désormais inscrite dans le cœur des hommes et au juste souffrant du quatrième chant du serviteur du prophète Isaïe qui porte les péchés de la multitude et la justifie.

Méditation du jeudi :

Le partage du pain

 

Le récit du d’institution de l’eucharistie selon saint Marc commence par une phrase narrative dans laquelle l’évangéliste emploie quatre verbes successifs pour décrire les actions de Jésus « prendre » (lambanô), « bénir » (eulogeô), « rompre » (klaô) et « donner » (didômi). L’emploi successif de ces quatre verbes renvoie aux deux récits de ce que l’on appelle communément « multiplications des pains » et que l’on devrait plutôt appeler « partage et distribution des pains » dans l’évangile selon saint Marc. En Mc 6,41, « Jésus prit (lambanô) les cinq pains et les deux poissons, et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction (eulogeô) et rompit (kataklaô), les pains ; il des donnait (didômi) aux disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. » On trouve trois verbes communs entre le récit du premier partage des pains et celui de l’institution de l’eucharistie : prendre (lambanô), bénir (eulogeô) et donner (didômi). Quant à l’action de « rompre » pour laquelle deux verbes différents sont employés, klaô, et kataklaô, on peut noter qu’ils sont de même racine, kataklaô étant composé de klaô et du préfixe kata de bas en haut. De même en Mc 8,6 : « Puis, prenant (lambanô) les sept pains et rendant grâce (eucharisteô) , il les rompit (klaô) et il les donnait (didômià à ses disciples ». On trouve trois verbes communs entre ce récit du second partage des pains et celui de l’institution de l’eucharistie : prendre(lambanô), rompre (klaô) et donner(didômi). La différence concerne le verbe employer pour désigne ra première action de Jésus : dans le récit du dernier repas il s’agit du verbe « bénir » (eulogeô) alors que dans celui du second partage des pains, il s’agit du verbe « rendre grâce » (eucharisteô) qui a donné le nom d’eucharistie. On peut relever à ce propos que, dans le récit du dernier repas de Jésus Saint Marc emploie successivement les deux verbes eulogeô lorsque Jésus prend le pain puis eucharisteô lorsque Jésus prend la coupe. Saint Marc paraît donc considérer les deux verbes eulogeô et eucharisteô comme deux verbes synonymes. Le vocabulaire employé souligne donc le rapport étroit entre les récits de partage du pain et celui de l’institution de l’eucharistie. Lors de son dernier repas avec ses disciples Jésus refait les gestes qu’il a accomplis lorsque par deux fois il a nourri de grandes foules avec quelques pains et quelques poissons. Saint Marc avait souligné que ces deux signes n’avaient pas été compris des disciples qui en Mc 8,14-21 s’inquiétaient parce qu’ls n’avaient pris qu’un seul pain dans la barque. En réalité c’est la parole de Jésus prononcée du dernier repas qui donne la clé des gestes accomplis lors deux des deux partages des pains : « Ceci est mon corps. » C’est Jésus qui est le pain véritable, qui se don en nourriture en ses disciples, pain unique inépuisable qui peut se partager à l’infini et nourrir en surabondance toute une foule, pain unique qui assure la nourriture véritable tant qu’il et présent et il n’y pas besoin d’en avoir d’autres.

Méditation du mercredi :

le récit d’institution de la cène selon saint Marc

 

On trouve dans le nouveau testament quatre récits d’institution de l’eucharistie, trois dans les différents évangiles synoptiques, selon saint Matthieu saint Marc et saint Luc et un dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens. Présentons rapidement les points communs et les différences existant entre ces différents récits pour mieux situer le récit selon saint Marc dans cet ensemble. Les récits des évangiles synoptiques comportent une parole de Jésus annonçant qu’il ne boira plus du fruit de la vigne avant la venue du Royaume. Cette parole est absente du récit de saint Paul. Dans les évangiles selon saint Marc et selon saint Matthieu, Jésus se contente de dire « Ceci est mon corps » sans la précision « pour vous » présente dans les récits de saint Paul et de saint Luc. Chez saint Marc Jésus ordonne aux disciples de prendre le pain– chez saint Matthieu il leur ordonne même de manger le pain puis de boire à la coupe – mais ni chez saint Marc, ni chez saint Matthieu, Jésus ne demande aux disciples de reproduire les gestes qu’il accomplit alors que chez saint Luc et dans la première lettre aux Corinthiens, le seul ordre donné par Jésus aux disciples est de « faire cela en mémoire de [lui]. » Chez saint Marc, Jésus parle de « sang de l’alliance versé pour la multitude » - dans la version de saint Matthieu il est précisé « pour la rémission des péchés » - alors que dans la première lettre aux Corinthiens, Jésus parle seulement de la « nouvelle alliance en mon sang » sans parler de sang versé. Saint Luc propose une version en quelque sorte intermédiaire puisque Jésus y parle de « nouvelle alliance en mon sang » comme dans la première lettre aux Corinthiens mais ajoute « répandu pour vous ». À partir de ces constations, il semble que l’on soit en présence de deux traditions différentes sur le dernier repas de Jésus : l’une rapportée par saint Paul, dans la prière lettre aux Corinthiens, qui est le plus ancien écrit conservé sur l’institution de l’eucharistie et l’autre rapportée dans l’évangile selon saint Marc. Saint Mathieu semble avoir repris la version selon saint Marc en apportant quelques précisions alors que saint Luc connaît visiblement les deux versions. Il s’appuie principalement sur le récit de saint Paul mais le complète par des éléments empruntés à saint Marc. Le récit de saint Marc constitue donc une source ancienne sur l’institution de l’eucharistie distincte du récit de saint Paul.

Méditation du mardi :

les préparatifs de la Pâque

 

Les disciples posent une question à Jésus sur les lieux où ils doivent faire les préparatifs pour la Pâque. Jésus ne répond pas directement à la question. La réponse vient au terme d’un long parcours qui passe par deux rencontres celle d’un homme qui porte une cruche puis celle du propriétaire (oikodespotès). Ce récit peut d’un simple point de vue littéral faire l’objet de plusieurs explications. Une première explication verrait en ce récit l’illustration du pouvoir prophétique de Jésus. En faveur de cette interprétation on peut citer la formule « Ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit » qui paraît souligner l’accomplissement de la prophétie faite par Jésus à ses disciples. Une seconde explication – qui n’est d’ailleurs pas incompatible avec la première – pourrait être une certaine prudence de Jésus qui se sait recherché par les autorités juives. µSaint marc note qu’il ne reste pas la nuit à Jérusalem mais se retire à Béthanie où il est probablement plus en sécurité ; exceptionnellement le jour de la Pâque il passe la soirée à Jérusalem pour se conformer à la Loi – en l’occurrence le livre du Deutéronome – qui prescrit d’offrir le sacrifice de la Pâque au lieu fixé par Dieu, c’est-à-dire à Jérusalem. L’anonymat de celui qui porte la cruche puis du maître de maison peut être considéré comme un gage de sécurité. Il s’agit probablement de garder le lieu où Jésus va passer la Pâque secret afin d’éviter que les autorités juives ne le connaissent et appréhendent Jésus. La précaution est d’autant plus nécessaire que Jésus doit se douter (voire la scène suivante) que l’un de ses disciples va le livrer aux autorités juives. Les deux disciples envoyés à Jérusalem sont laissés dans l’anonymat par saint Marc alors que saint Luc précise qu’il s’agit de Pierre et de Jean probablement parce qu’il s’agissait des deux personnalités les plus importantes du groupe des Douze ; de ce fait on a dû considérer de manière rétrospective dans les communautés chrétiennes que c’étaient eux qui avaient dû remplir une mission aussi importante. D’une manière plus fondamentale il ne semble que ce récit a pour but de résoudre une apparente contradiction entre deux éléments d’une part le caractère « familial » de la fête de la Pâque que soulignent les prescriptions du livre de l’Exode « un agneau par famille », « un agneau par maison », si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau » et d’autre part le mode de vie itinérant des disciples qui ont suivi Jésus « Nous avons tout quitté pour te suivre (Mc 10,28). Comme le montre la réponse de Jésus « nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’évangile une maison, des frères, une mère, un père, des enfants et une terre », ce que les disciples itinérants abandonnent pour suivre Jésus, c’est d’abord leur « maison », leur « famille ». En effet dans le grec biblique, les mots pour dire » famille » sont oikos et oikia qui signifient au premier sens la maison et ensuite ceux qui y habitent. Ce récit souligne qu’à côté des missionnaires itinérants qui suivent Jésus de ces déplacements il faut qu’il y ait d’autres disciples du Christ qui apportent leur concours matériel même modeste - on peut rapprocher « un homme portant une cruche d’eau » de notre texte de Mc 9,41 « et celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense – ou plus conséquent comme le « maître de maison » ( oikodespotès) qui met sa maison à disposition des apôtres venant en quelque sorte réaliser la parole du christ selon laquelle les apôtres « recevront le centuple. » On peut noter ici le contraste entre deux figures celle du maître de maison ou chef de famille (oikodespotès) et celle du maître ou enseignant (didaskalos). Pour Jésus le rapport privilégié avec ses disciples est un substitut des relations familiales : « Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui il dit “Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » On peut à partir de ce texte proposer une réflexion sur la structure de l’Église. Celle-ci doit comprendre nécessairement deux pôles : un pôle inséré dans la structure mondaine un pôle dans un certain décalage, une certaine rupture avec les structures de cette société, un pôle dans lequel les relations interpersonnelles se fondent sur une base différente.

Méditation du lundi :

« Le premier jour de la fête des pains sans levain où l’on immolait l’agneau pascal. »

 

La question des disciples est introduite par une phrase qui précise les circonstances du dialogue : « le premier jour de la fête des pains sans levain où l’on immolait l’agneau pascal ». Cette formule de saint marc renvoie à deux passages distincts du chapitre 12 du livre de l’Exode. En Ex 12,3-6 est prescrit le sacrifice pour la Pâque : Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.  En Ex 12,15-18, il est prescrit de manger des pains sans levain : Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, vous ferez disparaître le levain de vos maisons. Et celui qui mangera le pain levé, entre le premier et le septième, celui-là sera retranché du peuple d’Israël. Le premier jour vous tiendrez une assemblée sainte : vous ferez de même le septième jour. Ces jours-là on ne fera aucun travail, sauf pour préparer le repas de chacun, on ne fera rien d’autre vous observerez la fête des Pains sans levain car ce jour même, j’ai fait sortir vos armées du pays d’Égypte. D’âge en âge, vous observerez ce jour, c’est un décret perpétuel. Le premier mois, du quatorzième jour au soir jusqu’au vingt et unième jour au soir, vous mangerez du pain sans levain. Le quatorzième jour du premier mois est donc à la fois le jour où l’on immole l’agneau pour la Pâque et le premier jour où l’on mange des pains sans levain d’ù la formule employée par saint Marc. Les deux rites étaient probablement indépendants à l’origine : la fête des sains levain est une fête de cultivateur du sol alors que l’immolation de l’agneau est un rite d’éleveur. !ils sont été regroupés en une seule et même fête associée au souvenir du départ d’Égypte.

Méditation du dimanche :

Présentation du texte de l’Evangile

 

En cette solennité du saint-sacrement, la liturgie nous propose pour l’année B deux extraits du chapitre 14 de l’évangile selon saint Marc : d’une part le passage consacré à la préparation du repas de la Pâque ; d’autre part le récit de l’institution de l’eucharistie dans la version que nous en donne saint Marc. Dans l’évangile selon saint marc, ces deux textes sont séparés par le passage où Jésus annonce à ces disciples que l’un d’entre eux va le livrer (Mc 14,17-21) : Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. » Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « serait-ce moi ? » Il leur dit ; « c’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux, celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! » Le choix de ne pas retenir pour la lecture liturgique de la solennité de l’évangile de saint Marc n’est pas sans conséquence. Est évacué le problème de la “communion” de Judas. Comment se fait-il que Judas, alors même qu’il a reçu tout comme les autres apôtres le corps et le sang de Jésus a trahi ? Sait Marc n’apporte pas de réponse à cette question. L’ordre du récit de saint marc – qui est le même que celui de saint Matthieu – a quelque chose de troublant : Jésus présente son corps et son sang à ses disciples après leur avoir annoncé que l’un des deux allait les trahir. C’est peut-être pour cela que saint Luc a changé l’ordre du récit en déplaçant l’annonce de la trahison de Judas après le récit de l’institution de l’eucharistie. L’annonce de la trahison juste avant le récit de l’institution de l’eucharistie nous met en quelque sorte en garde contre une conception “magique » de l’eucharistie. Il ne suffit pas de recevoir le corps et le sang du Christ pour être sauvé. Judas, le traître, était présent lors de l’institution de l’eucharistie ; il n’en a pas moins consommé sa trahison. Dans le découpage liturgique, le texte présente deux parties : la première partie du texte concernant les préparatifs du repas se présente comme une dialogue entre Jésus et ses disciples Le, récit de l’institution de l’Eucharistie