18ème semaine du Temps Ordinaire

Méditer avec l'évangile du dimanche pendant sept jours (par le Fr. Antoine-Frédéric)

Méditation du samedi :

Ouverture

 

Et dire que cette rencontre avec la foule n’aurait pas dû avoir lieu ! Jésus était partie en barque « vers un endroit désert à l’écart ». Ayant appris la mort de Jean le Baptiste il voulait s’isoler. Mais les foules ayant compris là où il voulait aller, elles l’on suivi et même précédé.

Voyant les foules qui l’attendaient sur le rivage Jésus s’est laissé émouvoir, prendre aux tripes par ces gens désemparés qui lui apportaient des malades à guérir. Lorsque le soir approchait Jésus n’a pas écouté la suggestion des disciples qui lui conseillaient de renvoyer la foule. Ils auraient bien voulu être seuls avec Jésus à l’écart. Et puis c’était pour la bonne cause, ces gens avaient faim et l’on n’avait pas de quoi leur donner à manger. Il fallait les renvoyer.

Jésus leur a répondu « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Quand on a vraiment souci des gens dans la détresse, on ne les renvoie pas, on s’efforce de répondre soi-même à leurs besoins comme le fait Jésus en guérissant les malades qui lui sont présentés. Les disciples lui ont répondu qu’ils n’avaient que cinq pains et deux poissons, presque rien. Jésus leur a dit de les lui amener. Les gestes qu’il a faits alors : prendre les pains, prononcer la bénédiction, les rompre et les donner, nous sont bien connus ; ils l’étaient déjà des lecteurs de l’évangile selon saint Matthieu qui pouvaient y reconnaître les gestes que faisaient le président de l’assemblée lorsque la communauté se réunissait pour la fraction du pain. Jésus n’a pas encore institué l’eucharistie mais, selon saint Matthieu, ce sont les mêmes gestes qu’il accomplit dans le même ordre lorsqu’il partage le pain à la foule. C’est déjà un miracle eucharistique auquel sont associés les disciples qui distribuent le pain à la foule. Comme leur avait dit Jésus, ce sont bien eux, placés dans une position d’intermédiaire qui donnent à manger à la foule. Jésus ne se contente pas de nourrir la foule, il la rassasie. « Heureux ceux qui ont faim maintenant ils seront rassasiés » avait promis Jésus dans les béatitudes. Ce rassasiement qui dans les Psaumes ne pouvait être que le résultat de l’action de Dieu voilà qu’il s’accomplit maintenant. Et les douze paniers remplis par les morceaux restant montent qu’au-delà des foules qu’a rencontrées Jésus ce sont les douze tribus, Israël tout entier, qui est rassasié.

Méditer pendant sept jours l'évangile du dimanche (par le Fr. Antoine-Frédéric)

Méditation du vendredi

Festin messianique

 

La fin du texte rapporte les effets de la distribution des cinq pains et deux poissons partagés par Jésus aux foules : « Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » Le verbe « rassasier » (chortazô) est employé par saint Matthieu à quatre reprises dans son évangile, trois fois dans les deux récits de partage et distribution des pains et une fois dans les béatitudes : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice : ils seront rassasiés » (Mt 5,6). Si la version de saint Matthieu précise « faim et soif de justice », le texte des béatitudes selon saint Luc parle simplement de faim : « Heureux vous qui avez faim maintenant, vous serez rassasiés. » (Lc 6,21). On peut donc dire qu’en rassasiant les foules affamées, Jésus accomplit une promesse qu’il avait énoncée dans les béatitudes. Si l’on élargit l’enquête à l'emploi de ce verbe dans la Septante, la version grecque de l’Ancien Testament, on peut remarquer que chortazô (rassasier) est souvent employé dans les psaumes pour désigner une action accomplie par Dieu en faveur de son peuple.

Ainsi en Ps 36,19 il est dit à propos de l’homme juste : « Pas de honte pour lui aux mauvais jours, au temps de famine, il sera rassasié. »

en Ps 80,17, le psalmiste fait parler Dieu qui dit que si son peuple lui était fidèle, « Je le nourrirais de la fleur du froment, je le rassasierais avec le miel du rocher. »

En Ps 106,9, évoquant les merveilles réalisées par Dieu pour les hommes, le psalmiste relève : « il étanche leur soif, il comble de biens (en grec chortazô) les affamés. »

Enfin en Ps 131,15, le psalmiste fait parler le Seigneur qui dit à propos de son peuple : « Je bénirai, je bénirai ses récoltes pour rassasier de pain ses pauvres. »

En rassasiant les foules Jésus accomplit une action promise par Dieu en faveur de son peuple s’il lui était fidèle ; il manifeste donc qu’il est l’agent par lequel Dieu accomplit ce qu’il avait promis à son peuple.

Mais les pains et les poissons distribués par les apôtres font plus que rassasier la foule : il reste un surplus : douze paniers pleins. Le chiffre de douze paraît renvoyer aux douze tribus d’Israël. En ce cas, les douze paniers pleins pourraient signifier qu’il y a du reste pour nourrir les douze tribus d’Israël c’est-à-dire le peuple tout entier. Au-delà des foules présentes lors de ce miracle, c’est Israël tout entier que Jésus nourrit accomplissant la promesse de Dieu à l’égard de son peuple.

 

Méditation du samedi : Ouverture. Et dire que rencontre avec la foule n’aurait pas dû avoir lieu ! Jésus était partie en barque « vers un endroit désert à l’écart ». Ayant appris la mort de Jean le Baptiste il voulait l’isoler. Mais les foules ayant compris là où il voulait aller elles l’on suivi et même précédé. Voyant les foules qui l’attendaient sur le rivage Jésus s’est laissé émouvoir., prendre aux tripes par ces gens désemparés qui lui apportaient des malades à guérir. Lorsque le soi approchait Jésus n’a pas écouté la suggestion des disciples qui lui conseillaient de renvoyer la foule. Ils auraient bien voulu être seuls avec Jésus à l’écart. Et puis c’était pour la bonne cause, ces gens avaient faim et l’on n’avait pas de quoi leur donner à manger. Il fallait les renvoyer. Jésus leur a répondu « Donnes-leur vous-mêmes à manger ». Quand on a vraiment souci des gens dans la détresse, on ne les renvoie pas, on s’efforce de répondre soi-même à leurs besoins comme le fait Jésus en guérissant les malades qui lui sont présentés. Les disciples lui ont répondu qu’ils n’avaient que cinq pains et deux poissons, presque rien. Jésus leur a dit de les lui amener. Les gestes qu’il a faits alors : prendre les pains, prononcer la bénédiction, les rompre et les donner, nous sont bien connus ; ils l’étaient déjà des lecteurs de l’évangile selon saint Matthieu qui pouvaient y reconnaître les gestes que faisaient la président de l’assemblée lorsque la communauté se réunissait pour la fraction du pain. Jésus n’a pas encore institué l’eucharistie mais, selon saint Matthieu, ce sont les mêmes gestes qu’il accomplit dans le même ordre lorsqu’il partage el pain à la foule. C’est déjà un miracle eucharistique auquel sont associés les disciples qui distribuent le pain à la foule. Comme leur avait dit Jésus, Ce sont biens eux, placés dans une position d’intermédiaire qui donnent à manger à la foule. Jésus ne se contente pas de nourrir la foule, il la rassasie. « Heureux ceux qui ont faim maintenant ils seront rassasiés » avait promis Jésus dans les béatitudes. Ce rassasiement qui dans les Psaumes ne pouvait que le résultat de l’action de Dieu voilà qu’il s’accomplit maintenant. Et els douze paniers remplis par les morceaux restant montent qu’au-delà des foules qu’a rencontrées Jésus ce sont les douze tribus, Israël tout entier qui est rassasié.

Méditer pendant sept jours l'évangile du dimanche (par le Fr. Antoine-Frédéric)

Méditation du jeudi :

Un miracle eucharistique

 

Intéressons-nous maintenant au récit du miracle proprement dit. Jésus commence par ordonner à la foule de s’asseoir – ou plutôt de s’étendre d’après le verbe grec ici employé anaklinô qui signifie plus précisément s’étendre pour un repas puisque dans l’Antiquité, on prenait les repas allongés - sur l’herbe.

Deux traits peuvent être ici notés : tout d’abord Jésus fait le contraire de ce que lui avait suggéré les disciples. Au lieu de renvoyer les foules, il leur demande de s’installer confortablement. Ensuite on peut remarquer que le lieu de la rencontre de Jésus et des foules est un lieu désert au sens où il est inhabité mais pas un lieu désertique. Il y en effet de l’herbe à cet endroit. Dans les récits parallèles selon saint Marc et selon saint Jean, il est même précisé que cette herbe est verte. Il est possible que dans le texte de saint Marc où les foules sont présentées comme des brebis sans berger, cette mention de l’herbe verte suggère un rapprochement de Jésus avec le Seigneur berger du Psaume 22 : « Le seigneur est mon berger ; je ne manque de rien, Sur des près d’herbe fraîche, il me fait reposer. »

Matthieu décrit ensuite les gestes de Jésus : il prend (lambanô en grec) le pain, prononce la bénédiction (eulogeô), le rompt (klaô) et le donne (didômi) aux disciples . Or ces quatre verbes se retrouvent dans les trois récits évangéliques d’institution de l’eucharistie selon saint Matthieu (Mt 26,26), saint Marc (Mc 14,22) et saint Luc (Lc 24,30). Il semble donc probable que l'évangéliste a intentionnellement repris dans ce récit du miracle du partage des pains un vocabulaire consacré par l’usage liturgique des premières communautés chrétiennes pour décrire l’eucharistie. L’évangéliste veut donc montrer que le miracle du partage des pains est une préfiguration de l’institution de l’eucharistie.

Toutefois on peut aussi repérer dans notre texte deux éléments qui sont absents du récit de l’institution de l’eucharistie.

- Le premier est le regard porté par Jésus vers le ciel, un élément que l’on retrouve dans les récits parallèles selon saint marc (Mc 6,41) et selon saint Luc (Lc 9,16) ainsi que dans le récit de la guérison d’un sourd-bègue dans l’évangile selon saint Marc (Lc 7,41). Jésus lève les yeux aux ciel juste après avoir pris les pains et les poissons et avant de prononcer la bénédiction et de rompre les pains. Le premier geste de Jésus après avoir reçu les pains et les poissons de ses disciples, est donc de les confier à son Père céleste. À la fin du dialogue avec ses disciples, Jésus leur avait demandé de lui apporter les pains et les poissons. Nous voyons ici que c’était pour les remettre au moins de manière figurée à son Père.

- Le deuxième élément absent du récit de l’institution de l’eucharistie est le rôle d’intermédiaire joué par les disciples entre Jésus et la foule. Si Jésus donne le pain et les poissons aux disciples – ou plutôt leur redonne puisque c’est d’eux qu’il les a reçus – ce sont les disciples qui les distribuent à la foule. Ainsi se trouvent accomplie la parole de Jésus prononcée au début du dialogue précédent : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ce sont les disciples qui nourrissent la foule : il se trouvent ainsi pleinement intégrés à la rencontre de Jésus avec la foule dans une position d’intermédiaire.

Méditer pendant sept jours l'évangile du dimanche (par le fr. A. Frédéric)

Méditation du mercredi :

le dialogue de Jésus avec ses disciples.

 

La deuxième partie de notre évangile est un dialogue entre Jésus et ses disciples. Ce sont les disciples qui en prennent l’initiative. Ils n’avaient pas été jusque-là mentionnés. Ils étaient pourtant bien présents dans la barque avec Jésus puis à ses côtés lorsque celui-ci a débarqué mais ils ne jouaient pas de rôle important. Ils étaient en quelque sorte en marge de la rencontre de Jésus avec la foule. Leur intervention paraît motivée par un souci à l’égard de la foule. Les disciples semblent s’inquiéter que celle-ci n’ait rien à manger : « Renvoie donc la foule qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture. » Pourtant derrière le motif allégué, derrière l’argument des circonstances, le temps et le lieu, qui imposent, de leur point de vue, ce renvoi : « l’endroit est désert et l’heure est déjà avancée », on peut discerner la volonté des disciples de mettre fin à cette rencontre entre Jésus et la foule dont ils se sentent quelque peu exclus. Ils voudraient bénéficier de Jésus pour eux seuls. Pour convaincre Jésus ils allèguent les besoins de la foule mais dans le fond, c’est leur propre désir d’être seuls avec Jésus qui guide leur démarche. La réponse de Jésus « donnez-leurs vous-mêmes à manger » débusque la fausse bonne raison alléguée par les disciples : le souci de la foule n’implique pas de la renvoyer, de mettre fin à sa rencontre avec Jésus. Lorsque l’on se soucie véritablement de quelqu’un on ne cherche pas l’éloigner de soi mais au contraire de répondre soi-même à ses besoins. En même temps, par cette réponse, Jésus propose à ses disciples de jouer un rôle actif dans la rencontre avec la foule. Au lieu de rester cantonnés à un rôle de spectateurs ils sont appelés à prendre en quelque sorte le relais de Jésus en donnant eux aussi quelque chose à la foule. Après que Jésus a guéri les malades de la foule, les disciples sont appelés à la nourrir. L’objection présentée par les disciples : ils n’ont rien – ou si peu – à donner à la foule, comment le peu qu’ils ont pourrait suffire à combler des besoins immenses est suivie de la réponse de Jésus qui clôt ce dialogue. Il leur ordonne de lui apporter ce qu’ils ont suggérant que, par Jésus, le peu qu’ont les disciples peut être transformé pour satisfaire les désirs de la foule.

Lambert Lombard (1506 – 1566), Le Miracle des pains et des poissons, Maison Rockox, Anvers

Méditer sept jours avec l'Evangile du dimanche (par le Fr. Antoine-Frédéric)

Méditation du mardi :

Les entrailles de Jésus

Revenons sur le verbe splagchnizomai « être pris aux entrailles » employé dans notre texte pour décrire le ressenti de Jésus à l’égard de la foule.

Dans la Bible grecque, ce verbe n’est employé que dans les trois évangiles synoptiques selon saint Matthieu (5 occurrences), saint Marc (4 occurrences) et saint Luc (3 occurrences). Le sujet en est le plus souvent Jésus mais il est parfois utilisé pour décrire l’émotion ressenti par un personnage d’une parabole racontée par Jésus (le maître qui a pitié de son serviteur qui lui doit cent mille talents en Mt 18,27, le samaritain qui se laisse émouvoir par l’homme à demi-mort sur la route de Jérusalem à Jéricho en Lc 10,33, le Père à la vue de son fils cadet de retour en Lc 15,20.

Le plus souvent, ce verbe est employé à la troisième personne du singulier, mais Jésus l’emploie à la première personne lorsqu’il s’adresse aux disciples dans le second récit de distribution des pains en Mt 15,32 et Mc 8,2 ;

et, en Mc 9,22, le père du jeune possédé épileptique demande à Jésus « d’être pris aux entrailles » pour eux.

Jésus est souvent « pris aux entrailles » devant des personnes en situation de détresse : le lépreux en Mc 1,41, la veuve de Naïm qui vient de perdre son fils en Lc 7,13, les aveugles à la sortie de Jéricho en Mt 20,34. Dans ces trois exemples l’émotion ressenti par Jésus est le prélude à un miracle qu’il réalise : guérison du lépreux et des aveugles, résurrection du fils de la veuve.

Mais Jésus est aussi pris aux entrailles devant les foules qu’ils rencontrent comme c’est le cas dans notre texte mais aussi en Mt 9,36 et 15,32, ainsi qu’en Mc 6,34 et 8,2. Pour décrire l’état de ses foules pour lesquelles Jésus est pris aux entrailles, saint Matthieu et saint Marc emploient la même expression : « elles étaient comme des brebis sans berger ». Cette expression n’apparaît pas dans notre texte mais on la trouve dans le récit parallèle de saint Marc. Elle suggère le désarroi de cette foule qui suscite l’émotion de Jésus.

Il convient de dire enfin que l’émotion qui « prend aux entrailles » est souvent liée à une perception visuelle comme c’est le cas dans notre texte. Déjà en Mt 9,36 c’est en voyant les foules que Jésus avait pris aux entrailles. Ce lien est systématique dans l’évangile selon saint Luc. C’est en voyant la veuve de Naïm que Jésus est pris aux entrailles, c’est en voyant son fils cadet que le père est pris aux entrailles, c’est en voyant l’homme) demi-mort sur le bord de la route que le samaritain est pris aux entrailles. Ce dernier cas est significatif. Les prêtres et le lévite avaient vu l’homme à demi-mort sur le bord de la route mais ils n’avaient pas été pris aux entrailles. La vue des yeux ne suffit pas. La perception sensorielle est insuffisante si elle ne provoque une émotion intérieure profonde. On pourrait dire qu’on ne voit bien qu’avec ses entrailles. C’est parce que Jésus voit la foule avec ses entrailles qu’il renonce à son projet de s’isoler.

Méditer sept jours avec l'Evangile du dimanche (par le Fr. Antoine-Frédéric)

Méditation du lundi

Jésus du retrait au désert à la rencontre avec la foule.

 

Le récit introductif qui forme la première partie de notre texte nous montre d’abord les mouvements parallèles de deux acteurs, Jésus et la foule (v.13) puis leur rencontre (v. 14). Le v. 13 est formée de deux propositions parallèles, la première ayant Jésus pour sujet, la seconde les foules. Ces deux propositions sont composées des mêmes éléments : elles s’ouvrent toutes les deux par le participe aoriste du verbe « écouter » (akouô) suivi du sujet, d’un verbe de mouvement à l’aoriste, d’un complément indiquant le moyen de se déplacer, et d’un complément de lieu indiquant soit la destination dans la première proposition, soit la provenance dans la seconde.

Derrière cette structure parallèle, on peut néanmoins repérer un certain nombre de contraste entre les deux propositions. Tout d’abord à un sujet au singulier désigné par un nom propre (Jésus) s’oppose un sujet collectif au pluriel désignant un groupe indéterminé (les foules). Le déplacement de Jésus apparaît comme un mouvement volontaire vers un lieu déterminé « un lieu désert, à l’écart ». La répétition de deux expressions de sens voisins « lieu désert » « à l’écart » souligne la volonté déterminée Jésus de « s’isoler ». En revanche le déplacement de la foule est conditionnée par celui de Jésus : « elles le suivent » ; c’est pourquoi Saint Matthieu n’indiquent pas le lieu où elle se rendent : elles vont vers le lieu où Jésus va mais on ne sait pas les lieux d’où elles partent. Enfin Jésus et les foules n’emploient pas le même moyen locomotions, Jésus se déplace en barque, la foule à pied. Le v 13 décrit donc deux mouvements parallèles de Jésus et de la foule qui convergent vers un même lieu.

Le v.14 marque la rencontre de ces deux acteurs. Cette rencontre est décrite du point de vue de Jésus qui est le sujet des différents verbes de cette phrase. Trois verbes conjugués tous à l’aoriste ont pour sujet Jésus : un verbe de perception « voir », un verbe indiquant la prise en compte profonde de ce qui a été perçu : « être pris de compassion » et un verbe d’action « guérir ». Après avoir vu la foule et s’être laissé émouvoir par elle, Jésus renonce à son propos initial de se retirer, de s’isoler pour répondre aux désirs de la foule en guérissant ses malades.

Un terme doit être particulièrement mis en relief dans ce verset, qui permet de rendre compte de ce bouleversement des plans de Jésus. Il s’agit du verbe splagchnizomai traduit en français dans le texte liturgique par l’expression « être saisi de compassion ». Ce verbe est construit sur le nom neutre splagchnon employé le plus souvent au pluriel splagchna qui signifie les entrailles à la fois d’une manière concrète et d’une manière figurée comme siège des émotions. Pour parler familièrement, on pourrait dire que Jésus est « pris aux tripes ». Jésus ne s’en tient pas au plan qu’il avait établi d’avance à son projet de se retirer en un lieu à l’écart, mais il se laisse guider par l’émotion qu’il ressent à l’égard de cette foule.

Ainsi-sommes-nous invités à accepter nous laisser déranger dans nos programmes préétablir, à nous laisser émouvoir par les détresses et es désirs des personnes que nous rencontrons.

Méditer sept jours avec l’évangile du dimanche : dix-huitième dimanche du temps ordinaire année A (Mt 14, 13-21)

 Méditation du dimanche : introduction au texte de l’évangile.

En ce dix-huitième dimanche du temps ordinaire de l’année A, la liturgie nous propose comme évangile dominicale le récit de la première « multiplication » des pains dans l’évangile selon saint Matthieu.

Les quatre évangiles proposent chacun au moins un récit de partage et de distribution des pains à la foule par Jésus ; les évangiles selon saint Matthieu et selon saint Marc en comportent même deux. Traditionnellement ces récits sont désignés par l’expression « multiplication des pains ». Pourtant celle-ci est inexacte. Aucun de ces récits ne comporte le verbe « multiplier ». En revanche tous les récits nous montrent Jésus partageant les pains pour la foule.

D’après les récits des évangiles synoptiques, selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, ce partage a lieu en deux temps : d’abord la fraction des pains par Jésus ensuite leur distribution par les apôtres. L’expression « partage des pains » me paraît donc plus exact pour décrire le contenu de ces récits que l’appellation traditionnelle « multiplication des pains ».

Dans l’évangile selon saint Matthieu, ce premier récit de « partage des pains » est placé à la suite du récit de la mort de Jean le Baptiste. La transition entre les deux récits est assurée au début de notre texte par l’expression « quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste ». En fait, la chronologie de ce chapitre 14 de l’évangile selon saint Matthieu est quelque peu problématique. En, effet au début de ce chapitre, saint Matthieu nous dit qu’Hérode apprenant la renommée de Jésus l’identifie avec Jean le Baptiste ressuscité des morts : « Celui-là, c’est Jean le Baptiste, il est ressuscité d’entre les morts, voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. » (Mt 14,1) Cette réaction d’Hérode suggère que la mort de Jean le Baptiste est un événement passé qui précède la célébrité de Jésus. Le récit de la mort de Jean le Baptiste qui suit est donc un retour en arrière. Or Matthieu enchaîne le récit du premier partage des pains sur ce retour en arrière ce qui fait que le lecteur ne sait pas si ce premier partage des pains a eu lieu avant ou après la réaction d’Hérode concernant Jésus…

Cette « maladresse » de l’évangéliste vient opportunément nous rappeler que les évangiles ne sont pas des récits historiques rapportant les événements de la vie de Jésus selon un ordre strictement chronologique mais des récits théologiques dont le propos essentiel est de nous montrer que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant.

Dans le cas présent la référence à la mort de Jean le Baptiste instaure un parallèle avec Mt 4,12 : « Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira » Dans les deux cas, Jésus apprenant (littéralement entendant puisqu’il s’agit en grec du verbe akouô qui signifie entendre, écouter) une nouvelle tragique concernant Jean le Baptiste, se retire (en grec anachoreô).

La suite du texte nous fait comprendre l’enjeu de ce parallèle. En Mt 4,12-17, alors que l’arrestation de Jean le Baptiste marquait la fin de sa prédication, Jésus prenait le relais en proclamant : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17), soit exactement les mêmes propos que tenaient Jean le Baptiste (Mt 3,1).

Après la mort de Jean le Baptiste, quand Jésus se retire dans un endroit désert, la foule le suit comme elle s’était rendu auprès de Jean le Baptiste dans le désert de Judée (cf. Mt 3,5). L’unité de notre texte est assurée par la présence de trois acteurs : un acteur individuel Jésus et deux acteurs collectifs, les foules et les disciples. Le début de notre texte marque une nette rupture avec ce qui précède le récit de la mort de Jean le Baptiste d’ont les acteurs sont très différents Hérode, Hérodiade, la fille d’Hérodiade et Jean. Dans la suite de notre texte, Jésus renvoie les foules et le récit qui suit, celui de la marche sur les eaux ne concerne que Jésus et les disciples.

Dans notre texte on peut distinguer trois parties en se fondant simplement sur le style employé : style indirect (récit) ou style direct (discours, dialogue) :

La première partie v.13-14 est un bref récit qui introduit les circonstances du miracle

La seconde partie v. 15-18 est un dialogue entre Jésus et les disciples.

La troisième v. 19-21 est le récit du miracle en lui-même.

Les chants de la liturgie du 18ème dimanche du Temps Ordinaire

Chant d'entrée : Deus in adjutorium

Dieu, sois attentif à m’aider !

Seigneur, dépêche-toi de me secourir !

Qu’ils soient confondus et qu’ils aient peur, mes ennemis,

eux qui cherchent noise à ma vie !

Qu’ils fassent demi-tour et qu’ils rougissent de honte,

ceux qui me veulent du mal ! (Ps 69, 2-4)

 

Par-dessus la joyeuse acclamation collective, « unanime », que lançait, comme pour un jour de Dédicace, l’introït du dimanche précédent, celui de ce dimanche, par un retour du balancier vers l’expression d’une prière individuelle, renoue presque littéralement, pour commencer, avec celui du 16ème dimanche : c’est de prompts secours, à nouveau, qu’il est question. Non plus déjà prodigués et suscitant la reconnaissance, mais demandés avec vigueur.

L’appel au secours qui constitue le thème de ce chant est exactement le même, notons-le, que celui sur lequel s’ouvre chaque heure de la liturgie des Heures, de la façon la plus traditionnelle qui soit, puisque aussi bien c’est ce verset du psaume 69 que la tradition ascétique a discerné, au sein de tout le psautier, comme l’apéritif universel et le passe-partout de toute prière :

"Afin donc de vous tenir toujours dans la pensée de Dieu, vous devrez continuellement vous proposer cette formule de piété : Mon Dieu, viens à mon aide ; hâte-toi, Seigneur, de me secourir ! Ce n’est pas sans raison que ce court verset a été choisi particulièrement de tout le corps des Écritures. Il exprime tous les sentiments dont la nature humaine est susceptible ; il s’adapte heureusement à tous les états, et convient en toutes les sortes de tentations. On y trouve l’appel à Dieu contre tous les dangers, une humble et pieuse confession, la vigilance d’une âme toujours en éveil et pénétrée d’une crainte continuelle, la considération de notre fragilité ; il dit aussi la confiance d’être exaucé et l’assurance du secours toujours et partout présent, car celui qui ne cesse d’invoquer son protecteur est bien certain de l’avoir près de soi. C’est la voix de l’amour et de la charité ardente ; c’est le cri de l’âme qui a l’œil ouvert sur les pièges à elle tendus, qui tremble en face de ses ennemis et, se voyant assiégée par eux nuit et jour, confesse qu’elle ne saurait échapper, si son défenseur ne la secourt (…). Ainsi, ce verset doit être notre constante prière : dans l’adversité, pour en être délivrés ; dans la prospérité, pour y être maintenus et préservés de l’orgueil. Oui, qu’il soit l’occupation continuelle de votre cœur ! Au travail, dans vos divers offices, en voyage, ne vous lassez pas de le répéter. Soit que vous mangiez, soit que vous dormiez, dans tous les assujettissements de la nature, méditez-le (…) Vous écrirez ces paroles sur vos lèvres, vous les graverez sur les murs de votre maison et dans le sanctuaire de votre cœur : en sorte qu’elles vous accompagnent comme votre unique refrain, lorsque vous vous prosternerez pour l’oraison, et quand, ensuite, vous vous relèverez pour suivre le train ordinaire de la vie, comme votre constante prière." (Jean Cassien) 

Nous devrions nous étonner davantage de ce que nos actes liturgiques les plus quotidiens, les plus usuels, commencent par un appel au secours, sauf à ce que la doxologie qui le suit immédiatement en exprime l’épanouissement en louange autant que l’exaucement. Toujours est-il que la présence exceptionnelle de ce verset, en ce dimanche, au début de la liturgie eucharistique, invite à penser la fragilité humaine comme l’assise irremplaçable de toute action liturgique et à envisager son assomption dans la dynamique sacramentelle.

L’eucharistie « table » sur la faiblesse, pourrait-on dire. C’est ce qu’exprime avec un bonheur particulier une hymne de la Fête-Dieu, attribuée à Thomas d’Aquin :

Dedit fragilibus corporis ferculum,

dedit et tristibus sanguinis poculum,

dicens : « Accipite quod trado vasculum ;

omnes ex eo bibite. »

 

« Il a donné à des êtres fragiles le mets de son corps,

il a donné à des êtres tristes la coupe de son sang,

en disant : "Recevez la coupe que je vous passe 

et buvez-en tous." »

 

Il n’est pas jusqu’à l’épiclèse eucharistique et à la descente de l’Esprit pour la sanctification conjointe des oblats et des offrants qui ne soient une réponse à ce préliminaire qu’est l’appel au secours : "Pareillement l’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous…" (Rm 8, 26).

Le pain – le vrai pain – ne vient jamais qu’à ceux qui crient famine.

Benedicam Dominum in omni tempore, Graduel de la 18ème semaine du Temps Ordinaire

Je bénirai le Seigneur en tout temps

Sa louange toujours sur mes lèvres

Mon âme louera le Seigneur,

que les pauvres m'entendent et soient en fête. Ps 33, 2-3

Alleluia, Domine Deus salutis meae

Dieu de mon salut, je crie le jour et la nuit devant toi.

La soif du don de Dieu nous fait crier vers lui. Ainsi notre coeur assoifé est prêt à le recevoir. Cet alléluia nous ouvre à l'écoute de l'Evangile du partage des pains.

Offertoire : Precatus est

Moïse pria en présence du Seigneur son Dieu et il dit :

Pourquoi, Seigneur, t'irriter contre ton peuple ? 

Calme ta colère : souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et de Jacob à qui tu as juré une terre où coule le lait et le miel.

Et le Seigneur se repentit du mal qu'il avait déclaré vouloir faire à son peuple. (Exode 32, 11....14)

Cet offertoire poignant avec la répétition par deux fois du 1er verset évoque la terre où coule le lait et le miel telle que Dieu l'a promise à son peuple. C'est la terre eucharistique dont nous bénéficions.

Moïse en rappelant cette promesse à Dieu tente de calmer l'intention que ce dernier a à l'égard de son peuple qui vient de le trahir en se fabriquant une idole dans le désert comme nous-mêmes en sommes aussi capables.

Communion : Panem de caelo

Seigneur, tu nous as donné le pain du ciel

un pain aux multiples saveurs qui comble tous les goûts, (Sagesse 16, 20)

Ce texte de la Sagesse rappelle le don de la Manne au désert en laquelle nous reconnaissons la figure de l'eucharistie. En communion, nous chantons notre foi en ce pain de vie.

Lève-toi, Il t'appelle

Prière des Heures

Pour l'ensemble des Offices, cliquez sur ce lien pour trouver les textes des hymnes, des psaumes, des lectures et des prières : AELF-Les Heures

 

Liturgie des Heures

Ouverture de l'office au début de la journée

Complies

Office de Complies

 

Dieu, viens à mon aide,

Seigneur, à notre secours

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit

pour les siècles des siècles. Amen. Alléluia

 

Iesu redemptor sæculi,

Verbum Patris altissimi,

lux lucis invisibilis,

custos tuorum pervigil.

Jésus, sauveur du monde,

Verbe du Père Très-Haut,

lumière de l'invisible lumière,

gardien vigilant des tiens.

 

S 2 Tu fabricator omnium

discretor atque temporum,

fessa labore corpora

noctis quiete recrea.

Créateur du monde

qui régles la succession des temps,

refais, par le repos de la nuit,

nos corps épuisés de travail.

 

S 3 Qui frangis ima tartara,

tu nos ab hoste libera,

ne valeat seducere

tuo redemptos sanguine.

Toi qui brises les profondeurs de l'enfer,

libère-nous de l'ennemi.

qu'il ne parvienne pas à séduire

ceux que tu as rachetés de ton sang.

 

S 4 Ut dum gravati corpore

brevi manemus tempore,

sic caro nostra dormiat

ut mens soporem nesciat.

Ainsi, pendant que notre corps

restera appesanti pour peu de temps,

notre chair dormira,

mais notre âme ignorera le sommeil.

 

S 5 Iesu, tibi sit gloria,

qui morte victa praenites,

cum Patre et almo Spiritu,

in sempiterna saecula. Amen.

À toi, Jésus, soit la louange,

glorieux vainqueur de la mort

louange au Père et à l'Esprit

à travers les siècles sans fin ! Amen

Psaume 4 Quand je crie, réponds-moi, toi, mon Dieu, qui es juste. Toi qui desserres mon angoisse, pitié ! - Écoute ma prière ! Vous, les fils d'hommes ! jusques à quand cet outrage à ma gloire ? cet attrait pour des riens, cette course aux idoles ? Sachez-le bien : † le Seigneur discerne qui lui est fidèle ; le Seigneur écoute quand je crie vers lui. Tremblez ! - Ne péchez plus ! Pendant votre repos, réfléchissez, faites silence ! Présentez au vrai Dieu vos sacrifices et mettez votre foi dans le Seigneur ! On dit souvent : « Qui nous fera voir le bonheur ? Fais lever sur nous la lumière de ta face! Seigneur ! Tu mets dans mon coeur plus de joie que n'en donnent jamais ni moisson, ni vendange. Je pourrai me coucher et m'endormir en paix ; toi seul, Seigneur, tu me fais vivre en sûreté.

Psaume 90 (h 91) Caché à l'ombre du Très-Haut, dans la demeure du Tout-Puissant, Je dis au Seigneur : « Mon rempart, mon refuge ! Mon Dieu en qui je me fie ! » Il te sauvera du filet du chasseur et de la peste meurtrière. De ses ailes, il te couvrira, † et là, tu trouveras ton refuge ; * sa fidélité sera ton armure. Tu ne craindras ni l'horreur des ténèbres, ni la flèche tirée en plein jour, ni la peste qui rôde la nuit, ni le mal attaquant à midi. Qu'il en tombe mille à ta gauche ! † qu'il en tombe dix mille à ta droite ! * Toi, tu resteras hors d'atteinte. Il suffit que tu ouvres les yeux ; tu verras le sort des impies. N'as-tu pas dit : « Seigneur, mon refuge ! » et choisi pour abri le Très-Haut ? Nul malheur ne peut fondre sur toi, nul fléau n'atteindra ta demeure. Il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies. Eux-mêmes te soutiendront de leurs mains, de peur que ton pied ne bute à la pierre. Tu pourras marcher sur l'aspic et la vipère, et terrasser le lion et le dragon. Il s'attache à moi ; je le délivre ! il honore mon Nom ; je le mets à l'abri ! Qu'il m'appelle ! Et moi, je répondrai ; dans la détresse, je serai avec lui. Je veux le délivrer, le glorifier ; † de longs jours, je veux le rassasier ; * je lui donnerai de voir mon salut.

Psaume 133 (h 134) Voici l'heure ! - Bénissez le Seigneur, tous ensemble, serviteurs du Seigneur ! Vous qui veillez dans le temple du Seigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu. Élevez les mains devant le sanctuaire ! Durant les nuits, bénissez le Seigneur ! De Sion, que ton Dieu te bénisse, lui qui a fait le ciel et la terre !

Lecture

Verset :

Garde-nous comme la prunelle de l'oeil, Alléluia.

A l'ombre de tes ailes, cache-nous, alléluia.

Cantique de Syméon

Antienne : Sauve-nous, Seigneur, quand nous veillons, garde nous quand nous dormons, que nous veillons avec le Christ et reposions en paix.

Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur, s'en aller en paix selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face des peuples, lumière qui se révèle aux nations et gloire d'Israël, ton peuple.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles des siècles. Amen.

Sauve-nous, Seigneur.....

Oraison - Benediction

Regina caeli, laetare, alléluia,

quia quem meruisti portare, alléluia.

Resurrexit sicut dixit, alleluia ;

ora pro nobis Deum, alleluia.

Les Psaumes, Audio-livre, Edtions Saint-Léger, http://saintlegerproductions.fr/Les-psaumes/Les-Psaumes.html