Le concert donné ce samedi 18 septembre en l'église de notre monastère a tenu ses promesses. Le choeur Pérotin le Grand a fait résonner pendant près d'une heure trente des chants du Moyen-Age et de la Renaissance en l'honneur de la Vierge Marie.

Depuis les conduits subtils du 12ème siècle jusqu'à l'ordinaire de la messe polyphonique écrits par des Maîtres de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, le choeur a su déployer une large palette sonore qui laissait dans l'admiration devant ces créations si lointaines et pourtant tellement proches par l'harmonie qu'elles provoquent.

Dans l'attente de prochaines manifestations.

Programme autour de la Sainte Vierge et des riches heures de Notre-Dame, du XIe au XVI siècle, cinq siècles d’Histoire de la Cathédrale et de chefs d’œuvres musicaux, plain-chant et polyphonies.

Compte-rendu des manifestations

du Festival Les Heures musicales

de l'Abbaye de Ligugé.

Festival

"Les Heures musicales

 

de l'Abbaye de Ligugé"

 

20-22 août 2021

 

"Mystiques et romantiques"

Autour de Franz Liszt

 

 

Abbayes de Ligugé

et de Nouaillé-Maupertuis

 

Vendredi 20 août, 20h30

Concert d’ouverture

 

La bataille des chantres

 

Chants grégoriens et faux-bourdons

Par l’ensemble Gilles Binchois

et la schola des moines de Ligugé

Eglise claustrale de l'Abbaye de Ligugé

 

La rencontre entre l'Ensemble Gilles Binchois et la Schola des moines de Ligugé avait un côté improbable. D'un côté des chanteurs de haute tenue avec une pratique professionnelle constante et de l'autre des moines qui chantent dans le cadre de la liturgie ordinaire de la communauté. Les premiers présentaient des pièces telles qu'elles étaient chantées par les chantres de cathédrale ou de paroisse selon l'héritage du 16e-18e siècles avec notamment la tradition des faux-bourdons, ces polyphonies liturgiques qui occupaient alors une grande place. Les seconds chantaient les mélodies grégoriennes restaurées par les Moines de Solesmes à partir du 19e siècle. Finalement, loin d'assister à une confrontation, les deux types d'intervention se sont merveilleusement complétées et au bout du compte, une grande harmonie se dégageait de ce concert tout à fait inattendu. On mesure en effet combien la réforme du chant grégorien par l'Abbaye de Solesmes, soutenue par le Vatican, a modifié l'histoire du culte catholique au 20e siècle. Les chorales se sont mutipliées selon l'interprétation de Solesmes et les chantres anciens se sont raréfiés jusque même à être exclus. En tout cas, lors de cette soirée, le côtoiement de ces deux approches avec tout l'art et le raffinement des interprètes créait une ambiance d'une grande profondeur et ouvrait l'espoir de sentir à quel point les différences d'ordre culturel peuvent être un enrichissement, plutôt qu'une opposition. En ce premier soir la bataille cédait la place à l'harmonie.

Samedi 21 août, 15h00

Abbaye de Ligugé

 

Conférence

"Nietzsche contre Wagner"

par Philippe Nouzille

 

S’il est deux grands noms qui ont marqué profondément le 19e siècle, ce sont bien ceux de Nietzsche et de Wagner. Les deux hommes ont été amis durant de nombreuses années, mais des raisons profondes les ont séparés, tant sur le plan des idées que des rapports personnels. En 1888, cinq ans après la mort de Wagner, Nietzche explicite les raisons de leurs divergences dans son ouvrage « Le cas Wagner », alors même que Nietzsche avait auparavant loué l’œuvre du compositeur qu’il osait caractériser comme la « Naissance de la tragédie », en tant que nouvel art total. Mais Bayreuth était déjà devenu, un véritable lieu-culte dont Wagner était le grand prêtre. Nietzsche y voyait une espèce d’opium agissant puissamment sur les foules. Musicalement, Nietzsche reproche à Wagner d’être un homme de théâtre plus qu’un musicien. Dans ce contexte, le spectateur est rendu totalement passif, écrasé par la masse imposée. Pour Nietzsche, Wagner ne fait que reproduire la logique chrétienne de manière exacerbée, au-delà de toute structure ecclésiale ; Il ne fait qu’accommoder une idée chrétienne de rédemption, dans l’ambiance par ailleurs du nationalisme allemand et d’un certain antisémitisme. L’opposition fut farouche entre ces deux personnalités aussi bien sur le plan philosophique que personnel ; dans leur démesure, ces deux grandes figures du 19e siècle marquent profondément les mentalités. Wagner entraînait son art vers un goût religieux qui ressemblait à une quête du Graal très mystique tandis que Nietzsche s’opposait formellement à toute espèce de mysticisme. Il peut être intéressant de suivre ce débat, qui finalement, court encore entre ces deux personnalités et leurs héritiers. Il faut rappeler par ailleurs que Liszt fut très lié à Wagner, dans un premier temps et que lui aussi, s'en éloigna bien que sa fille fût mariée avec le compositeur. On peut souligner encore que Liszt n'avait pas non plus les faveurs de Nietzsche. Présentation du conférencier : Philippe Nouzille est moine de Ligugé, actuellement professeur de philosophie à l'université bénédictine Saint-Anselme de Rome. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Au-delà de soi" publiée aux Éditions Hermann.

Samedi 21 août, 21h

Motets

Fauré, Saint-Saëns, Franck....

par Elsa Papatanasios, Soprano

et Laurence Lussault, Orgue

 

Eglise paroissiale

Ligugé

 

L'Eglise paroissiale de Ligugé possède un orgue de bonne facture même s'il est peu développé, qui permet de jouer plusieurs aspects du répertoire de cet instrument. Laurence Lussault en a tiré le meilleur au cours de cette belle soirée. Les couleurs qui ressortaient de sa registration donnaient une nouvelle approche de cet instrument et mettait particulièrement bien en valeur la qualité du répertoire. Laurence Lussault excelle tant sur le clavecin qu'elle enseigne au Conservatoire de Poitiers, qu'à l'orgue comme elle l'a montré en cette soirée.

Les mélodies interprétées par Elsa Papatanasios ont plongé le public dans un tout autre monde que celui des chantres ou du chant grégorien interprété la veille et que celui de Liszt. Les compositeurs français du 19e siècle ont abordé le répertoire religieux dans un plus grand développement lyrique. La voix d'Elsa Papatanasios, si pure et agile a porté ce répertoire avec grâce. Le public a apprécié ce moment original qui gardait bien le ton de profondeur et de lumière que ce Festival veut donner en ces temps moroses.

 

Orgue de Ligugé - Elsa Papatanios et Laurence Lussault

Dimanche 22 août, 14h30

Conférence

Liszt, compositeur mystique ?

par D. Jean-Pierre Longeat,

l'Ensemble Gilles Binchois

et le choeur Altitude

Eglise de l'Abbaye de Ligugé

 

Liszt est un personnage très étonnant qui se caractérise par une forte proportion de paradoxe. Il est à la fois marqué par son enracinement catholique et par une foi sans cesse engagée. Mais il est aussi, au moins pendant une partie de sa vie, un personnage de salon. On peut dire de lui, qu'en son temps, il était la préfiguration des grandes stars du show-biz actuel. Il était un virtuose du piano, un compositeur prolixe, auteur de nombreuses oeuvres à succès et au contours brillants, mais en même temps, il est un personnage sensible qui cultive l'intériorité et compose des pièces d'une rare économie dans un esprit de contemplation. Il est attentif à la dimension spirituelle, voire mystique de la vie humaine et en même temps, il est un séducteur invétéré que définit cette démarche comme celle d'une passion qui le met en contact avec la source de la vie et le renouvelle dans son inspiration musicale et humaine. A la fin de sa vie, il intégre le Tiers-Ordre franciscain et il reçoit les ordres mineurs, ce qui lui vaut de revêtir la soutane ecclésiastique.

On comprend qu'il ne se soit pas fait que des amis, y compris dans toutes les femmes qu'il a aimées.

Son oeuvre en matière de musique religieuse est particulièrement méconnue mais mérite vraiment d'être explorée. Elle se déploie en mutiples formes, depuis le plus simple motet sur quelques notes seulement jusqu'à l'oratorio résumant toutes les dimensions de la foi.

Le P. Jean-Pierre Longeat a présenté tous ces aspects au cours de sa conférence et montré l'intérêt d'une telle oeuvre aussi paradoxale. Des exemples musicaux donnés par l'Ensemble Gilles Binchois et le Choeur Altitude ponctuait le discours d'une manière très pertinente. Le tout a été particulièrement apprécié du public venu en nombre.

Concert de Clôture

Dimanche 22 août, 18h00

Franz Liszt, Musique sacrée

Ensemble Gilles Binchois

Choeur Altitude

Dir. : Dominique Vellard

Abbatiale de Nouaillé-Maupertuis

 

Incroyable prestation de l'ensemble Gilles Binchois et du Choeur Altitude qui, sous la haute direction de Dominique Vellard permettant d'entendre des oeuvres presque oubliées du compositeur Liszt qui souhaitait, en son temps, apporter sa pierre à l'édifice de la liturgie catholique.

Les voix d'hommes étaient impressionnantes de densité et de profondeur, les voix de femmes, soliste ou en choeur, d'une grande clarté. L'ensemble mettait tous les textes en valeur sans jamais céder à quelque sentimentalisme.

L'oeuvre "Septem sacramenta", sur les sept sacrements de l'Eglise catholique est très peu connue mais mérite d'être écoutée : chacun des sacrements porte sa marque et tout le monde s'y retrouve ; à tel point qu'une oeuvre aussi typée quant à sa thématique, rejoint l'universel en son fondement.

Le concert était donné dans l'Eglise abbatiale de Nouaillé-Maupertuis. C'était vraiment l'endroit qui convenait avec une acoustique hors-pair et un cadre bien mis en valeur par la municipalité.

Du 1er août au 15 septembre

Exposition

19e siècle ou le moyen-âge romantique

Salle d’exposition

Abbaye Saint-Martin de Ligugé

 

Le 19e siècle religieux s’est plu à repenser le christianisme à la sortie de la Révolution française à partir des heures de gloire de la chrétienté médiévale. Violet-le-Duc, en architecture est l’exemple le plus frappant d’une telle référence. Les Ordres religieux se sont mis à cultiver l’attrait de l’enluminure, de la paramentique, sans parler de la restauration ambitieuse du chant grégorien d’après les manuscrits les plus anciens et les plus sûrs du Moyen-Age. Dans ces nombreuses productions, le pire peut côtoyer le meilleur. Mais il est souhaitable de considérer ce phénomène d’un point de vue sociologique sans éviter la critique artistique. Depuis sa restauration en 1853 par l’Abbaye de Solesmes (Sarthe), l’Abbaye de Ligugé a acquis de nombreuses pièces d’art utilisées surtout, autrefois, dans la liturgie. Cette exposition en présentera quelques échantillons et permettra ainsi de mieux percevoir le chemin parcouru depuis lors.