Pâques

Chants du 2ème dimanche de Pâques

Présentation

Ce deuxième dimanche de Pâques est appelé dans les Eglises orientales "Dimanche de Thomas" en raison de l'Evangile de ce jour. Dans l'Eglise latine, il est aussi celui de la Miséricorde. Il est encore celui qui honore spécialement les nouveaux baptisés de Pâques considérés comme des nouveaux-nés desquels on prend le plus grand soin (c'est le sens du chant d'entrée : "Quasimodo, Comme des enfants nouveaux-nés")

Le graduel après la première lecture se présente comme un alléluia évoquant le jour de la résurrection et l'Alléluia évoque la scène de la manifestation du ressuscité huit jours après, au moment où justement Thomas va faire l'expérience de la foi.

L'offertoire nous met en présence du tombeau où les anges viennent nous visiter.

Et la communion, comme il se doit, reprend le dialogue de Thomas et de Jésus.

Nous sommes donc dans l'ambiance du jour de Pâques, mais enrichi des manifestations du Christ ressuscité tout au long de la semaine qui à suivi sa résurrection. Accueillons dans la foi ce don de Dieu et laissons nous toucher coeur à coeur par sa miséricorde en communion avec tous les baptisés de Pâques.

Introït

Comme des enfants nouveaux-nés, alléluia, en vrais spirituels, soyez avides de lait pur, alléluia.
V/.Criez de joie devant Dieu, notre secours, acclamez le Dieu de Jacob (1 Pierre 2, 2)

Graduel

Le jour de ma résurrection, dit le Seigneur, je vous précéderai en Galilée. (Mt 28, 7)

Alleluia

Huit jour plus tard, toutes les portes closes, Jésus se tint au milieu de ses disciples, et il leur dit : « La paix soit avec vous » ! (Jean 20, 26)

Offertoire

L'ange du Seigneur descendit du ciel et dit aux femmes : « Celui que vous cherchez est ressuscité comme il l'avait dit », alléluia. (Mt 28, 2, 5, 6)

Communion

« Avance ta main et mets là à l'endroit des clous, alléluia, et ne sois plus incrédule, mais croyant, alléluia » (Jn 20, 27)

Méditer sept jours

 

avec l’évangile du dimanche

 

(par le Fr. Antoine-Frédéric)

Dimanche de la Divine Miséricorde

Jn 20,19-31 

Méditation du mardi :

envoi en mission et don de l’esprit

 

La deuxième parole de Jésus est introduite par la reprise de la formule « La paix soit avec vous. » Jésus établit un parallèle entre son propre envoi par le Père et l’envoi des disciples par lui-même. La traduction liturgique emploie à deux reprises le même verbe « envoyer » en français alors qu’en grec deux verbes différents sont employés apostellô pour désigner l’envoi de Jésus par le Père et pempô pour désigner l’envoi des disciples par Jésus. Ces deux termes sont l’un et l’autre très courants dans l’évangile selon saint Jean et employés principalement par Jésus lui-même pour définir sa mission. Pourtant à y regarder de près on peut discerner une nuance dans l’usage de ces deux termes. On peut en effet remarquer que le verbe pempô est souvent employé au participe actif pour désigner le Père « comme celui qui envoie » (Jn 1,13 ; 4,34 ; 5,23.24.30.37 ; 6,38.39.44 ; 7,16.18.28.33 ; 8,16.18.26.29 ; 9,4 ; 12, 44,45,49 ; 13,20 ; 15,21 ; 16,5) alors que le verbe apostellô lorsqu’il est employé, beaucoup plus rarement au participe l’est au passif pour désigner « celui qui est envoyé » (Jn 1,24 ; 3,28). En d’autres termes, le verbe pempô met l’accent sur celui qui qui envoie et le verbe apostellô sur celui qui est envoyé. Dans notre texte Jésus met donc l’accent sur lui-même à la fois comme « envoyé du Père » et comme celui qui envoie les disciples. On pourrait traduire : « Comme je suis l’envoyé du Père, c’est moi aussi qui vous envoie ». Jésus occupe donc une place centrale, indispensable, c’est lui qui permet d ‘établir la relation entre le Père et les disciples. Comme il l’a affirmé lors de son dernier entretien avec ses disciples après le lavement des pieds : « Moi, je suis la vérité le Chemin et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Dans la perspective de saint Jean, la mission des disciples apparaît comme un prolongement de celle de Jésus lui-même ce dont rend compte l’image du plant de vigne employée par Jésus lors de son dernier entretien. Reprenant la comparaison développée dans le psaume 79 d’Israël comme un plant de vigne qui étend ses serments jusqu’à la mer, Jésus se présente comme étant lui-même le vrai plant de vigne dont les disciples sont les sarments. Dans la vision johannique de la mission, le disciple doit rester organiquement attaché à celui qui l’a envoyé comme Jésus est resté étroitement attaché à son Père.

Envoyant ses disciples en mission, Jésus leur donne le pouvoir de remettre et de maintenir les péchés. D’une manière surprenante l’expression « remettre les péchés » ne figure qu’ici dans l’évangile de saint Jean. Le quatrième évangile ignore la scène décrite dans les évangiles synoptiques où Jésus s’adresse à un paralytique apporté devant lui sur un brancard en lui disant « Tes péchés sont pardonnés » puis, devant les murmures des scribes et des pharisiens, guérit le paralytique pour montrer que « le Fils de l’homme a reçu le pouvoir sur la terre de remettre les péchés » (Mt 9, 1-9 ; Mc 2,1-12 ; Lc 5,17-25). Toutefois dans la première lettre de Saint Jean l’apôtre précise que c’est au nom de Jésus que les péchés sont remis. La faculté accordée aux disciples de remettre ou de maintenir les péchés se situent donc bien dans le prolongement de ce qu’avait manifesté Jésus au cours de son existence terrestre. Pour l’évangéliste Jean, la mission des apôtres envoyé par le Fils n’est rien d’autre que le prolongement de l’œuvre accomplie par le Fils envoyé par le Père.

Jésus souffle sur ses disciples avant de leur dire « Recevez l’Esprit Saint. » La venue de l’Esprit Saint avait déjà été annoncée par Jean le Baptiste au début de l’évangile selon saint Jean en Jn 1, 23 lorsqu’il avait désigné celui qui viendrait après lui comme « celui qui baptise dans l’Esprit saint. ». Elle avait été surtout promise par Jésus lors de son dernier entretien avec ses disciples après le lavement des pieds en Jn 14,26 « mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » Si l’expression « Esprit Saint » n’apparaît qu’une seule fois en ce dernier entretien, le même Esprit y est qualifié à trois reprises « d’esprit de vérité » (Jn 14,17 ; 15,26 ; 16,13) et quatre fois de « Défenseur » (parakletos) en Jn 14,16.27, 15,26 ; 16,7. L’envoi de cet Esprit Saint est attribué à l’action conjointe du Père et du Fils décrite de deux manières différentes :: « que mon Père enverra en mon nom » en Jn,14,26 et « « que moi, je vous enverrai d’auprès du Père » en Jn 15,26. La venue de cet Esprit Saint n’est possible qu’après la mort et la glorification comme le signale l’évangéliste dans un commentaire qu’il donne d’une parole prononcée par Jésus lors de la fête des Tentes en Jn 7,39 : « en effet , il ne pouvait y avoir l’Esprit puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié » et comme Jésus le déclare à ses disciples lors de son dernier entretien avec eux : « il vaut mieux que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas le Défenseur ne viendra pas à vous ». Revenant d’auprès de son Père pour se manifester auprès de ses disciples, au terme de jour un de la semaine qui est celui de sa glorification, Jésus leur apporte le don promis de l’Esprit Saint. Il manifeste concrètement ce don en leur soufflant dessus. Le verbe grec traduit par « souffler dessus » (emphusaô) est riche d’harmoniques vétérotestamentaires. C’est en premier lieu le verbe employé au chapitre 2 de la Genèse pour désigner l’action de Dieu donnant au premier homme son souffle de vie « il insuffla dans ses narines le souffle de vie » (Gn 2,7) mais ce verbe est aussi employé - du moins dans la traduction grecque qui diffère ici du texte hébreu - dans le récit de la récit de la résurrection du fils de la veuve de Sarepta par le prophète Élie en 1 R 17,21 « et il souffla trois fois sur le jeune enfant » et au livre d’Ézékiel, dans la vision des ossements desséchés où le Seigneur demande au prophète d’invoquer l’Esprit pour qu’il « souffle sur ces morts » (Ez 37,9). Ce verbe est donc employé pour décrire le don du souffle de vie à la fois dans le second récit de la création et dans deux récits de résurrection. Il nous invite à interpréter ce don de l’Esprit Saint aux apôtres à la fois comme un nouvelle Création et comme une résurrection.

Méditation du lundi :

Apparition de Jésus

 

Cette première partie de la section narrative de notre évangile est la seule qui ait un parallèle dans un autre évangile en l’occurrence celui de saint Luc. Même s’ils présentent de nombreuses différences les deux récits comportent de remarquables points communs. Tout d’abord la structure générale est la même : ils comprennent tous les deux d’une part un récit d’une manifestation de Jésus aux disciples (Jn 20,19-20// Lc 24,36-43) et d’autre part un envoi en mission de ses mêmes disciples par Jésus (Jn 20,21-23// Lc 24,44-49). Ce sont les deux récits d’apparition qui présentent le plus de points communs. Dans ces deux récits Jésus est « présent au milieu des disciples », littéralement en grec dans les deux textes « se tient debout au milieu d’eux », les salue par la formule « La paix soit avec vous », leur montre ses mains et une autre partie de son corps (le côté selon saint Jean, les pieds selon saint Luc) et cette apparition provoque la joie des disciples. Ces nombreux points communs suggèrent que les deux évangélistes s’inspirent d’une tradition commune. Parmi les différences on peut relever que le récit de saint Jean ignore totalement le motif du doute des apôtres très présent dans le récit selon saint Luc. Mais cette absence pourrait s’expliquer par le fait que saint Jean a en quelque sorte réservée le motif du doute au seul personnage de Thomas. Si l’on compare l’ensemble de notre évangile au récit selon saint Luc on retrouve bien le motif du doute à travers la figure de Thomas et, dans les deux cas, l’ordre donné par Jésus de le toucher.

Examinons maintenant les deux éléments de cette première partie d’abord la manifestation de Jésus aux disciples ensuite l’envoi en mission. L’apparition de Jésus proprement dite est décrite au v. 19-20 ; elle est d’abord située dans le temps « le premier jour de la semaine ». Et dans l’espace « alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs. ». La précision temporelle « le premier jour de la semaine » renvoie au premier verset du chapitre 20 qui débute par la même expression « le premier jour de la semaine ». Dans les quatre évangiles la visite des femmes aux tombeau est située le matin du « premier jour de la semaine ». Jean est le seul évangéliste à reprendre l’expression « premier jour de la semaine » pour situer l’apparition de Jésus aux disciples. Par là il souligne l’unité de ce « premier jour de la semaine », premier jour d’une création nouvelle où Jésus se manifeste à Marie-Madeleine puis à ses disciples. La précision concernant le lieu est surprenante. Saint Jean ne nous dit pas où se trouvent les disciples mais seulement que les portes de l’endroit sont verrouillées. Saint Jean précise le motif de la fermeture des portes : « la peur des Juifs. » Cette expression « peur des Juifs » se rencontre à trois autres reprises dans l’évangile en Jn 7,11 où la foule n’ose pas parler ouvertement de Jésus « par peur des Juifs » ; en Jn 9,22 où les parents de l’aveugle de naissance refusent de se prononcer sur la cause de la guérison de leur fils « parce qu’ils avaient peur des Juifs » et enfin en Jn 19,38 à propos de Joseph d’Arimathie « qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs. ». La « peur » ou la crainte des Juifs » est explicitée ainsi en Jn 9,22 : « En effet ceux-ci [les Juifs] s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. » La « peur des Juifs » empêche de confesser publiquement le Christ. Cela suggère que les disciples sont réunis au nom du christ et que c’est pour cela que les portes sont fermées.

Jésus vient et se tient au milieu des disciples. La venue de Jésus alors que les portes sont closes a beaucoup intrigué les commentateurs qui ont essayé d’y voir un indice pour comprendre la nature du corps de Jésus ressuscité à la fois matériel puisque Thomas peut le toucher et semblant échapper aux lois de la physique puisqu’il entre alors que les portes sont verrouillées. Je ne suis pas sûr que de telles spéculations aient vraiment fait partie des préoccupations de saint Jean. L’entrée de Jésus « portes verrouillées » nous paraît plus simplement reproduire, de manière inversée si l’on peut dire la résurrection. En ressuscitant Jésus en effet a quitté un espace clos celui du tombeau. Sa capacité à entrer dans un espace clos atteste en quelque sorte sa condition de ressuscité. On peut relever, que de manière paradoxale, c’est Jésus, qui est mort mais, ressuscité, qui vient dans l’espace clos où se trouve les disciples ; il se comporte en quelque sorte comme un vivant alors que les disciples bien vivants mais paralysés par la peur sont comme des morts qui ne quittent pas le lieu clos où ils se trouvent. Ce texte a bien sûr une résonnance particulière dans le temps de confinement que nous vivons. L’expérience du confinement a quelque chose d’un ensevelissement vivant. Et Jésus apparaît comme celui qui vient nous rejoindre dans cette condition particulière.

La manifestation de Jésus aux disciples est décrite par l’emploi d’un verbe « venir » (en grec erchomai) et d’une expression « se tenir au milieu » (histemi eis to meson). Or cette expression et ce verbe se trouvent dans la présentation que fait Jean le Baptiste de celui qu’il annonce en Jn 1,26-27 : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, c’est lui qui vient derrière moi ». Comme l’avait annoncé Jean le Baptiste Jésus est celui qui vient et se tient au milieu. On peut remarquer que le verbe « se tenir » (histemi) rendu dans la traduction liturgique par le simple verbe « être » signifie littéralement « être debout ». Il me semble que ce sens précis devrait être préféré dans le cas présent car la caractéristique de Jésus est qu’il s’est relevé (anistemi) qu’il est de nouveau debout après avoir été mort.

Jésus s’adresse aux disciples en leur disant « la paix soit avec vous » Cette formule eirènè humin peut être considéré comme la traduction de la formule hébraïque shalom aleirem qui est la manière habituelle de se saluer. On peut d’ailleurs remarquer que Jésus ressuscité s’adresse à ceux qu’ils rencontrent en les saluant tout simplement soit par la formule « La paix soit avec vous » (Jn 20,19 ; Lc 24,36) soit par la formule « Réjouissez-vous » (Mt 28,9). D’un autre côté, dans son dernier discours à après le lavement des pieds, Jésus avait à deux reprises évoqué la paix en Jn 14,27 tout d’abord : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » et, en conclusion du discours en Jn 16,33 :  « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » Jésus s’est donc présenté dans son dernier discours comme la source de la paix véritable, le seul capable de lever les peurs et les angoisses inhérentes à la condition du disciple dans le monde. Dans notre texte, il confirme les propos de son dernier discours en apportant la paix aux disciples enfermés dans leur peur.

Les propos de Jésus sont accompagnés d’un geste : il montre aux disciples ses mains et son côté. On peut relever que le geste décrit par saint Jean est un peu différent de celui rapporté par saint Luc qui parle des mains et des pieds ; la mention du côté renvoie en effet au coup de lance donné par le soldat en Jn 19,34 : « mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » un élément qui n’est mentionné que dans l’évangile selon saint Jean. La réaction des disciples est la joie, ce qui accomplit là encore une parole de Jésus prononcé lors de son dernier discours après le lavement des pieds en Jn 16,20-22 : "Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamentez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cour se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera." L’intérêt de ce passage, est qu’il permet de proposer une autre interprétation du « confinement » des disciples dans la pièce aux portes fermées. L’expérience de la mort et de la résurrection de Jésus y est en effet implicitement comparée à une naissance. Or le ventre de la mère est bien le premier espace clos dans lequel se trouve chaque homme avant sa naissance. Le temps avant la naissance est en quelque sorte l’expérience primordiale du confinement. Dès lors la venue de Jésus apparaît comme le signe de la délivrance de la possibilité de sortir de cet espace clos pour naître au monde. De ce point de vue, il est significatif que la manifestation de Jésus à ses disciples soit suivie d’un envoi en mission.

Méditation du dimanche : Présentation du texte de l’évangile

En ce deuxième dimanche de Pâques, fête de la miséricorde divine, la liturgie nous propose chaque année la lecture d’un passage de l’évangile de saint Jean où est notamment rapportée l’apparition, huit jours après Pâques, de Jésus aux disciples en présence de Thomas alors qu'il était absent lors de la première apparition de Jésus aux disciples, le soir de Pâques.

Le texte qui nous est proposé ne contient toutefois pas seulement le récit de cette seconde apparition aux disciples huit jours après Pâques, mais aussi celui de la première apparition le soir de Pâques ainsi que la première conclusion de l’évangile selon saint Jean. L’ensemble peut paraître quelque peu hétérogène puisque nous avons une longue section narrative (v 19 à 28) et une brève section discursive qui paraît être la conclusion non pas de notre texte mais de l’ensemble de l’évangile (v. 30-31).

Comment expliquer alors le découpage choisi ? Il me semble que d’une certaine manière, l’ensemble du texte peut être pris comme une conclusion de l’évangile selon saint Jean. On peut relever qu’au v. 21 Jésus envoie ses disciples en mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. ». Or l’envoi en mission des disciples se retrouve à la conclusion des quatre évangiles (cf. Mt 28,19 ; Mc 16, 14-18 ; Lc 24,48). On notera aussi qu’au v. 28 la confession de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Cette confession est importante puisqu’elle montre un disciple qui a en quelque sorte assimilé le point essentiel de l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean : l’unité du Père et du Fils. En confessant Jésus comme Dieu, Thomas reconnaît l’unité du Père et du fils. L’ensemble de notre texte présente donc les caractéristiques d’une conclusion de l’évangile puisqu’il montre l’appropriation par les disciples du moins par l’un d’entre eux de l’enseignement de Jésus La section narrative quant à elle peut être découpée en trois scènes prenant pour critère les personnages qui apparaissent. Une première partie met en scène d’une part Jésus, d’autre part le groupe des disciples dont la composition n’est pas précisée (v. 19-23). La seconde partie met en scène le groupe des disciples et un personnage absent lors de la première scène, Thomas (v. 24-25). Enfin la troisième scène regroupe l’ensemble des personnages, Thomas, le Groupe des disciples et Jésus (v. 26-29). On peut relever dans la troisième des reprises d’éléments empruntés aux deux premières scènes. Les mentions des portes verrouillées, de la venue de Jésus et de sa présence au milieu des disciples ainsi que sa parole « la paix soit avec vous » sont repris de la première scène. S’adressant à Thomas Jésus reprend les propos que celui-ci avait tenus aux autres disciples dans la deuxième scène. Ces reprises assurent l’unité de l’ensemble de la section narrative. Examinons maintenant plus en détail chacune des quatre scènes narratives et la conclusion discursive de l’évangile.

Vigile pascale

 

Mc 16,1-7

Méditation du samedi :

Qu’est-ce que la résurrection ?

 

Qu’est-ce que cet évangile nous apprend de la résurrection ? Il me semble qu’à partir de ce texte on peut formuler quelques hypothèses sur ce qu’est et ce que n’est pas la résurrection.

Tout d’abord la résurrection n’est pas un embaumement. En se rendant au tombeau, le lieu du souvenir, les saintes femmes voulaient embaumer Jésus ; elles voulaient le préserver intact dans leur souvenir. Peut-être pensaient-elles que c’était cela la résurrection, le relèvement des morts que Jésus avait annoncé à ses disciples. Mais elles ne trouvent pas Jésus là où elles ont vu qu’il avait été déposé. Elles ne peuvent donc réaliser leur projet.

La résurrection est l’ouverture du tombeau. Le tombeau que Joseph d’Arimathie avait pris soin de clore d’une grosse pierre à la fois pour éviter que l’on dérobe le corps de Jésus et pour bien marquer la séparation entre la mort et la vie se retrouve ouvert, la pierre ayant été mystérieusement roulée. La séparation entre la mort et la vie n’est désormais plus définitive et le tombeau de Jésus n’est plus le domaine de la mort mais un lieu d’où découle la vie.

La résurrection est aussi une présence inattendue. Le tombeau dans lequel entre les saintes femmes n’est pas vie. Mais celui qu’elles y trouvent n’est pas celui qu’elles attendaient. Ce n’est pas Jésus mort qu’elles rencontrent dans le tombeau mais un jeune homme anonyme bien vivant qui leur parle de Jésus.

La résurrection ne débouche pas sur un état identique à celui d’avant. Elle assume le passage par la mort désormais constitutif de l’identité du ressuscité. Jésus n’est plus seulement identifié comme Jésus de Nazareth d’après son lieu d’origine mais il est aussi Jésus le crucifié d’après le supplice qu’il a subi et qui marque sa chair de ressuscité.

La résurrection, c’est aussi voir Jésus, ce qui est promis aux disciples, mais cette promesse ne se réalise qu’au terme d’un parcours qui suppose d’abord de croire aux paroles de ce jeune homme dont l’identité reste mystérieuse. Pour croire à ces paroles il est donc nécessaire d’y reconnaître les propos tenus par Jésus à ses disciples avant son arrestation dont le caractère prophétique a été prouvée par la défaillance même des disciples lors de cette arrestation. Croire à ces paroles suppose donc pour les disciples assumer leur propre défaillance. Voir Jésus ressuscité suppose donc de quitter le tombeau, l’enfermement des disciples dans leur échec, à suivre Jésus jusqu’au bout pour retourner vers la Galilée vers le lieu de la proclamation de la Bonne Nouvelle.

Car la résurrection est finalement proclamation de l’Évangile de Dieu, de la bonne nouvelle, Jésus est fils, Dieu, Jésus est ressuscité, élevé auprès de son père. c’est désormais dans la proclamation de cette bonne nouvelle qui s’étend au monde entier, que Jésus est vraiment vivant.

Méditation du vendredi :

La nouvelle mission qui leur est confiée.

 

Le jeune homme confie aux saintes femmes un nouvelle mission : dire une parole aux disciples. Il convient que ces saintes femmes avaient tenu jusque-là un rôle silencieux. Elles avaient suivi et servi Jésus en Galilée puis étaient montées à sa suite à Jérusalem. Elles avaient assisté à la crucifixion et à la mise au tombeau, avaient acheté des aromates et s’étaient rendues au tombeau. Aucune de ces actions n’impliquaient une prise de parole publique. Ici les femmes se retrouvent envoyées par le jeune homme et se voient confier une parole à répéter. Elles deviennent des apôtres. Leur mission consiste à dire une parole à Pierre et aux disciples. La formule « Pierre et les disciples paraît renvoyer à la discussion qui avait suivi le dernier repas. Devant l’annonce par Jésus de la chute des disciples, Pierre avait affirmé « Même si tous viennent à tomber moi je ne tomberai pas. » (Mc 14,29) puis avait repris de plus belle » même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » (Mc 14,31) propos que tous les disciples avaient repris « Et tous en disaient autant. » Or, lors de l’arrestation de Jésus, c’est le contraire qui s’est passé puisque « les disciples l’abandonnèrent et s’enfurient tous » (Mc 14,50). Pierre avait certes suivi à distance mais interrogé, dans la cour de la maison du grand-prêtre sur le point de savoir s’il connaissait Jésus, il avait nié par trois fois, comme Jésus le lui avait annoncé.

En demandant aux femmes d’aller trouver Pierre te les disciples, le jeune homme paraît indiquer que Jésus ne leur tient pas rigueur de leurs défaillance, abandons ou reniements. La formule « il vous précède en Galilée » renvoie justement à Mc 14,28 où après avoir annoncé la défaillance de ses disciples, Jésus suggérait qu’elle pourrait être surmontée après sa résurrection. Mais le jeune homme ajoute un élément absent de Mc 14,28 « Là vous le verrez ». Jésus ressuscité n’est donc pas invisible mais, pour le voir, un déplacement est nécessaire. Ce n’est pas dans le tombeau où l’on a déposé et enfermé son corps qu’il est visible mais en Galilée, là où a commencé sa mission et sa vie publique. On peut interpréter aussi ce retour en Galilée comme un retour à leur foi première en Jésus en revenant en-deçà de leur reniement. On peut noter que « voir Jésus » se place à la fin d’un processus qui nécessite d’avoir confiance à une parole, une parole dite par « un jeune homme » dont finalement on ne sait rien de l’identité. Le seul élément qui atteste la vérité de la parole dite par le jeune homme, c’est qu’elle reprend la parole confiée par Jésus à ses disciples avant son arrestation, parole de Jésus dont la défaillance des disciples a paradoxalement montré le caractère prophétique. Pour voir Jésus les disciples doivent donc se ressouvenir de leur propre défaillance que Jésus avait prédite. Ce n’est qu’en assumant et traversant cet échec qu’ils peuvent de nouveau avoir confiance en la parole de Jésus et retourner en Galilée. La Galilée, dans l’évangile selon saint Marc est le lieu de la proclamation de la bonne nouvelle. En Mc 1,14, l’évangéliste indique « Jésus partit pour l’évangile proclamer l’Évangile de Dieu » et en Mc 1,39, Jésus « parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile » dire au disciple que Jésus les précède en Galilée, c’est aussi leur indiquer que leur tâche sera désormais de proclamer à la suite de leur maître, l’Évangile, la Bonne Nouvelle de Dieu. Et cette tâche n’est plus désormais réservé aux seuls disciples puisque ce sont les femmes venues au tombeau qui sont les premières à se voir confier la tâche de proclamer la bonne nouvelle aux disciples eux-mêmes.

Méditation du jeudi :

L’échec de la mission des saintes femmes

 

Le jeune homme rencontré dans le tombeau s’adresse aux femmes. Son discours se compose de deux parties différentes qui se distingue à la fois par leur style et par leur fonction dans le récit ; du point de vue du style la première partie du discours du jeune homme, le v. 6 est adressée directement aux femmes alors que la seconde partie le v. 7 est adressée indirectement aux disciples auxquels les femmes sont chargées de répéter la parole. Du point de vue de la fonction du récit, le v. 6 marque l’échec du projet initial des saintes femmes « embaumer ou « oindre Jésus puisque le jeune homme leur fait constater l’absence de Jésus qu’il explique par sa résurrection. Le v. 7 attribue aux femmes une nouvelle mission à accomplir, un nouveau projet à réaliser, « annoncer aux disciples », qui leur sont confiés par le jeune homme.

Étudions la première partie de ce discours. Le jeune homme commence par demander aux femmes de ne point être effrayés. La frayeur est en effet la première réaction des femmes face à cette présence inattendue dans le tombeau. Mais c’est aussi ce qui au verset 8 explique l’échec de la mission des femmes qui, effrayées, ne disent rien à personne. Il les interroge ensuite sur leur recherche. Il convient ici de noter la manière dont le jeune homme désigne Jésus : « Jésus de Nazareth, le crucifié » À la désignation traditionnelle de Jésus par son lieu d’origine, Jésus de Nazareth, s’ajoute la mention de son supplice, « le crucifié ». La résurrection de Jésus n’efface pas sa mort sur la croix. Le supplice de la crucifixion fait désormais partie de l’identité de Jésus. Jésus ressuscité assume son passage par la mort. Le jeune homme annonce ensuite la résurrection de Jésus : il est ressuscité en grec ègerthè une forme médio-passive du verbe egeiro qui signifie réveiller : littéralement « Jésus s’est réveillé ». La forme passive du verbe egeirô avait déjà été employée pour annoncer la résurrection par Jésus s’adressant aux apôtres en chemin vers le mont des Oliviers après la dernière Cène, « Mais un fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » l’annonce du jeune homme fait écho à la parole prononcée par Jésus juste avant son agonie. Dans les précédentes annonces de la passion à ses disciples c’est un autre verbe qui avait été employé le verbe anistèmi qui signifie littéralement « se relever ». Mais saint Marc avait souligné l’incompréhension des disciples devant cette perspective de la « résurrection » de Jésus : en Mc 9,10 : « Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre aux ce que voulait dire “ressusciter d’entre les morts” » et en Mc 9,32 ». Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. » On peut penser que les femmes n’avaient pas non plus compris ce que signifiait « ressusciter d’entre les morts ». Il est difficile de savoir si leur venue au tombeau pour « embaumer » ou « oindre » Jésus traduit un manque de foi en la résurrection ou une mauvaise compréhension de ce qu’est la résurrection. Le jeune homme précise donc aux femmes l’un des effets de la résurrection : l’absence de Jésus du tombeau qu’il leur fait constater par la différence entre ce qu’elles ont pu voir précédemment Joseph d’Arimathie avait déposé Jésus dans le tombeau (v. 46) et "il n’est plus là où il a été déposé". Cette absence du corps marque l’échec définitif du projet des femmes « oindre » ou « embaumer Jésus » Leur projet était de conserver Jésus tel qu’il était avant sa mort. Peut-être croyait-elle à la résurrection, mais pour elle, Jésus ressuscité ne pouvait être que le même que le Jésus avant sa mort dont l’existence aurait été prolongée. Or le message du jeune homme indique que Jésus tout en restant le même Jésus de Nazareth, n’est plus identique à ce qu’il était avant sa mort, il est aussi Jésus le crucifié marqué par son passage par la mort. Les saintes femmes ne peuvent s’emparer de son corps pour le conserver car il est déjà ailleurs il les précède.

Méditation du mercredi :

Rencontre dans le tombeau ouvert

 

Les récits de la visite des saintes femmes au tombeau sont souvent désignés par l’expression « visite au tombeau vide » Or cette expression nous semble impropre car, dans les différents évangiles, le tombeau n’est pas vide. Il est ouvert mais pas vide puisque souvent au contraire il se révèle plein, habité non par un cadavre mais par un être vivant. C’est le cas dans l’évangile selon saint Marc. Les femmes entrent dans le tombeau et elles y trouvent, non pas Jésus mai un jeune homme vêtu de blanc. Qui est ce jeune homme vêtu de blanc ? Par comparaison avec les autres évangiles qui mentionnent la présence d’un ou plusieurs anges dans le tombeau, on est tenté d’interpréter le jeune homme présent dans le tombeau comme un ange. Mais s’il s’agit d’un ange, pourquoi saint Marc ne l’a-t-il pas dit et parle-t-il d’un jeune homme ? D’un autre côté, une autre figure mystérieuse de jeune homme est apparue dans le récit de saint Marc au moment de l’arrestation de Jésus en Mc 14,51 : « Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. » Outre qu’il s’agit des deux seules occurrences du substantif grec neaniskos traduit par « jeune homme » dans l’évangile selon saint Marc, on peut relever que, dans les deux textes, ce jeune homme est caractérisé par son vêtement, simple drap au moment de l’arrestation de Jésus, vêtement blanc dans le tombeau. Ces éléments suggèrent qu’il s’agit du même apparu au moment de l’arrestation de Jésus et réapparaissant dans le tombeau. le fait que ce jeune homme suit Jésus en Mc 14,51 amène à l’identifier à un disciple. Ces vêtements permettent-ils de préciser son identité ? Le fait qu’il se retrouve nu en Mc 14,51 anticipe la nudité de Jésus sur la croix alors que le vêtement blanc dont il est revêtu dans le tombeau rappelle le vêtement éclatant de blancheur de Jésus transfiguré en Mc 8,3 : « Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. » Le vêtement blanc est aussi, dans l’Apocalypse celui des élus qui « ont lavée leurs robes, les ont blanchies par le sang de l’Agneau » (Ap 7,14). Ce jeune homme s’enfuyant nu dans la nuit lors de l’arrestation de Jésus et revêtu de blanc dans le tombeau paraît donc être une figure du chrétien dépouillé du vieil homme dans la mort du Christ et revêtu de l’homme nouveau par la résurrection. Cette figure du jeune home correspondrait alors au baptisé tel que l’envisage saint Paul, dans la lettre aux Romains puisque pour lui le baptême est union à la mort et à la résurrection du Christ : « nous tous qui par le baptême avons été unis au christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions un vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Rm 6,3-4).

Méditation du mardi :

Pierre qui roule et tombeau ouvert

 

En se rendant au tombeau, les saintes femmes songent à un obstacle s’opposant à l’accomplissement de leur mission, la pierre qui ferme l’entrée du tombeau. Cette pierre a été mentionnée en Mc 15,46 où il est dit que Joseph d’Arimathie « roula une pierre contre l’entrée du tombeau. » On peut toutefois s’étonner que cette pierre pose problème ; apparemment Joseph d’Arimathie l’a roulée tout seul. Marc serait-il un auteur sexiste qui voudrait suggérer que trois femmes, ensemble, ne peuvent enlever une pierre qu’un homme seul a mise. Cette interprétation ne tient pas puisque Marc indique qu’effectivement « la pierre était très grande ». Doit-on alors penser qu’il y acune incohérence dans le texte de saint Marc qui aurait oublié que la pierre « très lourde » avait été roulé sans difficulté par Joseph d’Arimathie ? On peut quand même difficilement imaginer que l’évangéliste ait oublié ce qu’il a dit quelques lignes plus haut. En fait, la lourde pierre, la répétition du verbe « rouler », apokuliô en grec et même l’incohérence apparente qu’un personnage seul arrive à « rouler » cette pierre très lourde, tout cela se trouve déjà dans un texte vétérotestamentaire auquel il est donc très vraisemblable que saint Marc fait référence, la récit de la rencontre de Jacob et de Rachel près d’un puits en Gn 29. Dans ce récit il est en effet signalé que « sur l’orifice du puits était posée une grande pierre. C’était là que se rassemblaient tous les troupeaux : on roulait la pierre posée sur l’orifice du puits, on abreuvait le petit bétail, puis on remettait la pierre à sa place sur l’orifice du puits. » (Gn 29,2-3). La description suggère que la « grande pierre » qui bouche le puits – et protège donc l’eau de l’évaporation – ne peut être manipulée qu’à plusieurs. Pourtant, lorsqu’il voit arriver Rachel, Jacob « s’avance, roule la pierre posée sur l’orifice du puits et abreuve le petit bétail de Laban. » Les similitudes entre les deux textes nous paraissent trop nombreuses pour s’expliquer par un pur hasard. Saint Marc entend certainement souligner les rapports entre notre texte et Gn 29. D’un autre côté les deux textes semblent très éloignés par leur thématique générale. D’une part nous avons le récit d’une rencontre nuptiale près d’un puits, de l’autre une visite au tombeau. Cela explique que les similitudes ont échappé à beaucoup de commentateurs de l’évangile selon saint Marc. Dans le récit de Gn 29, Jacob roule une pierre pour ouvrir un puits ,un lieu qui peut être dangereux, apporter la mort si l’on tombe dedans mais qui peut surtout procurer l’eau c’est-à-dire la vie. Le tombeau est au contraire un lieu de mort qui contient un cadavre impur. En le fermant Joseph d’Arimathie paraît établir une séparation définitive entre le domaine de la mort auquel appartient désormais Jésus et le domaine de la vie. La pierre roulée, le tombeau ouvert, suggère que le tombeau de Jésus n’est plus un lieu de mort mais un lieu qui, comme le puits ouvert par Jacob procure la vie.

Méditation du lundi :

embaumer Jésus.

 

Les deux premiers versets servent en quelque sorte d’introduction à au récit. Ils présentent les trois acteurs, leur projet et deux actions qu’elles mettent en oeuvre pour réaliser ce projet.

Les trois acteurs sont trois femmes qui ont été citées précédemment en Mc 15, 40 : Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José et Salomé. La deuxième de ces trois femmes est ici présentée de manière plus succincte puisqu’elle est simplement définie comme « Marie, celle de Jacques », une formule ambigüe qui pourrait être comprise soit Marie, mère de Jacques, soit Marie, femme de Jacques. C’est pourquoi la traduction liturgique en s’appuyant sur Mc 15, 40 précise, Marie, mère de Jacques. Mc 15,40 est la première mention de ces trois femmes dans l’évangile. Au verset suivant leur fonction a été précisée « qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée. » Il convient de remarquer que c’est la première fois qu’est évoquée dans l’évangile de Marc la présence de femmes disciples auprès de Jésus. C’est paradoxalement juste après la mort de Jésus racontée en Mc 15, 37 que nous apprenons qu’il y avait des femmes qui le suivaient. En Mc 15, 40-47, ces femmes ont un rôle de spectatrices : on les retrouve deux fois comme sujet du même verbe theaomai rendu dans la version liturgique par « observer » mais que l’on pourrait aussi traduire « assister » puisque c’est le verbe qui a donné théâtre en français, le théâtre étant un spectacle auquel on assiste.

Le début du chapitre 16 marque donc le passage de ces femmes de la position de spectatrice à celle d’actrices. Leur objet qui les fait passer à l’action est, selon le texte liturgique « embaumer le corps de Jésus » ; en réalité le texte grec de saint Marc est plus concis. Il emploie un verbe aleiphô qui peut signifier en grec « oindre » ou « embaumer » et qui est employé précédemment dans l’évangile pour décrire les onctions d’huile fait par les disciples sur les malades en Mc 6,13. Le texte ne parle pas non plus « d'embaumer le corps » mais de « l’oindre »  puisque le complément d’objet direct du verbe aleiphô est le pronom personnel auton. Certes le contexte suggère que le projet des femmes est « d’embaumer » le corps de Jésus. Néanmoins tel que le formule Marc, on pourrait comprendre qu’elles veulent « oindre » Jésus pour le soigner de ses plaies. Ce projet des femmes fait écho au geste réalisé par une femme resté anonyme dans l’évangile selon saint Marc qui a brisé « un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur » et l’a versé sur la tête de Jésus (Mc 14,3). Commentant ce geste Jésus avait dit « D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement ». Cette parole fait du geste de cette femme une annonce de projet des trois femmes ayant assisté à la passion et à la mise au tombeau de Jésus de « parfumer » son corps après son ensevelissement. D’une certaine manière le geste de cette femme anonyme suggère l’inanité du projet des trois femmes qui ont assisté à la passion. Ce qu’elles veulent faire a déjà été fait par une autre. Jésus a déjà été parfumé par anticipation avant son ensevelissement. il n’y a donc plus de nécessité de la faire après. De plus leur projet méconnaît les annonces de Jésus sur sa résurrection trois jours après sa mort en Mc 8,31 ; 9, 31 ; 10,34 et 14,28. Vouloir « oindre », embaumer », « parfumer » Jésus mort, c’est vouloir conserver le souvenir d’un mort. D’ailleurs, pour cela les femmes se rendent au tombeau, au lieu du souvenir – en grec mnèmeion tombeau est de la même racine que le verbe mnèmoneuô se souvenir. Les femmes veulent entretenir le souvenir d’un mort alors que Jésus leur a annoncé qu’après sa mort ils vivraient de nouveau. Mais d’un autre côté en voulant oindre Jésus ces femmes continuent à le servir comme elles l’ont fait de son vivant, à prendre soin de lui-même après sa mort.

Pour réaliser ce projet, les saintes femmes réalisent deux actions. Tout d’abord, elles achètent des aromates et ensuite elles se rendent au tombeau ; l’achat des aromates a lieu « le sabbat terminé c’est-à-dire le jour du sabbat après le coucher du soleil puisque, dans la tradition biblique une nouvelle journée commence au coucher du soleil. L’achat des aromates par les femmes paraît faire écho à Mc 14,,4 où certains reprochaient à la femme qui avait oint Jésus d’un parfum précieux de ne pas avoir vendu ce parfum pour donner l’argent aux pauvres : en quelque sorte en achetant des aromates pour le corps de Jésus les saintes femmes confirment le caractère prophétique du geste de la femme qui a oint Jésus d’un parfum précieux plutôt que de le vendre aux pauvres.

La seconde action est de se rendre au tombeau. Ici saint Marc multiplie les notations chronologiques pour qualifier cet événement : « de grand matin » (lian prôi), « le premier jour de la semaine » (mia tôn sabbatôn), le soleil étant déjà levé (anateilantos tou hèliou). ces indications paraissent faire écho à un autre passage de l’évangile saint Marc où Jésus, après avoir enseigné dans la synagogue de Capharnaüm un jour de sabbat et effectué des guérisons après le coucher du soleil, se lève et quitte Capharnaüm le lendemain – donc le premier jour de la semaine – le matin (prôi) encore en pleine nuit (lian ennucha). En se rendant de grand matin au tombeau le premier jour de la semaine, les saintes femmes imitent Jésus quittant Capharnaüm en Mc 1,35 mais elles sont en retard sur lui car lui s’était levé en pleine nuit alors que quand elles se lèvent, le soleil est déjà levé. la comparaison des deux textes suggère que Jésus les précède, qu’il s’est déjà levé avant le lever du soleil et est déjà sorti du tombeau

Méditation du dimanche :

Présentation du texte de l’évangile

 

Chaque année pour la vigile pascale, l’évangile lue est le récit de la visite au tombeau par les saintes femmes dans un des trois évangiles synoptiques, selon saint Matthieu, saint Marc ou saint Luc, selon l’année, alors que pour la messe du jour et Pâques, on lit chaque année le récit de la visite au tombeau par Marie-Madeleine puis par saint Pierre et le disciple que Jésus aimait, dans l’évangile selon saint Jean.

En cette année B, nous lisons le récit de la visite des saintes femmes au tombeau dans l’évangile selon saint Marc. La particularité de l’évangile selon saint Marc et que sa conclusion diffère selon les manuscrits conservés. Pour certains des manuscrits les plus anciens, l’évangile s’achève brutalement par le verset suivant Mc 16,8 : « Elles sortirent et s’enfurient du tombeau parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » D’autres manuscrits proposent une conclusion brève indiquant que les femmes annoncent cependant la nouvelle à Pierre ; enfin, d’autres manuscrits comportent une conclusion longue considérée comme canonique qui rapportent plusieurs apparitions de Jésus, à Marie-Madeleine, à deux disciples puis aux Onze. Il est possible que les conclusions brèves et longues soient des ajouts postérieurs qui ne sont pas de la main de l’auteur de l’évangile pour atténuer le caractère brutal du v. 8 qui apparaît affirmer que les saintes femmes n’ont pas accompli la mission que leur avait confié le jeune homme vêtu de blanc dans le tombeau. Quoi qu’il en soit le v.8 appartient lui indubitablement à l’évangile selon Marc et conclut le récit de la venue ses saintes femmes au tombeau. Il est donc dommage qu’il ait été exclu de l’évangile de la vigile pascale. Le découpage de notre texte est donc discutable et cela non seulement pour ce qui concerne la fin mais aussi pour ce qui concerne le début. En effet, il aurait été possible de faire commencer le texte en Mc 15, 40 lorsque sont mentionnées pour la première fois les trois figures féminines qui se rendent au tombeau le premier jour de la semaine. Il est en tout cas certain qu’il y a une profonde continuité entre Mc 15, 40-47 et notre texte. Cette continuité apparaît non seulement dans la présence des trois femmes, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé mais aussi dans le lieu où se déroule principalement la scène avec notamment une première mention d’un élément qui joue un rôle important dans notre texte, la pierre qui clôt l'ouverture du tombeau.

Dans le découpage assigné par la liturgie, on peut assigner deux grandes parties à notre texte on se fondant sur le style employé :

La première partie est un récit au style indirect rapportant différentes actions des trois personnages présentés au début du texte : Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé.

La seconde parie est un discours au style direct qu’adresse à ces femmes un jeune homme vêtu de blanc.

Chacune de ces deux parties peut être subdivisée en plusieurs unités. Dans la première partie, on peut retrouver un schéma classique d’une récit :

les saintes femmes ont un projet « embaumer le corps de Jésus » qu’elles commencent à mettre à exécution (v. 1-2) ;

mais un obstacle ferme le tombeau. Or cet obstacle a disparu (v.3-4)

Entrant dans le tombeau, elles rencontrent un jeune homme vêtu de blanc (v. 5).

Le discours du jeune homme comprend deux paroles, une adressée directement aux femmes faisant constater l’absence du corps (v. 6) et une parole confiée aux femmes pour qu’elle la redisent à Pierre et aux disciples, les invitant à revenir en Galilée.