Festival

"Les Heures musicales

 

de l'Abbaye de Ligugé"

 

20-22 août 2021

 

"Mystiques et romantiques"

Autour de Franz Liszt

 

 

Abbayes de Ligugé

et de Nouaillé-Maupertuis

Ensemble Gilles Binchois, Dir. : Dominique Vellard

Présentation du Choeur Altitude, Dir. : Cyprien Sadek

Les Heures Musicales de l’Abbaye de Ligugé

20-22 août 2021

Mystiques et Romantiques

 

Beaucoup gardent en mémoire, le Festival « Chemins de Musique » de l’Abbaye Saint-Martin de Ligugé. Sans vouloir en reprendre tous les traits, voici pour la fin du mois d’août 2021, une relance de la même approche musicale. Ce festival aura pour thème « Mystiques et romantiques ». Le 19ème siècle européen, à travers le mouvement romantique, sous des formes variées, a donné naissance à des musiques exceptionnelles qui exaltent la profondeur du discours musical. La figure de Liszt s’impose à cet égard. D’ailleurs, le projet de ce festival est né du désir de mettre en lumière un répertoire ignoré des motets de Franz Liszt. Ce programme donnera lieu à un enregistrement exceptionnel dans les jours qui suivront le concert du Festival sur cette thématique par l’Ensemble Gilles Binchois auquel se joindra le choeur Altitude, tout deux sous la direction de Dominique Vellard. Autour de ce concert, il nous a paru intéressant de mettre en valeur des compositeurs français de cette époque : C. Saint-Saëns, G. Fauré, C. Franck… pour un récital de mélodies. Deux conférences présenteront le contexte de l’efflorescence de cette musique romantique. L’une sera donnée par Philippe Nouzille sur le petit opuscule de Nietzsche, intitulé « Nietzsche contre Wagner » et l’autre par Jean-Pierre Longeat, sur « Liszt, compositeur mystique ? ». En ouverture de ce festival, sera présenté un concert « La bataille des chantres » illustrant la querelle qui opposa les anciens et les modernes dans le cadre de la restauration du chant grégorien : les chantres des paroisses virent d’un très mauvais oeil cette réforme menée avec beaucoup d’ardeur par les moines de Solesmes et des luttes sans merci s’engagèrent sur la conception du chant grégorien que les moines avaient abordé à la fois du point de vue de la restitution scientifique à partir des manuscrits médiévaux et du point de vue de l’interprétation marquée par une approche spirituelle très « romantique ». Ce concert sera donné par la Schola des moines de Ligugé et par l’Esemble Gilles Binchois. Une exposition « 19e siècle ou le Moyen-Age romantique », accompagnera l’ensemble : elle prendra place dans la salle d’exposition de l’Abbaye. A travers ces différents concerts et manifestations, une meilleure compréhension et une meilleure expérience de la musique de cette époque permettront à chacun d’affiner son écoute et son propre voyage intérieur.

 

Vendredi 20 août, 20h30

Concert d’ouverture

 

La bataille des chantres

 

Chants grégoriens et faux-bourdons

Par l’ensemble Gilles Binchois

et la schola des moines de Ligugé

Eglise claustrale de l'Abbaye de Ligugé

 

On connaît les travaux de recherche sur les manuscrits médiévaux qui ont permis aux moines de l'Abbaye de Solesmes une nouvelle approche du répertoire grégorien. En faisant ce travail, ils se sont positionnés différemment des chantres d’Églises paroissiales qui de leur côté, se référaient à la tradition orale héritée des pratiques évolutives de la Renaissance et des 17e et 18e siècles. Ces chantres abordaient les pièces d'une manière beaucoup plus verticale avec un rythme d'énonciation plutôt lent et déjà une certaine métrique au service du discours musical. D'autre part, les chantres intégraient souvent la polyphonie et pratiquaient l'art du faux-bourdons en alternance avec le plain-chant. Ce concert d'ouverture mettra l'une face à l'autre ces deux manières d'aborder le répertoire liturgique au 19e siècle. Même si les tensions n'ont pas manqué à ce sujet depuis quelque 150 ans, on peut maintenant considérer qu'elles sont apaisées et qu'elles jouent un rôle d'enrichissement mutuel au service d'une juste expression de la musique et des textes qu'elle porte. 

Samedi 21 août, 15h00

Abbaye de Ligugé

 

Conférence

"Nietzsche contre Wagner"

par Philippe Nouzille

 

S’il est deux grands noms qui ont marqué profondément le 19e siècle, ce sont bien ceux de Nietzsche et de Wagner. Les deux hommes ont été amis durant de nombreuses années, mais des raisons profondes les ont séparés, tant sur le plan des idées que des rapports personnels. En 1888, cinq ans après la mort de Wagner, Nietzche explicite les raisons de leurs divergences dans son ouvrage « Le cas Wagner », alors même que Nietzsche avait auparavant loué l’œuvre du compositeur qu’il osait caractériser comme la « Naissance de la tragédie », en tant que nouvel art total. Mais Bayreuth était déjà devenu, un véritable lieu-culte dont Wagner était le grand prêtre. Nietzsche y voyait une espèce d’opium agissant puissamment sur les foules. Musicalement, Nietzsche reproche à Wagner d’être un homme de théâtre plus qu’un musicien. Dans ce contexte, le spectateur est rendu totalement passif, écrasé par la masse imposée. Pour Nietzsche, Wagner ne fait que reproduire la logique chrétienne de manière exacerbée, au-delà de toute structure ecclésiale ; Il ne fait qu’accommoder une idée chrétienne de rédemption, dans l’ambiance par ailleurs du nationalisme allemand et d’un certain antisémitisme. L’opposition fut farouche entre ces deux personnalités aussi sur le plan philosophique et personnel ; dans leur démesure, ces deux grandes figures du 19e siècle marquent profondément les mentalités. Wagner entraînait son art vers un goût religieux qui ressemblait à une quête du Graal très mystique tandis que Nietzsche s’opposait formellement à toute espèce de mysticisme. Il peut être intéressant de suivre ce débat, qui finalement, court encore entre ces deux personnalités et leurs héritiers. Il faut rappeler par ailleurs que Liszt fut très lié à Wagner, dans un premier temps et que lui aussi, s'en éloigna bien que sa fille fût mariée avec le compositeur. Présentation du conférencier : Philippe Nouzille est moine de Ligugé, actuellement professeur de philosophie à l'université bénédictine Saint-Anselme de Rome. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Au-delà de soi" publiée aux Éditions Hermann.

Elsa Papatanasios, soprano

Elsa Papatanasios

Samedi 21 août, 21h

Motets

Fauré, Saint-Saëns, Franck....

par Elsa Papatanasios, Soprano

et Laurence Lussault, Orgue

 

Eglise paroissiale

Ligugé

 

Le 19e siècle est une époque mélangée où l’exaltation de la personnalité donne lieu a des productions originales pour le meilleur et pour le pire. Dans le domaine religieux, l’art de Saint-Sulpice brille surtout dans les arts plastiques mais connait aussi une forme d’expression musicale. Le mouvement de la Schola Cantorum tente de réhabiliter une référence à la tradition et produit une musique religieuse plus sobre que celle des compositeurs du début du siècle. Gounod et Saint-Saëns, Fauré, autant de noms qui sont à l'origine d'une musique religieuse dont l'inspiration ne manquera pas de nourrir l'inspiration des compositeurs religieux pour de longues années. Dans ce récital, plusieurs exemples de motets seront donnés à entendre. Après avoir connu son heure de gloire au début du XVIIIe siècle, le motet semble être passé de mode au XIXe, et son nom, qui renvoyait à des formes spécifiques, est attribué à toute pièce religieuse écrite sur un texte latin : il est employé durant la liturgie de la messe ou de l’office divin, mais on peut l’entendre aussi au concert. Au 19e, ce sera un genre mineur et d’usage surtout fonctionnel, malgré une abondante production. Ces œuvres, de petit format quant à la durée et à l’instrumentation, accompagnent les Temps liturgiques de la liturgie romaine. Elles sont jouées pendant le culte au cours des dimanches et des nombreuses fêtes mais aussi dans des circonstances particulières comme les processions et les cérémonies religieuses dédiées, notamment au culte marial qui se développe alors, ou à la dévotion au Saint-Sacrement. Les textes choisis pour ce concert illustrent ce contexte religieux : "O salutaris hostia", "Ave verum", "Ave Maria", "Salve Regina", "Ave maris stella", "Panis Angelicus", "Inviolata"… Plusieurs compositeurs se sentent concernés par les besoins de la liturgie et même veulent travailler à son renouveau comme ce fut le cas de Liszt, d’autres sont sollicités par l’Église. On peut citer Charles Gounod, Camille Saint-Saëns, César Franck, Alexandre Guilmant, Gabriel Fauré, Louis Vierne... Il y a aussi des musiciens qui n’entretiennent pas de lien particulier avec l’appartenance ecclésiale mais qui n’y manifestent aucune hostilité, tels Ernest Chausson, ou encore Déodat de Séverac. Ces pièces parfois sobres, parfois plus exaltées, manifestent toujours une approche romantique du fait religieux sous différentes formes. Avec ces compositeurs français, nous sommes bien loin des productions de Franz Liszt qui visent à l’excellence dans le dépouillement somptueux. Ici, nous sommes plutôt dans l’expression généreux de l’âme sensible qui aime à partager l’émotion du sentiment affectif que peut provoquer l’expérience religieuse.

👉 Pas de réservations.

👉 Prix des places : 15€ (tarif réduit, étudiants, chômeurs : 12€)

 

Laurence Lussault

Laurence Lussault, Orgue et Elsa Papatanasios, Soprano

Dimanche 22 août, 14h30

Conférence

Liszt, compositeur mystique ?

par D. Jean-Pierre Longeat,

l'Ensemble Gilles Binchois

et le choeur Altitude

Eglise de l'Abbaye de Ligugé

 

Liszt est né en Hongrie dans un univers de tradition profondément catholique. La perception aiguë que le jeune Liszt a du monde et des évènements et par ailleurs sa grande sensibilité, l’amènent à appréhender la dimension spirituelle comme faisant obligatoirement partie de la vie humaine. Un tel tempérament ne pouvait pas manquer d’être confronté à ce que l’on peut appeler l’expérience mystique. L’œuvre musicale de Liszt ne peut se comprendre sans cette dimension. La croix n’est pas pour lui simplement du côté de la souffrance mais aussi comme ce débordement d’amour qui élargit constamment l’horizon de la vie. Même dans le répertoire pour piano ou pour orchestre, cette dimension est souvent présente ; mais d’une manière plus explicite encore dans les nombreux chœurs d’hommes et mixtes a capella ou avec orgue juqu’au Via crucis de 1878 et aux Oratorios de Christus (véritable credo de la foi chrétienne du compositeur), de la Légende de Sainte Elisabeth, la Messe de Gran ou la Messe hongroise du Couronnement, typiques de la volonté de trouver un langage nouveau adapté à l’expression de la foi, voire même à la liturgie catholique. On peut terminer cette énumération en mentionnant l’œuvre d’orgue du compositeur avec une trentaine de titres. La personnalité de Liszt est certes contrastée. Ses amours passionnées sont bien connues, son accès aux ordres mineurs de l’Eglise catholique également. Dans un cas comme dans l’autre, un passion l’habitait, celle du don total de lui-même à la recherche d’une source de vie essentielle. Cela n’est pas sans rapport avec la vision mystique du romantisme. Cette conférence sera donnée par le P. Jean-Pierre Longeat, ancien abbé de Ligugé. Son intervention sera ponctuée de trois pièces musicales extraites du programme que l’ensemble Gilles Binchois et le Choeur Altitude donneront le soir même à Nouaillé-Maupertuis. Jean-Pierre Longeat préside actuellement l’Alliance Inter-Monastères au service des jeunes communautés de la famille bénédictine en Afrique, Asie, Amérique Latine, Océanie et Europe de l’Est. 👉 Pas de réservations. 👉 Entrée libre à la conférence

 

Litszt avait reçu les Ordres mineurs dans l'Eglise catholique. A ce titre, il lui arrivait de porter la soutane !

Abbaye de Nouaillé-Maupertuis

Concert de Clôture

Dimanche 22 août, 18h00

Franz Liszt, Musique sacrée

Ensemble Gilles Binchois

Choeur Altitude

Dir. : Dominique Vellard

Abbatiale de Nouaillé-Maupertuis

 

Ce concert de clôture est consacré à la musique vocale de Litszt, principalement pour chœur d’hommes. Parmi les œuvres interprétées l’une est particulièrement méconnue et pourtant assez caractéristique du souci de Liszt de trouver un langage adapté à l’exposition du mystère chrétien. Elle porte le titre de « Septem Sacramenta ». Franz Liszt a explicité lui-même l’état d’esprit qui a guidé la composition de cette oeuvre, il nous paraît intéressant d’en donner ici un écho à titre d’illustration. « Un jour qu’Overbech m’expliquait sa composition des Sept Sacrements, où il avait enserré tant de symboles, d’allusions, de faits historiques, et mystiques, tout une concordance entre l’Ancien et le Nouveau Testament, je fus saisi d’admiration devant son œuvre et lui promis de reproduire le même sujet dans mon art, la musique. Comme il en paraissait profondément réjoui, je m’abstins de lui dire que ma manière de le traiter serait diamétralement opposée à la sienne.… Je devais m’attacher à rendre le sentiment avec lequel le chrétien participe à des grâces qui le surélèvent au-dessus de la vie terrestre et lui font aspirer la divine atmosphère des cieux. Les compositions de Septem Sacramenta pourraient se chanter dans les églises et les chapelles, peu avant ou durant la dispensation des Saints Sacrements. Celle relative à la Pénitence pourrait précéder de quelques instants, en étant suivie d’une longue pause celle de la Communion. Celle de l’Extrême Onction trouverait peut-être sa place durant le moment qui précède l’Absoute dans les funérailles.

👉 Prix des places : 15€ (tarif réduit, étudiants, chômeurs : 12€).

Pas de réservations

 

On trouvera une présentation de l’Ensemble Gilles Binchois à la page du Concert d'ouverture.

Le Choeur Altitude Fondé en 2009, Le Chœur Altitude regroupe une quarantaine de chanteurs, bons amateurs ou professionnels, tous issus de maîtrises d’enfants ou de conservatoires. Les générations et origines géographiques se mélangent; de grands adolescents à de jeunes adultes, de Lyon à Paris en passant par Marseille, Limoges ou Strasbourg, l'ensemble est riche de la diversité d’expériences de ses chanteurs 

Le choeur Altitude à Ligugé

Du 1er août au 15 septembre

Exposition

19e siècle ou le moyen-âge romantique

Salle d’exposition

Abbaye Saint-Martin de Ligugé

 

Le 19e siècle religieux s’est plu à repenser le christianisme à la sortie de la Révolution française à partir des heures de gloire de la chrétienté médiévale. Violet-le-Duc, en architecture est l’exemple le plus frappant d’une telle référence. Les Ordres religieux se sont mis à cultiver l’attrait de l’enluminure, de la paramentique, sans parler de la restauration ambitieuse du chant grégorien d’après les manuscrits les plus anciens et les plus sûrs du Moyen-Age. Dans ces nombreuses productions, le pire peut côtoyer le meilleur. Mais il est souhaitable de considérer ce phénomène d’un point de vue sociologique sans éviter la critique artistique. Depuis sa restauration en 1853 par l’Abbaye de Solesmes (Sarthe), l’Abbaye de Ligugé a acquis de nombreuses pièces d’art utilisées surtout, autrefois, dans la liturgie. Cette exposition en présentera quelques échantillons et permettra ainsi de mieux percevoir le chemin parcouru depuis lors.

👉 Entrée libre

 

Abbaye de Ligugé