25e dimanche du Temps Ordinaire

Introït

Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur. Quelles que soient leurs tribulations, s'ils crient vers moi, je les exaucerai et serai leur Seigneur à jamais.
V/. Écoute ma loi, ô mon peuple, tends l'oreille aux paroles de ma bouche. (Ps 36)

Présentation

e suis le salut du peuple, dit le Seigneur.

Quelles que soient leurs tribulations,

s’ils crient vers moi, je les exaucerai

et serai leur Seigneur à jamais.

Écoute ma loi ô mon peuple,

prête l’oreille aux paroles de ma bouche. 

 

Ce chant d'entrée rappelle à la fois l'engagement du Seigneur à l'égard de son peuple et la nécessité pour le peuple de crier, de déchirer son coeur, pour recourir à Dieu qui ne peut donner sa force qu'à un coeur qui s'y ouvre.

Les chants de la messe déclinent ce cri. Après la 1ère lecture, c'est comme la fumée de l'encens qui s'élève devant Dieu, à l'alléluia, c'est une confession de foi qui se transforme en prière de demande ; à l'offertoire c'est l'évocation du ravin de la mort que l'on peut traverser sans crainte du fait de la présence du Berger qui nous guide. Et à la communion finalement, c'est la demande que Dieu nous montre la voie à suivre de part même le chemin de sa loi d'amour.

Ne cessons pas de pousser ce cri.

Méditer sept jours

 

avec l’évangile du dimanche

 

(par le Fr. Antoine-Frédéric)

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire.

Année B

(Mc 9,30-37)

Méditation du dimanche :

Présentation du texte de l’évangile

 

En ce vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire, la liturgie nous propose la deuxième annonce de la passion dans l’évangile selon saint Marc. Deux récits séparent la première annonce que nous avons lue la semaine dernière et notre évangile de ce dimanche : celui de la Transfiguration et celui de la guérison d’un jeune démoniaque à la descente de la montagne de la Transfiguration. Cette seconde annonce suit donc de peu la première. Elle est faite sur le chemin menant de la montagne de la Transfiguration à la maison de Capharnaüm où se déroule la deuxième partie de notre évangile. Care el découpage liturgique a uni la deuxième annonce de la passion à une parole de Jésus portant sur la première place dans le groupe des disciples. Ce regroupement correspond probablement à une intention de Marc lui-même car on peut remarquer que, dans son évangile, les deuxième et troisième annonces de la passion précèdent immédiatement une parole de Jésus portant sur la première place dans le groupe des disciples. En Mc 10,32-45, l’annonce de la passion est suivie de la demande des deux fils de Zébédée, Jacques et Jean de siéger à gauche et à droite de Jésus, demande qui donne l’occasion à Jésus d’une nouvelle parole sur la première place dans le groupe des disciples. Cet ordre correspond donc probablement à la manière dont saint Marc envisage le rôle du responsable de la communauté chrétienne : il doit toujours avoir pour modèle le Christ qui n’a pas recherché à être reconnu comme messie fils de Dieu, mai a accepté de souffrir de la part des hommes. De même celui qui veut être le premier parmi les disciples du Christ ne doit pas rechercher à imposer son autorité aux autres mais accepter d’être considéré comme le dernier de tous. Si notre texte forme donc un ensemble cohérent, il ne s’en compose pas moins de deux parties qui se distinguent à la fois par le lieu où se déroulent l’action, le chemin entre la montagne de la Transfiguration et Capharnaüm pour la première (V. 30-32), la maison de Capharnaüm pour la seconde et le thème qui y est traité, la passion de Jésus dans la première partie, le rangs dans la communauté des disci

Vingt-quatrième dimanche

du temps ordinaire.

Année B (Mc 8,27-35)

Méditation du samedi :

Prière

 

Seigneur Jésus, apprends-nous à comprendre qui tu es vraiment. Fais-nous comprendre que tu n’es pas un personnage du passé mais Dieu éternel présent au cœur de l’histoire et qui l’accomplit. Purifie nos regards que nous ne voyions pas en toi un chef politique ou religieux mais celui qui est venu nous sauver du péché et de la mort. Seigneur Jésus qui a beaucoup souffert apprends-nous à ne pas avoir peu de la souffrance et à soulager ceux qui souffrent. Seigneur Jésus rejeté et Humilié, aide-nous à supporte nos humiliations et garde-nous d’humilier nos frères. Seigneur Jésus mort et ressuscité apprends-nous à ne pas avoir peur de la mort corporelle. Enseigne-nous qu’elle est un passage vers la résurrection et al vie éternelle. Seigneur Jésus apprends-nous à renoncer à toutes images idéalisées que nus voulons donner de nous-mêmes. Seigneur Jésus apprends-nous à assumer nos fragilités. Seigneur Jésus apprends-nous à renoncer à maîtrise nos vies et à accepter d’être sauvés par Toi.

Méditation du vendredi :

« qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

 

La dernière partie de notre texte commence la mention de l’appel de la foule par Jésus. Comme nous l’avons remarqué en introduction, il y a de grande chance que cette mention soit fictive. Il est peu probable alors qu’il était en chemin ait appelé la foule – d’ailleurs où était-elle ? Cette mention a pour but de signaler que les paroles ainsi introduites s’adressent à un public plus large que les précédentes. Le dévoilement de l’identité messianique de Jésus et la première annonce de sa passion étaient des informations réservées aux seuls disciples les plus proches de Jésus, les membres du groupe des Douze, des informations que Jésus ne souhaitait voir révélées à tous. En revanche, la parole qui suit concerne les conditions pour être des disciples. Elle a donc une portée générale et c’est pour cela qu’elle est dite à la foule entière. Cette parole est rapportée sous des formes différentes dans les quatre évangiles. Elle apparaît même deux fois sous deux formes différentes dans les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Luc. Il n’y a donc guère de doute qu’il y ait à l’origine un propos tenu par Jésus lui-même mais la diversité des formes sous lesquels il est rapporté, rend difficile d’en saisir la teneur originale. En plaçant ce propos, peut-être de manière artificielle, dans le prolongement de la première annonce de la passion ; saint Marc souligne le lien entre la destinée du disciple et celle de Jésus. Pour être disciple de Jésus, il faut imiter celui qui a beaucoup souffert, a été rejeté et mort sur la croix avant de ressusciter le troisième jour. Il me semble qu’il convient d’avoir cela en tête pour bien comprendre le propos de Jésus. La première formule comporte au début et à la fin deux expressions proches « marcher à ma suite » (littéralement en grec « suivre derrière moi » akoloutheô opiso mou) et « me suivre » (akoloutheô moi). Le verbe « suivre » ( akoloutheô en grec) et l’expression « derrière moi » (opisô mou en grec) se retrouve dans le récit de la vocation des deux premiers disciples Pierre et André auquel Jésus demande de venir derrière lui (Mc 1,17) et qui à cet appel le suivent (Mc 1,18). Ce sont donc deux expressions caractéristiques de la condition du disciple de Jésus dans l’évangile selon saint Marc.  Mais pour devenir disciple Jésus met ici deux conditions, « renoncer à soi-même » (littéralement en grec « se renier soi-même » aparneomai) et « porter sa croix ». Comment comprendre l’expression « renier soi-même » ? Pour en comprendre le sens une première possibilité sur les récits de vocation montrant des disciples qui se mettent à suivre Jésus : les pêcheurs Pierre, André, Jacques et Jean en Mc 1,16-20, le publicain Lévi en Mc 2,14. On put relever que dans ces différents cas, celui qui suit Jésus renonce à sa profession à ses instruments de travail et même dans le cas de Jacques et Jean à leur relation avec leur père, bref à ce qui constitue leur identité sociale, à ce qui les identifie aux yeux des autres. On pourrait donc proposer pour hypothèse que renoncer à soi-même signifie renoncer à son identité sociale et aux éléments qui la constituent pour acquérir une nouvelle identité relative à Jésus. Mais l’on peut aller plus loin en proposant un rapprochement un récit où apparaît le verbe « renier » celui du reniement de Pierre. au moment même où Jésus interrogé par le grand-prêtre sur le point du savoir s’il est le Messie répond « je le suis », Pierre, lui interrogé par de serviteurs nie par trois fois connaître Jésus. S’il sauve sa vie, il renie son identité de disciples sa relation avec Jésus qui en constituait le bien le plus précieux. La situation de Pierre alors correspond assez bien à la maxime prononcée par Jésus « celui qui veut sauver sa vie la perdra. » Mais l’on peut lire aussi le reniement de Pierre comme une chute salutaire. Dans la scène précédente, Pierre s’était placé au-dessus des autres disciples comme l’alter-ego de Jésus. En même temps qu’il renie Jésus, c’est cette image idéalisée de lui-même de disciple-modèle qu’il voulait donner aux autres qu’il renie. Et lorsque, en entendant le coq chanter, il fond en larmes, il assume sa fragilité et c’est dans cette fragilité assumée que se renoue sa relation avec Jésus. Dans cette perspective on pourrait interpréter l’expression « renier soi-même » comme signifiant renie l’image idéalisée de soi que nous voulons donner aux autres et « porter sa croix » comme signifiant « assumer sa fragilité, son incapacité à correspondre à cette image idéalisée, à répondre aux attentes que les autres placent en nous. Il me semble donc que renoncer à soi-même c’est renoncer à cette identité qui nous est donnée par le regard des autres et que nous nous efforçons de conforter, renoncer à vouloir toujours répondre aux attentes des autres et assumer ses fragilités et ses incapacités, renoncer à cette image idéalisée de nous-mêmes que nous voulons donner aux autres et qui toujours finit par se dégrader et qui surtout ne peut nous survivre, accepter que notre véritable identité filiale nous est donnée par Dieu et ne se révèle pleinement qu’au moment de notre mort.

Méditation du jeudi :

« Passe derrière-moi Satan »

 

Saint Marc nous rapporte ensuite la réaction de Jésus. On peut d’abord remarquer que Pierre prend Jésus à part. Il ne garde pas la position qui était la sienne dans le groupe des disciples mais il se place en-dehors de ce groupe seul avec Jésus comme s’il était au-dessus des autres disciples et sur un pied d’égalité avec Jésus. La position que prend ici Pierre est comparable à celle qu’il prendra au jardin des oliviers lorsque Jésus annonce aux disciples qu’ils vont être exposé à tomber, « Pierre dit alors : “Même si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai pas ” » (Mc 14,28) se plaçant au-dessus des autres disciples et lorsque Jésus lui annonce son reniement, Pierre réplique « Même si je dois mourir avec toi, je en te renierai pas » se plaçant sur un pied d’égalité avec Jésus. Or on sait ce qu’il adviendra de ces bonnes résolutions de Pierre, qui comme le lui a annoncé Jésus, reniera par trois fois son maître. Quand Pierre quitte sa place dans le du groupe des disciples pour se mettre à part sur un pied d’égalité avec Jésus, il est en danger. Pierre ne se contente pas de se placer sur un pied d’égalité avec Jésus. Dans une certaine mesure il se place au-dessus de lui puisqu’il lui fait des reproches. La réaction de Pierre est celle d’un admirateur déçu de ce que son héros ne corresponde pas à l’image qu’il s’en fait. Pour Pierre, affirmer que Jésus est le Christ, c’est croire, qu’il va réussir dans sa mission, qu’il va être reconnu comme Christ par les autorités juives. Pierre ne peut se satisfaire de la perspective que vient de tracer Jésus, celle de la réussite paradoxale du serviteur souffrant qui certes réussit qui d’un point de vue humain semble un échec total mais qui est une réussite du point de vue de Dieu. L’attitude de Pierre montre aussi l’ambiguïté de l’identité reçue des autres. Ceux qui reconnaissent à quelqu’un telle ou telle identité sont tentés de lui enjoindre d’adopter un comportement qui correspondent à cette identité. C’est el cas de Pierre ici. Il a reconnu en Jésus, le Christ. Il se croit donc autorisé à enjoindre Jésus de se comporter comme le Christ ou du moins comme lui Pierre considère que le Christ doit se comporter. La tentation alors est grande pour celui auquel on reconnaît une identité de répondre à cette injonction, de se comporter comme il est attendu que l’on se comporte et de conforter ainsi cette identité reçue de l’autre même si cela l’amène à renoncer à sa véritable identité donnée par Dieu. Ici la tentation pour Jésus serait d’adopter le comportement que Pierre mais aussi plus largement ses disciples et ses contemporains attendent du Messie et de renoncer à son identité véritable de Fils de Dieu, d’adopter les pensées et le regard des hommes et non celui de Dieu. Pierre est celui par qui survient cette tentation et c’est pour cela que Jésus le qualifie de Satan, d’adversaire qui se met en travers de son chemin. Jésus lui demande de passer derrière lui c’est-dire de revenir à sa position de disciples. En appelant Pierre et André ses deux premiers disciples en Mc 1,17, Jésus leur avait dit de venir à sa suite, littéralement en grec de venir derrière lui. La position du disciple est d’être derrière son maître position que Pierre a quittée pour se mettre sur le même plan que Jésus D’ailleurs, avant de dire, ses paroles à Pierre, Jésus s’est retourné et il regarde les autres disciples, indiquant que sa place à lui Pierre est d’être parmi eux et non pas seul avec Jésus.

Méditation du mercredi :

Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup.

 

Après les réponses de Pierre, Jésus enchaîne sur la première annonce de sa passion. Jésus parle ici de lui à la troisième personne mais il n’emploie pas pour se désigner le titre de Christ que vient de lui donner Pierre mais celui de « Fils de l’homme » qui est le titre que Jésus emploie le plus couramment dans les évangiles pour se désigner. La figure du « Fils de l’homme » apparaît au chapitre 7 du livre de Daniel où le héros voit venir « dans les nuées du ciel, comme un Fils d’homme qui reçoit d’un Vieillard représentant Dieu une domination et une royauté éternelle. Cette figure eschatologique apparaît aussi dans des écrits juifs qui n’ont pas retenus dans le canon des Écritures hébraïques, comme le livre d’Hénoch. La deuxième section de cet ouvrage constituée de Paraboles présente le « Fils de l’homme » identifié au patriarche Hénoch, père de Mathusalem (Cf. Gn 5,21-23) comme le juge eschatologique. Dans l’évangile selon saint Marc Jésus s’attribue le titre de Fils d’homme en relation avec l’exercice de prérogatives qui, semble, au jugement de ses adversaires réservées à Dieu comme le pouvoir de remettre le péché en Mc 2,10 ou la maîtrise sur le jour du sabbat en Mc 2,28. Mais le Fils de l’homme est aussi présenté comme une figure eschatologique dont la venue de la gloire coïncidera avec le jugement et l’avènement plénier du royaume de Dieu en Mc 9,38 et Mc 13,26. Or, dans notre texte Jésus n’associe pas la figure du Fils de l’homme à la gloire comme il le fait habituellement mais à la souffrance, une souffrance d’ailleurs présenté comme nécessaire. Cette souffrance renvoie à une autre figure vétérotestamentaire, le serviteur souffrant décrit dans le quatrième chant du serviteur en Is 52,13-53-12, un chant qui après avoir proclamé au début le succès du serviteur « Mon serviteur réussira, dit le seigneur, il s’élèvera, il sera exalté », décrit le destin en apparence tragique « Méprisé, abandonnée des hommes, home de douleurs familiers de la souffrance. » Jésus annonce à ses disciples qu’il doit accomplir le destin de ce serviteur souffrant et la réussite, le succès de sa mission passe nécessairement par les souffrances décrites par le prophète Isaïe. Jésus annonce ensuite qu’il va être rejeté par les anciens, les grands-prêtres, les scribes. L’emploi du verbe « rejeter » (apodokimazô) renvoie à une autre figure vétérotestamentaire, celle de la pierre rejetée par les bâtisseurs devenus la pierre d’angle évoquée dans le psaume 117 (118 hébreu) au v.22. On peut noter qu’à Jérusalem, Jésus citera ce verset en l’appliquant implicitement à lui-même en conclusion de la parabole des vignerons homicides (Mc 12,10-11à dans laquelle Jésus s’en prend à mots couverts aux autorités juives constituées par les trois groupes, grands-prêtres, scribes dont il annonce ici qu’ils vont le rejeter. De fait grands-prêtres, anciens et scribes jouent un rôle essentiel dans la condamnation de Jésus, ce sont eux qui se réunissent chez le grand-prêtre pour faire le procès de Jésus (Mc 14,53) puis prennent la décision de le livrer à Pilate (Mc 15,1-2). Que représente ces trois groupes ? Les anciens – en grec presbyteros qui a donné le français prêtre – étaient les responsables civils des communautés. Chez saint Marc comme dans les autres évangiles le terme grands-prêtres est employé au pluriel alors qu’en toute rigueur il n’y a qu’un seul grand-prêtre en charge, en l’occurrence Caïphe chez qui se déroule le procès de Jésus. Le pluriel renvoie probablement au groupe des prêtres exerçant des charges importantes au Temple de Jérusalem. Les scribes sont les spécialistes de la Loi de Moïse. Ces trois groupes représentent donc les autorités civiles, religieuses et juridiques du peuple juif, celles qui en principe qui devraient reconnaître Jésus comme le Messie. Or Jésus annonce à ses disciples non seulement il ne sera pas reconnu par ses autorités mais qu’elles vont le rejeter et même le faire condamner à mort. Comme nous l’avons remarqué précédemment l’identité est souvent définie en premier lieu par le regard des autres. Or ce n’est pas le cas pour Jésus. Jésus est bien le Fils de l’homme, le Christ même s’il n’est pas reconnu comme tel par ceux qui sont chargés de le reconnaître, d’authentifier sa messianité. Le parcours de Jésus ne s’arrête pas à sa mort mais se prolonge par une événement imprévu sa résurrection le troisième jour, une réalité difficilement concevable pour les disciples de Jésus. Dans l’Ancien Testament, la résurrection est envisagée soit comme la reprise miraculeuse de la vie antérieure (comme pour le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par Élie en 1 R 17,17-24) soit comme l’entrée dans la vie éternelle pour les justes à la fin des temps dans le livre de Daniel (Dn 12,1-4). Jésus lui ne reprend pas sa vie antérieure, il entre dans la vie éternelle mais non pas à la fin des temps mais le troisième jour après sa mort, la mention du troisième jour pouvant être une allusion à l’oracle du prophète Osée : « Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors, nous vivrons devant sa face. » (Os 6,2) En ressuscitant Jésus, Dieu reconnaît qu’il est le Christ et le Fils de l’homme authentifie sa messianité. L’identité du Christ n’est pas reconnue par les hommes de son vivant mais par Dieu après sa mort. Cela peut suggérer que pour nous aussi notre identité vraie n’est pas celle que nous donne le regard des autres de notre vivant, mais notre dignité d’hommes créés à l’image de Dieu qui nous est donnée dès avant notre naissance et qui se révèle pleinement à notre mort.

Méditation du mardi :

Pour vous qui suis-je ?

 

La deuxième question posée par Jésus porte sur ce que pensent les disciples. Elle est formulée à la deuxième personne du pluriel c’est-à-dire que Jésus semble attendre des disciples une réponse collective. il ne demande pas à chacun des disciples : «Pourquoi qui suis-je ? » Mai il demande en quelque sorte au groupe des disciples d’élaborer une réponse commune. La réponse est donnée par Pierre qui apparaît ici comme le porte-parole des disciples comme il le sera par la suite en Mc 10,28 lorsqu’il s’adresse à Jésus à la première personne du pluriel : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » *La réponse qu’il donne est très sobre dans la version de saint Marc « Tu es le Christ » bien moins développée et précise que dans le texte parallèle de saint Matthieu : » Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». (Mt 16,16). Le titre de Christ n’apparaît ici que pour la deuxième fois dans l’évangile selon saint Marc, sa première occurrence se trouvant au premier verset : » Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu. » Christos est un adjectif grec qui signifie « oint, « qui a reçu une onction » C’est une traduction de l’hébreu messiah qui a le même sens. Christ et messie dont donc deux synonymes. Dans l’ancien Israël, deux personnages recevaient l’onction, le roi et le grand-prêtre. Ayant reçu l’onction de prophètes – ainsi Saül et David sont oint par Samuel – le roi est considéré comme un personnage sacrosaint sur lequel on ne peut porter la main. Ainsi, David épargne par deux fois Saül car il refuse de porter la main sur l’oint du Seigneur. Après la disparition de la royauté en Israël et en Juda, la titre d’Oint – Messie ou Christ- a pu être donné à des souverains étrangers païens comme le roi de Perse Cyrus, qui permit le retour des juifs exilés à Babylone en Is 45,1. Dans l’Israël d’après l’exil, beaucoup de Juifs attendent l’avènement d’un messie ou Christ descendant de David qui rétablirait la royauté en Israël et dont la venue est associée au début d’une ère nouvelle où règnera la justice et la paix et où l’harmonie première de la création serait restaurée.. À cette ère messianique sont aussi associés des miracles de restauration : aveugles qui voient sourds qui entendent, boiteux qui bondissent. Le livre du prophète Isaïe comprend plusieurs descriptions de ces temps messianiques. L’une des plus caractéristiques est Is 61,1-2 le texte que Jésus lit à la synagogue de Nazareth dans l’évangile selon saint Luc. : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une années de bienfaits accordés par le Seigneur » On peut penser que ce sont les miracles de restauration réalisés par Jésus comme la guérison d’un sourd-muet dans la Décapole (Mc 7,31-37) ou celle d’un aveugle à Bethsaïde (Mc 8,22-26) ainsi que la prédication de la Bonne nouvelle du royaume aux pauvres qui ont convaincu Pierre de voir en Jésus l’Oint du seigneur annoncé par le prophète Isaïe. Il est donc probable que lorsque Pierre définit Jésus comme le Christ, il ne pense pas en premier lieu au contenu politique de ce titre. D’ailleurs Jésus ne s’est jamais présenté à ses disciples comme un prétendant à la royauté ou à un quelconque pouvoir politique. Mais si Jésus défend à ses disciples de parler de lui comme du Christ, c’est qu’il a lui pleinement conscience des ambiguïtés attachées à ce titre. Il sait qu’en acceptant d’être appelé Christ ou messie il risquerait à la fois d’apparaître aux yeux des autorités politiques romaines et galiléennes comme un dangereux opposant et des susciter dans le peuple de vains espoirs de libérations nationales. Par rapport aux réponses de la foule, le titre de Messie donné par Pierre à Jésus ne l’identifie pas à un personnage du passé mais à une figure à venir. Les vies de Jean le Baptiste, d’Élie, des prophètes des temps anciens étaient bien connues, identifier Jésus à ceux-ci, c’était en quelque sorte prévoir pour lui un parcours bien balisé sans surprise. Le définir comme Messie c’est accepter au contraire de se laisser surprendre par la réalisation des promesses de Dieu qui outrepassent toujours les attentes. Définir Jésus comme le christ c’est accepter qui est celui qui vient transformer nos vies en ignorant les conséquences ultimes de cette transformation.

Méditation du lundi :

Au dire des gens qui suis-je ?

 

Le v. 27 commence par situer la scène dans l’espace. Jésus « s’en va vers les villages situés aux environs de Césarée-de Philippe ». Césarée-de Philippe se situe au nord-est de la Galilée, au pied du mont Hermon à proximité de la source principale du Jourdain. La cité est la capitale de Philippe l’un des quatre tétrarques entre lesquels a été partagée le royaume d’Hérode le Grand. Philippe a donné à sa capitale le nom de Césarée en hommage l’empereur romain Auguste. Le territoire sur lequel règne Philippe, la Traconitide est majoritairement peuplé de païens. Jésus se trouve donc en territoire païen à l’un des points les plus septentrionaux de son itinéraire et dons les plus éloignés de Jérusalem alors justement qu’il s’apprête à s’y rendre. C’est comme si Jésus voulait partir de loin pour aller à Jérusalem.

La première question posée par Jésus à ses disciples porte sur ce que les gens disent de lui. Les réponses données par les disciples reprennent les opinions de la foule mentionnées en Mc 6,14-15. Il n’y a donc pas de surprise pour le lecteur qui peut seulement constater que les disciples donnent à Jésus une image fidèle de l’opinion publique à son égard. Essayons d’aller plus loin dans l’analyse des différentes réponses citées par les disciples.

La première est Jean le Baptiste. Elle peut semblait surprenante pour le lecteur qui saint que Jean et Jésus sont deux personnages différents dont le premier a baptisé le second dans le Jourdain. Pourtant il existe une certaine continuité entre ces deux figures d’autant que Jésus commence sa prédication en Galilée après l’arrestation de Jean le Baptiste prenant en quelque sort son relai. Saint Marc dans son évangile entend démontrer que Jean le Baptiste et Jésus ne sont pas deux personnages identiques ni même semblable mais que Jean est le précurseur de Jésus ; d’emblée (Mc 1,2-3) il présente Jean à l’aide d’une double citation de s prophètes Malachie et Isaïe comme le messager envoyé en avant, la voix qui crie dans le désert. En Mc 1,7, Jean annonce lui-même la venue derrière lui d’une plus fort que lui qui baptisera dans l’Esprit Saint. Si elle peut s’expliquer par la continuité du message et la succession dans le temps de leur ministère, la confusion entre Jean et Jésus est une erreur qui revient à confondre celui qui annonce et celui qui est annoncé.

La seconde réponse est le prophète Élie. Elle peut s’expliquer dans la mesure où les miracles réalisés par Jésus paraissent renouveler ceux d’Élie. C’est notamment le cas de la résurrection de la file de Jaïre (Mc 5,21-43) qui évoque celle du fils de la veuve de Sarepta (1 R 17,17-24). De plus, le prophète Élie n’est pas mort mais a été enlevé au ciel sur un char de feu tiré par des chevaux de feu (2 R 2,11) Aussi dans le judaïsme d’après l’exil à Babylone, s’est développé l’idée qu’Élie reviendrait à la fin des temps pour annoncer la venue du Seigneur. Cette thèse se trouve formulé à la fin de livre de Malachie, le dernier des douze prophètes (Ml 3,23) et en conclusion du paragraphe consacré à Élie dans le livre de Ben Sira (Si 48,10-11). Il y avait donc de bonnes raisons pour que la foule identifie spontanément Jésus à Élie. Pourtant cette identification est erronée comme le montra la suite de l’évangile selon saint Marc. Dans le récit de la transfiguration qui suit immédiatement notre texte, Élie apparaît aux côtés de Moïse et de Jésus. Et, à la descente de la montagne, lorsque les disciples l’interrogent sur la venue d’Élie qui doit précéder la pleine manifestation du Seigneur, jésus leur répond qu’Élie est déjà venu (Mc 9,13) suggérant l’identification d’Élie et de Jean le Baptiste déjà préparé au début de l’évangile par la description fu vêtement de Jean, identique à celui d’Élie.

La troisième réponse, « un prophète des tempos anciens » est plu prudente. Plutôt que d’identifier Jésus à un personnage précis, elle le range dans une catégorie, celle des prophètes. Notons que Jésus lui-même s’attribue lui-même implicitement cette qualité lorsqu’il déclare face à l’accueil mitigé qu’il reçoit à la synagogue de Nazareth : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison » (Mc 6,4).

Ces trois réponses ont en commun d’identifier Jésus à un personnage du passé, un personnage déjà mort – ou enlevé au ciel – qui serait ressuscité – ou revenu et à une figure annonciatrice de venue prochaine du Seigneur. C’est en cela qu’elles sont inexactes : Jésus n’est pas un personnage du passé qui est ressuscité mais un personnage du présent quoi par sa résurrection va entre r dans la vie éternelle : il n’est pas une figure annonçant la venue prochaine du Seigneur, il est lui-même le Seigneur venu accomplir toutes les prophéties. C’est ce que va montrer la suite de notre texte. La volonté des foules d’identifier Jésus à un personnage du passé répond à une tendance, profondément ancrée en l’homme, de vouloir définir le nouveau par rapport à l’ancien l’inconnu par rapport à ce qui est connu. Lorsqu’un postulant arrive dans une communauté monastique, le premier réflexe est de le comparer à tel ou tel frère du passé : « Il est comme untel » et ce n’est que progressivement que le frère est reconnu dans son identité personnelle propre, avant de devenir une référence à laquelle on comparera d’autres nouveaux arrivants.

Méditation du dimanche :

Présentation du texte de l’évangile

 

En ce vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire, nous poursuivons la lecture de l’évangile selon saint Marc, et nous arrivons à un texte qui tient une place centrale dans cet évangile. En effet la question majeure de l’évangile selon saint Marc est celle de l’identité de Jésus. Elle est évoquée dès le premier verset de l’ouvrage : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » Le propos de saint Marc est de montrer que Jésus est à la fois le Christ – ou le Messie puisque ces deux termes sont synonymes – et le Fils de Dieu. Dans le récit de baptême, de Jésus par Jean le Baptiste, une voix venue des cieux dit au nouveau baptisé « Tu es mon Fils bien-aimé. » (Mc 1,11) Mais Jésus paraît être le seul à l’avoir entendu. Les démons révèlent la véritable identité de Jésus tant dans la synagogue de Capharnaüm « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu » (Mc 1,24) qu’au pays des Géraséniens « Jésus, fils du Dieu Très-Haut » (Mc 5,6) mais il les expulse et les fait taire. Devant la tempête apaisée les disciples s’interrogent « Qui est donc celui-ci pour même la mer et le vent lui obéissent ? » (Mc 4,41) et, au vu de ses miracles, les foules émettent différentes hypothèses : Jésus serait Jean le Baptiste, Élie ou un prophète (Mc 6,14-15). Or, dans notre texte c’est Jésus lui-même qui pose à ses disciples la question de son identité : qui est-il d’après la foule et qui est-il pour eux. Si la réponse des disciples ne fait que reprendre les différentes hypothèses déjà formulées en Mc 6,14-15, la réponse de Pierre au nom des disciples introduit titre qui n’était plus apparu depuis le premier verset de l’évangile celui de Christ. Jésus enchaîne en annonçant sa passion à Jérusalem et sa résurrection ce qui déconcerte Pierre qui ne peut admettre que le Christ puisse être tué. S’adressant à la foule Jésus annonce que ceux qui veulent le suivre doivent eux aussi à son exemple renoncer à eux-mêmes. Notons que notre texte précède immédiatement le récit de la transfiguration où une voix venue du ciel désigne Jésus à Pierre, Jacques et Jean comme le Fils bien-aimé (Mc 9,7). Au cœur de l’évangile saint Marc Jésus révèle donc à ses plus proches disciples son identité de Christ et Fils de Dieu et annonce sa passion où cette identité sera dévoilé à tous. À la question du grand-prêtre lors de son procès, « Es-tu le Christ, le Fils de Dieu » Jésus répondra « Je le suis » (Mc 11,61-62) et à sa mort, un centurion païen s’exclamera « vraiment cet homme était Fils de Dieu ! » Ce texte qui occupe donc une place centrale dans l’évangile selon saint Marc s’ouvre par une indication de lieu « Jésus s’en alla ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe » (Mc 8,27). Il faut attendre Mc 9,2 pour retrouver un verset comprenant une indication topographique (mais aussi une indication de temps) : « Six jours après, Jésus, prend avec lui, Pierre, Macques et jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne ». On peut donc considérer que l’ensemble Mc 8,27-9,1 forme une scène unique caractérisée par une unité de temps et de lieu. De ce point de vue il est dommage que le découpage liturgique ait écarté sans véritable, raison valable les versets Mc 8,36-9,1 : Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie, Celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. Et il leur disait : « amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance.  On peut remarquer que, en prenant en compte les versets omis par découpage liturgique, le texte s’achève par l’évocation de la venue du Fils de l’homme dans sa gloire qui marque le véritable aboutissement de son parcours dont al mort et la résurrection ne sont que des étapes. Dans cet ensemble on peut relever deux unités à partir des personnages présents. En effet le v. 34 début par la mention « appelant la foule avec ses disciples » qui implique l’irruption d’un nouveau groupe de personnages la foule aux côtés de Jésus et des disciples jusque-là seuls présents. On pourrait distinguer dans l’ensemble Mc 8,27-9,1 deux grandes parties d’une part un dialogue de Jésus avec les disciples Mc 8,27-33 d’autre part un enseignement à la foule (Mc 8,34-9,1). Il est d’ailleurs possible que le regroupement de ces deux parties en une seule unité soit une composition littéraire de saint marc. Il est en effet assez surprenant que Jésus appelle la foule alors qu’il est en chemin… Faut-il comprendre que Jésus marchait un peu devant avec ses disciples et que la foule les suivaient à distance ? Il me paraît plus vraisemblable que saint Marc ait rattaché pour des raisons théologiques un enseignement à la foule sur la condition dite à une autre occasion à la scène de la confession de Pierre et de la première annonce de la passion pour bien souligner combien la condition du disciple s’enracine dans la suite de l’identité profonde et du destin historique de Jésus. Enfin dans le première partie Mc 8,27-34 on peut distinguer deux paragraphes à partir de leur contenu thématique, le premier centré sur la question de l’identité de Jésus (Mc 8,27-30) et le second, sur la première annonce de la passion (Mc 8,31-33) On peut remarquer que ces deux paragraphes ont une composition en partie symétrique en deux points dont le deuxième est marquée par une intervention de Pierre.

23e dimanche du temps ordinaire.

Année B (Mc 7,32-37)

Méditation du samedi :

Prière

 

Seigneur Jésus, toi qui, à partir du lac de Galilée, as parcouru des régions païennes pour porter la Bonne Nouvelle, donne-nous d’aller vers les périphéries, vers ceux qui ne croient pas. Seigneur Jésus toi qui as emmené le sourd-bègue loin de la foule, apprend-nous à ne pas rechercher la gloire qui vient des hommes. Seigneur Jésus toi qui a mis ton doigt dans les oreilles du sourd, viens guérir les profondeurs de nos cœurs. Seigneur Jésus toi qui as donné de ta salive au muet, donne-nous ta parole, pour que nous la proclamions. Seigneur Jésus, toi qui lèves les yeux vers le Ciel et conduis-nous vers ton Père et notre Père. Seigneur Dieu qui a ouvert les oreilles du sourd et délier la langue du muet, viens nous libérer de nos enfermements et des chaînes qui nous retiennent captifs. Seigneur Dieu aide-nous à reconnaître que dans nos vies aussi tu fais bien toutes choses.

Méditation du vendredi :

La consigne non-respectée

 

Jésus donne une consigne (« il leur ordonna »). À qui renvoie le « leur » ? À la foule ? elle n’est pas présente lors du miracle. Ou plutôt le sourd lui-même et ceux qui l’ont amené (« on ») ? Cette consigne de ne pas en parler se retrouve en conclusion de plusieurs récits de miracles dans l’évangile selon saint Marc. En Mc 1,43, après avoir guéri un lépreux, Jésus lui donne pour consigne : « Attention, ne dis rien à personne. » En Mc 5,43, après avoir ressuscité la fille de Jaïre, Jésus ordonne à ses parents « de ne le faire savoir à personne. » En Mc 8,25, après avoir guéri l’aveugle de Bethsaïde, Jésus lui dit : « Ne rentre même pas dans le village. » Cette consigne ne survient pas dans tous les cas, puisque comme je l’ai déjà signalé, Jésus demande au contraire au Gérasénien dont il a expulsé une légion de démons : « Annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » Pour quoi Jésus, dans la plupart des cas donne-t-il cette consigne de silence ? Probablement parce que son objectif n’est pas d’être reconnu comme un guérisseur performant mais de prêcher la Bonne Nouvelle du Royaume. d’ailleurs il ne s’attribue pas personnellement le mérite des miracles qu’il réalise mais il appelle le bénéficiaire du miracle à rendre grâce à Dieu. Ainsi demande-t-il au démoniaque gérasénien ce que le Saigneur a fait pour lui. Loin de respecter la consigne de Jésus le sourd-muet guéri et ses compagnons » proclament la Nouvelle ». Le verbe employé ici est le verbe kèrussô, qui signifie, « proclamer, prêcher »et qui est principalement pour les prédications de Jean le Baptiste puis de Jésus puis de ses disciples. . On trouve le même verbe dans un contexte semblable à propos du lépreux guéri par Jésus en Mc 1,45 : « Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle. » Le sourd-muet guéri et ses compagnons se font les prédicateurs de de Jésus. Pour qualifier le sentiment de ceux qui ont assistés à ce miracle, Saint marc emploi le verbe ekplessomai traduit en français par l’expression « être vivement frappés ». Ailleurs dans l’évangile ce verbe est employé pour caractériser une réaction à l’enseignement de Jésus de la foule à la synagogue de Capharnaüm (Mc 1,22), à celle de Nazareth, (Mc 6,2) de disciples en (Mc 10,26) et de la foule au Temple de Jérusalem en Mc 11,18. Notre texte est le seul où ce verbe est employé pour caractériser une réaction à un miracle comme si dans cette terre païenne de la Décapole, le miracle de Jésus tenait lieu d’enseignement. L’expression « il a tout fait bien » pour caractériser de Jésus pourrait être une allusion à la conclusion du premier récit de la création en Gn 1,31 : « Et Dieu vit que ce qu’il avait fait : et tout cela était très bon. » Les gens reconnaissent ainsi implicitement en Jésus le Dieu créateur seul capable de « tout faire bien ». « Il fait écouter les sourds et parler les muets » est une possible allusion à Isaïe 35, un oracle qui renvoie au retour des exilés de Babylone à Jérusalem en passant par la région désertique (qui correspond justement à la région de la Décapole) Le lieu même où a lieu le miracle suggère que celui-ci est l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe : « alors se dessilleront les yeux des aveugles et s’ouvrira les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35,5-6) Respectons-nous toujours les commandements de Dieu. Comment sommes-nous à notre manière des prédicateurs de la bonne nouvelle ? Reconnaissons-nous que Dieu fait bien toutes choses dans nos vies.

Méditation du jeudi :

La guérison comme libération

 

« Puis les yeux levés au ciel, il soupira » l’action de guérison se place dans une logique trinitaire. Jésus, le Fils, lève les yeux vers le ciel, il dirige son regard vers le Père, le Dieu créateur qui lui donne sont pouvoir de guérison. Quant au soupir de Jésus on pt y voir une allusion à l’Esprit Saint. « Soupirer » traduit le verbe grec stenazô. Dans ces autres occurrences dans le Nouveau Testament dans des lettres pauliniennes ce verbe exprime l’idée d’une plainte, d’un gémissement lié au désir de la condition céleste. C’est le cas en Rm 8,23 : « Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoptons et la rédemption de notre corps. » mais aussi en 2 Co 5,2 : « En effet, actuellement, nous gémissons dans l’ardent désir de revêtir notre demeure céleste par-dessus l’autre. » Le soupir, les yeux tournés vers le ciel, paraît indiquer qu’il aspire à la condition céleste non seulement pour lui-même mais pour l’ensemble de l’humanité blessée dont le sourd qui parle mal est en quelque sorte le représentant. La parole de Jésus « Effata » en araméen est traduite en grec par la forme dianochthèti qui est une forme soit passive soit moyenne du verbe dianoigô qui signifie « ouvrir » et qui peut donc se traduire de deux manières. La première traduction possible est sois ouvert ». On aurait alors un passif divin que pourrait suggérer l’attitude de Jésus, soupirant le regard tourné vers le ciel : « sois ouvert [par Dieu] ». la second e traduction est »ouvre-toi » forme moyenne privilégiée par la traduction liturgique. Marc signale ensuite le résultat immédiat de la parole de Jésus. « Ses oreilles s’ouvrirent. Le lien de sa langue se délia et il parlait correctement. Nous avons de nouveau deux formes verbes qui peuvent être soit passives soit moyennes. C’est-à-dire que l’on peut comprendre « Ses oreilles furent ouverts [par Dieu] et le lien de sa langue dut délié [par Dieu]. ces fromes peuvent suggérer une action de Dieu. On peut aussi relever que les deux verbes « ouvrir » et délier » renvoie au vocabulaire de la libération. La guérison du sourd-muet est présentée par saint marc comme une libération. Si l’on met cela en perspective avec l’emploi du verbe stenazô , soupirer, on pourrait interpréter l’ensemble ainsi : Jésus, les yeux levés vers le ciel, se plaint de ce que l’humanité, figurée par le sourd parlant mal, est captive du péché, et il obtient de de son Père sa libération que figurent les oreilles ouvertes et la langue délie du sourd parlant mal. « Les yeux levés vers le ciel il soupira » Est-ce que nous implorons Dieu pour les autres ? « Ouvre-toi » Qu’est-ce qu’il y a de fermé en nous qui ne demande qu’à s’ouvrir ? « Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia ? » qu’est-ce qui nous entrave ? qu’est-ce qui nous tient captif ? nous empêche d’entendre ta parole et de la dire ?

Méditation du mercredi 

les gestes thaumaturgiques de Jésus

 

Le récit de la guérison proprement-dit commence par la mise à l’écart du sourd-bègue Celui-ci est emmené loin de la foule. Jésus, semble-t-il, ne veut pas réaliser le miracle en public Il est soucieux de respecter l’intimité du malade et ne cherche pas la publicité. Vient ensuite la description de la guérison elle-même. Il faut relever le contraste entre la sobriété de la demande « poser la main sur lui » et la description précise des gestes qu’il réalise. Ce que fait Jésus excède de loin la demande qui lui a été faite. D’abord « Jésus « lui met le doigt dans les oreilles » ; Jésus ne se contente pas de rester à la surface du malade « poser les mains sur lui » mais, en quelque sorte il pénètre avec son doigt à l’intérieur du malade par les orifices que sont les oreilles. La surdité est un mal qui affecte non seulement l’extérieur mais aussi l’intérieur de l’homme. On retrouve ici l’opposition dialectique entre l’extérieur et l’intérieur qui structurait l’évangile sur l’impur. Mettre son doigt dans l’oreille de quelqu’un est dans une certaine mesure un geste intrusif. Certes il y a un doigt, si on en croit son nom, qui est destiné à être mis dans oreille, le petit doigt l’auriculaire – dont le nom vient de auris, l’oreille en latin., mais dans son oreille à soi, pas dans celle d’un autre. C’est come si le sourd n’arrivant pas nettoyer son oreille lui-même avec son doigt, Jésus le faisait pour lui. Ensuite Jésus « avec sa salive lui toucha ma langue » en littéralement en grec « ayant craché lui toucha la langue. » Ce geste évoque celui de Jésus dans le récit de la guérison de l’aveugle-né rapporté dans lé ‘évangile selon saint Jean en Jn 9,6 : « Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il l’appliqua sur les yeux de l’aveugle. » Jésus utilise sa propre salive, son propre crachat comme remède : ici la salive de Jésus vient se mélanger à la salie du sourd qui a des difficultés à parler comme si Jésus partageait avec lui sa faculté de parole. Remarquons le choix de Jésus de faire sa guérison en-dehors de la foule. Quand nous faisons de « bonnes actions » sommes-nous soucieux de le faire en toute discrétion ? « Il mit le doigt dans ses oreilles » Quand nous sommes face à des personnes qui souffrent cherchons-nous vraiment à aller aux causes profondes e la souffrance ou nous arrêtons-nous aux apparences ? « Avec sa salive il lui toucha la langue » Sommes-nous prêtes à donner de nous-mêmes – et non pas seulement de notre superflu – pour soulager les autres ?

Méditation du mardi :

La demande de guérison

 

La demande de guérison faite à Jésus est formulée dans des termes identiques que la demande de guérison de l’aveugle de Bethsaïde en Mc 8,22 : « Des gens lui amènent un aveugle et el le supplient de le toucher. » en grec, les verbes employés sont les mêmes pherô pour amener et parakaleô pour supplier et ils sont dans les deux cas employés à la troisième personne du pluriel sans sujet exprimé : “ils” lui amènent l’évangéliste laisse donc dans l’anonymat ceux qui amènent le sourd à Jésus. Le sourd est qualifié de « mal-parlant » mogilalôn en grec, terme qui est traduit en français par la périphrase « qui a du mal à perler ». Ce terme n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament. Le terme est employé en revanche, dans la Septante dans la traduction grecque du livre du Prophète Isaïe en Is 35,6 pour traduire un terme hébreu qui signifie « muet » Il est d’ailleurs possible que saint Marc ait emprunté le terme mogilalôn à ce passage d’Isaïe : il s’agit en effet d’un oracle prophétique annonçant la venue des temps messianiques que paraît accomplir Jésus : « alors se dessilleront les yeux des aveugles et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du meut cirera de joie. » En empruntant ce terme rare à cet oracle d’Isaïe Marc a pu vouloir suggérer que Jésus était celui qui venait accomplir cette prophétie messianique. On peut d’ailleurs se demander quel sens précis saint Marc donne au cet adjectif mogilalôn, « qui a du mal à parler » ou tout simplement « muet ». En effet on put remarquer qu’à la fin de notre texte, saint Marc emploie l’adjectif alalos. On peut dès lors se demander si ce changement de vocable est significatif ou si saint Marc emploie les deux termes comme des synonymes. Les deux épisodes de la guérison du sourd parlante mal en Mc 7,31-37 et de l’aveugle en Mc 8n§22é-26 présentent ’'ailleurs des structures similaires. Dans les deux cas Jésus amène le malade à l’écart, effectue sur lui un geste de guérison élaboré et très_ concret contrastant avec la brièveté de la demande qui lui est faite et recommande de ne pas parler du miracle. On peut relever que les deux cas le miraculé souffre d’une déficience qui nécessite la présence d’intermédiaire entre Lui et jésus. L’aveugle ne peut se rendre de lui-même auprès de Jésus il doit lui être amené, le sourd parlant mal ne peut supplier Jésus lui-même, on doit le faire pour lui. Le, sourd come l’aveugle souffrant d’une déficience en matière de perception. Il s’agit certes d’une déficience physique mais l’on ne peut s’empêcher de rapprocher ces déficiences de la perception e la citation du prophète Isaïe que fait Jésus à propos des foules qui écoutent son enseignement en paraboles en Mc 4,12 : « Ils auront beau regarder de tous leurs yeux ; ils ne verront pas. Ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles ; ils ne comprendront pas. » On peut donc voir dans ce sourd et cet aveugle guéris par Jésus des figures emblématiques des foules qui entendent la parole sans la comprendre et regardent Jésus sans voir les signes qu’il réalise. « Des Gens » » Quels sont les gens qui nous ont conduit ou nous conduisent à Jésus dans notre vie ? Est-ce que nous sommes nous aussi « des gens » qui en amènent d’autres à Jésus ? Ne sommes-nous pas aussi sourds à la parole de Jésus ? N’éprouvons-nous pas des difficultés à dire la parole ?

Méditation du lundi :

le cadre géographique

 

Avant ce récit de miracle proprement dit, notre texte est introduit par une phrase qui assure la transition avec le récit précédent, celui de la guérison de la fille de la Syro-phénicienne. Cette phrase se caractérise par une accumulation de noms de lieux géographiques : “Tyr”, “Sidon”, “mer de Galilée”, “territoire de la Décapole”. Apparemment saint marc paraît soucieux de replacer l’action dans un cadre géographique précis. Mais les choses se gâtent un peu si l’on essaie de constituer l’itinéraire suivi par Jésus. Le territoire de Tyr (dans l’actuel Liban) se situe près la côte méditerranéenne au nord-ouest de la mer de Galilée. Sidon (aujourd’hui Saïda) se situe au nord de Tyr. Il est donc a priori très surprenant que Jésus partant de Tyr pour se diriger vers la mer de Galilée (donc au sud-est de Tyr) passe par Sidon (au nord de Tyr). la mention du territoire de la Décapole est encore plus déconcertante, car cette région se situe à l’est de la mer de Galilée dans le territoire de l’actuelle Jordanie, donc la direction opposé par rapport aux territoires de Tyr et de Sidon. Pour se rendre dans le décapole, à partir de Tyr, le chemin le plus court passe par la mer de Galilée. Il faut en conclure que les indications géographiques données par Marc ne sont pas, très précises. Peut-être marc connaissait-il mal géographie du Proche-Orient. Mais surtout, contrairement à nous, il n’avait pas de carte à sa disposition et n’avait donc pas le moyen de vérifier la pertinence des indications géographiques qui lui été fournies par la tradition. Son propos n’est d’ailleurs probablement pas de nous livrer un itinéraire précis de Jésus tel que nous puissions le suivre sur une carte (qui de toute manière n’existait pas à l’époque). Ces indications géographiques nous apprennent surtout que Jésus, s’éloignant des rives de la mer de Galilée où se situait l’essentiel de son ministère re aborde désormais de terres païennes. Saint marc suggère que venu dans le territoire païen de Sidon, il regagne les rives de la mer de Galilée en traversant exclusivement des territoires païens et tant pis si d’un point de vue strictement géographique ce n’est guère réaliste. Si l’on s’intéresse plus précisément à la mention de la Décapole. On peut remarquer que ce n’est pas la première fois dans l’évangile selon saint Marc que Jésus se rend dans ce territoire. le territoire des Gérsaéniens où il a délivré un démoniaque d’une légion de démons au moyen d’un exorcisme spectaculaire coûtant la vie à un troupeau de porcs se situe en effet dans la Décapole. À la fin de ce récit, marc signale : « Alors l’homme s’en alla, il se mit à proclamer dans la région de la Décapole ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l’admiration. » (Mc 5,20) Le démoniaque guéri est donc le premier « prédicateur » - Marc emploie le verbe kèrussô de la Bonne Nouvelle dans la Décapole et ceci à la demande de Jésus qui lui a donné pour consigne : « Rentre à la maison auprès des teins, annonce-leur to ce que el seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » alors qu’après al noyade du troupeau de porcs les habitants « se mirent à supplier Jésus de quitter leur territoire. » (Mc (,18). Noter évangile marque donc le retour de Jésus dans le territoire de la Décapole. et l’on peut constater que la prédication du démoniaque gérasénien a été couronnée de succès puisque non seulement on ne demande plus à jésus de partir mais des foules sont là pour l’accueillir. Jésus est reconnu comme un guérisseur », un thaumaturge aux dons exceptionnels et on vient lui présenter des malades. L’accumulation des indications topographiques dans ce premier verset nous invite à réfléchir sur les lieux qui marquant notre vie. Quels sont les lieux que nous fréquentons habituellement, qui sont au centre de notre géographie personnelle, nos « mer de Galilée » en quelque sorte ? Quels sont ceux que nous visitons plus rarement ? Quels sont nos rapports avec ceux qui habitent nos périphéries ? Y-a-t-il des lieux où nous avons été mal reçus dont on nous a demandé de partir (comme Jésus de la décapole) et faisons-nous l’effort d’y revenir ?

Méditation du dimanche :

Présentation du texte de l’évangile

 

En ce vingt-troisième dimanche du temps ordinaire, nous poursuivons la lecture de l’évangile selon saint Marc. Nous sommes toujours dans la section de l’évangile comprise entre les deux récits de distribution des pains par Jésus à la foule. Dans celle-ci, jésus quitte les rivages de la mer de Galilée où se déroulait jusque-là l’action de l’évangile pour se rendre en territoires païens dans la région de Tyr où il guérit la fille d’une femme syro-phénicienne (Mc 7,24-30). Notre texte se situe à la suite de ce récit de guérison Alors que jésus regagne les rives du lac de Galilée en parcourant des territoires païens. le récit de la guérison du sourd-muet lu ce dimanche est propre à l’évangile selon saint Marc. Il s’agit là encore d’un récit de gde miracle qui présente une structure assez courante dans l’évangile selon saint Marc : Demande de guérison faite à jésus Description du geste et de la parole thaumaturgique Effets de cette guérison proprement dite La consigne non-respectée de ne pas dévoiler le miracle. On peut notamment rapprocher notre texte d’un autre récit de miracle, celui de la guérison d’un aveugle en Mc 8,22-26. Ces deux récits sont introduits de la même manière. Dans les deux cas les gestes thaumaturgiques de Jésus sont décrits avec précision. En outre ces deux miracles situés de part et d’autre du récit de la deuxième distribution des pains ont un caractère complémentaire : l’un concerne un sourd-muet, l’autre un aveugle, ce sont donc les deux déficiences sensorielles les plus graves qui sont concernées par ces miracles ; l’un se situe en territoire païen, dans la Décapole, l’autre dans une ville galiléenne des bords du lac où se situe l’essentiel du ministère public de jésus, Bethsaïde. Ces deux miracles attestent des capacités thaumaturgiques de jésus capables de faire parler et de faire voir correctement aussi bien les Juifs que les païens